‹ MélangesChapitre 9 sur 80 · COMMUNIONS CHRÉTIENNES. W · texte numérisé non relu

COMMUNIONS CHRÉTIENNES. W

fermi et consacré les droits de la dynastie régnante en Angleterre ; et ce ne sont pas certes les Catholiques qui les lui contesteront. Le danger pour elle viendrait plutôt des doctrines populaires nées de la Réforme. L'équilibre tant vanté, que des négociateurs, moins profonds politiques qu'habiles diplomates, s'efforcèrent d'établir par le traité de Westphalie , ne subsiste plus depuis long-temps. Les intérêts et les rapports ont changé. La Suède et le Danemarck ont perdu presque entièrement leur influence. Une foule de petits princes, membres autrefois de cette espèce de confédération qu'on appelait l'Empire, ont disparu pour jamais. La Pologne , ce flambeau qu'il fallait rallumer ^ans cesse, s'est éteinte. Une autre puissance plus redoutable, forçant les barrières de l'Europe , a promené , au milieu d'elle, son camp peuplé par l'Asie. Aux anciennes relations en ont succédé de nouvelles , déterminées par des motifs où la conformité de religion n'a point de part. On a vu l'Angleterre' aider l'Espagne à recouvrer son indépendance , et concourir , avec la Prusse et la Russie , à replacer le Pape sur le trône pontifical. Ainsi , la politique d'aucun Etat ne paraît devoir s'opposer à la réunion religieuse dont j'essaierai de montrer l'importance , ou plutôt l'indispensable nécessité.

Toutes les vues, d'après lesquelles on gouvernait autrefois , seraient C9,urtes aujourd'hui ; et

gS DE LA RÉUNION DES DIFFÉRENTES

de là vient qu'aucun temps ne fut plus stérile en hommes d'Etat. D faudra pour l an t qu'il s'en forme, si l'Europe ne doit pas périr; il faudra que l'on comprenne qu'il ne s'agit plus de conserver la force et de régler les actions d'un peuple en santé , mais de guérir des nations malades , et de préserver de la destruction la société entière. Cet intérêt premier , et commun à tous les Etats, doit les réunir tous dans un même système de politique générale; car si un seul d'entre eux meurt de l'effrayante maladie qui tourmente le genre humain, les autres le suivront bientôt : et telle est maintenant leur destinée , qu'il faut qu'ils succombent ou se sauvent ensemble.

Les vérités sociales , principe de vie qui se transmettait de siècle en siècle , ont été obscurcies. Le désordre est d^ans l'intelligence ; et voilà ce qui le rend si terrible. Des intérêts peuvent se concilier , des passions se calmer ; c'est l'œuvre du temps, et tôt ou tard il l'achève. Mais le temps ne peut rien contre l'erreur, parce que sans cesse ranimée par les passions qu'elle enfante sans cesse , l'erreur croît , mais ne vieillit point.

Partout on sent l'absence des vérités nécessaires ; partout elles ont laissé un vide qu'en vain l'esprit travaille à combler. La société n'est plus qu'un doute immense. Point de maxime dont on ne dispute , point de principe qu'on ne nie. Qu'est-ce que le pouvoir? qui le sait? Appar-

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tient-il au peuple? est-ce lui qui le donne? peut-il le reprendre quand il Fa donné ? est-ce aulre cbose qu'un fait constaté par la force ou que la force elle-même? Quelqu'un doit-il commander? quelqu'un doit-il obéir? Les peuples en sont encore à résoudre ces questions , de la solution desquelles dépend l'existence des peuples.

On déclare des droits, et parce qu'on assem^ ble des phrases , on s'imagine créer l'ordre. On improvise des gouvernemens , on élève des ins-» titutions 5 on les brise , et cependant toutes les notions se perdent. Qu'est-ce que la loi? une volonté : et de qui ? la volonté de tous , ou d'un seul ? Cette volonté est-elle arbitraire ? si elle ne l'est pas, quelle est sa règle? Y a-t-il quelque chose de légitime en soi, de naturellement immuable? Est-ce le pouvoir? on le conteste : les rangs? on le conteste : la propriété? on le conteste. On s'égoige pour le oui et le non, et la force décide des doctrines.

