DE LA RÉUNION
DES DIFFÉRENTES COMMUNIONS CHRÉTIENNES j
PAR
l'Abbé F. DE LA MENNAIS.
JL LUSiÈURs fois, depuis la grande scission qui déchira la Chrétienté au seizième siècle , on a tenté de réunir les Catholiques et les Protestans* Deux hommes du plus haut génie, Bossuet etLeibnitz, conçurent, sous Louis XIV, l'espérance d'y réussir , et leur correspondance , chef-d'œuvre de discussion , nous est restée comme un monument de leurs vœux , que diverses circonstances étrangères à la religion rendirent malheureusement stériles. Les temps n'étaient pas venus. Il avait à surmonter une trop vive opposition. La réforme , âpre et fière , se sentait encore vivante , parce qu'il y avait encore en elle de la foi. Ses préjugés contre l'Eglise romaine régnaient avec toute leur force. La raison , et l'expérience , qui n'est que la raison manifestée par les événemens, ne les avaient point assez affaiblis dans l'esprit de
la multitude , pour qu'elle entendît patiemment parler de réunion. Le souvenir récent des victoires de Gustave- Adolphe attachait les Protestans d'Allemagne à une religion qui leur avait coûté tant de travaux, et leur rappelait tant de gloire. Ils y tenaient comme à une conquête. Des difficultés non moins sérieuses naissaient de la politique de quelques souverains. La maison de Hanovre voyait, dans la Réforme, le fondement et la sanction de ses droits : elle les aurait crus ébranlés avec le Protestantisme. Cette considération , nulle aujourd'hui , paraissait alors si décisive , qu'elle détermina seule Leibnitz à rompre les négociations entamées avec l'évêque de Meaux. De plus, le traité de Westphalie dont les suites , sous beaucoup de rapports , ont été fatales à l'Europe , avait établi , dans son sein , un principe permanent de division religieuse , en cherchant à former une sorte de balance entre les Etats catholiques et les Etats protestans : et cette cause a peut-être, plus qu'aucune autre, retardé l'union des Chrétiens dans une même foi et une même Eglise.
Aucun de ces obstacles n'existe maintenant. Le temps a effacé ou atténué les préjugés contraires à la religion catholique. La Réforme expirante prévoit elle-même sa fm , et laisse, pour unique postérité , une philosophie , ennemie du Christianisme, ennemie de la société, et qui les attaque jusqu'en Dieu même. Les siècles ont af-