XII. — 4 AOUT 1655. — TROISIÈME INTERROGATOIRE DE L'ANGE
Cet interrogatoire porte principalement sur la Bulle orthodoxe, c'est-à-dire sur un avis ayant ce titre et destiné à remplacer le privilège, avis qui figurait à la fin de l'édition originale de L'Escole des Filles. La Bulle orthodoxe n'avait rien d'orthodoxe, et ne laissait planer aucune incertitude sur le but de L'Escole des Filles d'en appeler aux sens, d'être un simple manuel pratique d'érotisme. Le bailli du Palais tenait, avec juste raison, à connaître l'auteur de la Bulle; mais L'Ange se dérobe en répétant ce qu'il a dit plusieurs fois, qu'à Millot seul seul appartient L'Escole des Filles. Millot absent ne peut se défendre. La Bulle orthodoxe est tombée de la plume de L'Ange, ou peut-être de celle de Claude Le Petit; c'est un hors-d'œuvre comme le Madrigal de ce dernier.
L'Ange a écrit de sa main les sommes qu'il a payées à
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Framery pour la reliure des exemplaires distribués de L'Escole des Filles et confirme que Millot et lui sont venus chez Piot pour traiter de l'impression, en promettant un privilège. L'Ange ne se défend pas contre Piot ; il ignore encore son rôle odieux, autrement il lui était facile d'exécuter ce misérable, son complice, en insistant sur le fait de la rubrique : A Leyden. En ne mettant ni son nom ni son adresse au titre de L'Escole des Filles, Piot savait bien que cet ouvrage se débiterait seulement sous le manteau !
L'an M. VI'^ LV le IIII aoust du matin en la chambre du bailliage du pallais à Paris, par devant nous, Claude Hourlier, escuier, seigneur de Méricourt, Cons*'' du Roy, Lieutenant général civil et criminel au bailliage du Pallais à Paris, Nicollas de Hazay, Conseiller es dit siège ... Javard ... Parmentier et ... Regnard, aussi Cons^", à la requeste de Monsieur le Procureur général en procédant au jugement du procès criminel fait à la requeste du procureur du Roy à l'encontre de Jean Lange, prisonnier à la Conciergerie du Pallais, et autres, avons mandé de faire venir devant nous ledit Lange, le jugement estant fait et recollé et icelluy interrogé comme il ensuit.
Premièrement l'avons enqiiis de ses noms, aage et qualité.
A dict avoir nom Jean Lange, escuyer, gentilhomme servant du Roy, demeurant lors de son emprisonnement chez la dame Faret, rue des Roziers, aagé de XLV ans ou environ, lequel après serment fait.
Enquis sy le manuscript trouvé en sa chambre et qui luy a esté cy devant et à présent représenté n'est pas escript de sa main, s'il n'en est pas l'autfieur et n'a pas donné charge au nommé Piot, libraire, d'incérer au bas dudit la bulle orthodoxe.
A dict qu'il recongnoist avoir escript mais que c'est le nommé Millot qui en est l'autheur ou traducteur et que les exemplaires ne sont pas conformes au manuscript.
Ce fait luy avons représenté deux feuilles de papier, l une plyée et l'autre simple ou sont e.scripts plusieurs noms et des sommes qui ont esté payées pour la relliure desdits livres qui ont esté distribués.
A dict qu'il recognoist avoir escript lesdits mémoires qui ont esté de de luy à l'instant signez.
Enquis s'il n'a pas des lettres dudit Millot ou cscrittures par le moyen de quoy l'on peust cognoistre que la correction qu'il met en avant est de la main dudit Millot
A dict qu'il n'en a point, mais lorsqu'il se trouvera de l'escritture dudit Millot, elle se cognoistra conforme à la correction dudit livre.
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Enquis si la vérité n'est pas que ce fut luy respondant qui chargea ledit Piot, imprimeur, de l'impression dudit livre intitullé L'Escolle des filles.
A dict que la vérité est qu'il fut avec ledit Millot chez ledit Piot pour l'impression dudit livre.
Sy Piot ne luy demanda pas un privillcge pour imprimer ledit livre.
A dict que ouy.
Signé : Hourlier, L'Ange.