‹ MélangesChapitre 72 sur 92 · SON FRÈRE, PAYOT DE MORANGLE · texte numérisé non relu

SON FRÈRE, PAYOT DE MORANGLE

Nous ne referons pas l'histoire de la vie de Lignières ; elle a été présentée par M. Emile Magne (1) sous une forme si exacte et si agréable que le dernier mot en est dit. Nous nous contenterons de compléter cette remarquable biographie en ce qui a trait à la famille de ÏAthée de Senlis, à ses relations avec le ménage Louchault, orfèvre dans cette ville, et avec le Grand Condé, et, enfin, nous donnerons un rondeau de son frère, Fayot de Morangle, qui peint l'homme.

Le plus ancien membre de la famille Fayot de Lignières que nous connaissions avec certitude, est Jehan Fayot, écuyer, trésorier de l'extraordinaire des guerres, secrétaire de la Chambre du Roi, mort avant 1587. 11 avait épousé Anne Seguier, dont il eut huit enfants, quatre fils : Loys, Josias, Charles I**", sieur de Lignières, marié à ^largucrite Canaye ; Isaac, marié à Magdeleine Angot ; et quatre filles : Marie, mariée à Pierre de La Bruyère; Magdeleine, mariée à Jehan du Maitz; Isabelle, restée célibataire ; Louise, femme d'Antoine Feydeau, trésorier de l'Épargne.

(1) Un ami de Cyrano de Bergerac, le chevalier de Lignières {Le Temps présent, 2 aTril, 2 mai et 2 juin 1914).

Josias mourut en 1607, laissant de son union avec Gabrielle Miron trois fils en bas âge : François I, Charles II, sieur de Lignières, et Pierre, qui trépassa en Allemagne.

François I Payot, conseiller du Roi en son Grand Conseil, se maria deux fois : d'abord, avec Marie Lesage ; ensuite, en décembre 1636, avec Hélène Boutrays, veuve de Bertrand Soly, sieur de Vilginis, conseiller et maître d'hôtel du roi. De son union avec INIarie Lesage naquirent deux fils : François II, l'athée de Sentis ; Jacques, sieur de Morangle, et deux filles : Marie, femme de Charles Trouillart, seigneur de Baron, et Marguerite, femme de Jehan de Moussy, trésorier de France à Chàlons.

François 11 Payot, notre libertin, né le 2 novembre 1626, prit seulement, après la mort de son oncle Charles II (1641), qui avait légué les (juatre cinquièmes de sa fortune (1) à ses neveux et nièces, le litre de sieur de Lignières. Il avait à peine sept ou huit ans, peut-être moins, quand il perdit sa mère et son père dût dissiper en grande partie tout le bien dont il avait hérité. L'enfance de Lignières et de son frère Jacques explique leur vie ; ils ont été élevés sans mère et par un père d'une conduite plutôt légère. Si bon chien chasse de race, ils avaient de qui tenir !

Voici le contrat du second mariage de leur père avec Hélène Boutrays; il y est à peine question de la fortune du futur époux, alors que celle de la veuve de Bertrand Soly est i m portail le :

Par devant Gilles Marioii et Jacques de St-\Vaast, notaires gardenottes du Roy au Chastelet de Paris soubzsignez, furent présens en leurs personnes MM" François Payot, Conseiller du Roy en son grand Conseil, demeurant à Paris, rue de l'Arbresecq, paroisse St Germain l'Auxerrois, en son nom, d'une part, et Dame Hélène Ijoulhrais, veufve de feu M* Bertrand Soly, vivant S"" de Vilginis, C"" et M^ d'hôtel du Roy, demeurant à Paris, rue des Noyers, paroisse St Benoist, en son nom, d'autre part, lesquelles parties volontairement en la présence et par l'advis Sçavoir de la part dudit S"" Payot, de damoyselle Gabrielle Miron, sa mère, veufve de

(1) Le cinquième échésit à Robert Miron, conseiller Hu roi en ses Conseils d'Etat •t priré.

