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SUR LA PRÉTENTION

DE

l'autorité civile de forcer le clergé a concourir A l'inhumation de ceux a qui les lois de l'église dj^fendent d'accorder la sépulture ecclésiastique ;

PAR

l'Abbé F. DE LA MENNAIS.

JL ous les peuples , civilisés ou sauvages , confièrent à la religion la garde des tombeaux. Elle veillait sur les générations éteintes, comme une mère veille sur ses enfans endormis ; elle les protégeait contre l'oubli , elle les environnait d'un pieux respect. Assise en face de l'avenir , elle appelait l'espoir près des ruines de l'bomme; et le sépulcre devenait une sorte de sanctuaire, au fond duquel la foi découvrait un grand mystère de vie. Pour nous , qui aimons mieux ne voir dans nos derniers restes qu'une cendre stérile , au culte sacré des morts, nous avons substitué des réglemens de voirie, et cbargé la police de jeter dans la même fosse la dépouille de l'homme et ses espérances.

SÉPULTURE ECCLf.SlASTIQUE. 6ï

Il n'y a rien là qui doive étonner : une plnlosophie matérialiste a posé les principes, la loi a tiré les conséquences; cette marche est naturelle. Quand on ne s'estime pas plus que les animaux , que peut-on réclamer de plus qu'eux ? Nos philosophes législateurs se sont, après tout, rendu justice; et je ne viens pas leur contester le mépris qu'une espèce d'instinct leur inspirait pour eux-mêmes. Ce que je leur demande, c'est d'être conséquens ; c'est qu'après avoir violé les lois de la nature; en faisant de l'inhumation un acte purement civil , ils n'exigent pas de la religion qu'elle viole ses propres lois, en présidant aux obsèques de ceux qui l'ont reniée jusqu'au dernier moment.

Il importe d'autant plus d'établir ses droits à cet égard, qu'une administration oppressive saisit avec empressement toutes les occasions de les attaquer. Des hommes se tuent , d'autres s'obstinent à refuser les secours de l'Eglise, et meurent en blasphémant; l'Eglise, à son tour, leur refuse les prières qu'elle accorde aux fidèles. Quoi de plus juste? Cependant le ministère intervient, il adresse aux évêques de touchantes homélies sur la charité et le véritable esprit évangélique, assaisonnées de menaces contre le clergé si de pareils refus se renouvellent. Il fait plus; il casse un maire, pour n'avoir pas, en vertu d'un décret du 23 prairial an XII, forcé des prêtres à profaner les cérémonies religieuses en faveur d'un suicide î

Qu'est-ce donc que la liberté des cultes , si un ministre peut se permettre de pareils actes, si le clergé doit , en ce qui concerne ses fonctions spirituelles , recevoir des ordres des derniers agens de l'autorité séculière? Qu'ils fassent enterrer comme ils l'entendront un suicide, un impie; qu'ils lui rendent tous les honneurs civils, on ne s'y oppose pas, puisque la police des cimetières leur appartient. Ce n'est pas la sépulture qu'aujourd'hui l'on demande à l'Eglise, mais des prières , mais une marque extérieure de communion, une déclaration publique qu'elle reconnaît pour un de ses membres l'homme dont on lui présente la dépouille mortelle. Qu'y at-il là qui soit du ressort du pouvoir temporel? L'Eglise est une société : elle a sa constitution, ses lois , ses tribunaux indépendans ; elle seule est juge dans l'ordre spirituel; ses ministres ne peuvent s'écarter des règles qu'elle leur prescrit; si, par faiblesse, ils les violent, ils n'exercent pas une fonction, ils commettent un sacrilège. Or, l'autorité a-t-elle droit de commander un sacrilège? a-t-elle droit d'exiger d'un prêtre le sacrifice de ses devoirs ? La loi de l'Eglise est formelle; elle défend à ses ministres de concourir aux obsèques de ceux qui meurent dans l'acte du crime, ou qui n'ont donné aucun signe de repentir : à qui doivent-ils obéir , aux lois invariables de l'Eglise , ou à un décret rendu par un persécuteur de l'Eglise ?

