‹ Mélanges et lettres (volume 3)Chapitre 13 sur 38 · III · texte numérisé non relu

III

178 LBTTRBS.

damme, et vous dites que c'est à cause du profil vraiment byzantin. Vous savez que vous avez pris avec moi l'engagement de me décrire tout ce que vous verrez et de me communiqijer fidèlement toutes vos impressions. Je compte sur l'Italie pour vous guérir un peu de votre extrême fureur pour l'extrême simplicité. Après cela, peut-être bien que vous ne pensez pas du tout aux arts pour le moment et que vous regrettez de n'être pas dans votre cabinet de là rue Las- Cases par un petit temps frais. Les écrevisses mises dans l'eau bouillante font, saps doute, peu d'esthétique. Comment aurez-vous trouvé cet aimable petit ménage dans sa villa Âldobrandini?Ils valent bien les Thermes de Caraoalla ou les restes de la voie Âppienne.

Eh ! bien, avez-vous lu ces romans de Walter Scott qu'il a fallu vous faire emporter par violence, tant vous êtes d'une génération perverse? Je conviens que la meilleure place pour les lire n'est pas dans les plaines de l'Italie. Ce sont un peu des tableaux flamands ; le jour qui éclaire ces pages est un peu terne et les passions y sont civilisées à l'excès, mais les honnêtes gens ont tort d'aimer autre chose. Walter Scott est un fermier d'une imagination heureuse, abondante et bienveillante. Son jardin, ses poules, seschiens.

ses canards, les arbres de ses collines, tout cela lui parle un langage poétique qui, sans doute, n'est pas tout à fait celui dés sphères célestes, mais parmi tous ceux qui prêtent Toreille au bruit des sphères célestes, combien y en a-t-il qui entendent autre chose que des sottises, non par la faute des sphères, mais par la leur? Pour un Pétrarque ou un Mil ton que vous rencontrez dans le pur éther cherchant les types éternels qui y habitent certainement, combien ne rencontrez*yous pas d'ivrognes qui ne savent seulement pas où ils vont, ni quoi ils cherchent !

Ne me demandez pas des nouvelles de Paris. Vos persiennes sont fermées sur cette place Bellechasse; voilà tout ce que je sais. Hier, en passant par ces quartiers vers onze heures, j'ai cru voir une lumière dans votre appartement, mais c'était à l'étage inférieur. Je me demandais déjà ce que je devrais faire si je voyais ainsi votre demeure hantée en votre absence. N'allez pas prendre le frisson à l'idée qu'on dévalise vos armoires et votre secrétaire. J'ai envie de vous en donner la peur pour vous faire revenir; mais vous êtes capable d'oublier tout pour les peintures de la Farnesine. Puisque vous avez lu les Martyrs^ souvenez-vous qu'Eudore s'écrie quelque part : a Dans ces courses d'une curiosité

dangereuse Thumble église des chrétiens était oubliée. » On dit que vous épousez une Italienne. Je vous y exhorte. Les gens du Nord ne sont tout à fait ni des hommes ni des femmes. Nous avons tous, plus ou moins, le cou mince, la poitrine étroite et l'imagination fausse. Je n'ai jamais vu une Italienne passable que toutes les plus belles Françaises ne devinssent, à mes yeux, pâles comme la mort; nous nous attendons que vous reviendrez avec une belle dame qui aura l'air de Minerve ou de Junon et qui vous donnera un coup de couteau chaque fois que vous regarderez trop attentivement dans la rue la beauté qui passe et la grâce qui s'évanouit.

Adieu, mon cher ami. Toute plaisanterie à part, je désire que cette Italie vous fasse grand plaisir et grand bien à l'imagination. Il faut voir sans cesse de nouveaux spectacles, sans quoi l'on devient un peu stupide. Si j'étais bien portant, je ferais le tour du monde une fois la semaine et dans un sens nouveau chaque semaine. Je chercherais à connaître les hommes les uns après les autres ; mais, quand op ne peut pas faire ainsi, ce n'est pas la peine de vivre.

A MADAME d'uAUSSONVILLE.

Paris, mardi 10 août 1846.

