‹ MélangesChapitre 57 sur 92 · ROBERT ANGOT DE L'ÉPERONNIÉRE · texte numérisé non relu

ROBERT ANGOT DE L'ÉPERONNIÉRE

On pourrait être surpris de voir ici cette dissertation sur l'auteur présumé des <<. Exercices de ce temps », on s'en étonnera moins quand on aura lu le début de la satire « Le Pèlerinage », la quatrième de ce recueil :

C'est une chose estrange en la nature humaine,

De voir que les mortels se donnent tant de peine,

A choisir à leur goust une Religion,

Plustost par vanité, que par dévotion,

L'entendement de l'homme enyvré d'imposture

Se formant au dedans des vœux à l'advanture :

Or le nombre excessif de ces Religions,

Dissemblables en soy par tant de nations.

Dans un mesme climat qui prindrent leur naissance,

Tiennent pareils progrez, ont mesme cognoissance

En 1876 Les Exercices de ce temps ont été compris dans les œuvres de Sonnet de Courval et voici en quels termes M. Prosper Blanchemain a justifié leur attribution au médecin virois :

A monsieur Armand Gasté.

Monsieur et honoré confrère. Les Exercices de ce temps offrent au bibliographe une énigme dont le libraire Guillaume de La Haye aurait pu

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certainement nous donner le mot ; mais son silence et celui des contemporains font qu'elle reste et restera insoluble, à moins qu'un témoignage inattendu ne vienne en révéler le secret.

Ce livre est-il bien réellement de Gourval-Sonnet ? Il a été un moment attribué à Robert Angot, sieur de l'Eperonnière, qui, vers le même temps écrivait des satires, était lié avec Courval et lui adressait des vers élogieux. Nodier soutenait cette opinion et M. Frère, dans son Manuel du Bibliographe normand, l'acceptait aussi, bien que sous forme dubitative.

Mais quelles raisons R. Angot, après avoir publié avec une orthographe spéciale et singulière diverses œuvres poétiques, aurait-il eues pour dissimuler sa personnalité, son orthographe, et faire imprimer ses vers sous le nom de son ami, lui qui soit auparavant, soit plus tard, n'a jamais négligé de signer ses poésies ? Il y avait évidemment confusion entre les Exercices de ce temps et les Nouveaux Satyres et exercices gaillards de ce temps, et le nom de Robert Angot fut définitivement écarté.

De sorte que M. Eugène de Beaurepaire dans son excellente étude sur Sonnet de Courval (Caen, Le Blanc-Hardel, 1865, in-8) n'a pas hésité à ranger Les Exercices de ce temps au nombre des productions authentitiques du poète virois.

Mais voilà que vous venez, Monsieur et cher Confrère, avec une grande autorité de style et de raisonnement, contester de nouveau cette œuvre à Courval-Sonnet et, soumettant ses écrits à un examen rigoureux, vous dites :

« Jamais poète n'a abusé comme lui de la répétition fatigante de la même idée en des termes différents, plus pédants les uns que les autres... Entraîné par sa verve (verve incontestable), grisé par le bruit des mots qui tombent de sa plume et résonnent comme des grelots, ij court, il court encore, et ne s'arrête que lorsqu'il est essouflé, rendu. Il no fait pas grâce dune syllabe et quand il se mêle d'être érudit (ce qui lui arrive à chaque page], il ne laisse respirer son lecteur que lorsqu'il a vidé tout son sac... Enfin le désir de mettre partout ot à tout prix des ornements, et l'horreur du style simple et naturel, le conduisent tout droit au trivial et au burlesque. — Eh bien! le style n'est plus du tout, du tout le même dans les Exercices de ce temps, j'y trouve souvent une grande et fastidieuse prolixité ; mais le style pédant, mais les termes savants, mais l'enflure, mais l'amplification à outrance, je ne trouve plus tout cela comme dans les satires authentiques. '1)

« Sonnet, ainsi que vous l'observez encore, sème partout, à tort el à travers, du grec et du latin, deux langues qu'il possède au mieux, mais

(1) Il nous n et*' impossible de retrouver ce texte fl'Armnnd Gnsté ; avons-nous mal rhrrrhé, ou Prosper Blnnchemain a-t-il extrait les lignes ci-dessus d'une lettre particulière du savant professeur de Caen .' Cette dernière hypothèse est probable.

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dont il fait un abus immodéré ; tandis que l'auteur des Exercices de ce temps, sans être ignorant, ne fait aucun étalage de ce qu'il s^ait et se contente d'être tout simplement Français.

« Il est Rouennais aussi, car les Exercices ont été écrits dans la capitale de la Normandie par un homme qui connaissait parfaitement et décrit à chaque page les rues, les églises, les couvents, les lieux de divertissement, de pèlerinage, de promenade ; tandis que Sonnet-Courval, natif et habitant Vire, eut de préférence placé dans cette dernière ville la scène de ses satires.

« On doit enfin considérer que le titre général de l'édition de 1627, conçu de manière à tromper le lecteur au premier coup dœil, range en réalité les Exercices à part des Sati/res du Sieur de Courval, puisque c'est seulement après le nom de l'auteur que figurent ces mots : Plus est adjousté les Exercices de ce temps. Le titre spécial, reproduit ci-après, n indique non plus aucun nom d'auteur, et toutes les éditions connues des Exercices sont également anonymes.

« De tout ce qui précède il résulte pour nous que le libraire G. de La Haye, afin de faire réussir les Exercices, ou l'auteur lui-même, avant des raisons pour rester inconnu, les a lancés sous le couvert du nom de Courval, célèbre alors en Normandie. »

Ces observations, je le confesse, ne manquent ni de poids ni de solidité ; mais qui peut dire que, dans un âge plus mûr, Courval n'ait pas complètement modifié sa manière et son style ? A partir de 1626 ou 1627, on ne sait pas trop ce qu'il devient. Etait-il mort ? était-il vivant? Ce point n'a jamais été constaté d'une façon positive. Courval ne serait-il pas venu, vers cette époque, habiter la capitale de la Normandie, où les Exercices de ce temps ont été composés, et l'influence de ce milieu littéraire ne s'estelle pas fait sentir dans ses œuvres nouvelles ?