Encore devons-nous observer qu'on abuse évidemment du décret de Buonaparte. Qu'on lise Fart. 19 (i), on se convaincra qu'en défendant aux ministres d'un culte quelconque de refuser leur ministère pour V inhumation cTun corps , il s'agit uniquement de l'inhumation de ceux qui professaient ce culte. Or les refus dont se plaint l'administration ne tombent jamais que sur des hommes , ou qui ont déclaré ne vouloir pas professer le culte catholique , ou qui ont donné le scandale d'un grand crime sans repentir. S'il est dit que \ autorité civile commettra un autre ministre du même culte pour remplir ces fonctions y ce mot commettra doit s'entendre d'une simple invitation , puisque aucune peine n'est portée contre cet autre ministre , s'il refuse 5 ainsi que le premier , ce qu'on demande de lui. Il est impossible que ce cas n'ait point été prévu ; et dès lors il est renfermé dans la disposition finale , qui règle que , dans tous les cas y l'autorité civile est chargée de l'inhumation. L'interprétation différente que l'on prétend

donner à ce décret répugne au bon sens et à

(l) Ali. 19. « Lorsque le ministre d'un culte, sous quel- )) que pre'texte que ce soit, se permettra de refuser son mi- » nistère pour l'inhumation d'un corps , l'autorité civile , soit )) d^olTice , soit sur la re'quisition de la famille , commettra » un autre ministre du même culte pour y remplir ces fonc- )) lions ; dans tous les cas , l'autorité civile est chargée de » faire porter , présenter , déposer et inhumer \(is corps. »

l'équité. On ne voudrait pas , et avec raison , obliger les Juifs , les Protestans , à enterrer un catholique comme un membre de leur communion ; et Ton trouve juste de forcer les catlioliques d'adopter , au nom de leur religion , un homme qui sera mort dans la haine de cette religion 5 ou en violant un de ses premiers et de ses plus importans préceptes. D'où vient cette différence , ce privilège particulier d'oppression? Qu'on nous le dise, quand ce ne serait que pour nous apprendre à quoi nous devons nous préparer.

On protège les Calvinistes qui refusent de tendre le devant de leurs maisons sur le passage du Saint-Sacrement, parce que leur conscience, disent- ils, y répugne. Mais, est-ce que les catholiques n'ont pas aussi une conscience ? ou cette conscience doit-elle être moins ménagée que celle des Protestans ? On a bonne grâce , assurément , à nous prêcher la tolérance : sans cesse nous la réclamons et ne pouvons l'obtenir. De quel culte troublons-nous la liberté ? Qu'on nous donne celle du nôtre , nous ne demandons que cela. Mais on ne sait que nous dire : Soyez tolérans; et ce mot , dans un temps , signifie : Laissezvous égorger ; dans un autre : Laissez- vous enchaîner et avilir.

Pour vaincre la résistance du clergé , le ministre daigne lui faire des leçons de théologie , aussi-bien que de charité chrétienne. Il cite les

Rituels , qui permettent d'accorder les prières de l'Église quand le suicide a été la suite d'un état de démence , de délire , ou de folie réelle et bien constatée. Soit : mais puisque la loi distingue différentes sortes de suicide , et prescrit pour chacune des règles différentes de conduite, il faut donc que quelqu'un juge de la nature de l'acte pour appliquer la loi. A qui ce jugement appartient-il? Au ministre, qui veut qu'on ne fasse aucune distinction , qui n'a aucune autorité dans l'Eglise , ou à ceux que l'Eglise ellemême charge d'exécuter ses lois? Et que devient la morale , si l'on déclare que se tuer est toujours un acte de folie , et n'est jamais un crime? Parce que la loi humaine a cessé de le punir, ce crime, faut-il nécessairement lui chercher une excuse devant la loi divine ? Faut-il enseigner aux hommes à attenter à leur vie avec une conscience calme , à ne voir dans un forfait exécrable qu'un symptôme de maladie ? Et trouvet-on qu'il soit convenable d'affermir la main que la religion compatissante, parce qu'elle est sévère, eût fait trepbler , eût arrêtée peut-être ?

