‹ MélangesChapitre 59 sur 80 · S RÉFLEXIONS SUR LA CENSURE · texte numérisé non relu

S RÉFLEXIONS SUR LA CENSURE

arrêté les progrès de la destruction ; mais le nombre des sièges y qu'il était indispensable d'augmenter y est demeuré le même , malgré le traité le plus solennel. Le Pape et le Roi ont reconnu que quatre-vingt-douze évêques sont nécessaires en France : pourquoi n'en avons-nous que cinquante ? Pourquoi le concordat n'est-il point exécuté ? On parle d'embarras des finances; ce prétexte n'est pas supportable, puisque les fonds qu'exige l'érection des nouveaux sièges ont été votés dans un budget antérieur. Mais, en fût-il autrement, qui empêche au moins d'accorder des évêques aux villes qui ont offert, qui offrent encore de pourvoir aux frais de leur établissement ? Que demandent d'ailleurs les évêques nommés ? une seule chose , la permission d'aller évangéliser leurs troupeaux. Qu'on s'occupe moins de leurs intérêts, et un peu plus des besoins du peuple. Faudrait-il donc se passer de pasteurs , s'il plaisait un jour au gouvernement de dire : Je ne puis les payer? Au fond, ce n'est pas à cause de ces futiles motifs d'économie que l'on prolonge la viduité de quarante- deux égUses ; le véritable obstacle à l'exécution du concordat, c'est que l'opinion, à ce qu'on prétend, s'est prononcée contre. L'opinion de qui? des catholiques ? Non , mille fois non , et on le sait bien. L'opinion des impies , des factieux ? Oui , sans doute. C'est donc à ces factieux qu'on sacrifie la religion de l'État? Et l'on nous viendra

ET SUR l'université. ^49

dire qu'elle n'est point opprimée! Il dépend du ministère qu'elle ne le soit pas plus long-temps; il dépend du ministère de remplir les vœux de vingt-quatre millions de Français; il dépend du ministère de dégager la parole du Roi. Que ferat-il ? Je l'ai déj à dit , il laisse subsister toutes les espérances et toutes les craintes.

Les écoles ecclésiastiques , destinées à re^ peupler le sanctuaire , n^ont pas cessé d'être en butte aux persécutions de V université. Il est naturel que ce reproche ait contristé les inspecteurs de l'université, membres àxx jury de censure. J'en suis bien aise pour eux : Il y a de l'espoir quand la conscience parle ; mais il ne faudrait pas s'efforcer d'imposer silence à ceux qui parlent comme elle. Si le fait que nous avançons est vrai , il est de notre devoir de réclamer en faveur de la religion qu'on opprime; s'il est faux 5 il ne sera pas diflicile de le réfuter. Que l'université s'explique donc, qu'elle réponde.

Est-il vrai que, sauf quelques rares exceptions, elle ne permet d'établir qu'un petit séminaire par département? Est-il vrai que partout où il existe un lycée ou un collège communal, c'està-dire presque partout où les petits séminaires sont établis , elle leur défend de recevoir des élèves externes ? Nous attestons hautement ces deux faits : qu'elle les nie , ou si elle est obligée de les avouer, qu'elle cesse de se plaindre qu'on l'accuse de persécuter les écoles ecclésias-

aSo RÉFLEXIONS SUR LA CENSURE

tiques; car je ne sache guère d'autre moyen de persécuter une école que de lui ôter ses écoliers.

Mais pour bien comprendre quels sont les effets d'une pareille persécution, il faut savoir premièrement qu'un calcul appuyé sur une expérience de quinze années , démontre Finsuffisance absolue d'une école ecclésiastique par département pour repeupler le sanctuaire ; deuxièmement , que la plupart des enfans qui se destinent au sacerdoce, appartenant à la classe indigente, étudiaient comme externes dans les petits séminaires trop peu vastes pour les recevoir, et trop pauvres pour se charger de leur entretien. Nous avons vu un grand nombre de ces malheureux enfans, dans un département de l'ouest de la France , forcés d'abandonner leurs études, parceque l'école ecclésiastique , qu'ils ne pouvaient plus fréquenter comme externes, ne pouvaient elle-même commencer à les secourir avant qu'ils fussent parvenus en quatrième; et remarquez que dans le même temps le recteur de l'académie défendait aux curés des campagnes, sous les peines les plus graves , de leur enseigner les premiers élémens de la langue latine.

Le supérieur du petit séminaire eut recours aux tribunaux. Deux jugemens consécutifs le maintinrent dans le droit d'admettre des externes. Appel en cassation de la part de l'université; mais craignant avec raison d'être condamnée en dernier ressort , elle s'adresse au ministre de l'in-

ET SUR l'université. 25 1

térieur. Ce ministre écrit à Févêque, et le menace de suspendre le paiement des bourses de son grand séminaire , s'il ne force le supérieur de l'école ecclésiastique d'obtempérer aux ordres de l'université.

Il est bon de signaler une autre prétention de ce corps , aujourd'hui gouverné par un protestant. Il arrive quelquefois qu'un jeune homme, après avoir achevé ses études dans un petit séminaire, ne se croyant point appelé à Fétat ec-; clésiastique , et voulant s'ouvrir une autre carrière 5 entreprend de suivre un cours de droit ; rien de plus simple en apparence. Mais l'université ne l'entend pas ainsi : quiconque n'est point sorti d'un de ses établissemens ne peut prendre d'inscriptions dans une école de droit. Elle Fa réglé de la sorte : qui oserait y trouver à redire ?

Il serait bien temps de mettre un terme à ces odieuses vexations. Le moyen de s'y sous-traire est facile , pour peu qu'on veuille enfin l'employer. On a prouvé que l'université n'a point d'existence légale, que dès-lors elle ne possède aucuns privilèges , si ce n'est celui de percevoir la subvention que le budget lui alloue cliaque année ; qu'elle ne peut étendre son autorité sur les autres écoles, ni empêcher d'en établir , ni forcer qui que ce soit à recevoir d'elle des diplômes pour enseigner.

Nos plus célèbres jurisconsultes ont encore dé-

Page 1