M. CH. GAVARD
Versailles, 20 août iscs.
Que vous êtes aimable, cher monsieur, de vous souvenir des solitaires malades tandis que vous êtes dans la plus aimable compagnie et parmi toutes les splendeurs d'un été de Suisse, sans compter les rois et les chambellans à la jambe cassée. J'espère que mes remerciements vous retrouveront encore a Thun. C'est, je crois,
le lieu où notre empereur a fait son instruction militaire (je ne sais pas bien où il a étudié la politique des États). Avez-vous fait un pèlerinage à la maison qu'il a habitée comme officier dans Tarmée helvétique? Je compte que la Suisse, en corps de nation, y a fait mettre quelque inscription qui conserve ce grand souvenir. Pour mon compte, cependant, comme je n*ai pas du tout l'esprit qui fait oublier le passé devant Téclat du présent, je resterais volontiers dans Thôtel que vous habitez , pour entendre un jeune prince (le duc de Chartres) plein de feu et d'esprit et de hauteur de courage, qui est là comme un cheval arabe attaché au piquet, voyant de loin un gros cheval de brasseur qui se promène lourdement et nonchalamment, qui se promène en maître, écrasant l'herbe sous ses grands pieds.