‹ MélangesChapitre 59 sur 92 · NOTICE DE MERCIER DE SAINT-LÉGER · texte numérisé non relu

NOTICE DE MERCIER DE SAINT-LÉGER

Claude Belurger (pour Belurgey) dès l'enfance aima passionnément le grec. Il vint étudier cette langue à Paris avec tant d'application qu'il passa pour le plus habile helléniste de son temps. Nommé pour enseigner les Belles-Lettres au collège de Navarre, il poussa ses élèves si avant dans la littérature grecque, que les thèses de philosophie se soutenaient en grec. Belurger avait des mœurs sauvages et rudes. Nourriture, habillement, conversations : tout était, chez lui, grossier, sans ordre ; dans son cabinet, les livres, même les plus précieux, étaient amoncelés sur des tables ou rais à terre pêle-mêle. Homère était son auteur chéri par-dessus tous les autres auteurs ; il le tenait et le portait toujours avec lui, même à l'église, où il lui servait d'Heures. Cette passion pour Homère lui donna l'idée singulière de faire faire par un habile peintre le portrait deThersite, (juemndinodiuin in sccunda iliade versibus ab Homero describitur, en ne laissant rien omettre des traits que lui donne le poète grec. Le peintre le servit à merveille et Belurger mettait un très grand prix à ce tableau. Son amour pour Homère fut porté encore plus loin : il voulut voir par lui-mêuic campas ubi Trojn fuit, et visiter tous les endroits dont parle le poète grec. En conséquence, il plaça ce qu'il avait chez les Chartreux, moyennant une rente viagère de centeni cic quingeni aurei qu'ils s'obligèrent de lui faire passer partout où il serait (2). Cela fait, il part de Paris à l'âge de cinquante ans, bien déterminé à n'y venir reprendre l'enseigne-

(1) Cette lettre, s.d., suit la lettre à Ch. Spon du 1.3 janvier 16G.3 dans le manuscrit de la Bibl. Nat. ; elle n'est pas autographe.

(2) Il s'agirait là d'un second acte postérieur de plus de quatre années à celui que nous publions plus loin. Comme il ne paraît pas se trouver dans les registres des Insinuations du Châtelet, son existence nous semble douteuse.

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ment qu'après avoir visité toute la Grèce et en avoir dressé une carte bien détaillée. S'étant mis en route avec plus d'ardeur que s'il fût parti pour la Terre-Sainte, il arriva à Rome où il fut bien reçu de l'ambassadeur de France et des savants qui le comblèrent d honnêtetés. Jaloux d'y laisser des traces de son savoir, il célébra dans un poème grec (qu'il traduisit aussi en latin les noces d'Ant. Borghèse, neveu de Paul V, avec Camille Orsini, qui eurent lieu dès son arrivée à Rome ; il se rendit ensuite à Venise, où il monta sur un bâtiment qui partait pour l'Orient, et il arriva bien portant à Alexandrie, non sans s'être beaucoup impatienté contre les vents qui ne le poussaient pas à son gré assez vite. Mais le sol d'Alexandrie lui fut fatal, il y tomba malade et il mourut. Par sa mort, une grande partie de ses livres fut perdue, et, entre autres, un commentaire de sa façon sur Homère, auquel il avait travaillé assidûment pendant plusieurs années. D'après la. Pinacot/ieca imaginum illustriuni l'iroriim de Janus Niciiis Eritlirœus (Jean Victor Rossi, mort en 1647'.

Il résulte de cette notice que Claude Belurgey était, le 20 octobre 1619, à Rome, au moment du mariage de Marc- Antoine Borghèse, neveu du pape Paul V, avec Camille Orsini. Nous ignorons la durée de son séjour dans cette ville ; mais il est vraisemblable qu'il y demeura plusieurs mois. Étant parti de Venise pour l'Egypte en février ou mars 1620, il a dû mourir à Alexandrie vers le milieu de cette même année.

LETTRE DE GUY PATIN k CHARLES SPON

La lettre (s. d.) de Guy Patin à Ch. Spon ne laisse planer aucun doute sur le déisme de Belurgey, on ne peut être plus explicite. S'il n'a pas rimé les Quatrains du Déiste, ils reflètent bien ses convictions. Leur forme misérable nous inclinerait même à les lui donner ; ils sont plutôt l'œuvre d'un philosophe que d'un poète tant la pensée se détache avec vigueur et précision. En tout cas, la date de la mort de Belurgey n'est pas faite pour infirmer l'hypothèse c[ue ces Quatrains lui appartiennent.

Gomme l'a remarqué M. Jacques Denis, Belurgey, ce professeur au collège de Navarre, « faisait un bel usage de sa

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connaissance de l'antiquité et il n'était pas sans doute le seul de son espèce ». Ajoutons qu'il enseignait dans les dernières années du règne de Henri IV et sous la régence de Marie de Médicis, il préparait les jeunes hommes qui ont donné leur mesure pendant la Fronde : les Blot, les chevalier de Rivière, les Roquelaure, etc.

