M. CH. GAVARD
Paris, 21 mars 1871.
Je ne sais pas, cher monsieur, si ma lettre
566 LBTTRES.
VOUS parviendra, car on dit qu'il ne part pas de courrier de chemin de fer aujourd'hui de Paris, — je n'ai pas pu encore vérifier le fait. En tout cas, il faut hasarder bien d'autres choses qu'une lettre par le temps qui court Nous pouvons nous vanter de voir des choses que nos devanciers n'ont jamais vues.
Paris est au pouvoir des gens de Belleville et de Montmartre. Il est difficile jusqu'à présent de voir ce qu'ils feront dans les jours rapides qui leur sont déjà comptés, mais ils peuvent faire encore beaucoup d'abominations. Il n'y a rien de nouveau depuis la mort du général Clément Thomas et du général Lecomte, du moins rien que nous sachions, — mais cela peut compter, malgré la légèreté avec laquelle en parlent les rédacteurs du Journal Officiel de Paris.
La séance d'hier de l'Assemblée nationale qui siège à Versailles, ne me plaît pas beaucoup. On n'y sent pas ce courant puissant qui rompt les obstacles.
C'est drôle d'être dans un monde où il est bien difficile de reconnaître la main du grand géomètre, et où les hommes du moment ne témoignent pas de beaucoup plus de dessein visible. Les volontés sont si faibles, qu'on dirait que c'est le hasard qui les pousse. Non consilia a casJi différa.