III
coup de pistolet, ce qui est fort différent pour les deux capitaines sur qui on n'ai pas tiré du tout et ce qui n'est pas différent quant au vote des fonds secrets qui demeurent votés comme si nous avions tiré trois coups de fusil. Il sera bien habile et aura une grande sagacité Thistorien qui racontera clairement les trois mois qui viennent de s'écouler. Celui qui pourrait me dire aujourd'hui ce qui arrivera demain seidit aussi un homme assez intelligent.
Je ne veux plus d'un monde où tout change, où tout passe,
aussi ne sais-je oii aller. Si j'étais paratonnerre, je ne chercherais pas à attirer M. Raspail, ni M. Barbes , ni M. Blanqui, ni M. Proudhon, l'ennemi particulier de Dieu.
Au reste, dans la séance d'aujourd'hui, M. de Lamartine, répondant aux réclamations de M. Raspail, a déclaré que c'était purement au figuré qu'il avait prétendu être un paratonnerre, et que, en parlant ainsi, il n'avait nullement entendu blesser M. Raspail, M. Barbes, ni M. Blanqui dans leur honneur et leur considération. Je m'en rapporte à M. de Lamartine, mais je ne sais pourquoi il a voulu leur soutirer leur électricité. Dans la séance des fonds secrets d'avant-
hier^ le paratonnerre s'était brusquement transformé en un simple aimant pour attirer à la Commission executive les sommes nécessaires à surveiller les ministres à qui elle a donné toute sa confiance. C'est un joli phénomène d'électro-magnétisme que d'attirer des millions en espèces d'or et d'argent. Toute la physique de M. Arago n'en serait pas venue à bout. En temps ordinaire, je croirais que la commission du pouvoir exécutif, battue si outrageusement sur l'exil de Louis Bonaparte, va renvoyer sa pourpre et ses faisceaux au président de l'Assemblée nationale; dans ce temps extraordinaire, il est probable qu'il n'en sera rien. Les grandes vertus républicaines ne connaissent pas les petites susceptibilités du point d'honneur; d'ailleurs, M. de Lamartine croyait avoir entendu partir trois coups de feu ; c'était là ce qui l'avait déterminé à dresser la veille le décret d'exil; maintenant, il est prouvé qu'il n'en était rien ; eh bien, la commission ne s'en fâche pas ; elle garde ses fonds secrets ; l'Assemblée nationale garde ses convictions; et tout est dit, et vive la République !
Ce n'est pas que nous soyons tyrannisés ici, au moins. On y vit dans une fraternité fort polie. S'il y a des Raspail ou des Barbés dans le canton,
ils ne se montrent pas encore, et, n'étant point paratonnerres, nous ne cherchons pas à les attirer. Le soleil se lève dans la grande allée de la forêt et se couche derrière la maisoa de M. Louvel comme par le passé. La nature n'a pas l'air de savoir que M. Ledru-Rollin règne sur nous. Elle n'a rien changé à ses habitudes. Poursuivez-vous vos travaux accoutumés? On dit qu'en lisant l'histoire sainte vous trouvez que nous sommes revenus au temps de Babel. Personne n'est capable aujourd'hui de faire le rez-dechaussée de la tour de Babel. Tous les ateliers nationaux ensemble ne feraient pas la besogne de dix ouvriers de ce temps-là. Je ne crois pas non plus qu'ils se dispersent faute de s'entendre, comme on fit alors, mais, pour M. de Lamartine, il pourrait assurément être professeur d'éloquence à l'université de Babel.
15 juin. — Albert est à Paris depuis hier ; j'espère qu'il n'aura point trouvé un trop grand désordre. Au récit des journaux, il n'est pas aisé de se promener paisiblement par la ville. C'est un rude métier que l'extrême liberté. On n'a pas un instant de repos, et nul ne peut faire sa volonté, à moins qu'il n'ait la volonté de mal faire. Avez-vous approuvé la loi sur les attroupements et la loi sur les crieurs pu-
TdHcs? Je compte que nous aurons une loi sur les banquets. J'en suis d'avis. On a beau faire et beau pirouetter, il faut en revenir un jour ou l'autre au centre de gravité. Les républiques mêmes ne sauraient, un jour ou l'autre, se passer d'un peu de bon sens.