Vous faites do jolies descriptions de Trouville. Je vois que c'est un lieu unique sur la terre, puisque la marée monte et descend avec le lever et le coucher du soleil , mais je persiste à croire que je ne suis pas assez de ce monde pour me risquer au milieu de toutes ces élégances des bains les plus à la mode de toute la France. Vous m'y verrez aussitôt que j'aurai vingt-cinq ans, une jolie figure, que je pourrai parler de chevaux, un peu de musique^ et que je saurai toutes les petites histoires qui courent à Paris. Il est vrai que je parle assez couramment de mon sellier, mais quand on me fait expliquer, je suis obligé de convenir que c'est l'homme qui a fait une muselière à mon chien. J'aimerais assez à voir les vagues se balancer au fond du couchant, sous le disque du soleil; je verrais avec plaisir des nuées de goëlands qui tournoient au-dessus des eaux, mais le beau monde qui s'abat sur un salon à l'heure où la nuit plane sur l'Océan ne me plaît pas du tout. J'ai toujours préféré les

hirondelles, les étourneaux qui vont en troupe» les pies qui vont deux à deux, à tous les élégants qui marchent ensemble ou séparément. J'ai du goût pour les bêtes des champs et des eaux ; je n'aime pas beaucoup les gens d'esprit des salons. Vous me dites qu'il n^ a personne à Trouville ; je suis persuadé pourtant qu'on trouverait bien encore à qui parler pour s'ennuyer. Je ne suis pas difficile, je suis sauvage. C'est une grande sottise à moi, aussi je m'en prends beaucoup plus à moi qu'aux autres de cette disposition. Je conviens même, quoi que j'en dise, que souvent les personnes qui me plaisent médiocrement quand je les rencontre en troupes, me plaisent assez prises une à une. La raison en est, sans doute, qu'on en vaut mieux quand on n'est point regardé.

Que fait votre mari depuis qu'il n'a plus rien à faire? Il doit se réveiller chaque matin léger comme l'air en ne se sentant plus ce cauchemar de six cents électeurs sur la poitrine et d*un petit roquet qui lui mordait les jambes. On ne voit pas encore ici beaucoup de députés. On dit qu'ils sont tous d'une fatigue extrême, comme des gens à qui on aurait donné cent coups de bâton. Les élections sont un exercice beaucoup trop violent; il y a même des départements où

LSTTRBS. 183

c'est un exercice dangereux. L'opposition, dans quelques collèges, semblait vouloir tordre le cou aux conservateurs. Aussi, elle demandera sans doute une enquête pour savoir apparemment pourquoi les conservateurs n'ont pas voulu se laisser étrangler.

Qu'est-ce que nous faisons? Nous passons nos soirées chez mademoiselle de Pomaret qui a ouvert tous ses petits salons. On y rencontre M. Anisson et M. de Viel-Castel. C'est tout le monde de Paris, à ma connaissance. Adieu, madame.

A MADAME LA MARQUISE D 'hARCOURT.

Garcy, 5 septembre 1846.

J'ai vu, il y a trois jours, M. de Lasteyrie et sa très-aimable femme. Ils s'en allaient pour une dizaine de jours en Angleterre. M. de Lasteyrie a bien fait de se préparer une vie privée agréable, car, pour le moment, la vie politique dans l'opposition n'est pas heureuse. Je reçois de Rome une lettre de M. Raulin, qui ne sait seulement pas s'il y a une Chambre des députés en France. Il a baisé récemment les pieds du Pape, et il en

est littéralement dans Tivresse. Il dit que c'est un grand Pape, du ton que prenait madame de Sévigné pour dire que Louis XIV était un grand roi, après avoir dansé le menuet avec lui. Il ne m'en paraît pas moins juger très-bien l'Italie, et ses lettres ressemblent beaucoup aux grandes églises italiennes qui étincellent de couleurs, d'or^ de lumières, de peintures, et où l'on se croit toujours dans un jour de grande fête. Il dit qu'Albert et sa femme sont très-aimés à Rome et aussi très-aimables. Je rêve un temps où tout le monde serait encore là et où, vous et les vôtres, vous y feriez un long séjour. C'est ainsi qu'il serait agréable de voir Rome. Je ne crois pas que j'aille jusque-là. J'ai tort, toutefois, car, ce qu'on doit faire quand on en est réduit les trois quarts du temps à une vie solitaire, c'est de courir le monde. Tout ce qu'on a vu de grand et de beau tient compagnie pour toute la vie, et, après les affections, le plus grand secret pour vivre à peu près content est de satisfaire la curiosité pour de grandes choses. Un être raisonnable, qui n'a ni femme ni enfants, devrait incessam* ment traverser les monts et les mers, aller voir la croix du Sud au fond du Midi, les Cyclades du côté de l'Orient, relire le Dante vers les côtes de Rimini et de Ravenne, commenter le Nouveau