Je reconnais toutefois la puissance de vos arguments et si (comme vous l'avez fait pour les Vaux-de-Vire, dont vous avez irréflagablement restitué la paternité à Jean Le Houx vous veniez me nommer le véritable auteur des Exercices de ce temps, je n hésiterais pas à reconnaître que vous avez complètement raison. Mais bien que ma conviction soit fortement ébranlée, j'hésite encore.

Sonnet de Courval a pour lui la possession qui faut titre ; et faut-il l'avouer? j'éprouverais un certain regret à retrancher de son œuvre une série de satires d'un mérite réel, qui y ont été réunies par ses contemporains et qui, en définitive, ont été regardées par beaucoup de critiques comme lui appartenant d'une manière légitime.

Vous me pardonnerez, n'est-ce pas, Monsieur et très cher confrère, de ne pas partager absolument votre conviction, et vous ne douterez jamais des sincères et profondes sympathies qui me font être. Votre bien cordialement dévoué, Prosper Blanchemain.

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Un mot seulement sur les arguments développés dans cette lettre :

Ceux d'Armand Gasté apparaissent décisifs, il suffit de lire vingt lignes des Exercices de ce temps pour constater qu'ils ne sont ni dans l'esprit ni dans la manière de Thomas Sonnet, sieur de Courval. Quant à la timide défense de P. Blanchemain, elle est inexistante : Les Exercices de ce temps sont antérieurs et non postérieurs aux Satyres contre les abus et désordres de la France ; la troisième édition de ces dernières est de 1627, alors que la quatrième des Exercices est de 1626, ils n'ont donc pu marquer un progrès de la prosodie de Courval. Enfin il n'a pas « la possession qui vaut tilre » puisqu'une seule édition, celle de 1627, réunit les Exercices aux Satyres^ dans des conditions qui excluent toute confusion possible entre les deux ouvrages.

Sous le bénéfice de ces observations, la lettre de P. Blanchemain pose nettement le problème de l'attribution des Exercices de ce temps. Avec E. de Beaure paire et le savant bibliographe J. C. Brunet [Manuel du libraire) il se prononce en faveur de Courval alors que Ch. Nodier (1) et Ed. Frère (d'après Nodier) ont désigné Robert Angot, sieur de l'Eperonnière, l'avocat caennais.

Viollet-le-Duc, avant Blanchemain, Eugène de Baurepaire et J. C. Brunet, fe'était prononcé pour Courval dans des termes qui montrent qu'aucune incertitude n'existait dans son esprit :

Courval-Sonnet a souvent iniilé Régnier, sans niêrae prendre le soin de déguiser ses imitations qui pourraient, à la rigueur, passer pour des larcins. Telle est la satire à.e V Ignorant (Exercices de ce temps), calquée sur la huitième de Régnier. Dans une satire intitulé le Cousinage (Exercices de ce temps), il décrit, comme Régnier, un mauvais repas et un mauvais gîte, et la comparaison qu'il force maladroitement le lecteur d'établir entre

(1) Voici le texte de Ch. Nodier, c'est une note du Catalogue Crozet, II' partie, 18'il, au N" 690 Les Exercices de ce temps, 1626, édition qui Tormc la seconde partie des Satyres de Courval , 1621 : u Ces satyres dont toutes les éditions sont rares, méritent d être distingiiées parmi les poésies de la même époque ; Robert Angot, leur auteur, qui s'est nommé dans les éditions postérieures, était un de ces écrivains qu'il serait injuste de laisser en oubli. L'abbé Goujet le place à côté de Vauquelin de La Fresnaye. M. Weiss {Biogr. Vniv.') n'a connu que ses Préludes, v L'assertion de Nodier est inexacte, aucune des éditions des Exercices, on va le voir, ne porte le nom d'Angot.

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son style et celui de son prédécesseur m'a paru fort au désavantage du dernier venu. En sa qualité de médecin... (1)

On ne peut pas en dire autant de la conviction d'Edouard Frère (2) et d'Armand Gasté. Postérieurement à l'édition Blanchemain, Ed. Frère a abandonné Robert Angot et Armand Gasté, dans son Anthologie des poètes virois, 1891, se contente, ensuite de la biographie de Courval-Sonnet, de cette simple note :

On lui attribue (mais, selon nous, sans trop de fondement) Les Exercices de ce temps qui parurent à la suite des Satyres de Sonnet de Courval dans l'édition de Rouen, 1627.

Ainsi aujourd'hui, pas plus qu'hier, on ne sait le nom de l'auteur des Exercices de ce temps, nous allons essayer de le découvrir.

Dans une recherche de ce genre, la Bibliographie joue le premier rôle. Voici celle, manifestement incomplète, que nous avons pu établir des Exercices de ce temps :

Les éditions marquées d'un astérisque étaient ignorées de Blanchemain.

I et II. Il ne reste plus trace, à notre connaissance, de la première et de la seconde édition, elle doivent se placer vers 1617 et 1619.

Si la seconde édition renferme la neuvième satire : Le Débauché, imitée en partie de Claude Desternod, elle est postérieure à 1619, L'Espadon satyrique ayant paru cette même année à Lyon et à Rouen. Si elle ne la contient pas, la troisième édition qui suit apporterait quatre satires nouvelles : Le Débauclié ; L Ignorant ; Le Gentilhomme ; La Médisance.

III. *Les Exercices [de ce temps, [Contenans plusieurs Satyres contre les [mauvaises mœurs. [Reveuz et augmentez depuis les pre- [cedentcs

(1) Histoire de la satire en France placée en tête de l'édition des Œuvres complètes de Mathurin Hegnier. Paris, P. Jannet, 1853.

(2) a Feu M. Edouard Frère, conservateur de la Bibliothèque de Rouen, avait, dans son Manuel du Bibliographe normand, cru devoir attribuer, sans affirmation positive, ce dernier ouvrage à Robert Angot. Mais par une lettre qu il m'a fait l'honneur de m'adresser à ce sujet, mon savant compatriote m'a fait connaître que de nouvelles études l'ont rangé de l'avis de MM. J. C, Brunet et Eugène de Beaurepaire, et que Les Exercices de ce temps n'appartiennent pas réellement à Robert Angot (^Bibliographie de Robert Angot, Ed. des Souveaux Satyres et Exercices de ce te/npsi 1877, due a Prosper Blanchemain).

