‹ Mélanges et lettresChapitre 31 sur 67 · NOTICES. XXXV · texte numérisé non relu

NOTICES. XXXV

le philosophe était un croyant. Déjà dès 1830, ayant à parler de l'état des arts et de la littérature en France, il y signalait cette impuissance d'atteindre l'idéal à laquelle il ne voyait de remède que dans le refour aux croyances morales et religieuses. La page mérite d'être citée :

« Il entre dans les œuvres de l'art un sentiment moral qui fait partie du beau, et surtout du beau quand l'humanité en est le sujet. Or, ce sentiment moral, nous prétendons qu'il manque à la plupart des artistes d'à présent. Ceci a bien l'air d'un paradoxe.

» En effet, à voir le temps (mai 1830), il est, dans la pratique, plus moral qu'aucun autre. L'ordre y règne, la société n'a jamais mieux respecté ce qui doit l'être. Nous sommes bien loin de la licence du dix-huitième siècle. Les défenseurs de la vieille monarchie reprochent même à la jeunesse une gravité de mœurs qui ne leur paraît pas de bon augure pour le renouvellement de leurs vieilles idées. Qu'est-ce donc? Les austères successeurs du dix-huitième siècle ont-ils moins l'enthousiasme du bien que les frivoles contemporains de Voltaire et de Frédéric II ? Mais, s'il faut le dire, oui !

» Et pourquoi cela? Parce qu'au moment où le scepticisme s'établit, il ne s'attaque qu'à la surface d'abord. Il altère les doctrines et la conduite ; mais l'âme, dans son foyer le plus intime, proteste encore quelque temps ; aussi voyez-vous ces hardis contempteurs de toute croyance mourir humblement, pour la plupart, dans toutes les frayeurs de la superstition. Pour un Frédéric qui persiste jusqu'à la fin à vouloir être enterré à côté de ses chiens, vous avez vingt marquis d'Argens qui pâlissent et croient voir l'enfer ouvert au pied de leur lit de mort. Mais que la

Page 1