Guy Patin écrit à Cli. Spon :

Tant que j'ai peu connoistre cet auteur (Naudé), il m'a semblé fort indifférent dans le choix de la religion et avoit pris cela à Rome, tandis qu'il y a demeuré douze bonnes années et même je me souviens lui avoir ouï dire qu'il avoit autrefois eu pour raaistre un certain professeur de rhétorique au collège de Navarre nommé M. Belurgey, natif de Flavigny en Bourgogne, qu'il prisoit fort, et supra inoduin. J'ai veu des gens qui ont autrefois connu ce maistre de rhétorique lesquels m'ont dit qu'il ne se soucioit d'aucune religion; faisoit un estât extraordinaire de deux hommes de l'antiquité qui ont été Homère et Aristotc ; se mocquoit de la Saincte- Escriture, et surtout de Moyse et de tous les prophètes : haïssoit les Juifs et les moines, n'admettoit aucun miracle, prophétie, vision ni révélation : se mocquoit du Purgatoire qu'il appeloil Clamera Boinbinans in vacxio, et Comedens secundas intentiones (1). W disoit que les deux plus sots livres du monde estoient La Genèse et La Vie des Saints, que le ciel Empirée estoit une pure liction : //// fabula erant Cœluin et Infcri (2) ; il faisoit grand état d'un passage de Sénèque Quœ nobis Inferos faciunt terribiles fabula est ; luserunt ista poetse ut vanis nos agitarent terroribus (3), etc. On lui demanda, un jour, sur quelque mot qu'il avoit lâché, de quelle religion il estoit; il répondit qu'il estoit de la religion des plus grands hommes de l'antiquité, Homère, Aristote, Cicéron, Pline, Sénèque duquel il faisoit grand état pour un chorus qui est in Troadibus qui commence par ce vers : Veruin est, an tiniidos fabula decepil [unibrns corporibus i>i\'ere conditis (4), etc. Bref, M. Naudé avoit esté disciple d'un tel maistre : qui viret in foliis venit a racidibus liunior, sic patruin in nalos abeunt cuin se mine mores.. .

(1) Chimère bourdonnant dans le vide et se nourrissant de creuses abstractions. L'esprit en s'appliquant (inlendens se) aux idées particulières, forme des idées abstraites d'où il peut tirer des idées plus abstraites encore et, par conséquent, plus éloignées de la réalité : ce sont les secundse intentiones. (J. Denis, Sceptiques et libertins dans la première moitié du XVII' siècle)

(2) Pour lui, le Ciel et l'Enfer étaient une fable.

(3) Ce qui nous rend les Enfers terribles n'est que fable, ce sont des jeux de l'imagination des poètes pour nous agiter de vaines terreurs. (J. Denis)

(4) Est-ce une vérité (ou n'est-ce qu'une fable pour tromper les esprits timides) que les âmes vivent encore quand les corps sont ensevelis? {Id.)

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DONATION DE 4.800 LIVRES AUX CHARTREUX DE NOTRE-DAME DE VAUVERT-LÈZ-PARIS POUR UNE RENTE VIAGÈRE DE 400 LIVRES TOURNOIS

Par devant Nicollas Nourry et Mathurin Perier, notaires et gardenottes du Roy nostre sire en son Cliastelet de Paris soubzsignez, furent présens Messieurs les Révérends pères prieur et Religieulx profex du couvent de Nostre-Dame de Vauvert, ordre des Chartreux lès Paris, assavoir : Domp Adam Ogier , prieur, Domp Bruno Ruade, vicaire, Domp Louis Bazemont, ancien, Domp Didier Grillot, Domp Claude Boucheron, Domp Claude Canyvet, Domp Jacques de la Tour, Domp Michel Gisclard, Domp Pompille Aubry, Domp Gabriel Billecocq, Domp Jehan Gosnier, Domp Mathurin Martin, Domp Maurice Sevot, Domp Adrien Thorel, Domp Nicolas Leduc, Domp Sébastien Musset, Domp Claude Sourchier, procureur, Domp Sébastien Marier, secrétain, Domp Claude du Carruge, Domp Victor Petit, frère, Domp Antelme de Maugaru, Domp Hilarion Rebours , Domp Jacques Guillier, Domp Bazille Nau, Domp Symon Regnoult, Domp Hugues de la Fayette, Domp Augustin Joyeulx, Domp Grégoire Guyonnière, Domp Ambroise Hélyot, Domp Hiérosme Julliot et Domp Joseph Chazeretz, tous religieulx profex dudit couvent, assemblés au colloque dudit lieu, ainsy qu'ilz ont accoustumé par l'effect du présent contrat, d'une part,