A MADAME LA BARONNE DE LASCOURS
Broglie, samedi 17 juin l84i.
Chère madame, ces bonnes nouvelles de Lascours nous font grand plaisir. Vous êtes contente de votre petit nid dans les montagnes ; vous vous portez tous bien, même M. de Lascours qui n'y est pas plus sujet que moi; vous n'entendez que de très-loin le bruit des partis qui se heurtent et se menacent, heureusement sans en venir aux mains. On se compte, et ceux qui se sentent les moins nombreux vont se coucher, attendant que la majorité passe de leur côté le lendemain. Après tout, il serait souverainement absurde de s'égorger quand personne, excepté deux ou trois mille bandits, n'a le moindre motif d'en vouloir à la vie de qui que ce soit. Je suis seulement
fâché que M. Joly, dans vos contrées, ait ériger en crime un petit doute innocent sur la grandeur et la stabilité de la République. Pour sa stabilité, je n'en sais rien, et il me semble que Louis- Napoléon frappe à la porte avec un mélange de force et de discrétion qui pourrait déterminer à le laisser entrer. Pour la grandeur de cette même République, je ne vois presque personne qui en soit ébloui. Un M. de Fourmont qui voyageait en Grèce vers le milieu du dix-huitième siècle, Je crois, écrivait à Paris : «J'ai employé quarante ouvriers à détruire tout ce qui restait de l'ancienne Sparte. » Ce M. de Fourmont n'était pas pour cela un très-grand homme. Le gouvernement d'aujourd'hui, si ce nom de gouvernement n'est pas bien pompeux, fait comme M. de Fourmont. M. Joseph de Lascours doit vous écrire que Paris n'a pas bon air. On dit qu'il commence à ressemblera un grand village d'Orient un jour d'émeute. On ne nettoie pas même les dehors de la coupe et du plat. La ville est d'une malpropreté révoltante. Je ne sais ce qui arrivera de cet épisode de Louis BonapartÎB... La démission qu'il vient de donner afin, dit-il, de ne rien troubler dans son pays, ne lui fera assurément point de tort. C'est une déclamation bien placée... L'Évangile dit que l'homme ne vit pas seule-
ment de pain. C'est bien vrai. Il vit aussi de déclamations, mais les médecins remarquent qu'à ce régime il décline et maigrit à vue d'œil. Je ne me porte pas garant de cette manière de voir qui pourrait bien être un peu séditieuse.
Tout le monde va bien, mais on est terriblement éparpillé.
Lxviii:
A. M. RAULIN
Broglie, dimanche 17 juillet 1848.
A peine arrivés, voici que je vous écris. Ce n'est certainement pas pour vous donner des nouvelles, sinon que nous arrivâmes hier au soir en bonne santé, chacun selon ses forces, et sans avoir été ni broyés par le chemin de fer, ni culbutés par la diligence, ni égorgés par aucun élève de Proudhon ou de Pierre Leroux que nous aurions pu rencontrer au coin d'un bois. Du pays dont je vous écris il n'y a point de nouvelles. Les petites centaurées, les verveines^ les héliotropes y sont en fleurs comme les autres années et les écureuils montent et descendent dans les arbres sans demander ce qui se passe à Paris. Pas un seul n'est abonné au moindre jour-
nal. Pour le dire en passant, croyez-vous qu'il y ait des commotions sociales parmi les bêtes de Tair^ ou des champs, ou des eaux ?^ Cela serait bien possible et j'en serais fâché ; il plaît plus à mon imagination que les écureuils vivent aujourd'hui ainsi qu'ils vivaient dans les dômes des bois d'Eden, mais je vous ai dit déjà qu'à une époque assez voisine du temps où nous vivons, une race de rats plus forts que ceux qui habitent parmi nous étant venue, par aventure, sur un bâtiment de commerce qui arrivait des grandes Indes, a chassé toute Tancienne population des rats qui avaient vécu sous nos anciens rois. On ne retrouve plus aujourd'hui la vieille race que dans des fermes isolées. Ce ne sont plus les rats qui rongeaient les manteaux des chevaliers du moyen âge. Demandez à quelque professeur du Jardin des Plantes ce qu'il en pense.