Testament aui bord du lac de Génézareth et l'Ancieii Testament depuis le pays des Mohabites jusqu'aux vallées d'Hermon. M. deTalaru me paraît entendre très-bien la vie. Je crois pourtant qull n*a qu'une curiosité froide, et ces entreprises demandent un peu de cette folie émue qui fait comprendre je ne sais quoi dans le bruit du vent qui passe sur les lieux déserts, et le cri d'un oiseau qui a son nid dans les ruines d'un grand monument. Avec celte disposition, on peut être sûr d'avoir de l'agrément dans un voyage de long cours, si Ton se porte bien, et d'être, au retour, un être assez ridicule, si l'on fait un récit exact de ses impressions. Les gens sensés vous frappent dans la main et vous disent : a Très-bien, mon cher monsieur, vous n'aurez pas ma fille.» Mais voyez comme l'homme est, pour le moins, un être double ! Tandis que je vous parle ainsi sincèrement, sinon simplement, ce grand voyageur qui dévore l'espace, qui veut entendre les cigales par un grand jour d'été aux portes de Mycènes, dans un désert escarpé où, si loin que l'on regarde, on ne voit âme qui vive, ce même grand voyageur se demande si Étiolles n'est pas bien loin pour y aller demain en chemin de fer. Je crois qu'il se jure qu'il prendra la fièvre en route et qu'il deviendra

186 «LBTTRBS.

un ennui pour M. et madame de Sainte-Aulaire. Quel agrément dans la vie quand toutes les pièces du caractère et deTlmagination sont dans une si heureuse harmonie !

J'entends dlci le bruit des fanfares qui accueillent, à Bade, Tarrivée du duc de Montpensier. Si ce prince avait consulté mes convenances, il n'aurait pas retenu si longtemps M. de Langsdorff, que j'aurais tant voulu voir à Paris. Il est vrai que M. le duc de Montpensier a d'autres sujets de préoccupation que mes plaisirs particuliers. Il se marie bientôt, comme vous voyez. Le ministère en éprouve ici modestement une immense satisfaction.

A M. RAULIN

Taris, 17 octobre 1846.

Mon cher ami, je vois que Naples et tous les environs ont été secoués par un orage épouvantable et que beaucoup de monde a péri dans le désastre. J'espère que vous étiez tranquillement dans un bon lit durant ces agitations. Je ne vous remercie pas bien des charmants récits que je

VOUS dois« Je préfère de beaucoup vos dessins aux dessins de M. Âlligny ; je les mets au-dessus des tableaux du Poussin, quand bien même vous devriez en enrager. Pour moi , je ne puis vous envoyer qu'un petit traité de nosologie pratique. Tel été malade comme un chien à Gurcy; je ne savais que devenir par excès d'irritation nerveuse. Cela a duré sept ou huit jours et je suis venu à Paris où la pesanteur de l'air qui me convenait m'a assez bien remis. L'éther subtil de la campagne ne me convient pas. J'ai vu M. Rossi qui se flatte de vous arracher aux mains du garde des sceaux et de vous garder à Rome jusqu'à l'éternité. Je ne l'entends pas ainsi. Si vous ne revenez pas au terme fixé, j'écrirai une petite brochure contre les fonctionnaires qui passent leur vie dans les églises byzantines et autres, au lieu de s'acquitter des devoirs de la vie civile. Je deviendrai méchant et féroce comme un dogue. Voilà déjà bien longtemps que vous lorgnez les beautés de l'Italie. Il faut enfin revenir au bercail et vérifier des bulles, au lieu de contempler des horizons bleus et roses. Vous dites d'un air mélancolique : la vie est un voyage ; mais moi je vous dis qu'un maître des requêtes est tenu à la résidence. Dieu a fait les oiseaux pour voler par-dessus les dômes de Saint-Pierre