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Impressions. [Eupolis atque Cratinus Aristophanesque Poeta [Si quis erat dignus describi... [...multa cura liberlate notabant. [Occipiti cœco postica; occurite Sannae. [Troisiesme Edition. [A Rouen, [Chez Guillaume de la Haye, tenant [sa boutique dans l'Estre nostre Dame [M. DC.XXII (1622). ln-8 de 103 pp. chitfr, (Bibl. particulière).

Cette édition de 1622 n'est mentionnée que dans le Catalogue de la vente des l'u'res de M. Fillieul (le libraire Chardin), 1109. L'exemplaire en question était relié avec les (JEui'res poétiques de Melin de S. Gelais, 1574 ; il est donné comme contenant onise satires (il y en a douze). La douzième La Médisance comprend vingt-sept stances de six vers de huit pieds, elle ne sera pas reproduite dans les éditions suivantes. On la trouvera plus loin.

IV. A) Id., Quatriesme Edition. A Rouen, Chez Guillaume de La Haye... M. DC. XXVI ^1026). In-8 de 115 pp. chiffr. et 1 f. blanc.

Cette quatrième édition conijjrend, comme la précédente, douze satires, mais la satire : La Médisance est remplacée par celle : Le Poète. De plus, quatre satires ont été augmentées : Le Bal, de 2i vers environ ; La Mortification, de 32 vers ; Lucine, 52 v. et Le Gentilhomme, 68 v. Il est probable qu'elle n'a pas été mise en circulation ; on l'a intercalée dans lédition suivante des Satyres de Courval dont elle forme la première moitié de la seconde partie et qui a été faite à son intention avec l'adhésion du médecin virois et de l'auteur des Exercices de ce temps :

Les Satyres du sieur de Courval contre les abus et désordres de la France. Dédiées à la Reine Mère du Roy. Plus est adjousté Les Exercices de ce temps d'une très belle et gentille invention. A Rouen, Chez Guillaume de La Haye, tenant sa boutique dans l'Estre nostre Dame. M. DC. XXVIl (1621). In-8 de deux parties : lu première de 14 flf. non chiffr. y compris le titre et 116 pp. chiffr. La seconde de 208 pp. chiff., soit l'édition de 1626 des Exercices de ce temps avec son titre et son feuillet blanc, et la Suitte des E.rercices de ce temps, contenant plusieurs Satyres contre le Joug Nuptial et jascheuses traverses du Mariage. Par le S. D. C. V. (sieur de Courval, virois). ^4 Rouen, chez Guillaume de La Haye..., M. DC. XXVII (16211, titre et pp. 117 à 208.

Cette quatrième édition des Exercices de ce tempu a été réimprimée dans le format in-12 :

jB)*Id., Revus et augmentés depuis les précédentes impressions.

Eupolis..., Occipiti Nouvelle édition. Imprimé cette année (s. d.) In-12.

Titre et 94 pp. chiffr. (B. N., Ye 21689).

11 manque deux vers à la V1I° satyre.

C) Id., Nouvelle édition (marque de la Sphère) A Caen, Imprimé cette année. Im-12 de 96 pp. (Bibl. de Caen).

V. *Les Exercices de ce temps Contenant plusieurs Satyres contre les mauvaises mœurs. Reveuz et augmentez depuis les précédentes impressions— Cinquiesme édition. A Rouen, chez Guillaume de La Haye, tenant sa boutique, près la prison du bailliage. M. DC. XXXI (1631). In-8 de 127 pp. chiffr. y compris le titre. (B. N.)

Cette édition comprend quatorze satyres, les deux nouvelles sont celles du Cours, et du Content.

VI. Cette même année 1631 une autre édition, mais de format in-4, est publiée également à Rouen :

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Les Exercices de ce temps, contenant plusieurs satyres contre les mauvaises mœurs. Reveuz, et corrigez par l'autheur, en cette dernière

édition A Rouen, De l'Imprimerie de Laurens jMaurry, rue de la Croix

de fer, au Cœur Fleurissant. M. DC. XXXI (1631;. In-4 de 133pp. chiffr. (Bibl. de l'Arsenal.

Cette édition contient les mêmes satyres que la précédente, mais celle Le Poète, à reçu une addition de 28 v. (422 au lieu de 394). G est la dernière édition originale. Les suivantes ne sont que des réimpressions de cette édition ou des éditions antérieures .

* Id., Rouen 1638. In-8.

Id., A Rouen. Chez Jean de La Mare, aux degrez du Palais, M. DC. XLY il645j. In-8 de 126 pp. chifir.

Texte de 1 édition in-4 de 1631 (14 satires). Id., Rouen, David Ferrand, 1657. In-8 de 126 pp. chiffr.

* Id., Septième édition. Rouen, Vefve d'Antoine Ferrand, 1667 (?) In-12 de 116 pp. (Cat. Lormier, IIP p, n° 1846).

ÉDITION SAXS DATE

* Id., Rouen, Antoine Ferrand, après 1644. In-12.

Il ressort nettement de la Bibliographie ci-dessus que sur les treize éditions des Exercices de ce temps une seule — la quatrième — accompagne les Satyres de Courval ; mais, insistons sur ce point, avec son titre antérieur (voir IV). La Suitte est donnée au sieur de Courval, virois. Nulle équivoque n'est possible.

L'histoire littéraire des xvii^ et xviii^ siècles modifie-t-elle cette constatation ? En aucune façon. Ni au xvii^ Colletet, ni au XVIII* Goujet ne parlent des Exercices de ce temps. 11 existe une notice de François Colletet sur Courval-Sonnet, mais son auteur ne semble pas avoir eu en mains l'édition de 1627 des Satyres de Courval. L'abbé Goujet est dans le même cas.

Rappelons pour mémoire que Dreux du Radier, dans son son discours De la Satvfe (i), après avoir rejeté en bloc Les Exercices de ce temps « au nombre de ces ouvrages informes dont l'esprit de libertinage qui y règne fait le plus grand mérite », octroie généreusement les douze satires (de l'édition

(1) Ce discours est placé en tète des Satires de Perse traduites en fers et en prose : Pour servir de suite à la traduction de Juvénal par M. Dusautx, avec un discours sur la Satire et les Satiriques tant latins que français, Paris, 1772, in-8.

