XXXVIII NOTICES
étendue, et sans qu'aucune réflexion d'amour-propre se mêle à cette jouissance, elle est réelle, comme le plaisir que trouve l'homme robuste dans l'exercice du corps proportionné à ses forces. » Madame de Staël caractérisait d'avance, en écrivant ces lignes, l'homme qui devait élever son petit-fils. 11 avait l'innocent orgueil de l'esprit, avec toute sorte de complaisance pour celui des autres. Qui le sait mieux que moi?... Susceptible, il l'était, et toujours en garde sur ce qui avait trait à sa dignité personnelle ; il l'était surtout pour ses amis absents. En face d'eux, sa franchise ne fléchissait pas ; mais il relevait en vous une faute ou un défaut d'une main aussi légère que s'il eût enlevé un fétu de paille sur la manche de votre habit. Vous profitiez de la leçon sans la ressentir. Aussi tout le monde autour de lui aimait à le consulter. Il était le juge officieux, souvent moqueur, de nos différends, l'oracle de nos pensées incertaines; en matière de goût il était un maître, le meilleur que j'aie jamais eu. Nous arrivions tous à lui, nos manuscrits à la main. Il avait une manière originale de nous conseiller. Il s'associait à nos vues, nous suivant dans notre voie, au besoin dans notre ornière, nous assistant dans le sens de nos idées, non des siennes. Pour la forme et le style, il ne cédait rien. « Voici une mauvaise phrase, mon cher ami, me dit-il un jour. Y tenez-vous beaucoup? — Ma foi, oui! — Eh bien ! il y a un moyen de la rendre encore plus mauvaise... » Et il y proposa une addition qui la rendait ridicule. J'y renonçai, non sans regret.
Personne n'était donc mieux fait pour former de