‹ Mélanges et lettresChapitre 22 sur 67 · XXIV NOTICES · texte numérisé non relu

XXIV NOTICES

cate réglait non-seulement ses actions, mais ses moindres paroles, et c'est à elle, je n'en doute pas, qu'il a dû de conserver jusqu'à la fin la jeunesse de son cœur et de ses traits. La licence de la vie, qu'il n'avait jamais connue pour lui-môme, il l'aurait pardonnée peut-être; la licence de la conversation, jamais ! son bon goût et son bon ton en auraient été blessés comme d'une offense personnelle. Si l'amour intervenait quelquefois dans nos entretiens familiers, c'était sous une forme si chaste et tellement idéale que les oreilles les plus sévères auraient pu nous écouter sans scandale. La nouvelle Héloïse de J.-J. Rousseau était pourtant un des livres que M. Doudan aimait le plus, et ce goût que je partageais et que je ressens encore, je n'ai pas vu sans plaisir par les lettres dont vous avez bien voulu me faire la précieuse communication, qu'il l'avait conservé toujours.

Je prolonge trop peut-être ces détails qui vous paraîtront un peu puérils. Que voulez-vous? Je suis vieux et je parle des amis de ma jeunesse. Un mot encore cependant. Nous avons regretté souvent, nous les plus anciens camarades de M. Doudan, nous dont il était l'espoir et l'orgueil, et qui lui déférions sans difficulté, et à tous les titres, le premier rang parmi les premiers de la jeunesse d'alors, qu'il nous eût été en quelque sorte confisqué par l'hôtel de Broglie, par cette Gapoue du bon goût et de l'intelligence où la délicatesse de son esprit et de son cœur trouvait trop de satisfaction pour qu'il n'y renfermât pas sa vie. M. Doudan nous avait à peine quittés que M. Saint- Marc Girardin entrait au Journal des Débats et m'y

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