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de 1626) à Antoine Garaby de La Luzerne, et ce, en les accompagnant d'une appréciation assez favorable !

Ces satires présentent beaucoup d'imagination. L'auteur s'est piqué du mérite de l'invention, et on ne sauroit lui reprocher qu'il se soit asservi aux règles d'aucun maître parmi les anciens, ni parmi les modernes. Ce sont plutôt des descriptions, des narrations satiriques, des tableaux critiques que de véritables satires. Le style en est grossier, la poésie lâche ; cela vaut mieux que les Satires de Thomas Sonnet de Courval, mais cela est au-dessous de celles de Du Lorens. L'auteur, quittant le véritable objet de la Satire, qui est la critique des mœurs, plutôt que celle des faits, semble n'avoir pour guide, s'il en a, que les récits et les descriptions auxquelles se sont quelquefois livrés Horace, Juvénal et Régnier.

Dreux du Radier ignorait que Garaby était né le 28 octobre 1617, ou peut-être — et c'est à présumer — n'a-t-il eu en mains qu'un exemplaire sans titre des E.rercices de ce temps, ce qui ne lui a pas permis de les reconnaître ni même de fixer l'époque de leur composition.

Précisons tout d'abord que l'auteur des Exercices de ce temps a voulu garder l'anonymat. Contrairement à tous ses confrères du xvii^ siècle, il s'est dispensé de l'épître dédicatoire et il n'a sollicité ni privilège de l'autorité ni éloges d'aucun de ses intimes. Cette ligne de conduite il l'a suivie avec rigueur de 1617 (?) à 1631, période dans laquelle il remanie et complète cinq éditions de son œuvre. Pourquoi cette réserve ? Est-ce à cause de l'obscénité de certains vers ou même du sujet de certaines satyres, telle que celle de l.a Mesdisance supprimée dès la quatrième édition (1) ? C'est peu probable, la propreté du langage n'étant guère en honneur sous la régence de Marie de Médicis et dans les premières années du règne de Louis XIII. Est-ce à cause des plagiats effrontés qui pullulent dans Les Exercices de ce temps et qui vont s'accentuant à partir de la satire \'11I : L'Affligé'- C'est éga-

(1) Il est probable que cette satire a paru pour la première fois dans la troisième édition, elle n'aurait donc été jamais réimprimée.

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lement douteux. Les plagiats peuvent être une des conséquences de l'anonymat et non la raison d'être de cet anonymat. Quoiqu'il en soit, il est difficile de se montrer plus audacieux que ne Ta été l'auteur des Exercices. S'inspirer de Régnier, de Desternod, de Passerai, etc., et même les paraphraser en prenant chez eux quelques rimes est une peccadille, mais copier des passages entiers dans leurs œuvres en les reproduisant sans les modifier ou en les modifiant si peu, qu'il faut avoir sous les yeux les deux textes pour les distinguer, est un acte de piraterie littéraire. Il nous serait difficile, par exemple, de mettre ici en parallèle quelques vers de son Débauché avec les mêmes vers d'une pièce ordurière de Régnier, mais voici un autre rapprochement non moins décisif,

Le début de sa XII I" satvre : Le Cours.

Or sus, Mars est passé, voicy les premiers jours D'Avril le doux, sacré aux célestes Amours, Tous les oyseaux en l'air de diverse peinture Recognoissent en eux rajeunir la Nature, Et de leur gazouillis recommençant leurs chants Resjouissent le Ciel, les forests et les champs...

et celui de La Métamorphose cVun Homme en oyseau^ de Jean Passerat :

Mars est passé, voicy le premier jour Du mois sacré à la mère d'Amour :

Dites, Oyseaux, de diverse peinture Sentez-vous point rajeunir la Nature ?

Sus, mes mignons, recommencez vos chants : Resjouissez les forests et les champs. ..

et ce ne sont pas les seuls à invoquer !

Est-ce à dire que l'auteur des Exercices de ce temps n'est qu'un vulgaire imitateur ? En l'affirmant on commettrait une grossière erreur, ses satires sont de petits tableaux de mœurs spirituels et pleins de vie, il a su utiliser de main de maître, avec à propos et adresse, ses emprunts à Régnier, etc., tout en les fondant dans un ensemble qui lui est propre.

Avouons que la raison pour laquelle l'auteur des Exercices ne les a pas signés nous échappe encore, un examen plus approfondi nous la fera peut-être discerner.

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Maintenant que nous avons déterminé les caractéristiques des Exercices de ce temps au double point de vue des intentions de leur auteur et de leur composition littéraire, essayons de percer le petit mystère bibliographique de l'édition des Satyres de Coiirval de 1627.

Sommes-nous en présence d'une spéculation de libraire ? Guillaujne de La Haye (1) aurait tenté, en 1627, de souder Les Exercices de ce temps (édition de 1626) aux Satyres de Gourval afin de les écouler plus facilement. Cette hypothèse est à écarter pour deux raisons :

A). 11 ne pouvait disposer ni des Satyres de Gourval ni des Exercices de ce temps sans consulter leurs auteurs ; celui des Exercices de ce temps — il était son éditeur — vivait encore certainement à cette époque, et Gourval n'a dû mourir que l'année suivante (1628), date donnée par François GoUetet.

B). La tentative de 1627 n'a pas été renouvelée, alors que les Exercices de ce temps ont été réimprimés ensuite au moins neuf fois dans le cours du xvii' siècle, dont une par Guillaume de La Haye lui-même en 1631.

Nous sommes amené à conclure que l'édition de 1627 des Satyres de Gourval, comprenant Les Exercices de ce temps de 1626, a été entreprise avec l'adhésion des intéressés. La réunion de leurs œuvres témoigne de leur grande intimité. Il y a dans le fait de Gourval présentant ses diatribes sur Les femmes comme une Suitte des Exercices de ce temps {2) la preuve d'une estime et d'une aflection profondes pour son émule et... réci-

(1) Guillaume de La Haye, rouennais, figure au titre de la troisième édition, 1623^ de la quatrième, 1620 (avec les Satyres Je CoM/ca/ datées de 1627) et de la cinquième, 1C31, des Exercices de ce temps, alors que Courval, jusqu en 1626, s'était toujours fait imprimer à Paris : en 16U8, 1609 et 1610 chez Jean Millot ; en 1621 et 1622 chez Robert Boutonné.