Que dirai-je des autres prétextes qu'on allègue ? On affecte de craindre que l'ordre public ne soit troublé par les refus d'inhumation. L'ordre public n'est jamais trouble que par la faute de l'autorité chargée de le maintenir ; mais on ne maintient l'ordre qu'en respectant tous les droits. Le droit de l'Eglise est d'interpréter, d'exécuter

ses lois : contraindre ses ministres à les enfreindre n'est le droit de personne. Si quelqu'un manifestait cette prétention, la favoriser c'est troubler Tordre; la réprimer, c'est le maintenir. Que l'autorité se range du côté des devoirs contre les passions , bientôt elle n'entendra plus parler des tristes querelles qui la fatiguent *, toute paix comme toute force durable est dans la jvistice ; quand on ne sait pas cela , l'on est incapable de conduire un peuple ; on remue les bommes , on ne les gouverne pas.

On témoigne une grande tendresse pour l'bonneur des familles : serait-ce qu'on regarde une mort impie comme un déslionneur ? J'approuve ce sentiment , il est juste ; mais qui refuse-t-on d'inbumer? Des bommes qui jusqu'à la fin se sont fait gloire de leur mépris , de leur bai ne pour laireligion ; qui ont obstinément repoussé ses prières, ses consolations, ses espérances; qui ont voulu mourir bors du sein de l'Eglise. Sur quoi juge-t-on qu'elle doive l'ouvrir à leurs cadavres ? Il est trop tard alors ; la question n'est plus de la terre : tout se passe ailleu^ entre Dieu et l'bomme. Les prières de l'Eglise ne seraient qu'un scandale ; elles ressembleraient à des malédictions.

Et pourquoi respecterait-on plus la délicatesse d'une famille , ou même ses caprices , que la conscience d'un prêtre et que les lois de la religion? Elle exerce une grande justice aux por-

tes du tombeau ; elle dit à riiomme qui Ta désavouée : Je ne te connais pas. Que ce mot alarme , humilie les parens de celui qui n'est plus, est-ce une raison pour que la justice éternelle se taise, ou pour que ses ministres prévariquent? Oseriezvous attendre de vos propres tribunaux une pareille condescendance? Oseriez- vous la leur commander ? Encore vos juges , en prévariquant , peuvent sauver la vie du coupable j mais le prêtre , que peut-il sauver ?

Si vous étiez assez malheureux pour parvenir à contraindre l'Eglise de ne mettre aucune différence entre ses enfans et ses ennemis ; entre la faiblesse repentante et le crime impénitent ; entre le fidèle et l'impie dont les lèvres , après avoir proféré un dernier blasphème , se sont fermées pour jamais , que penserait le peuple ? Quelle conséquence tirerait-il de cette lâche indulgence ? que la vérité et les devoirs ne sont que de vains mots; que l'Eglise ne croit pas ellemême ce qu'elle enseigne ; qu'il n'importe comment l'on vive et comment l'on meure, puisque la religion bénit également l'espérance du juste et le désespoir du méchant. Hommes de peu de prévoyance , où en seriez-vous , si ces maxinies prévalaient? Gardez-vous d'affaiblir les doctrines qui vous protègent , et ne comptez pas tellement sur les prisons et les échafauds , que vous jugiez inutile de donner à la société d'autres appuis.

PAR

l'Abbé F. DE LA MENNAIS.

