‹ MélangesChapitre 5 sur 92 · LE PAPISTE · texte numérisé non relu

LE PAPISTE

Je n'ai que crainte en Dieu, De Dieu je suis peureux.

La croyance que le Papiste dit avoir est proférée et débitée comme le pourrait faire un Perroquet, elle le rend

(1) Ce système qui fait de la connaissance le principal but de l'homme était déjà celui des philosophes juifs du Moyen-âge : « La partie intelligente étant la meilleure d'entre les parties de Ihomme, ce que Ihomme doit chercher, c'est la connaissance... » (La source de la vie de Salomon ibn Gabirol, dit Avicelion, traduit par S. Munk, 1859).

craintif et poltron dès le berceau sans que jamais il entende ni qu'on lui fasse entendre ce que c'est que la croyance, car la peur qu'il a d'être promptement brûlé et la crainte d'être damné après la mort, s'il ne dit qu'il croit en Dieu (comme il a été instruit par ses père et mère), lui fait penser que le plus grand mal qui soit au monde c'est de ne point croire en Dieu. Aussi n'a-t-il le loisir de penser à sa foi ni aucune hardiesse, tant la peur et la crainte le possèdent, vivant toujours au milieu de deux diables et bourreaux. Il ne peut être plus misérable et plus damné qu'il n'est, privé qu'il est d'intelligence, de raison, de justice, de vérité et de fraternité ; et il se peut dire une parfaite bête, et ne savoir nulle chose, ayant la compréhension de Dieu tellement assujettie à la crainte et à la peur, d'autant qu'à force de craindre Dieu l'homme en perd le discernement et il ne lui reste que cette compréhension bestiale et terre à terre commune à la bête et qui le fera toujours demeurer tel : colère, fou, méchant et malheureux.

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