(2) On s expliquerait difficilement si les Exercices de ce temps étaient de Courval pourquoi ils ne renfermeraient pas les quatre satires restées inédites : Contre les Usuriers, Contre les Chicaneurs, Contre les Charlatans et pseudo-médecins paracelsistes, Contre la Vanité et Superfluité des habits, annoncées dans 1 avis « Au lecteur » de la Satyre ménippée contre le mariage de 1608.

l'auteur des exercices de ce temps 159

proquement. De là à admettre que Vanonyme des Ejcercices de ce temps est de son entourage, il n'y a qu'un pas. Or nous connaissons la petite cour des poètes qui ont célébré Courval : Robert Angot, sieur de L'Eperonnière, Jean Le Houx, Pierre de Deimier, I.D.R. (Isaac du Ryerj, de CerizoUes, J. Tournet, de Fleuranges, Des Vaux, Foulerie, etc.

Pour nous faciliter la recherche du nom de l'auteur des Exercices de ce temps, voyons si dans les quatorze satires qui les composent se rencontrent quelques renseignements à retenir. Nous en trouvons seulement sur son pays d'origine : La Normandie, peut-être la Basse-Normandie, et sur la ville de Rouen qu'il habitait ou dans laquelle il se rendait fréquemment.

Dans la Satyre 11 : La Mortification.

Où voulez-vous aller? allons aux Augustins, Ou bien aux Recolez, non, droit aux Célestins...

On rencontrait à Rouen au xvii* siècle un couvent des Augustins fondé en 1309, un des Recollets en 1621, et un des Célestins en 1430.

Ma sœur le rendez-vous, dedans les Carmélites

Je m'y rendray, sans faute, ou bien aux Jésuistes;..

Nous sommes encore à Rouen, les Carmélites furent établies en 1609 ; les Jésuites y vinrent fonder un collège, dans l'hôtel du grand Maulevrier, sous les auspices du cardinal de Bourbon en 1592 ; expulsés en 1594, ils revinrent en 1604 et y restèrent jusqu'en 1762.

Dans la Satyre IV : Le Pèlerinage.

Vous allez visiter souvent bonnes Nouvelles, Mais c'est un autre sainct qui reçoit vos chandelles, Il faut prendre un prétexte et pour couvrir son jeu, Demain à bon Secours, après en autre lieu...

Toujours Rouen ; le prieuré de Bonnes Nouvelles, anciennement Notre-Dame du Pré, est encore le lieu d'un pèlerinage et d'une assemblée fort suivis des Rouennais. Cette église est

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située dans le faubourg Saint-Sever, sur la rive gauche de la Seine ; Notre-Dame de Bon-Secours sur le sommet de la Côte Sainte-Catherine.

Puis, faute de cocher, on se sert de Guillot Qui des pestiférez nienoit le chariot...

Guillot est probablement le voiturier qui menait les malades à l'Hôpital des Pestiférés, situé au lieu de Santé dans le faubourg Cauchoise. On le nomme actuellement riIôtel-Dieu.

Dans la Satyre VI : Le Cousinage.

Un rescliaut destiné pour servir d'urinal, Fait de terre à potier de façon d'Orival (l).--

Il y avait une fabrique de poteries grossières à Orival près Elbeuf.

Dans la Satyre IX : Le Débauché.

Et vay tout d'une tire où me conduict le sort Desjeuner et disner à l'Esguille du Nort ; Où je restay bien peu, car ceste hostellerie Servoit de rendez-vous à la chiquanerie ; Là du bas Costentin les plus subtils plaideurs, De Valongne, de Gaen, de Vire les cardeurs. Tenant privé conseil vuidoient plus de matières, Que le rideau des Cieux ne ferme de paupières...

L'Aiguille du Nord ne serait-elle pas une auberge de Rouen? Les localités désignées devaient dépendre, au point de vue des jugements rendus à Gaen, du Parlement de Normandie.

Dans la Satyre XII (supprimée aj)rès 1622): La Mesdisance.

Alors tu vins, vieille Landie, T'habituer en Normandie...

Dans la Satyre XII (1626) : Le Poète.

Les labourans la Seine achèveront le Pont...

Le Pont de bateaux de Rouen, établi sur pilotis, fut construit en 1626.

Dans la Satyre XIII : Le Cours.

Il s'agit du Cours qui longe la rive gauche de la Seine, en face de Rouen en remontant depuis l'entrée du faubourg Saint-

(1) Toutes les indications ci-dessus ont été prises dans les notes de l'édition des Exercices de ce temps donnée par M. Prosper Blanchemain.

l'auteur des exercices de ce temps 161

Sever. Il a été planté sur un terrain qui appartenait antérieurement aux religieux de Grammont.

L'on va, l'on vient, on passe, on bat les grands chemins. Les uns par Saint-Sever ou par les Capucins...

Saint-Sever, faubourg de Rouen, sur la rive gauche de la Seine. Le monastère des Capucins était situé à Sotteville, au sud-est de Saint-Sever en remontant la rivière.

Toutes ces indications précises restreignent le champ de nos investigations, déjà limité aux amis de Courval. Rouen était une ville familière à l'auteur des Exercices de ce temps^ s'il n'y avait pas iixé sa résidence habituelle. Valogne, Vire, le Bas-Gotentin, également cités, nous indiquent ses relations avec la Basse-Normandie. Or le premier en date parmi les thuriféraires de Courval, c'est Angot, sieur de l'Eperonnière, avocat et bas-normand. Arrêtons-nous à ce que nous savons de leurs rapports.

Courval nait à Vire :

Vire fut mon berceau, ma nourrice et mon lait (1) et Angot à Gaen où il exercera la profession d'avocat, mais il a des intérêts à Vire (2). C'est dans l'Athènes normande que Courval passe son adolescence, il a pris soin de nous le dire :

Caen, l'unique séjour de mon adolescence... Il y fait ses humanités, s'y lie avec Robert Angot, plus jeune que lui de quelques années (3) et taquinent ensemble la Muse. Plus tard quand Courval poursuit ses études médicales à Paris et s'y fixe pour quelques années :

Paris de ma jeunesse, et maintenant la France... Angot l'y rejoint (4) et, de retour à Caen en même temps que

(1) Ce quatrain se lit au bas du portrait de Courval de 1 édition de la Satyre contre les Charlatans et pseudo-médecins Empiriques... Paris, Jean Millot, 1610.