Quand je dis que tout est tranquille ici, j'ai tort, car les hommes, sinon les betes, y étaient fort soucieux de ce qui devait arriver à Paris le 14 juillet. Le bruit courait partout qu'il y avait eu du bruit dans la capitale, et, au passage de la diligence beaucoup de petits propriétaires étaient sur le pas de leur porte attendant leur journal, pendant que leurs vaches paissaient paisiblement
dans leur pré sans se douter qu'il y eût au monde un Ledru-Rollin ou un Louis Blano qui veulent recommencer l'univers sur un meilleur modèle. Cet empressement à savoir ce qui se passe à Paris est un signe habituel des, temps malheureux. Aujourd'hui, on est naturellement bien aise de savoir si le petit champ où l'on a planté de beaux arbres ne sera pas, au soleil levant, la propriété de quelque soldat obscur de l'obscur Sobrier, Autrefois, du moins, c'étaient des vétérans de Sylla ou de César qui prenaient la maison de Virgile; à présent, ce sont des vétérans de Sobrier qui menacent la maison de Victor Hugo. Les temps déclinent de toute façon.
On vous regrette fort. Comment avez-vous quitté les acacias d'ici pour les conseillers d'État de Paris ?Savez-vous que nous avons rencontré les voyageurs de Saint-Aubin au débarcadère de Saint- Pierre -de-Louviers? Nous avons, à notre grand étonnement, vu ces deux oiseaux voltiger autour des wagons. Nous nous sommes empilés tous dans cette diligence que vous savez. Le pauvre Albert a voulu monter sur l'impériale ; il y était en nombreuse société: un vétérinaire, élève de l'école d'Alfort, très-mal appris et débitant des sottises socialistes qui ont déterminé le conducteur à le mettre à pied sur les
chemins ; un garde municipal qui rentrait dans ses foyers, ^rand et bel homme, car c'était le tambour-major lui-même de la garde municipale; il n'aurait fait qu'une bouchée du petit vétérinaire socialiste ; une vieille femme qui déménageait tous ses vieux meubles: cage à poulet, poêle à frire, édredon de plumes de poules, un bois de lit ; et enfin une foule d'autres citoyens parlant politique à tue-tête et assez sensément. J'ai des nouvelles de Suisse. On avait dit que le chef du gouvernement, M. Druey, était mort ; mais c'était heureusement un faux bruit. Cet homme éminent n'était qu'ivre mort. Il s'est réveillé de là en parfaite santé et a été rendu à l'amour et au respect de ses concitoyens. Nous aurions aujourd'hui aussi pour pasteurs du peuple des gens ivres morts sans la froide et longue épée de M. le général Cavaignac.
A M POIRSON
Coppet, 19 septembre 1848.
Mon cher ami, je veux vous demander des nouvelles de votre petite trinité avant que vous
rentriez dans le grand train des affaires universitaires et que vous recommenciez à veiller sur les directions de l'intelligence humaine qui n'est pas florissante en ce moment. Je tiens à savoir votre histoire privée dans ces derniers temps. En fait d'histoire politique, je la vois assez clairement par les journaux. Je ne vois rien là qui n'ait été prédit dès longtemps dans toutes les nosologies politiques. Les événements qui se succèdent prouvent assez bien que l'enseignement de l'histoire n'est pas une vanité. J'ai entendu décrire tout ce qui arrive, huit jours après la révolution de Février. Quand M. Ballanche méditait de nous donner une formule au moyen de laquelle on pourrait prédire toute la suite des faits politiques à venir , il se trompait peut-être sur sa propre capacité, mais il ne rêvait pas l'impossible. Quand le courant des eaux a acquis une certaine force^, il suit sa force d'une façon irrésistible, et il emporte avec soi tous les efforts des petites volontés qui s'agitent et se noient finalement. Un Bonaparte lui-même était obligé de regarder longtemps couler ces eaux débordées avant d'essayer des digues et des écluses. Cela n'empêche pas que, devant Dieu, il n'y ait un assez joli petit tas de coquins qui seront responsables à son tribunal des actes de
leurs libertés perverses, et aussi un certain nombre d'honnêtes gens à qui il sera tenu compte de leurs bons vouloirs ; mais le boulet suit sa route, et ce ne sont pas nos petites mains qui l'arrêteront. On peut empêcher et surtout on peut ne pas faire les révolutions ; seulement, une fois que la détente est partie, le projectile suit les lois de la parabole et casse les bras et les jambes qu'il rencontre, suivant des règles fixes. A quoi ai-je la tête de vous dire mes pressentiments sur des faits déjà accomplis pour vous? C'est là l'effet des distances :
Le moment dont je parle est drjà loin de vous.
