‹ Mélanges et lettres (volume 3)Chapitre 16 sur 38 · A MADAME D*H A USSON VI LL E · texte numérisé non relu

A MADAME D*H A USSON VI LL E

Cop{Jet, 23 seplembrc 1848.

Xîe pourriez- vous pas venir tous passer l'hiver ^^^ ce siècle au bord du lac? Je suis convaincu ï ^^ on aura bien peu d'occasions de filer des jours ^ or et de soie sur les rives de la Seine, ou du *^^ing, ou de la Marne, durant la mauvaise sai- ^^^n. La République est un enfant violent et très- ^Xfflcile à élever, qui deviendra encore beaucoup t^lus méchant au moment du sevrage. Quand la Nourrice n'aura plus de lait, ce sera une grande affaire, je vous jure. Voilà, en attendant, que l^État demande tous ses conseils généraux pour Causer avec eux de contributions directes, et probablement M. de Broglie partira le 1" du mois prochain, pour régler dans quelle proportion chacun doit contribuer au bien public. N'étant point membre d'un conseil général^ je crois

que je resterai encore ici quelque peu. On nous assure que Paris a nommé pour ses représentants M. Thoré ou M. Raspail, et certainement le prince Louis Bonaparte. Ce prince a l'air d'être devenu l'amour du genre humain qui n'y pensait pas il y a six mois. L'aigle, ou plutôt la linotte impériale, vole de clocher en clocher. On a bien raison de dire que, si le cœur est vide, le premier venu y rentre sans difficulté. Je ne crois pas pourtant que la France passe du côté de sa gloire de quelque temps, mais il pourra diviser, s'il ne peut unir, et qui ne peut pas faire le bien^ n'est pas incapable de faire beaucoup de mal- Reste à savoir si l'Assemblée laissera cet aigles percher sur les bancs du palais national et démo — cratique. Reste à savoir si M. le général Cavai — gnac supportera qu'il y ait quelqu'un dans 1^ Chambre qui puisse dire incessamment : Morsoncle de Marengo par ci, mon oncle d'Austerlitz parla; et cela, avec la prétention d'être l'héritier de cet oncle. Pour Toncle de M. Raspail, c'est le démon lui-même, et, s'il est difficile, il n'est pas impossible de vivre en paix momentanément avec celte famille, d'autant qu'il est, si je ne mo trompe, dans le donjon de Vincennes (non pasle démon assurément, mais M. Raspail). J'ai reçu l'autre jour une. lettre de M. d'Haussoa —

ville qui me dit qu'il est occupé à peindre trois grands tableaux pour la chapelle de M. Buloz. Ce M. Buloz parle des personnes de ce monde avec une liberté qui sent le libertinage!... Le mieux, cependant, est de ne rien écrire par ce temps-ci. Noé, ou ses enfants, auraient bien vainement publié des brochures plus ou moins acérées à répoque du déluge. Il n*y a pas de brochures qui puissent servir de digue aux eaux de Tabîme. L'esprit nouveau^ ou, si vous voulez, la bêtise nouvelle, se nomïne légion et ce genre d'esprit ne peut être conjuré avec une plume et de Tencre. Le plus sensé est de se tenir dans l'arche, quand on a une petite arche à soi, d'y parler entre soi des choses éternelles et d'ouvrir de temps en temps la fenêtre pour regarder si l'on voit quelque cime de montagne qui pointe sous les eaux. C'est, du reste, ce que vous faites. Vous vivez depuis quinze jours dans une arche où il n'y a que des gens d'esprit. Vous trouverez vousmême que le temps y a passé comme un éclair. Je vous vois de loin dans le fond du tableau du Décaméron de Winterhalter, mais un Décaméron irréprochable, bien entendu, où les figures sont beaucoup plus aimables et les discours beaucoup plus sérieux. Je ne soupçonne pas mêmeM.de Viel- Castel de trop de liberté dans son langage. Est-il

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