Du 9 avril 115(1 au là décembre
sement, l’obligeance d’un voisin le tira de peine. M. Mathas, procureur fiscal du prince de Condé, lui fit offrir une petite maison qu’il avait à son jardin de Montlouis, à Montmorency, offre qui fut acceptée avec empressement et reconnaissance. C’est là que, remis de son trouble et presque consolé par l’étude, il composa la Lettre à d\4/emôert(l 758) sur les spectacles, à laquelle il prit tant de plaisir, qu’au lieu d’être, comme il en avait l’intention, une réponse courte et péremptoire, elle devint un ouvrage considérable et contentieux. En effet, si Rousseau s’était borné à prouver l’inopportunité et les dangers de l’établissement d’un théâtre à Genève, il avait cause gagnée ; mais, en généralisant sa th^e et en reprenant pour son propre compte les arguments des théologiens, qui proscrivent absolument tous les jeux de la scène, il prenait parti contre la civilisation ; il passait dans le camp des barbares. 11 ne faut pas chercher d’autre cause à l’animosité de Voltaire contre Rousseau que cette lettre à d’Alerabert. Tant que Rousseau s’était borné à l’utopie déclamatoire, à l’encontre des lettres et de l’état social, Voltaire avait souri: « On n’a jamais employé tant d’esprit, écrîvait-il à Rousseau, à vouloir nous rendre bêtes : il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage 1 ; » mais un réquisitoire motivé et spécial contre le théâtre était chose grave. C’était disputer à Voltaire son champ de bataille, c’était renverser sa tribune aux harangues. Dès ce moment, Rousseau fut à ses yeux un ennemi public qu’il fallait vaincre à tout prix. Voltaire eut peur. Il perdit son sang-froid, sa gaieté et même tout son esprit. Dans cette lutte du mondain contre le sauvage, la colère fit passer le mondain à l’état sauvage, tandis que le sauvage fit preuve de savoir-vivre et de dignité morale en recevant sans sourciller la mau-