‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 52 sur 81 · II · texte numérisé non relu

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comme Tont fait nos hommes d'État de France d'aujourd'hui. L'esprit, pour garder sa force et sa pureté, à besoin d'aller souvent, peut-être chaque jour, respirer aux montagnes. J'imagine que, dans les âmes sincères et sérieuses, les religions ont des effets analogues à cette familiarité avec les grands esprits et les grandes imaginations du passé. Ce doit être même toute la poésie des classes où la culture de l'esprit est hors de portée. J'en dirais peut-être plus encore si, depuis quelque temps, la voix stridente des cardinaux et des évêques ne me prenait pas sur les nerfs.

Vous connaissez donc trop bien, chère madame, cette odieuse maladie de la fatigue ? C'est certainement une invention du démon qui, considérant que l'activité est le grand remède à presque tous les maux, a cherché une rubrique qui parât à cet inconvénient. Encore si ce genre de fatigue chronique était comme la fatigue après une promenade, on aurait le plaisir du repos, mais ordinairement oet accablement est mêlé d'agacement nerveux. J'ignore si 1 ame de Brutus ou de Caton, tout stoïciens qu'ils étaient, aurait résisté sans impatience à ce genre de captivité ; mais ces anciens ne connaissaient probablement pas ces désordres nerveux, et le

diable n avait pas encore fait sa découverte. Est-ce que la musique bien choisie n'y ferait pas quelque chose ? Est-ce que la lecture d'un livre intéressant et pas poignant n'endormirait pas un peu ce mal? Malheureusement, il faut quelqu'un qui lise bien, et cela ne se trouvant guère à Paris, ne se trouve peut-être pas non plus à Montpellier. Un livre intéressant, quoique assez triste, c'est la Vie de madame de La Fayette par sa, fille, madame de Lasteyrie. Le volume débute par une notice sur madame d'Ayen par madame de La Fayette elle-même, mais il est froid et un peu guindé, sans aucune nuance dans la peinture des personnes, quelque chose de l'officiel du faubourg Saint-Germain, quoique cela ait été écrit dans les prisons de la Moravie, avec un curedent et de l'encre de la Chine, aux marges d'un volume de BufTon. Le singulier, c'est que cette même personne, dans ses lettres à Roland, le ministre de 1792, au roi de Prusse, à l'empereur d'Autriche, aux ministres de l'empereur, a des nuances délicates, et au besoin une fierté, une âpreté, des ressources de langage vraiment remarquables. On ne se ressemble pas tous les jours en écrivant. La vraie madame de La Fayette est dans les lettres et dans le charmant portrait qu'en fait sa fille madame de Lasteyrie. Ce sont

des dames romaines sans le trop d*amidon qu avaient sans doute les filles des héros de Tancienne Rome. J'ai eu Thonneurde connaître madame de Lasieyrie. On ne pouvait avoir plus grand air de vertu simple et avec une doucear et une bienveillance naturelles qui manquaien". probablement aux demoiselles de grande maison des xvii* et xviii* siècles. Je dois à la vérité de dire qu'elle ne brillait pas par le luxe de la parure. Elle n'aurait assurément pas porté de longues queues de satin à ses robes, ou les aurait bientôt coupées pour en faire des vêtements du dimanche aux petites filles pauvres. Je n'ai jamais vu prendre plus raisonnablement et plus héroïquement le christianisme au pied de la lettre.

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