et tout à travers les campagnes de Rome, mais il a fait les maîtres des requêtes dans un autre but. Si vous étiez M. Alexandre Dumas, je trouverais très-simple que vous couriez le monde. Vous pourriez être alors chargé d'une mission pour l'Espagne et T Algérie ; vous asseoira la droite des princes dans des fêtes royales; marcher le premier dans Notre-Dame d'Atocha afin de donner au monde une grande idée de la France; mais vous n'êtes pas M. Alexandre Dumas, c'est moi qui vous le dis. Le génie seul a de pareils privilèges et vous n'avez pas le génie d'Alexandre Dumas. Les lettrés, comme dit M. Victor Hugo, tiennent une jolie place dans ce monde. Que sera-ce quand ils sauront parfaitement bien lire et écrire, comme il arrivera par suite du progrès do l'instruction primaire. Vous devez prendre beaucoup de plaisir à l'extrême simplicité avec laquelle on raconte le voyage de M. le duc de Montpensier dans les Castilles. Quoi qu'il en soit, lord Palmerston enrage un peu. C'est une chose inouïe que de voir l'audace de ces Français qui se marient sans son consentement. Je ne sais quelle sottise fera cet homme pour se venger, mais il fera certainement une sottise. Le méchant fait habituellement une œuvre qui le trompe; ainsi je crois que nous

LBTtRKS. 189

pouvons dormir au bruit de la colère de ce grand ministre ; enfin, s'il y a des fous, il y a des sages, grâces à Dieu. Votre Pape est un sage. Si tous les papes avaient valu celui-là, Thistoire de l'Église n'offrirait plus aux libertins l'occasion de faire des difficultés.

Je dois vous avertir que votre appartement a un peu changé de face ou, du moins, de perspective. A votre retour, vous verrez toute la place de Bellechasse enfermée dans une immense cloison. Vous verrez de grands amas de pierres vives ; vous entendrez le cri de la scie, le bruit des marteaux, les clameurs des ouvriers, Sainte-Clotilde s'élève majestueusement. Vous ne verrez plus l'image du monde qui passe, ni ce jour vif qui ne brille que pour s'éteindre^ ni cette verdure de jardins qui n'a qu'une grâce passagère et que le vent d'automne disperse par les rues. Vous aurez sous les yeux la figure grise et massive de ce qui ne passe pas. Il est peu de spectacles plus sains pour l'imagination à ce que je vous ai entendu dire. v

Avez-vous enfin vu Amalfi, Traniet toutes ces côtes si charmantes? Qu'est devenu le jardin de l'église des Capucins qui regarde du côté de Pœstum? Il est clair que c'est là qu'il faut vivre.

Adieu, mon cher ami. Revenez donc.

A.vez-vous vu la catastrophe de la pauvre ville de Genève? Le gouvernement qui périt dans cette bagarre peut bien dire ce qui est écrit à Salerne sur le tombeau de Grégoire VII : a J'ai haï riniquitéy c'est pourquoi je meurs en exil. » Les radicaux vont avoir la majorité et ce n'est pas une race pacifique . Cette histoire de Genève est lamentable, mais vous vous êtes peut-être endurci le cœur depuis que vous vivez dans les fêtes de l'imagination. Un beau tableau vous paraît sans doute plus important à conserver que le meilleur gouvernement. Les artistes pourraient bien, comme les savants, finir par ne se soucier d'autre chose que de la beauté. Tâchez de ne pas vous laisser gagner par la maladie. Allez donc à Pompeï et rapportez -moi, ou envoyezmoi plutôt, quelques feuilles des plantes qui croissent dans les degrés du théâtre qui est au bout de la ville. Ce théâtre a l'air encore plus solitaire que le reste de ces murs abandonnés. Par instants, dans les rues de la ville, on ne serait pas étonné de voir sortir de sa maison quelque vivant d'autrefois. Vous auriez là un joli quart d'heure de conversation. Parleriez-vous à ces gens de l'an 70, ou de l'ancienne vie romaine ou de la vie nouvelle qu'ils mènent dans un autre monde? Cela dépend si vous êtes plus archéo-

logue ou plus théologien. Toujours est-il que je vous souhaite de rencontrer une belle demoiselle de la grande Grèce, dans les rues de Pompeï ou sur les degrés des églises de Pœstum.