(2) Voir le sonnet à Monsieur des Yveteaux (Hercule Vauquelin, sieur) des youveaux Satyres... (p. 285 de l'éd. Blanchemain), et surtout les deux plaquettes rééditées par la Société rouennaise des Bibliophiles : Le Bouquet poétique et Le Chef-d'œuvre poétique.

(3) Angot était né en 1581 et Courval en 1577.

(4) La présence d'Angot à Paris, en même temps que celle de Courval, est attestée par son Prélude poétique, 1603, édité à Paris, chez Georges Lombard (ou Gilles Robinet) dont plusieurs pièces liminaires sont de parisiens : Ant. de Lormier, Jean Le Blanc, et aussi par les poésies qu'il a mises en tète des premières œuvres de Courval, publiées également à Paris, et qui sont célébrées par le parisien Isaac Du Ryer et le provençal Pierre de Deimier fixé à cette époque à Paris.

162 l'auteur des exercices de ce temps

Courval regagne Vire, il reste son correspondant, son intime, son confident. On le voit célébrant toutes les œuvres de Courval au fur et à mesure de leur parution : Après l'édition originale de la Satyre Ménippée contre les femmes de 1608 (1), la seconde de 1609 (2), la Satyre contre les Charlatans de 1610 (3), enfin les Satyres contre les abus et désordres de la France de 1621. Pourquoi, dans cette dernière, glisse-t-il en dehors de deux pièces (un sonnet et un dixain) signées L'Eperonnière Angot et L'Eperonnière, ce quatrain anonyme :

Contre le scrupule de ceux qui s'imaginent avoir part en ces Satyres (4).

Mais que vous sert tant de cageol ?

Si ces vers vous blessent la Ratte, C'en est faict, ils ont pris leur vol, Qui sera roigneux, qu'il se gratte.

reproduit toujours sans signature en tête de la seconde édition des dites Satyres (1622) et de la troisième (1627)? Et pourquoi encore ce quatrain insignifiant va-t-il figurer dans le dernier recueil des vers d'Angot, édité par ses soins, alors que toutes ses autres pièces laudatives, autrement importantes, adressées à Courval (5), sauf une (6), en ont été exclues ? Il y a certainement là une préférence injustifiée et insolite qui nous amène à le comparer au sixain des Exercices de ce temps^ à seule fin de s'assurer s'ils ont un air de famille :

Si quelqu'un s'offense ou se picque, D'estre dans ce vers Satyricque,

(1) Stances à monsieur de Courval sur la Satyre du Mariage : N'ouvrez plm désormais vos portes amoureuses.

(2) Stances au sieur de Courval... (16 v.) : Si c'est l'humeur d'un vray Satyre, et en léte de La Thiniétlièlie (3 st. de 6 vers) : Courval excuse-moy si je n'ose en ces vers.

(3) Ode (10 strophes de 6 v.) : Lorsqu'un médecin vénérable.

(4) Dans Les Nouveau.r Satyres... 1637, Angot a change son titre : Aux envieux du Sieur de Courval.

(5) Elles comprennent pour six pièces, 140 vers ; par contre. Les Nouveaux Satyres renferment plusieurs poésies adressées à Courval-Sonnet (p. 127) : Que/ sinistre malheur éclaira ma naissance ; Sur le pourtrait du sieur de Courval (sixain p. 154) : L'Art exprime si bien les tretz de la Nature ; Contre une médisante (fi stances de 6 v., p. 161) ; Tu dis, Courval, que je suis lâche ; Pour un procez perdu par injustice, au sieur de Courval (sonnet, p. 170) : Si j'eusse en lui portant des louanges frivoles.

(6) Sonnet de l'édition de 1621 : Vers de mon cher Courval, dont la juste licence.

l'.vuteur des exercices de ce temps 163

Dépaint, découvert, entrepris, Qu'il cesse sa plainte ordinaire.

Car c'est gloire d'estre repris D'un esprit qui n'est point vulgaire.

Nous laissons au lecteur le soin d'en juger.

Il serait superflu, après ce que nous savons d'Angot et de Courval, d'examiner les relations de ce dernier avec ses compatriotes : l'avocat Jean Le Houx (1), Des Vaux, lieutenant aux Esleus de Vire, Foulerie, etc. Enfin il ne saurait être question d'Isaac Du Ryer, de Pierre de Deimier, de Fleuranges, etc., tous étrangers à la Normandie et, par conséquent, aux Exercices de ce temps.

Voyons maintenant si Robert Angot, sieur de L'Eperonnière, est l'auteur des Exercices de ce temps comme l'exposé ci-dessus le laisse prévoir.

L'intimité de Courval et d'Angot dès leur adolescence est un fait avéré, acquis ; tous deux ont l'esprit satirique. Dans ces conditions, qu'Angot, après 1608, abandonnant la Muse amoureuse de son Prélude poétique (1603), ait été entraîné à marcher sur les traces de Courval, rien n'est plus vraisemblable (2). Séduit par les Satyres de Régnier plus encore que par la Satyre ménippée contre les femmes^ il s'en inspire en cherchant à rester original. Au moment de donner au public ses premiers Exercices, il hésite, mû par un sentiment de déli-

(1) .Jean Le Houx a du se brouiller avec Courval. Son sonnet n'a été reproduit ni dans la seconde, ni dans la troisième édition (1610) de la Satyre Ménippée contre les femmes.