— ete !!■

ous dirons quelques mots des missions protestantes , ou des sociétés formées pour répandre dans le peuple la Bible dégagée de tout commentaire ; dernier effort d'une secte mourante , qui ne pouvant perpétuer ses dogmes, veut au moins perpétuer son esprit , et qui , succombant sous la vérité long-temps combattue , appelle , en expirant, de nouvelles erreurs pour la venger. ' La religion catholique se propage et se conserve de la même manière qu'elle s'établit , par la prédication. Des hommes viennent, qui parlent , comme Jésus-Christ , avec autorité ( i ) , parce qu'ils ne parlent pas en leur nom , mais au nom de celui qui les envoie : Euntes docete ; parce qu'ils n'énoncent pas des opinions individuelles , mais promulguent une loi générale. Ils disent à la raison : Croyez, et elle croit; au cœur,

(i) Erat autem docens eos sicut potestatem hàbens , et ncn sicut Sciibœ eoriim et Pharisœi» Matt. vi. 29.

DES SOCIÉTÉS BIBLIQUES. 6q

Aimez, et il aime; à l'homme tout entier : Obéissez , et il obéit; et l'homme, devenu membre de la haute société que régit immédiatement la Sagesse souveraine , cesse d'être l'esclave de l'homme , et acquiert la vraie liberté , qui consiste à n'obéir qu'à Dieu , seul pouvoir véritable et unique principe de toute autorité légitime. Ainsi , en obéissant à Dieu , vérité suprême et auteur de l'ordre , l'esprit est affranchi de la servitude de l'erreur, et le cœur de la servitude des passions; et l'homme n'est libre qu'en obéissant; et il est d'autant plus libre, que son obéissance est plus parfaite. Les païens mêmes avaient conservé l'instinct, ou plutôt la tradition de cette vérité, puisque les plus éclairés d'entre eux plaçaient la liberté dans la vertu , qui n'est qu'une pleine obéissance aux lois émanées du premier Etre.

Et il faut bien qu'il y ait dans cette forte parole de l'autorité quelque chose de conforme à notre nature ; autrement , produirait-elle de si merveilleux effets ? Voyez comme la persuasion suit partout nos missionnaires ; voyez leur empire sur les cœurs. Fausses opinions , penchans criminels , aversion , indifférence ; de quoi ne triomphent-ils pas? Ils élèvent la croix au milieu des peuples, et les peuples se prosternent. Le Christianisme renaît , et avec lui la paix , l'vinion , le bonheur , qui n'est que le repos de l'ordre.

On ne voit, on ne peut rien voir de semblable chez les Protestans, que le principe de l'exa-

•yO DES SOCIÉTÉS BIBLIQUES.

men particulier contraint de ne reconnaître, en dernier résultat, d'autorité que celle de leur raison, et par conséquent, de n'obéir qu'à elle. Ils sont tout ensemble pouvoir et sujet dans la société spirituelle, comme on veut aujourd'hui que le peuple soit à la fois pouvoir et sujet dans la société politique. Mais la nature sépare bientôt ce que l'homme s'est efforcé de réunir malgré ses lois : dans la société politique et dans la société religieuse , la force d'un seul opprime la faiblesse de tous; et une ridicule fiction de souveraineté conduit à une serTitude réelle.

En dépit de ses principes, le Protestant obéit donc aussi-bien que le Catholique; mais il obéit à l'homme, et de là vient que chaque secte se distingue par le nom de son chef, c'est-à-dire, de l'homme qui s'est constitué le pouvoir de la société spirituelle qu'il fondait ; et même le Protestantisme, dans ses diverses branches, ne subsiste qu'à l'aide de ce pouvoir usurpé , et il cessera d'être au moment où ses sectateurs cesseront d'obéir.

