‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 50 sur 81 · A MADEMOISELLE GAVARD · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE GAVARD

Mardi, 16 mars 1868.

Mademoiselle,

J'ai bien trois volumes d'une sorte d'histoire d'Italie de M. Quinet. Elle est remplie de généralités brillantes, sans nul détail suivi, et point

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exemple d'enthousiasme de parti. Son livre sur le Géîiie des religions a de très-belles pages ; mais vous seriez sans doute choquée de l'air hautain dont il juge toutes les croyances. Il a écrit aussi un récit de ses courses à travers la Grèce, à l'époque de l'expédition française en Morée. Vous y verriez de belles descriptions mélancoliques, tristes comme le fond de l'imagination de l'auteur qui tourne aisément au lugubre.

Je vois que vous causez présentement avec madame de Maintenon. J'ai toujours pensé d'elle : Qui 71 est que juste est dur^ qui n'est que sage est triste. Sa sagesse est triste. Si les pauvres filles de Saint-Cyr l'avaient crue sur parole, elles n'avaient guère qu'à se jeter à l'eau avant de retourner dans leurs familles. Elle leur fait des tableaux de la vie réelle qui les attend au logis qui sont pour donner un extrême désir de prendre la route de l'autre monde au lieu de celle de leur pays natal. Elle ne sait pas montrer ce qu'il y a d'aimable ^dans les devoirs les plus tristes en apparence. Cette grande et sérieuse aventurière était fort sensée, mais peu poète, et, dans l'éducation, il faut savoir montrer le côté poétique de l'économie des devoirs, surtout à ceux et à celles dont la vie doit être dépouillée de plaisirs, au sens vulgaire du mot. Saint François de Sales

entendait mieux les côtés riants du bien. Je ne comprendrai jamais comment Louis XIV a pu épouser ce volume dépareillé de morale étriquée. Je crois que M. Saint-Marc Girardin pourrait bien m'appeler en duel pour cette irrévérence.

Madame de Choiseul est une bien autre personne que cette mégère douce. Elle a du superflu dans Tesprit et dans Timagination. Vous trouverez la plupart de ses lettres dans la correspondance de madame du DefTand qu'a publiée M. de Sainte-Aulaire.

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