‹ MélangesChapitre 69 sur 92 · PAL'L LACROIX ET CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

PAL'L LACROIX ET CYRANO DE BERGERAC

noté comme tel sur les listes de l'Index était dangereusement malade, il se voyait circonvenu et obsédé par les gens qui tenaient à honneur de le confesser, de le convertir, de lui faire faire amende honorable : s'il cédait à ses persécuteurs, on lui enlevait ses papiers. Dans tous les cas, après sa mort, sa succession avait peine à défendre son cabinet et sa bibliothèque contre l'invasion de la Confrérie de l'Index qui faisait main basse sur tout écrit, sur tout imprimé portant témoignage des idées antireligieuses du défunt (1). C'est ainsi que s'épuraient les collections de livres, qui ne pouvaient être mises en vente sans avoir subi le contrôle rigoureux de deux experts du syndicat de la Librairie. L'objet de cette visite était d'extraire et d'anéantir les livres défendus, les uns notoirement désignés par l'autorité civile comme dangereux à différents titres, les autres condamnés secrètement comme hérétiques par la Confrérie de l'Index. Quant aux ouvrages inédits des écrivains accusés d'être les ennemis avoués ou latents de la religion catholique, quant à leurs correspondances particulières, on les recherchait avec un zèle et une persévérance qui triomphaient tôt ou tard de la vigilance des parties intéressées. Voilà comment nous avons perdu non-seulement tous les autographes de Molière, mais encore toutes les lettres qui lui avaient été adressées, toutes celles aussi oii son nom se trouvait mentionné comme si l'on eût essayé d'effacer la mémoire de l'auteur du Tartufe (2).

Il en a été de même de Cyrano, qui était, ainsi que Molière, inscrit dans le répertoire des athées, par la Confrérie de t Index. De son vivant, on l'eût fait brûler vif, si les dénonciations anonymes avaient suffi pour allumer un bûcher ; on le menaça, on l'inquiéta de poursuites judiciaires ; on fit interdire la représentation de sa tragédie d'Agrippine; on fit saisir la première édition de sa comédie du Pédant Joué (3j ; pendant sa dernière maladie, on tenta de s'enq)arer de ses manuscrits pour les détruire (4) ; mais, par bonheur, ses amis, qui les avaient cachés, en sauvèrent au moins une partie ; après sa mort on ne cessa de faire disparaître les exemplaires de ses œuvres, cpic le clergé avait mises à l'index, sans que le Parlement ait jamais autorisé celte proscription, qui n'en fut que plus ardente et plus impitoyable. Los éditions avaient beau succéder aux éditions, les ouvrages de Cyrano ne parvenaient pas à se répandre ; son nom seul était populaire, et encore presque entaché de ridicule ! On ne

;l) Toutes Ips assertions ci-dessus sont du pur roman.

(2) Ce que Paul Lacroix ne dit pas, par une discrétion vraiment exagëréc, c'est que la Confrérie de /'Index a ajji de même avec Corneille, le traducteur en vers de V/mitation de Jésus-Christ et avec tons les écrivains — petits et grands, religieux et irreligieux — sans exception du XVII" siècle, car on sait que les manuscrits de leurs ouvrages sont introuvables et leurs lettres des plus rares.

(3) La saisie du l'édani joué n'a jamais existé que dans l'imagination de P. Lacroix.

(4) Assertion gratuite et sans aucune preuve à l'appui; les manuscrits de Cyrano furent égarés ou dérobés probablement avec d'autres objets, quand il quitta l'hôtel d'Arpajon pour se rendre chez M. Des Bois-Clairs, mais les jésuites n'y ont été pour rien.

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