LE PROCÈS DE FOMANIER
sa connaissance de l'hébreu, du titre, de la doctrine antichrétienne du Trésor Inestimable ou Mausérisme, description du Mauser^ naît l'impression qu'il avait renié le protestantisme, non pour la religion romaine, mais pour le Judaïsme. Aussi la Cour de Parlement le fait-elle visiter par deux chirurgiens : La Noue et Guibert, qui, sans se prononcer nettement, n'écartent pas la |)ossibilité de la circoncision ; cette petite opération remontait, s'il l'a subie, à une dizaine d'années. Fontanier attribue à Isaac Montalte le Trésor Inestimable. Ce n'est pas ce juif, médecin portugais, parlant mal le français, (jui a pu émailler de quolibets quelques-unes des attaques du Trésor Inestimable contre la religion catholique, alors que les autres critiques étaient tellement virulentes « qu'il n'est moyen de les réciter ». Le Trésor Inestimable aurait eu plutôt l'allure d'un pamphlet écrit par un ^Méridional, que celle d'un opuscule vraiment philosophique. Enfin, Fontanier termine en insinuant qu'il est disposé à devenir catholique pratiquant si la Cour de Parlement veut l'absoudre. C'était l'aveu sans phrases de sa culpabilité.
Présents : MM. de Bellièvre et Potier, présidents ; MM. Le Coigneux, Sanguin, Gharreton, de La Grange, Durant, Damours, de Bragelongne, de Heere, Brousse!, rapporteur; Coquet, de Crisniont, Lescuicr et Quclaiu.
10 décembre 1621
Ledit Jehan Fontanier, 33 ans.
Est natif de Montpellier, que son père s'appeloit Philippe et sa mère Marie Arnade.
Interrogé qu'il y a des nouveaux crestiens en Languedoc et s'il n'en venait point.
A dit que non, a esté toujours de la Relligion prétendue réformée.
A dit qu'il y avoit 4 ans qu'il demeuroit au nom de Jésus, rue de Béthisy, revint au mois d'aoust dernier, fut en son voyage de Flandres 2 mois vers Brusselle, Anvers, et à Anvers, n'a vu Astradam et y avoit esté il y a 7 ou 8 ans l'escrivain (?) d'un auditeur et que ce fut à ses dépens, que son beau-frère luy avoit baillié 501. t. et lors de son voyage avoit son argent de secrétaire du Roy et y avoit un an qu'il estoit demeuré en Italie ; auparavant fut en Italie, passa à Montpellier et à Castres, s'embarqua à Marseille, a prins cognoissance avec un nommé Scio, bourgeois de Mont-
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pellier, n a esté à Rome mais bien à Venise, a esté 2 fois en Italie' et la première fois avec le Cappitaine de Goulen et fut à Frayeur ?), n'a jamais esté à Rome, auparavant deraeuroit à Paris et avoit forces commoditez et avoit pris le party des carrosses qui vont à la traverse et en donnoit à la dame Fontaine 4,500 1. t., n'a esté indemnisé et y avoit trois ou quatre mois qu'il avoit vendu son office et estoit des 20 derniers créés, vendus en 1608 icy et qu'il avoit un oncle qui demeuroit chez M. de Loraénie qui
l'entretenoit à estudier à Montpellier, chez M*' Ramis et à Thoulouse,
Bernardy et à Venise, Fromagy, pris ses degrez à Valence et avoit là veu les Institutes et Règles de droict favorabiliores tali quam actori, n'a jamais plaidé icy mais bien à ^lontpellier. A esté collégial dudit Montpellier à la première année, a faict son cours en philosophie et sa logique, n'entend la langue grecque et l'a apprise d'un écossois de la relligion prétendue réformée, estant premier a veu la grammaire grecque, ne se souvient de ce qui est escript dans le livre, n'a appris l'ébreu et en a eu quelque cognoissance par la grammaire. A veu Tite-Live, l'histoire de France, Froissart, Guichardin, Plutarque, Sénèque en latin ou françois, n'a appris les mathématiques ny en théologie, sinon par les conférences, a veu les pseaumes de David de Marot, de Bèze.
Fut à Constantinople lorsqu'il fut à Venise et fut un an en son voyage et fut à Constantinople en une gallère avec des françois, qu'il avoit des juifs pour truchement, ne leur a rien demandé de leur croyance, s'est faict catholique à Véronne par profession et n'en a lettres, que ce fut un prestre séculier qui avoit puissance de l'Archevêque de Vé.ronne et du depuis a esté à la messe publiquement et qu'il a recherché des docteurs de Sorbonne et ne les a peu nommer qui luy dirent qu'il ne debvoit parler de cela et que estoit pour avoir plus grande certitude de ce qu'il doubtait, Que ce fut à Cambray qu'il eust cognoissance de l'escript dudit autheur et luy dit qu'il avoit un grand livre et qu'il lui monstreroit autre chose à Paris, le rencontra dans le pallais et ont conféré 7 à 8 jours en ceste ville, qu'il estoit portugais, parle bon françois et se mesle de marchandises, qu'il a estudié en sa religion et aux humanitez et disoit que ce livre estoit de son frère et croyt que c'est Montalte et que ce n'est pas de luy et que Monlalte l'a faict.
Interrogé que ce n'est luy ; et qu il a voullu destruire la Religion cat/iolique.
Dit ({ue non et qu'il a esté porté seulement de trop grande curiosité.
Interrogé que Montalte ne la fait, qui estoit portugais et ne sçavoit que sa langue et un peu de françois, et qu'il n'y en a un seul mot ny de médecine comme Montalte estoit médecin.
Dit que ça donc esté son parent.