‹ Mélanges et lettresChapitre 47 sur 67 · A M. GUIZOT · texte numérisé non relu

A M. GUIZOT

Broglie, 5 janvier 1830.

Il faut, monsieur, que votre bienveillance m'ait beaucoup encouragé pour que je me hasarde à cette terrible épreuve de la Revue. M. de Broglie me dit qu'il faut se hâter pour être en règle avec l'imprimeur; ainsi voilà les feuilles horriblement griffonnées et probablement illisibles. Je ne sais comment vous dire que, pour un premier essai, je voudrais bien cacher le nom de l'auteur. Vous trouverez que cela ne ressemble pas mal à la prétention d'un honnête bourgeois bien inconnu qui voulait absolument voyager incognito.

Tout le monde ici est charmé du dernier numéro de la Revue. J'ai lu et relu l'article sur Cooper. Il y a bien du talent aussi dans le morceau sur l'Italie. Je suis plus intimidé que jamais; enfin, je me mets à l'ombre de tous ces grands arbres : parva sub ingenti.

AU MEME

Broglie, 1830.

Au risque de vous importuner, monsieur, j'ai besoin de vous remercier de la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire. Je ne désire, en vérité, aucun autre succès. Me permettrezvous de vous dire combien j'ai été touché surtout du sentiment de bienveillance que j'y ai trouvé? Il y a quelques années, quand j'entendais répéter votre nom partout et que je suivais vos leçons avec la foule, on m'eût bien étonné si l'on m'eût dit qu'un jour vous mettriez quelque intérêt à ce que je pourrais faire. Je n'aurais pas osé tant me promettre de l'avenir.

C'est une situation singulière de se sentir un peu plus de mouvement intérieur qu'on ne sait ou qu'on n'ose en montrer. Cette sorte de timidité finit quelquefois par tourner en irritation contre soi-même. Je vous devrai, monsieur, d'être sorti de là. Je suis charmé que madame Guizot n'ait pas désapprouvé mes critiques sur la Pléiade. Le public ne fait jamais grand'peur Il n'y a que le jugement de cinq ou six per-

sonnes qui arrête et fausse hésiter quand on veut dire quelque chose.

J'essayerai bien volontiers de parler de lord Byron et je m'en occuperai dès que les Mémoires auront paru.

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