‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 6 sur 81 · II · texte numérisé non relu

II

lume de M. Thiers vous a-t-il attendue dans ces montagnes? Nous avons lu ces derniers soirs le dernier chapitre» c'est-à-dire la conspiration de Georges et la mort de M. le duc d'Enghien, Il y a beaucoup de vivacité et d'intérêt dans ce lugubre récit; il est fait avec une immense charité et le désir de ne trouver de coupables nulle part, ou plutôt de donner un peu tort à tout le monde, au Premier Consul pour avoir été un peu vif, et au duc d'Enghien pour s'être obstiné trop longtemps à porter les armes contre son pays. Le chapitre sur la sécularisation^ entre autres, est, dit-on, excellent. Ce sera un singulier monument de notre époque que la longue suite de ces grandes tragédies, de ces mémorables batailles, de ces terribles bouleversements, esquissée nettement, rapidement, d'un plume légère, avec une sorte de passion et aussi une sorte d'indifférence. On s'étonne quelquefois que la nature garde son air doux et riant quand les hommes sont frappés de quelque grand fléau ; dans l'histoire de M. Thiers aussi, il semble que la tragédie se passe par un temps âe demoiselles, sans plviie ni vent. Il raconte des choses terribles et on dirait à l'expression de son visage qu'il vous dit les choses les plus simples du monde. C'est comme une suite de coups de tonnerre

dans un ciel parfaitement serein et sans qu*une feuille remue dans les arbres. Tacite vous parle des maux de TEmpire et de la chute de la République avec une physionomie sombre comme son sujet.

J'ai apporté ici le cours de M. Quinet qui a fait tant de bruit. Ce n*est pas bien raisonaable, je suis forcé d'en convenir. Il dit à l'Église catholique qu'elle devrait bien faire et dire quelque chose de nouveau, et encore ne lui donne-t-il pas la moindre indication sur ce qu'elle pourrait dire ou faire. Ce n'est pas beaucoup la vocation de l'Église catholique d'inventer âes choses nouvelles, attendu qu'elle met sa gloire à ne pas changer, et puis, on doit des conseils aux gens quand on leur reproche de rester ce qu'ils sont. Il me semble que Luther avait des idées beaucoup plus arrêtées que M. Quinet...

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