Votre passé est encore notre avenir. Tout ce qui accélère les communications ôte aux hommes l'occasion de dire bien des sottises. Nous ne saurons ces élections que dans trois ou quatre jours. Je ne sais pourquoi je m'y intéresse, dans le point de vue à peu près fataliste où je suis en ce qui touche la première impression des révolutions. On a beau être fataliste sur ceci ou sur cela par raisonnement, l'instinct, qui n'est qu'une bête, est pourtant le plus fort ; par instinct je suis curieux comme une chouette de tout ce qui se passe à Paris ; j'écoute ce que dit même M. Ledru-Rollin, et je lis même les jolis morceaux do
philosophie, d'économie politique, de morale, de statistique, qui servent de préface à la Constitution. Ce n'est pas une préface à l'Encyclopédie, c'est l'Encyclopédie qui sert de préface à la Constitution. Ces encyclopédistes-là n'ont pas l'esprit qui animait ceux du dix-huitième siècle. Il faut néanmoins convenir que le droit au travail n'y est pas posé avec llnsolence que montraient au début les défenseurs des absurdités nouvelles ; il a dégénéré en une exhortation à la République de secourir les affligés. Je fais comme vous faites probablement^ mon cher ami, je vis souvent bien loin de ces misérables temps où nous sommes, me promenant dans les champs du passé. Je viens de passer cinq ou six jours dans le cloître de Port-Royal des Champs que nous raconte M. Sainte-Beuve. L'espèce humaine est d'une inépuisable variété puisqu'elle produit, à seulement deux siècles de distance, la fixité des idées de M. Arnauld, de M. de Maistre, de M. de Sacy, et ce tourbillon de fantaisies contradictoires qui passe en agitant cette harpe éolienne qu'on nomme M. de Lamartine. Je ne m'attendais pas qu'un temps viendrait où ce peu dejour qui entre à travers les vitraux de la petite Église de Port-Royal me paraîtrait plus agréable que ce grand soleil de la liberté de
pensée. Mais il est certain que ce grand soleil a dévoré les idées; ce ne sont plus que des feuilles mortes, avec lesquelles joue le premier souffle d'air qui s'élève. L'intelligence affranchie de toute entrave est devenue comme le Juif errant, marchant toujours et n'ayant jamais plus de cinq sous dans sa poche; ne pouvant s'arrêter nulle part, elle ne s'attache à rien, velut mnhra^ sicut nubes. Il ne restera bientôt plus dans ce temps en fait de talent que le talent de critique ; celui-là gagne à l'impartialité et à l'étendue de l'esprit; mais cette impartialité aussi va tourner, en s' exagérant, à l'indifférence ; cette étendue, en s'accroissant démesurément, ne sera plus que le vide; et à force de n'être que des spectateurs, de n'éprouver rien pour notre propre compte et de tout juger sans rien croire, nous perdrons même la règle des jugements, et comme Perrin Dandin nous deviendrons simplement fous de la fureur de juger les autres. Les conseils de guerre ne sont pas encore fous ; ils décident les affaires avec une sévérité utile et mesurée pourtant. On dit que vous allez envoyer par la France des commissaires du gouvernement autrement choisis que ceux de M. Ledru- Rollin. Il ne suffit pas qu'ils soient autres, et je crois qu'on ferait mieux de n'en point envoyer
du tout. On va créer quatre-vingt-six petits foyers d'agi' ation autour de la grande fournaise de Paris. Tout cela n'est pas pour rendre Tair plus doux et plus respirable
A MADAME d'hAUSSONVILLE.
