‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 9 sur 81 · II · texte numérisé non relu

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Beau, je ne trouve pas boa que Ton traite aussi cavalièrement les Martyrs de M. de Chateaubriand. Parce que Fleury est simple, un peu lent et fort long, ce n*est pas une raison pour se moquer de M. de Chateaubriand. M. Raulin en veut autant à Eudore et Cymodocée que le tigre qui fut lâché contre eux dans Tamphithéâtre. Non bis in idem... Nous ne savons du détail de votre vie que vos insolences contre M. de Chateaubriand. Si vous voyiez le pauvre homme qui ne peut plus marcher et qu'il faut porter dans le salon de madame Récamier, qui, elle-même, est presque aveugle, vous ne seriez pas si acharnés contre les Martyrs. C'est ce tête-à-tête qui est une vive image des tristesses de la vie à son déclin. 1\ n'y a pas beaucoup d'années qu'il n'y avait rien de si éclatant sous le soleil que l'imagination de M. de Chateaubriand et la beauté de madame Récamier. Aujourd'hui, qui les verrait assis tristement l'un devant l'autre, à la lueur d'une lampe qui éclaire à peine ce salon, ne se douterait guère de ce qu'ils ont été. M. Raulin a tort de prendre ce moment pour jeter des pierres dans leurs fenêtres.

A M. RAULIN

Gurcy, 24 septembre l84d.

on cher ami, votre lettre du 3 septembre est

admirable lettre... Vous avez donc montre au

er donné à M.leprincede Joinville qu'une âme

arrière est maîtresse du corps qu'elle anime

qu'il s'agit de faire sa cour aux princes de

xnonde. J'ai raconté à Albert ce qu'on dit ici

votre entretien avec le jeune amiral sur la

sique et la peinture. Je n'y reviendrai pas,

vir ne pas tomber dans les répétitions... Que

"VOUS dise donc, hors de propos, que vous écri-

z comme un chat. Vos principes s'étendent à

votre écriture, ce qui est simple, en un sens,

\^a.isque l'écriture est une sorte de peinture,

m3.is je vous en conjure, gardez cette écriture

bamaine dont vous faisiez usage autrefois... A

quoi sert-il d'écrire de manière à me donner une

inflammation aiguë des yeux, à moi qui ne veux

pas perdre une ligne de ce que vous me dites ?

pu reste, je conviens que ce n'est pas trop payer

vûsvues de Rome. Que n'étais-je à côté de vous

lorsque vous avez prêché le cardinal Gazzi sur

la musique et, au moment du dessert, alors que vous demandâtes la permission de chanter quelque chose selon le mode ambrosieni Vous avez agi prudemment en ne réclamant ces retours aux premiers siècles qu'après qu'on aura pourvu aux plus pressantes nécessités de la politique. Je suis mille fois de votre avis sur la manière de regarder les choses. — Vous dites bien, il ne faut pas se hâter de juger. Les impressions qu'on a laissées dormir cinq ou six mois sont les meilleurs juges; le reste est du pédantisme. En jugeant sur-le-champ, avec les principes qu'on apporte, on risque de garder ces principes et de perdre l'instruction nouvelle qui sort de la vue des objets nouveaux. Vous parlez avec beaucoup de vivacité de votre nouveau jugement sur la superstition des petites pratiques en fait de religion. Vous savez que je n'y ai jamais eu beaucoup d'objections et que je les tiens pour parfaitement d'accord avec la constitution humaine. Nous ne nous querellerons pas beaucoup sur ce sujet. Même, à dire vrai, je suis étonné que ces habitudes tournent assez mal aux peuples qu'elles dominent. J'aurais cru, a priori, que tout ce qui entretient l'idée de l'invisible dans le monde est un bon acheminement à une civilisation élevée. Le mal qui nous travaille de ce

côte-ci des montsi est précisément la difficulté de croire à l'invisible. C'est la vraie maladie qui doTnxie aux arts d'aujourd'hui l'air rachitique. On 1:1e peut plus dire de la peinture : Ei cœlo terrcz^ €)st€ndit^ et œthera terris. Une croyance déterizninée à ce que l'œil ne voit point fait conver^er sur ce point tous les rayons de l'imagii:i€Ltion, et le Jupiter invisible que le regard n*CLt teint pas sur les hauteurs de l'Olympe est pou.r*tant un modèle supérieur pour Phidias et fa.it le Jupiter olympien. De notre temps, on ne voit rien dans la profondeur des cieux qui fixe la pensée, et l'idée de l'infini enfle nos conceptions et rie nous éclaire point... Il est bien possible q^io ^ depuis quelque temps, le Diable habite le n^onde sous la forme de V utilité. Il a pensé, dans s^ rnalice, que c'était le plus mauvais tour qu'il pût jouer au Beau. Il est vrai qu'il se promène erioore de temps en temps sur les grandes voies ^^xxiaines sous la forme d'une demoiselle d'Al- *^^ï^o ou de Genzano, mais c'est pour surprendre ^^^elques âmes d'élite que ne séduisent point les Disses vues de l'utile. Encore est-on bien attrapé. ^^ moment du plus vif éblouissement, survient ^^^ lionnête moine mendiant qui propose à l'âme ^ élite une visite dans une église ignorée qui recel© quelque grande mosaïque, et l'âme d'élite

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revient aux pensées sévères. Le père de tout mal

ff

s'était dit dans sa fureur :

Porsitan illam Perducant aliquœ stabula ad Gor^nia vaccœ.

Eh bien, pas du tout, et il suffît d'un moine mendiant pour dissiper ces prestiges, et l'on ne va pas du côté de Gortyne et l'on revient le soir le cœur un peu triste, mais satisfait cependant d'avoir échappé au piège. Personne ne me parle plus depuis deux ou trois lettres de l'aimable dame de la villa Âldobrandini. Je suis plus curieux de ce qui la concerne que du discours que les révérends pères jésuites ont fait le jour de leur Académie. C'est une drôle de race. Il est bien singulier qu'ils soient les enfants de ce don Quichotte de Saint-Ignace. On aura changé en nourrice les fils de cet excellent et singulier homme. Pourquoi me demandez-vous si j'ai vu les cryptes de Saint-Pierre? Sans doute, et tout en parcourant ces souterrains, qui ne sont pas tristes, j'entendais les psaumes chantés dans l'église supérieure. Il me semblait que tout cela c'était le demi-jour et le demi-bruit qui arrive encore à ceux qui sont dans les tombeaux. C'est une jolie idée d'avoir gardé cette humble église sous les magnificences du nouveau temple. Nous

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ferions pas de ces choses chez nous où Ton "t toujours toutes choses nouvelles. Nous avons n des guenilles, mais point de vieilles choses, ime les vieilles choses proprement consers. Vous voyeiç que, par de certains côtés, je hais pas les traditions. Je m'aperçois que je vous dis rien de Paris. C'est tout au plus s'il encore un Paris. Ici, on mène une petite vie deste et agréable : on parle de vous autres qui ne songez guère à des paysans de

A MADAME LA PRXNCESSR TjK BROQLIB.

Paris, 15 octobre 1846.

6 me figurais, madame, que je serais fort en ère si je recevais une lettre de vous. Je pénis que je serais indigné de vous voir manquer 'toutes nos conventions. Le fait est pourtant j*ai oublié, tout en la recevant, que vous ^^iez promis de ne pas vous fatiguer à écrire. Il ^t vrai que votre lettre a l'air vif comme les oiseaux de l'air, et cela éloigne toute idée de fa-

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