Comment s'en étonner? Dès que l'esprit ne reconnaît point d'autorité à laquelle il doive obéir, la vérité pour chacun n'est que sa pensée. La raison, unique juge de tout, ramène tout a l'individu. Des opinions particulières remplacent les croyances générales, les intérêts remplacent les devoirs. Le désordre va croissant , les liens se rompent-, dans la famille l'autorité paternelle s'affaiblit • dans l'Etat on abolit la hiérarchie sociale; toutes bornes sont ôtées à toute ambition, et au-

tour d'un trône sans degrés , on voit une foule de rois dépossédés qui s'efforcent de reconquérir le rang d'où ils sont déchus.

En quel lieu de l'Europe n'a-t-on pas semé ^'' des germes de révolution? On les croyait étouffés, ils renaissent de toutes parts. Les souverains et les sujets s'observent avec inquiétude. Ce n'est plus une famille qui habite sous le même toit, mais deux armées retranchées dans des camps opposés. Tantôt elles se choquent avec violence, tantôt elles négocient sur des ruines; et comme le pouvoir n'est qu'une prétention, les gouvernemens ne sont que des traités.

Les mêmes causes de division agissant sur les peuples, tendent visiblement à les isoler, et ramènent ces temps de la barbarie païenne , où , ennemis nés les uns des autres, la paix n'était qu'urne trêve , et la guerre un duel , où presque toujours il fallait qu'un des deux pérît. Voilà pourquoi, chez les anciens, chaque citoyen était soldat; et l'on n'arme aujourd'hui les nations en^ tières que parce qu'elles ont aussi à combattre pour leur vie.

A mesure que la société se dissout , des aggrégations nouvelles se forment. Des sociétés secrètes s'organisent dans la société publique , et travaillent dans l'ombre à hâter sa dissolution.

Quand on vient à considérer cet effrayant état, qu'on l'observe en détail, et qu'on aperçoit partout, et jusque dans les écoles de l'enfance, le

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même esprit de désordre, les mêmes principes d'anarchie, on ose à peine lever les yeux sur l'avenir. Certes , le mal est grand : est-il sans remède? Non ; la société ne meurt jamais que par la faute de ceux qui gouvernent, et il suffit encore de vouloir pour la sauver.

Mais qu'on ne s'y trompe pas ; ce n'est pas en flattant les idées du siècle qu'on la ranimera , mais en la rappelant à la raison de tous les siècles. Le principe d'union a été détruit , et avec lui les droits et les devoirs. Que nous oj9fre-t-on pour le remplacer ? Le commerce ou l'industrie , et ce qu'on appelle les lumières. Etrange pensée , de prétendre unir les hommes par la passion même qui les divise le plus , la cupidité 1 L'industrie est l'art de tourner à son profit les besoins des autres , et même leur malheur : la première condition de toute société est que chacun soit prêt à sacrifier aux autres ses intérêts et sa vie même. Je voudrais bien qu'on m'expliquât comment l'industrie suppléera ce devoir. Le commerce , dit-on , rapproche les peuples ; oui , comme l'impôt rapproche le percepteur du contribuable. Outre ces sourdes inimitiés , dont l'effet à la longue est si terrible , le commerce enfante à lui seul plus de guerres que toutes les autres causes de division.

Je ne connais dans l'ordre moral de lumière que la vérité. De nos jours on a donné ce nom aux nuages qui la recouvrent j alors on a pu

vanter le progrès des lumières. Mais à mesure qu'elles s'accroissaient , la société s'en allait. Ce n'est pas , je pense , à leur aide qu'on parviendra à la rétablir.

En religion , en morale , en politique , on a tout nié, et c'est en niant tout qu'on a tout détruit. L'Europe succombe sous le poids des doctrines pliilosophiques , et on les lui présente pour appui. On veut que les maximes qui ont conduit les rois à l'échafaud, affermissent les trônes, et que les doctrines qui ont soulevé les peuples les uns contre les autres , soient le lien qui doit les unir. Que si l'on entend par lumières les premiers élémens de l'instruction , il n'est pas aisé de comprendre comment les hommes deviendront meilleurs , quand ils sauront lire , écrire et chiffrer , et comment de la grammaire et de l'arithmétique naîtront des droits et des devoirs, l'obéissance à l'autorité , des mœurs pures et fortes , l'esprit de sacrifice , la paix et l'union des peuples.

Mais c'est trop nous arrêter aux rêveries d'une

philosophie imbécile • laissons-la s'admirer elle-

♦ même , et cherchons dans les vérités qu'elle a

méconnues , dans les lois qu'elle a violées , la

cause de nos maux et leur remède.

Unir les hommes, c'est en former une société. 11 n'y a de vraie société qu'entre les êtres intelligens , c'est leur mode essentiel d'existence ; le principe de la société est donc tout spirituel.

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