Coppet, 23 septembre 1848.
Ne pourriez-vous pas venir tous passer l'hiver de ce siècle au bord du lac? Je suis convaincu qu'on aura bien peu d'occasions de filer des jours d'or et de soie sur les rives de la Seine, ou du Loing, ou de la Marne , durant la mauvaise saison. La République est un enfant violent et trèsdifiîcile à élever, qui deviendra encore beaucoup plus méchant au moment du sevrage. Quand la nourrice n'aura plus de lait, ce sera une grande affaire, je vous jure. Voilà;, en attendant, que l'État demande tous ses conseils généraux pour causer avec eux de contributions directes, et probablement M. de Broglie partira le l^"" du mois prochain, pour régler dans quelle proportion chacun doit contribuer au bien public. N'étant point membre d'un conseil général, je crois
que je resterai encore ici quelque peu. On nous assure que Paris a nommé pour ses représentants M. Tlioré ou M. Raspail, et certainement le prince Louis Bonaparte. Ce prince a l'air d'être devenu l'amour du genre humain qui n'y pensait pas il y a six mois. L'aigle, ou plutôt la linotte impériale, vole de clocher en clocher. On a bien raison de dire que, si le cœur est vide, le premier venu y rentre sans difficulté. Je ne crois pas pourtant que la France passe du côté de sa gloire de quelque temps, mais il pourra diviser, s'il ne peut unir, et qui ne peut pas faire le bien n'est pas incapable de faire beaucoup de mal. Reste à savoir si l'Assemblée laissera cet aigle percher sur les bancs du palais national et démocratique. Reste à savoir si M. le général Cavaignac supportera qu'il y ait quelqu'un dans la Chambre qui puisse dire incessamment : Mon oncle de Marengo par ci, mon oncle d'Austerlitz parla; et cela, avec la prétention d'être l'héritier de cet oncle. PourToncle de M. Raspail, c'est le démon lui-même, et, s'il est difficile, il n'est pas impossible de vivre en paix momentanément avec cette famille, d'autant qu'il est, si je ne me trompe, dans le donjon de Vincennes (non pas le démon assurément, mais M. Raspail). J'ai reçu l'autre jour une lettre de M. d'Hausson-
ville qui me dit qu'il est occupé à peindre trois grands tableaux pour la chapelle de M.Buloz. Ce M. Buloz parle des personnes de ce monde avec une liberté qui sent le libertinage!... Le mieux, cependant, est de ne rien écrire par ce temps-ci. Noé, ou ses enfants, auraient bien vainement publié des brochures plus ou moins acérées à l'époque du déluge. Il n'y a pas de brochures qui puissent servir de digue aux eaux de l'abîme. L'esprit nouveau^ ou, si vous voulez, la bêtise nouvelle, se nomme légion et ce genre d'esprit ne peut être conjuré avec une plume et de l'encre. Le plus sensé est de se tenir dans l'arche, quand on a une petite arche à soi, d'y parler entre soi des choses éternelles et d'ouvrir de temps en temps la fenêtre pour regarder si l'on voit quelque cime de montagne qui pointe sous les eaux. C'est, du reste, ce que vous faites. Vous vivez depuis quinze jours dans une arche où il n^ a que des gens d'esprit. Vous trouverez vousmême que le temps y a passé comme un éclair. Je vous vois de loin dans le iund du tableau du Décaméron de Winterhalter, mais un Décaméron irréprochable, bien entendu, où les figures sont beaucoup plus aimables et les discours beaucoup plus sérieux. Je ne soupçonne pas mêmeM.de Viel- Castel de trop de liberté dans son langage. Est-il