(2)Y\^oirl la satire composée en 1610 des Souveaux Satyres et Exercices gaillards de ce temps : Les Picoreurs ou le Désastre du pauvre peuple, et aussi le n" IV de la Bibliographie d'Angot :"^es Mélanges poétiques, qui sont suivis, d'après le rédacteur du catalogue Pichon.de quatre satires formant 32 pp., dont une est dédiée à Courval. Quelles sont ces satires ? Comprennent-elles les trois ou quatre des yonvcaux Satyres et Exercices dont aucune n'est adressée à Courval .' C'est peu probable, Angot paraissant avoir exclu de son volume de 1637 tous les ouvrages qu il avait publiés antérieurement, sauf le Tombeau de M. du Gast. Nous ne croyons pas, non plus, que ces quatre satires constituent la première édition des Exercices de ce temps, parce que leur auteur eût été alors connu de tous ses comi)atriotes, à moins cependant qu'Angot n'ait détruit toute l'édition des Mélanges, saut Icxemplaire du baron Pichon.i

164 l'auteur des exercices de ce temps

catesse qui l'honore, à se dresser en concurrent, en rival de son ami. Connaissant toutes les critiques dont Courval a été Tobjet dans la société viroise et dont il s'est cruellement vengé en flagellant ses compatriotes :

Aux envieux Poétastres de Vire.

Excusez, enragez, Poétastres envieux^ Jetez vostre venin Cerbères furieux.

Grenouilles croassez, sifflez viles Couleuvres, Bourdonnez parmy l'air inutiles Freslons, Vos crouasseniant, sifflement, vos bourdons, N'empesclicront qu'au jour je ne mette mes œuvres.

Aneot se refuse à fournir des armes aux ennemis du médecin virois, il ne veut pas qu'on puisse les opposer l'un à l'autre ; aussi le jour où il met ses Exercices sous la presse, il ne les signe pas ! Cette résolution le dégage de tout scrupule ; au fur et à mesure qu'il complète son œuvre, il prend des libertés de plus en plus grandes avec les textes qui lui plaisent, sachant que personne ne se préoccupera d'en rechercher l'origine ! Courval a connu les Exercices dès leur composition et la générosité d'Angot lui a valu toute sa reconnaissance. Est-ce Thomas Sonnet qui, en 1627, conçoit le projet de placer l'édition de 1626 des Exercices de ce temps entre ses propres invectives politiques et ses attacjues contre les femmes et le mariage ? Nous l'ignorons, et peu importe. Les deux satiriques unissaient non leurs noms, mais leurs verves. Angot, en fin Normand, supposait bien que l'anonymat des Exercices de ce temps, pleinement préservé, éveillerait la curiosité des chercheurs, qu'il serait percé à jour, et il a fait le nécessaire à seule lin qu'il le fût; c'est donc avec intention que le quatrain de 1621, dont nous avons parlé, est anonyme comme le sont Les Exercices de ce temps et qu'il l'insère en 1637 dans son testament poétique, édité également à Rouen, sous un titre reproduisant sciemment celui du volume qu'il n'avait pas voulu avouer et qu'il tenait cependant à revendiquer devant la postérité : « Les Nouveaux Satyres et Exercices gaillards de ce temps ».

Il a fallu de la bonne volonté pour n'avoir vu dans ce titre qu'une manœuvre d'Angot voulant exploiter le succès des

l'auteur des exercices de ce temps 165

Exercices de ce temps. On lui a prêté un machiavélisme un peu enfantin. Ecoutons Prosper Blanchemain :

Angot crut sans doute faire merveille et s'assurer un succès en se modelant sur ce titre. Il publia Les Nouveaux Satyres et Exercices gaillards de ce temps, etc. C'était enterrer vif son livre, qui fut constamment confondu avec Les Exercices de ce temps et qui l'est encore aujourd'hui par beaucoup de bibliographes.

La vérité est autre ; c'était la propre signature d'Angot apposée sur Les Exercices de ce temps., et une signature aussi nette qu'on pouvait le désirer. En tout cas, elle est confirmée par l'histoire de l'édition de Courval de 1627. De plus, si nous la cherchons dans les Nouveaux Satyres, nous la retrouvons aux pièces suivantes : Dans Uranie ou la Muse céleste , les stances Attendite haec omnes. Ps.l8 sont une imitation de celles de La Retraite, de Racan, faite avec le môme procédé et la même habileté que les Satyres VI, Le Cousinage., et X, L'Ignorant des Exercices de ce temps., prises dans les Satyres X et VIII de Régnier ; — dans Terpsichore ou la Muse satyrique, les satyres Jacqueline ou Vlmage de la mort, La Pistole ou l'Injure du siècle ; les Picoreurs ou le Désastre du pauvre peuple pourraient être réparties dans Les Exercices de ce temps sans qu'il soit possible de les distinguer de leurs voisines. Dans la Muse épineuse, La Mesdisance n'y serait pas déplacée, etc., etc. Enfin on a constaté que l'auteur des Exercices de ce temps avait effrontément pillé Passerat, aussi ne nous étonnons-nous pas d'entendre Robert Angot citer deux fois ce poète, déjà bien oublié en 1632, dans ses Bouquetz poétiques :

Pour orner ces Bouquetz sacrez à vostre gloire, J'ai meslé mes Lauriers à ceux de Passerat, Dont l'honneur succédant à la Muse D'Aurat, D'un fait tel que le mien r'emporta la victoire...

et, plus loin, au début de la pièce Palinodie :

C'est trop latinisé. Sus, changeons de langage ; Pour un si beau sujet, Passerat est trop sage...

Enfin si Angot était avocat à Caen, les appels des causes de ses clients l'obligeaient à plaider au Parlement de Normandie siégeant à Rouen; de là toutes ses allusions aux divers

quartiers et aux couvents de cette dernière ville , de préférence à la capitale de la Basse-Normandie ; autrement il aurait pu difficilement garder son anonymat.

Notre conclusion, c'est qu'il faut restituer à Robert Angot Les Exercices de ce temps. (3n remarquera qu'ils remplissent, avec leurs cinq éditions originales — elles s'échelonnent de 1617 (?) à 1631 — la lacune existant entre 1614 et 1632 dans la liste de ses œuvres.

Voici maintenant la satire inédite d'Angot de L'Eperonnière. Elle a dû paraître pour la première fois dans la troisième édition des Exercices de ce temps de 1622 et a été supprimée dans les suivantes, pourquoi ? Nous n'hésitons pas à répondre parce que c'est une satire personnelle et c'est ce qui en fait l'intérêt. Nous ne sommes pas en présence d'un exercice de réthorique , d'un pur verbiage , mais d'une attaque d'une violence inouïe. Qui vise-t-elle? Nous l'ignorons, mais on le saura peut-être un jour.

