‹ Mélanges et lettresChapitre 40 sur 67 · XI.IV NOTICES · texte numérisé non relu

XI.IV NOTICES

d'esprit et dont profitait la raison ! Je lui demandais une l'ois comment il lisait les romans du jour : « Je vais droit au dénoûment, me dit-il, puis je reviens sur mes pas. Je n'aime pas lire ces livres à surprise, le dos tourné, comme un condamné qu'on mène sur une charrette à l'échafaud... » Quand il hasardait, sur ses meilleurs amis, une inoffensive épigramme : « Je ne fais qu'un reproche à mes amis, ajoutait-il, c'est de n'être pas parfaits. » — « J'éprouve, disait-il encore en souriant, quand j'ai trouvé une formule blessante un peu neuve, le besoin de la placer. J'ai écrit récemment à un faiseur d'affaires qui m'avait trompé : « Vous avez manqué rarement à la probité; pourquoi m'avez-vous choisi pour faire l'essai d'y renoncer?...» De Voltaire, il disait : « Son esprit est comme sa statue : la bouche est d'un démon, le front d'un poëte.» Mais comment reproduire, de cette causerie étincelante, ce qui était vraiment insaisissable, la variété, l'abondance, l'unité d'un ferme esprit dans les contrastes et les surprises de la forme, tant de broderies légères et fugitives sur un fond solide et résistant ; — modèle presque unique d'une improvisation vraiment soudaine qui semblait composée des fragments d'un bon livre, et où les plus capricieux jaillissements de la pensée laissaient toujours après eux la lumière? Aussi que de fois nous nous disions, parlant de lui : « On devrait le mettre à l'Académie française rien que pour le mérite de sa conversation... » Mais il aurait fallu lui forcer la main. Il ne s'y prêtait guère. 11 ne voulait ni se produire ni être poussé.

En réalité, la délicate complexion de Doudan lui

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