Ce moment arrivera; nous y touchons presque, et ce sera l'époque si désirâe du rétablissement de l'unité religieuse. Telle que ces peuples égarés , qui , voulant se frayer de nouvelles voies , cherchent dans les solitudes du monde social une

cité habitable , et ne la trouvent point ( i ) , la

(ï) Eiraverunt in solitiuline , in inaquoso ; viam cii^itatis liahitacidi non invenerunt, Ps. cvi , 4»

Réforme cherche en vain dans les déserts de la raison humaine cette religion immuahle, qui est la cité des intelligences. Fatiguée d'errer au hasard dans ces régions stériles, elle viendra se reposer aux lieux d'où elle est sortie, et à Tombre du pouvoir qu'elle a méconnu. Cette tendance devient plus visible , à mesure que le principe essentiel du Protestantisme se développe, ou que les esprits sont plus abandonnés à eux-mêmes; car , en les créant , Dieu leur a donné le besoin de croire ou d'obéir , et il n'est point de joug que l'homme porte plus péniblement que celui de ses propres pensées.

La Réforme , ne pouvant ordonner de croire aucun dogme ni d'obéir à aucun précepte, ou, en d'autres termes, ne pouvant régler ni la raison ni les actions , est réduite à inviter chacun de ses membres à se faire à soi-même cette double règle , au risque de toutes les erreurs , et de tous les désordres qui peuvent en résulter. Les Protestans ne sauraient avoir d'autres missions. Ils s'en vont présentant aux hommes, même les plus ignorans, un livre sur lequel les sa vans disputent, et ils leur disent : Lisez, examinez, cherchez-là dedans votre religion, ce que vous devez croire, aimer, pratiquer. Encore faut-il qu'aussitôt ils ajoutent avec Tillotson : « Nous ne som- » mes pas infailliblement certains qu'aucun livre » des Ecritures soit aussi ancien qu'on le pré- )) tend , ni qu'il ait été écrit par la personne

y) dont il porte le nom, ni que tel soit le sens y> de tels et tels passages. Il se peut que nous » nous trompions sur tous ces points (i). » Cela ne laisse pas d'être encourageant. Mais eniîn voilà le langage que la Réforme tient à ses sectateurs. Certes , il y a lieu de vanter les progrès que Luther et ses disciples ont fait faire à la raison Immaine ; et c'est sans doute un grand pas vers l'ordre , que d'avoir changé l'unité de croyance en une démocratie d'opinions. L'Europe a vu les suites de ce changement , et ell«e n'a pas encore tout vu. Qu'elle attende un peu *, bientôt il ne manquera rien à son instruction , et elle pourra pleinement apprécier ce qu'elle doit aux sectaires du seizième siècle. Au fond, ces fiers réformateurs de la religion chrétienne ne comprenaient même pas ce que c'est que la religion. La religion est la loi des intelligences, loi immuable, loi aussi nécessaire que les lois politiques et civiles, et que les lois physiques mêmes ; car sans religion , point de lois civ iles ni politiques ; et apparemment les lois relatives à notre nature immortelle , et d'où dépend notre bonheur comme êtres intelligens , ont bien autant d'importance <|ue les lois relatives au corps, qui n'ont de rap-

(i) We are not infaillibli certain that any book ( of Scriptare ) is so ancient as it prétends to be* or tliat it was written by the person wLose name it bears , nor tliat this is the sensé of such and isuch passages in it. AU this may possibly b€ otheriwis€, The Rule of Faith , hyJ)^, Tillotson,

port qu'à un point presque imperceptible de notre existence. Et cependant qui ne rirait d'entendre dire aux hommes : Faites-vous votre gouvernement et votre législation; chacun de vous ne doit s'en rapporter qu'à soi ; chacun de vous est , en ce qui le regarde, l'unique interprète des Codes, l'unique juge de leur authenticité ? Personne sur la terre n'a le droit devons soumettre à ses décisions : parce qu'il n'existe sur la terre aucune autorité générale et souveraine. Et quant au corps, voilà un traité d'hygiène et de physiologie ; nous n'en connaissons pas l'auteur avec certitude , nous ne savons pas s'il contient l'erreur ou la vérité , nous ne sommes pas même sûrs d'en comprendre le sens; néanmoins, si vous voulez vivre , prenez ce livre , et cherchez-y les lois de votre nature physique , lois qui vous sont inconnues, et auxquelles vous êtes obligés cependant de vous conformer, sous peine de mort. Tel est le fondement sur lequel reposent les sociétés bibliques, véritables missions d'anarchie rehgieuse, qui suliiraient seules pour conduire à l'anarchie politique. Etablies d'abord en Angleterre, et soutenues à grands frais ( i ), les membres

