A UN PROTESTANT
« Par une suite nécessaire du changement du » pain et du vin au corps et au sang , le corps )) du Christ, dites-vous, eût été en même temps » dans un état naturel et dans un état surna* )) turel, passible et impassible, visible et invi- )) sible pour les mêmes personnes : » c'est-à-dire que le même corps essentiel de Jésus-Christ eût été modifié en même temps de deux manières , l'une conforme à notre nature présente, Tautre relative à un ordre de choses différent. Ces mo- « difications forment ce que vous appelez l'état naturel et l'état surnaturel du corps de Jésus- Christ. Vous connaissez l'une, et encore imparfaitement; vous ne connaissez l'autre en aucune façon : comment pouvez -vous affirmer que leur coexistence est contradictoire? Selon l'une de ces modifications, le corps de Jésus-Christ était passible, selon l'autre il était impassible; selon l'une il était visible, selon l'autre il était invisible aux mêmes personnes. Dans ces deux cas, ce qui est nié ou afïirmé du corps de Jésus-Christ étant relatif à deux états différens , quoique simultanés , il n'y a pas l'ombre de contradiction ; seulement c'est pour nous une chose incompréhensible, un mystère. Si l'on demande comment le même corps peut recevoir à la fois deux modifications telles que ses relations avec les corps qui l'entourent soient différentes par rapport à chacune de ces modifications, on répondra, i^ que la diversité des relations est une suite nécessaire de la dif-
igO RÉPONSE
férence des modifications; 2^ que la simultanéité des modifications différentes ne peut être expliquée par la raison seule ; qu'elle est incapable d'en démontrer soit la possibilité , soit l'impossibilité, parcequ'il faudrait pour cela qu'elle connût une cbose qu'elle ignore entièrement, c'està-dire ce qui constitue l'essence des corps.
Mais il y a plus. Vous admettez sans doute les faits évangéliques , puisque vous êtes clirétien : lisez-donc en saint Jean , cliapitre XX , le récit de l'apparition de Jésus-Christ ressuscité à saint Thomas et aux autres apôtres; vous y verrez un exemple frappant de cette double modification simultanée du même corps. Le Sauveur entre en un lieu fermé, et par conséquent il traverse des milieux impénétrables même à l'air et la lumière , ce qui suppose un degré de ténuité qui devait complètement le dérober au tact. Cependant Jésus-Christ invite saint Thomas à le toucher : ce Portez ici votre doigt , et voyez mes )) mains; approchez votre main, et la mettez dans » mon côté. » Et dans une apparition précédente, il prend un rayon de miel, il le mange (i), et fait, en un mot, tout ce qui n'est possible, selon nos idées , qu'avec un corps semblable au nôtre, et doué comme lui d'impénétrabilité. Ou niez ces faits que l'Evangile atteste, ou reconnaissez donc que le même corps peut recevoir
(i) Luc. XXIV , 34 et seqq.