NOTICES. XLIII
rés. Il les relisait sans cesse, par petites doses pour ainsi dire, mais régulières. On voyait toujours sur sa table de travail un de ces livres, mêlés souvent à bien des ouvrages modernes, qu'il ne dédaignait pas. Il s'en faisait notamment, autour de lui, dans la famille illustre où il vivait, toute une production sévère et brillante qui l'eût, à elle seule, suffisamment attiré et captivé.
C'est ainsi qu'il était revenu à sa vraie vie, la vie méditative et studieuse, et qu'il la continua trente ans, et sans interruption jusqu'à sa mort. Cette période de son existence, la plus cachée, est celle qui eût mérité le plus d'être connue. Nous sortions de chez lui, de cette petite bibliothèque choisie où il se renfermait, souvent plus instruits, toujours charmés. Il était, qu'on me permette le mot, une vraie fontaine d'idées, inépuisable et saine, les prodiguant tout près de lui, éprouvant à la pensée de les répandre au dehors une sorte de terreur pudique. On eût fait pourtant un trèsbon traité de tant de recettes ingénieuses de bien penser et de bien dire. Il m'a dit quelquefois, sans y insister, que le livre était fait. En a-t-on trouvé quelque trace? Je l'ignore. Quoi qu'il en soit, l'esprit français dans la causerie courante, mêlée d'enjouement et de raison, avec son trait rapide et son impression vive, n'avait pas , je crois, dans les meilleurs salons de Paris, un type plus naturel et plus accompli. Que de mots charmants, imprévus ! que de paradoxes qui n'étaient qu'une nouvelle forme du bon sens ! que d'innocentes railleries au service de la vérité! Combien de maximes qui semblaient un jeu