(i) Dans les onze années qui ont précédé i8i5, plus de vingt millions ont été employés à répandre treize cent mille exemplaires de la Bible traduite en cinquante-cinq langues ou dialectes. First Report of the Kensiugton j Fulhani and Hamniersmith , auxiliary Bible Society. London , June , i8i5 , pag. ^1. Le nombre des crimes a quadruplé dans le même espace de temps.

les pins éclairés de l'Eglise anglicane s'épouvantent de l'avenir qu'elles préparent à la société» Ils prévoient que le peuple , choisi pour dernier juge des doctrines qui devraient le contenir, se précipitera infailliblement dans les excès du fanatisme et dans les systèmes d'indépendance. Des cris d'alarmes se sont fait entendre et dans le haut clergé et parmi les ministres inférieurs. (( Le danger, dit l'un d'eux, devient chaque jour )) plus menaçant. Le parti s'accroît; il étend ses » plans, rassemble ses forces, calcule ses moyens : )) bientôt la hiérarchie sera dénoncée comme an- )) tichrétienne , et la monarchie comme anti- )) sociale ( i ). »

Est-ce pour produire de semblables effets qu'on forme parmi nous des sociétés bibliques? Croit-on convenable d'exciter le fanatisme religieux, et ne saurait-on se contenter du fanatisme politique? Trouve-t-on qu'il n'y ait pas en France assez de causes de division , assez de semences de discorde ? Envions-nous à l'Allemagne et à l'An-

(i) The danger is not yet fully developed, but it is not less real. It bas not yet started up in full maturity^ and gigantic stature , brandisbing its hundred arms , denouncing tlie hierarchy as anticlirislian , and the monarchy as antisocial ^ but its growtli is rapid, it is daily receiving vast augmentations of strength : it is laying its plans, collecting its énergies , estiraating its means , and forming its caiculations, TJiougths on the tendency of Bible Societies , etc» hy the Reu, A. O'Callaghan j 1816, p. 38.

DES SOCIÉTÉS BIBLIQUES. «jS

gle terre la multitude de leurs sectes et la confusion de leurs doctrines ? Est-ce que les Jacobins ne nous suffisent pas ? Nous faut-il encore des Puritains; des hommes qui, sous prétexte de manifester la vérité y prêchent l'abolition de tout culte et de toute propriété , de tout sacerdoce et de toute grandeur ? Sommes-nous las de la société ? Peut-être, Mais si l'on n'a pas résolu de la détruire , qu'on n'en ébranle donc pas les foudemens. On se plaint, non sans motif, de la difficulté de gouverner aujourd'hui les peuples , et on les appelle à la plus dangereuse indépendance. On les affii'anchit de leurs devoirs, ou tout au plus on les invite à en traiter directement avec Dieu; et tandis que les hommes sages, dans toutes les communions, sentent la nécessité, pour rétablir l'ordre, de soumettre les esprits à un pouvoir , à une autorité spirituelle y on provoque chaque raison individuelle à exercer sa souveraineté. On dit à l'ignorance : Fais-toi une religion; et aux passions : Créez- vous des lois. Après tant de disputes , de variations et de doutes , le Protestantisme finit par renoncer à toute doctrine ; et, dans ce grand naufrage de la vérité, il crie à ses sectateurs : Que chacun de vous se sauve comme il pourra !

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