Et M« Claude Belurgey, docteur es artz, demeurant au collège de Navarre en l'Université de Paris, d'autre part, lesquelles partyes ont volontairement faict et accordé ensemble ce qui ensuict. Après en avoir par lesdits sieurs Religieulx particulièrement communiqué et conféré entre eulx et à leur conseil, assavoir que ledit sieur Belurgey, pour certaines causes et considérations à ce le mouvans, a donné et donne par ces présentes par donnation faicte entre vifz, sans espérance de la révocquer, cy-après ausdicts sieurs Religieulx et Couvent, ce acceptant pour eulx et leurs successeurs à l'advenir, la somme de quatre mil huict cens livres tournois à eulx baillée payée comptant, baillée, comptée et délivrée, présens lesdits notaires soubzsignez, en escus, solz, pièces de seize solz, et monnoyé, le tout bon et ayans cours dont ilz se sont contentez, moyennant laquelle somme de quatre mil huict cens livres tournois lesdiclz sieurs Religieulx et Couvent ont prorais et promectent fournir par chacun an audit sieur Belurgey, sa vie durant, seulement quatre cens livres tournois de pension viagère pour sa nourriture et entrelenement nécessaire, et icelle pension payer par demye année à commencer d'huy en six mois du jour du présent contract pour la demye année qui sera lors escheue, et ainsy continuer de six mois en six mois soubz les quittances ou mandements dudit sieur Belurgey à peyne de tous despens, dommages et interestz , saisies et

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exécutions des biens dudit Couvent présens et advenir. Et afin que lesdits sieurs Religieulx ayent d'autant plus de soing de faire payer ladite pension auxdits termes sans aucun retardement pour quelque cause que ce soit est accordé que ou faulte il y auroit dudit payement par une année entière apprès toutesfois acte de reffus desdits sieurs , audit cas ces présentes seront et demeureront nulles et de nul effect sy bon semble audict sieur Belurgey. Et, en conséquence de ce, tenus lesdits sieurs Religieulx et leurs successeurs de rendre et restituer lesdites quatre mil huict cens livres tournois en deniers contans, ensemble les arrérages de ladite pension jusques au jour dudit remboursement, frais et loyaux, coutz, comme aussi est accordé que sy lesdits sieurs Religieulx et Couvent se trouvoieiil chargez de ladite pension leur sera loisible, toutes fois et quantes que bon leur semblera, de rendre et restituer à icelluy sieur Belurgey ladite somme de quatre mil huict cens livres tournois en deniers contans, payant aussy par eulx le temps qui seroit deub de ladite pension jusques au jour dudit remboursement et audit cas demeurera ledit Couvent dès lors deschargé du cours d'icelle pension, et aussy advenant le decedz dudit sieur Belurgey icelle pension de quatre cens livres tournois demeurera estainle et lesdictz sieurs Religieulx et Couvent doschargez d'icelle, mesmes du principal desdites quatre mil huict cens livres tournois qui appartiendra purement et simplement audit Couvent auquel icelluy sieur Belurgey en faict don irrévocable comme dessus est dict, et néantmoings seront tenus lesditz sieurs Religieulx advenant ledit decedz payer aux héritiers dudit Belurgey la demye année qui seroit encommencée lors si payée n'estoit audit sieur Belurgey, encore que lors dudict décès qu'il ne fust escheu que partie d'icelle, mesmes seullemcnt deux ou trois jours, sans toutes lesquelles clauses et conditions susdites n'ont esté ledit présent contrat accordé. Lequel contrat lesdites partyes ont consenty estre insinué au greffe des insinuations dudit chastcllet, constituant pour se faire leur procureur le porteur d'icelluy auquel ilz donnent pouvoir d'en requérir acte et pour assurance de laquelle pension lesditz sieurs Religieulx ont obligé et hypothéqué tous et chacuns leurs biens présens et advenir. Et par hypotesque spéciale quatre corps de logis qu'ils font bastir de neuf derrière leur maison du pressouer d'or, seize rue Saint-Martin, auxquels bastimens ilz ont déclarez vouloir employer ladite somme de quatre mil huict cens livres tournois à eulx présentement baillée par ledit sieur Belurgey, sans que la généralle obligation desroge à la spécialle, ni la spécialle à la généralle. Promectant, etc., obligeant lesdits sieurs Religieulx le revenu temporel dudit Couvent. Renonçant, etc. Fait et passé audit Couvent après midy l'an mil six cens quinze le sabmedy unziesme jour d'apvril. Et ont lesdites partyes signé la minutte des présentes avec lesditz notaires soubzignez demeurée vers ledit Perier ceste pour lesdits sieurs Religieulx, signé Nourry et Périer. Insinué le samedy 25 avril 1615, 71* vol. des Insinuations du C/iâtelel (Archives nat., Y 156, f. 65^' ).

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