NOTICES. XXXVII
rait. C'était sa manière de rendre hommage à la nature, avec laquelle (nous le verrons plus tard) il s'était un peu brouillé. Mais que dites-vous de cette main, armée d'une férule divine, contre le mauvais goût?... Voilà une réflexion que Sainte-Beuve n'eût peut-être pas pardonnée à Doudan, si juste qu'elle fût. Cependant Sainte-Beuve l'aimait. Il l'a nommé, dans un de ses derniers écrits, celui où il médit de tout le monde et notamment de ses confrères de l'Académie française, — il l'a nommé « l'aimable Doudan. » Ailleurs, dans une de ses Causeries sur Chapelle, il reproche à Hippolyte Bigault d'avoir parlé de ce fainéant spirituel, « comme il ferait, disait-il, d'un M. de Tréville, d'un M. Joubert ou d'un Doudan, d'un de ces esprits « délicats, nés sublimes, n nés du moins pour tout concevoir, et à qui la force seule et la patience d'exécution ont manqué, tandis que Chapelle n'est qu'un paresseux... sans élévation et sans idéal ; et c'est précisément cet idéal trop haut placé qui décourage les autres, les suprêmes délicats... »
Il était, je crois, difficile de mieux caractériser Doudan, et, en lui, ce mélange de finesse et d'élévation qui était sa vraie marque dans l'ordre des esprits. Ce que Sainte-Beuve a écrit, je le pense. Doudan, pourquoi ne le dirais-je pas? le pensait aussi. 11 aimait à rappeler ce passage du maître. Il n'avait aucune vanité, mais seulement une aimable confiance en luimême qui rayonnait sur sa gracieuse figure et clans sonfin sourire. « Soit qu'on lise, soit qu'on écrive, disait Madame de Staël, l'esprit fait un travail qui lui donne à chaque instant le sentiment de sa justesse ou de son