DE GENÈVE
A l'occasioji dun écrit intitulé Histoire véritable des Monder s (i).
Il y a un temps de se taire et un temps de parler.
( EccLES. m, 7. )
JUepuis plusieurs années , la vénérable compagnie des pasteurs de Genève est en butte aux attaques d'une secte qui , quoique méprisable en elle-même , ne laisse pas de faire des prosélytes
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(i) Cette Défense, suppose'e écrite par un protestant, représente avec une extrême fidélité l'état actuel du protestantisme sous le rapport des doctrines. On défie la vénérable compagnie des jDasteurs de Genève de désavouer aucun des principes qu'on lui attribue , et d'en opposer d'autres aux Momiers. La Revue protestante convient elle-même que le protestantisme consiste dans le droit d'examen , conçu selon sa plus grande extension. C'est beaucoup que d'avoir obtenu un pareil aveu , d'où il résulte que le protestantisme n'est point une religion , mais l'amas incohérent de toutes les pensées qui peuvent monter dans l'esprit de Vhonune,
354 DÉFENSE DE LA A^ÉNÉRABLE COr-IPAGNIE
parmi les esprits faibles , toujours aisément séduits par l'apparence de la piété et du rigorisme, comme cela s'est vu dans tous les temps. Non contens d'user pour eux-mêmes du droit évangélique de former leur foi d'après leurs propres lumières, droit incontestable et qui constitue fondamentalement le protestantisme, MM. Empaytaz et Malan ont trouvé bon de s'occuper de la foi des autres , et de forcer nos pasteurs à s'expliquer sur ce qu'ils croient et ce qu'ils ne croient pas 5 violant ainsi tout à la fois et le secret sacré des consciences , et la plus précieuse des libertés dont la réforme nous a mis en possession.
A l'exception des hommes que le préjugé aveugle , il n^est personne qui ne sente combien il y a eu de sagesse et de dignité dans le silence que la vénérable compagnie a gardé en cette occasion , et tous les vrais amis de la paix religieuse apprécieront la prudente réserve qui l'a jusqu'à présent empêchée d'énoncer directement aucune opinion sur des questions délicates , qu'après soixante ans d'oubli la vanité ou le fanatisme , et peut-être l'un et l'autre , ont voulu remuer de nouveau. Elle espérait sans doute qu'on finirait bientôt par reconnaître le ridicule de cette dangereuse tentative , et qu'en évitant de choquer les imaginations inquiètes , elles se calmeraient d'elles-mêmes peu à peu.
Il faut l'avouer cependant, la vénérable compagnie s'est trompée en celaj les sectaires, loin
de s'adoucir, ont augmenté d'audace ; ils redoublent chaque jour, avec tout l'orgueil du triomphe , leurs reproches insolens , leurs insultantes provocations ; ils ne craignent pas même d'accuser 5 à la face de l'Europe , nos pasteurs crapostasie y mot vide de sens , puisqu'il suppose un symbole commun , un symbole fixe , c'està-dire tout ce qu'il y a au monde de plus opposé au protestantisme. Mais comme cette accusation, quelque absurde, quelque contradictoire qu'elle soit , ne laisse pas d'être propre à effrayer ' et à scandaliser les simples, qu'elle pourrait même compromettre au-dehors la réputation de notre église , la vénérable compagnie ne peut plus se dispenser de rompre un silence, sage dans l'origine, mais où l'on aurait le droit de voir maintenant de l'embarras ou de la timidité. Pourquoi d'ailleurs affecterait-elle de cacher ses sentimens? Ne serait-ce pas exposer le peuple à penser qu'elle en rougit ? Et , pour le rassurer , pour l'éclairer sur la foi de ses pasteurs qu'on lui représente comme des apostats y ceux-ci ne lui doivent-ils pas une déclaration franche et nette de leurs croyances ?
Le temps de se taire est passé. De plus longs ménagemens ne serviraient qu'à accroître la hardiesse de nos adversaires, à leur fournir de nouveaux prétextes de calomnie et de nouveaux moyens de séduction. Que veulent-ils? Quel est leur but ? Rappeler insensiblement les maximes