OOUZIESME SATVRE

Esprit errant, âme aveuglée, Corps qui se fond comme gelée, Vieille qui pris estre au bordeau ; Si mes vers descouvrent ta vie, Nul n'aura plus aucune envie De s'aveugler de ton bandeau.

Je le veux, il est nécessaire, Vieille Putain, vieille Mégère, Affîn qu'on se garde de toy ; La peste n'est si dangereuse, Ni la Mer estant orageuse.

Comme lu es femme sans foy.

.le veux que par la rue on crie.

Gardez-vous de la grand'truye,

Jeunes gens sans discrétion ; Car tous ceux qui de toy s'approchent Avec tes deffenses s'accrochent, Puis meurent dans leur passion :

Je veux que tout chacun t'appelle Louve, Levrette, Ourse cruelle.

Putain putante à tous venants ; Depuis que tu fus mise au monde.

Rien de toy qui ne soit immonde N'en sortit avec tes enfans.

A six ans tu fus enlevée.

Du bordel où fus eslevée.

Par feu ta mère du Moulin,

Qui te nourrist dans les Tournelles,

Lors apprenant des Maquerelles

Les postures de l'Arétin.

A sept ans tu mis en pratique, De ton sçavoir la Théorique, Experte aux déduicts de l'Amour ; Car durant la première année, A tes salletez addonnée, Tu te prestois cent fois le jour.

Qui fut le malheureux (Sorcière) Qui cueillit ta fleur printanière.

Il devoit cueillir un chardon ; Fusse un cureur de fosse salle.

Un pionnier, ou porte malle ?

Non, non, ce fut un grand Démon !

A huict ans une chaude-pisse Fluoit tout le long de ta cuisse, Qu'à peine l'on peust arrester ; Puis en branslant par éticquette, Tu courois par tout l'esguillette, Ta marchandise débiter.

A neuf ans tu quittas ta mère.

Car tu n'as jamais eu de père, Ainsi qu'on croit asseurément, T'ayant engendrée un Incube, Qui couvroit ta mère succube, Seminant par son fondement.

Lors commençoit le trouble en France, La Ligue prenoit l'asseurance, De mettre tout en desarroy ; L'aveuglé François mal-habille, '

Jette dans la guerre civille, Se révoltoit contre son Roy.

Quand au treiziesme an de ton aage, De ton derrière faisant rage, Tu prends party pour te ranger, Et te voyant par trop cogneue, Car tu courois de rue en rue.

Tu suyvis le camp Estranger.

Cinq ans durant parmy les bandes, Espagnolles et Allemandes, Dans les Goujats d'un Régiment ; Affin qu'on perdit cognoissance.

De ta mère et de ta naissance Tu te fis nommer Bellévent.

Bellévent fut le nom de guerre D'un vieux Médecin d'Angleterre, Fort-banny, chassé du pays ; Lequel convaincu de Magie, Fut mis au feu par effigie, Et t'aimoit coram' une Lays.

Ayant guéry ta Cristaline, Il te print pour sa concubine.

Pour lors à la fleur de tes ans, Et désirant de toy lignée.

Tu fus de luy tant accollée, Qu'en deux ans tu fis trois enfans.

Le premier print le nom du Père, Qu'en après as nommé ton frère, Quoy qu'il soit sorty de tes flancs ; Les deux autres mornez au monde.

Puis escorchez (Sorcière immunde) Te servent d'empoisonnements.

Luy mort, tu fus la chambrière De sa vefve, vieille Mégère, Vieille monsture de rabat, Qui t'adopta dans sa famille.

Et te recogneut pour sa fille, Te menant souvent au sabat.

Puis ayant passé ta jeunesse,

Branslant le eu, vieille Diablesse,

Aux lubricitez de la Cour ;

Ta main seule estoit de service,

Qui faisoit faire l'exercice

Aux Soldats dès le point du jour.

Alors tu vins, vieille Landie, T'habituer en Normandie, Pour encor y jouer du Cu, Et te servant d'une effigie, Prononçant des mots de Magie, Tu bruslas d'Amour ton Cocu.

Cocu de nature si bonne Qu'il ne tua jamais personne.

Comme autrefois j'ay entendu ; Cocu par ceux que tu fréquentes.

Qui pardonne aux poux et aux lentes.

Tant il craint d'en estre mordu.

Quand il treuve dedans sa couche, Ton ruffien bouche sur bouche; Flanc contre flanc, branslant le cu, Il est de si bonne nature Qu'il cherche ailleurs son advanture, Et ne s'en estime Cocu.

Pourquoy blasmer sa malencontre, Il n'est présent à la rencontre.

Qu'on ne s'en gausse désormais ; C'est un cocu sans nul diffame, Puis qu'il ne l'est que de sa femme.

Le pauvre sot n'en peut pas mais.

Depuis ce temps, vieille Sorcière, Vieille Larve, vieille Mégère, Tu n'as procuré que du mal ; Si les biens qui sont sur la terre.

Sont péris par gresle ou tonnerre.

C'est par ton sçavoir infernal.

Retourne donc, àme meschante, Aux Enfers pour estre servante,

Sort vistement sans nul délay, Et suy ta noire destinée, T'envollant pai" la cheminée Entre tes jambes un ballay.

Ou va refroidir ta mattrice, Au gibet exerçant ton vice, Puis que tu ne peux t'assouvir ; Tu t'accoupleras, impudique, Vieux cul, vieille médaille antique, Aux chiens mâtins à ton désir.

Faicts ton pacquet, vieille lanterne, Vieille vestue à la moderne, Quoy n'as-tu pas assez vescu ; Tu as d'ans une cinquantaine, Vieille pour courre la quintaine.

Te mettant un baston au eu :

Si non je te livre la guerre.

J'appelle sur toy le Tonnerre, Et n'auray jamais nul repos, Qu'on ne traisne dans la voirie Tes os bruslez, ta peau pourrie, Et ton àme avec Atropos.

En attendant je te souhaitte, Vieille Chienne, vieille Levrette, Les Cirons, les Tigaes, les Poux, Les Vers, la Puce, et la Punaise, Pour te ronger tout à leur aise.

Puis estre en fin pasture aux Loups.

CLAUDE BELURGEY

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