AU MÊME

Paris, 24 novembre 1840.

Vous êtes revenu auprès de cette petite couvée, mon cher ami. Il paraît que tout y va à merveille et c'est un grand plaisir de voir les choses aller si bien. Pour vous, vous me tracassez assez avec cette jambe qui ne veut pas vous suivre dans vos courses après les Vierges. M. de Bourgoing dit que vous en avez héroïquement souffert, mais il faut mieux être un héros en puissance qu'en action, parce.qu'il est préférable de marcher sur deux jambes fortement tendues que de marcher sur sa patience et sa vertu ; ce sont de belles béquilles, mais ce sont des béquilles. Je désire beaucoup n'avoir été qu'un sot lorsque je vous ai dit que vous seriez arrêté en Italie, non par les brigands, mais parles rhumatismes. Voilà que M. Rossi retourne à Rome. Je vous

192 LËTÏtlBS.

crois un trop vif sentiment du devoir pour céder à ses conseils et ne pas revenir au logis au terme fixé. Il y a décidément trop longtemps qu'on ne vous a vu. Vous avez été d'une parfaite bonté ; vous avez écrit comme si vous aviez été dans votre repos au coin de votre feu, en face de votre portrait qui n'a pas Tair, comme vous, d'avoir été en Italie. J'ai reçu votre immortelle cueillie dans les ruines du temple de Vénus. Vous étiez bien libre de choisir parmi tous les temples de toutes les di^ânités de tous les temps ; vous avez choisi celui-là. On m'avait bien dit que vous donniez des signes de cette préférence dans vos conversations et dans vos regards incessamment tournés vers les femmes étrangères, mais je ne reviens p^s de votre oubli d' Amalfî ! Je vous dirai toute ma vie : « Si vous n'avez pas vu Amalfî, vous n'avez pas vu l'Italie, i à ce que je crois, du moins, moi qui n'ai vu qu'Amalfi ! Hélas ! que *je vais être petit garçon devant vous, avec le peu d'Italie que j'ai vu et que je sais, tandis que vous, vous avez été de la cave au grenier dans toutes les mcdsons honnêtes et tous les lieux célèbres de la Péninsule. On me 'dit qu'à Naples vous avez été dans un lieu fort malhonnête. Est-il possible? Quoi! avec tant de sujets de distractions, le Vé-

LKTTRBS. 193

suve, Nisida, Ischia, le Pausilippe, et cette douceur de l'air, et cette mer gaie et plaintive à la fois! Tout cela n'a pas suffi à votre criminelle activité. Vous vous levez dès l'aube du jour pour allez visiter quoi? le musée réservé. Pour moi, je n'ai point vu ce musée Borbonico riservato^ et j'ai vu Amalfi. On peut juger deux hommes sur ces deux faits contraires, bien que le premier, celui qui a visité le musée, prêche habituellement le dogme et la morale.

Malgré cette curiosité dangereuse, les gens qui voyagent avec vous disent que vous êtes non-seulement le plus aimable, mais le meilleur des compagnons de voyage. On dit qu'il vaut mieux être en querelle avec vous que d'accord avec un autre. Je vois avec une joie sensible que vous n'avez pas perdu la totalité de vos vertus dans cette Italie corruptrice.

Je suis sûr que vous avez été très-affligé de cette mort de M. d'Haussonville le père. Elle nous a consternés ici. Rien ne préparait à un tel événement. Il paraissait plus jeune, plus fort, plus vivant, plus durable que tous ceux parmi lesquels il vivait. La douceur et l'entrain de l'esprit éloignent les idées de la mort. Il semble, et il semble à tort, que l'homme est défendu par ses qualités aimables. Le monde n'est pourtant

Page 1