‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 65 sur 81 · II · texte numérisé non relu

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la Chambre pour confidente de ses ennuis. Je crois qu'honorablement nous ne pourrions pas supporter cette insolence d'un colonel prussien régnant sur les revers des Pyrénées, mais encore faut-il savoir au juste si on veut nous l'imposer; si les Certes n'enverront pas promener le maréchal Prim. Avant de savoir la part de M. de Bismarck dans ce complot, s'il y a complot, avant de connaître les dispositions de la partie de TEurope qui n'est pas directement intéressée à l'afTaire, il faut causer avant de crier, et ne pas commencer une tragédie par le cinquième acte. Il me parait qu'il n'est pas bien mesuré de débuter par une demi-déclaration de guerre devant toute TEurope attentive, avant d'avoir donné aucun autre signe de mécontentement, et, en vérité, tout cela est fort ridicule, à moins qu'on ne veuille absolument la guerre; et encore, dans cette résolution fixe et anale, faut-il s'arranger pour avoir l'air d'avoir raison et ne pas donner à des résolutions si graves la forme d'une querelle de corps de garde. On dirait vraiment des enfants qui jouent à la diplomatie et à la guerre, et qui ont hâte dédire ces motsàefTet : La France ne consulte que son honneur^ etc., etc. Je ne puis donc voir dans cette façon de conduire des afl'aires aussi graves qu'une bêtise, à moins que

ce ne soit une querelle d'allemand en français. Plusieurs tiennent que c'est une querelle d'allemand; qu'on veut la guerre pour secouer les ennuis du régime parlementaire, et qu'on a ridée qu'il faut noyer les avocats dans les eaux du Rhin et de la Sprée. On croit que le souvenir de Sadowa devient insupportable et que le bruit du canon tout seul peut couvrir cette profonde et secrète humiliation pour son auteur. Quoi qu'il en soit, nous sommes assurément dans une grande crise. Dans l'autre plateau de la balance sont tous les intérêts de l'Europe si engagés les uns dans les autres par l'esprit de commerce et d'entreprise. Ces intérêts vont sans doute crier comme des aigles et peut-être plus haut que les aigles. On me dit pourtant que, jusqu'à ce moment, ils se bornent à un silence étonné, du moins en France.

Lisez-vous beaucoup de journaux du gouvernement? Dans leurs diverses nuances, presque tous sont pour la guerre et enveniment de leur mieux les griefs.

Ceux qui sont ou qui font les entendus dans les choses de guerre, disent que nous avons une vingtaine de jours d'avance sur les Prussiens pour nos préparatifs et qu'il est du bon sens de se mettre en route sans plus tarder.

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Sans compter les gens hardis, tous les gens timides sont pour la guerre. Vous souvenez- ,vous du temps où nous disions d*un grand homme d'État qu'il tremblait la guerre. Le pauvre homme est mort depuis longtemps, mais de son temps nous n'avions pas occasion de compter sur nos doigts et de nous demander si les Prussiens ne pourraient pas par hasard être à Paris dans un mois.

Quoi qu'il en soit, la fortune en veut au gouvernement parlementaire; dès qu'il fait mine de commencer à se tenir sur ses pieds, elle lui jette un bâton dans les jambes et lui donne un coup de massue sur la tête.

A M. P0IR80N

Paris, 7 août 1870.

Mon cher ami, je ne sais pas si le Journal of^ /icielYons sera parvenu. Jusqu'à présent nos affaires ne sont pas brillantes sur la Sarre. Le maréchal de Mac-Mahon et M. le général Frossart ont dû céder à l'ennemi, qui est sur le territoire français. Paris est en état de siège et les Cham^

bres convoquées pour jeudi. J'espère que ces mesures extrêmes n'annoncent pas un péril extrême. Les ministres ne sont pas incapables de perdre la tête mal à propos.

Je comptais partir demain, et je partirai si les événements publics ne sont pas ici trop menaçants, auquel cas je resterai pour donner des nouvelles de l'armée à ceux qui y ont leurs enfants.

AU MÀBIB.

22 août 1870.

Nous sommes depuis le 18 sans nouvelles de M. Bazaine, et sans doute la rupture des fils du télégraphe explique la chose. On ne peut s'empêcher néanmoins d'être troublé de ce silence. Les lettres des officiers qui racontent l'afîaire du 16, montrent que le roi de Prusse est bien peu véridique en s'attribuant la victoire. Les Français ont fait là des prodiges de hardiesse et traité les Prussiens comme aurait fait l'Ange exterminateur. Nous avons perdu beaucoup de monde, mais infiniment moins de monde qu'eux. Qu'est-ce qui suivra ces batailles de lions? Nul

n'en sait rien. Paris a un très-grand «dr de calme et de résolution. Il va être armé, ainsi que ses forts, de pied en cap.

Nous avons de bonnes nouvelles du jeune officier jusqu'au 17. Il a été à tous ces combats des 14, 15, 16, 17, et a chargé avec son escadron qui fait partie de l'armée à présent. Mais il n'y a pas beaucoup de sécurité pour le lendemain dans ces extrémités. Il y a, dit-on, une vallée étroite de ce pays tragique où les morts sont restés debout, faute de place pour tomber !

J'ai écrit à Saint-Marc que notre jeune soldat avait vu Barthélémy certainement le 14. Les lettres qui viennent de là se perdent si aisément que Saint-Marc peut être sans nouvelles longtemps, comme on l'avait été ici.

Nous voilà donc avec une invasion, la perspective et peut-être la nécessité d'un changement de pouvoir, et vraisemblablement aussi une sorte de guerre civile contre la classe spéciale de gredins dont parle l'ordre du jour du gouvernement de Paris.

Il y a deux mois, nous étions dans un vrai paradis en comparaison, et il a suffi d'une demidouzaine de misérables flatteurs, et d'autant d'idiots, pour nous jeter dans ce trou sans fond.

J'ai toujours dit qu'il est bien difficile de faire une philosophie de l'histoire.

Dites-moi, mon cher ami, si vous restez comme l'an dernier jusque vers le 20 septembre? Ceci n'est pas pour retarder ; car je pars dès que je serai en état de braver un courant d'air. Les pauvres soldats du Rhin n'ont pas peur des courants d'air!

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