A M. A. DR BROGLIE
Paris, 25 août i84'5.
Je conjure M. Raulin défaire tous les jours une petite chronique de Rome. Ce sera une charmante lecture à faire pour nous à son retour, pour nous, qui ne parlons que de députés et d'élections... Je commence à en avoir assez du récit détaché de tant d'infractions à la loi électorale. Je voudrais regarder Rome du haut du Quirinal, mais je ne puis prétendre à voir Rome de longtemps, pour une douzaine de raisons... Je ne comprends pas pourquoi tu laisses, comme tu le dis, M. Raulin s'engourdir dans la contemplation, restant à votre balcon à ne rien voir que le bleu de l'air et les oiseaux qui s'en vont vers les Marais Pon tins... Oublie-t-il que l'em-
perour, dès l'arrivée en Egypte, dit à M. Denon :
<c Allez voir les Pyramides; on ne sait pas ce qui
peut arriver, » et, si M. Denon ne s'était hâté, il
a*8,ur^it pas vu les Pyramides. Il vaut mieux
rêver après avoir vu, qu'avant. C'est une rêverie
plixs féconde. Il aura tout le temps de se livrer à
la oontemplation quand il sera de retour à Paris
et^ qu'en hiver, il sera renfermé dans les replis
dorés de son paravent chinois. Qu'est-ce que
c' est que cette façon de manger peu et de digérer
lentement? L'esprit est comme l'estomac des
ctistmeaux qui mangent et boivent de provision
pour la traversée du désert. Rien ne s'arrange
q^à. la longue dans Tintelligence et la prétention
d^ mettre chaque jour les choses à leur, place
définitive est une perte de temps puérile. Cela
^^^ veut pourtant pas dire qu'il doive courir nuit
^^ jour au risque d'une fluxion de poitrine ou
^*u.xie fièvre chaude, mais, je le vois d'ici, après
^ï^o course à Saint-Pierre, ne voulant pas aller
^^ Colisée jusqu'à ce qu'il ait trouvé dans son
^ï*>reau un emplacement où Saint-Pierre, avec
^^ï^ dôme et sa croix, se développent à l'aise, à
l'^t^ri du vent. Les douze volumes de Fleury
s^^t, assurément aussi, une agréable lecture,
îD-^is Fleury sera toujours là, et non pas le Pala-
iVo ou l'Aventin. Quoi que vous pensiez tous du