feu M* Josias Payot, vivant Conseiller du Roy et M* ordinaire en sa Chambre des Comptes, Jacques de Pomereu, Escuier, S'' de la Bretesche, Yaulxmartin et de la Tuillerie, oncle matei'nel à cause de damoiselle Geneviefve Myron, sa femme, Messire François de Pomereu, Conseiller du Roy en son Conseil d'Estat, M"^ des Requestes de son hostel. Président en son grand Conseil, Charles Payot, escuier, S*" de Nat, Conseiller du Roy et trésorier de France à Moulins, Balthazard Payot, escuier. S"" des Roches, cousins germains paternels, MM'' Jacques Myron, C"" du Roy en sa Cour des aydes, MM*" Christophe Leschassier, Cons'' du Roy et M* ordin'^* en sa Chambre des Comptes, cousin, à cause de D= Marguerite Myron, sa femme, et noble homme François Choart, Trésorier et recev"" général des Ponts et Chaussées de France, cousin germain maternel dudit S"" Payot, et de la part de ladite Dame Soly, de dame Marie Bouthrais, sa sœur, femme de Messire Augustin Algrain de Cayeur, Ch'' S"" et patron de Vallence, des Bordes, Chambry, Rictemusse et Cardon, et noble homme, MM^ François Chauveau, advocat au Parlement (1), amy d'icelle dame, recognurent, confessèrent et confessent avoir promis et promettent prendre l'un à l'autre par nom et loy de mariage et y cellui faire solempniser en face de nostre mère Sainte-Eglise, soubz licence d'icelle le plustost que commodément faire se pourra et advisé et délibéré sera entre eux, leurs parens et amis. Seront les futurs espoux unis et communs en biens, meubles et conquetz immeubles du jour de leur bénédiction nuptialle, suivant les us et coustumes de la prévosté etViconté de Paris. Ledit S"" futur espoux prendra la dite Dame, sa future espouse, avec ses droictz, noms, raisons et actions qu elle a dict concister en la maison et jardin où elle est demeurante en ladite rue des Noyers, Item une maison seize et scituée en la ville de Chartres, dans la grande boucherie avec plusieurs terres labourables affermées en bled, froment. Item en une ferme et terre seize en la paroisse de Doulins près Annet appellée les Maretz concistant en maison, grange, court, estables, prez, terres et aulnois, le tout à la dite Dame future espouze appartenant de son propre, comme lesdites choses lui sont escheues parle partage de ses deffunctz père et mère faict avec les sieur et dame de Valence, Item en la somme de dix mil livres ou environ d'une part et dix mil livres de pension et nourriture d'autre, de deniers dotaux que ses defTunctz père et mère luy ont donné en faveur de son premier mariage faict avec ledit deffunt S"" Solly, son mary, et les interestz desdites deux sommes depuis le neufviesme febvrier M. Vie XXX, Plus la somme de mil livres de provision par chacun an depuis ledit jour et an et encore quatre mil cinq cens livres de préciput et deux mil livres de rente de douaire préfix quelle a droit de prendre sur ladite terre de \'ilginis et autres biens

(1) François Chauveau, avocat en la Cour de Parlement, demeurant à Paris, rue des Noyers, paroisse Suint-Benoit, et Marguerite de Renon, sa femme, donation mutuelle. 9 juin 1632 (Arck. nat., Insinuât. Châteiet, Y 173, f. 15). Ce Chauveau est le père du célèbre graveur, voir L'EacoUe des l-'illes.

du dit deffunt S"" SoUy avec Vif livres pour ses habitz et deuil, Lequel douaire ladite future espouze a dict valoir vingt rail livres, il est deub une année et demye d'arrérages, Item, en trois cens livres à elle deubz par promesse dudit S' de Vallence, Item cinq cens livres par autre promesse d'y cellui S"" de Valence, luiict cens livres pour son carrosse et en tous ses autres meubles, vaisselle d'argent, bagues, joyaux, habitz et debtes actives dont sera fait inventaire en faveur dudit futur mariage, ladite dame future espouze, en cas qu'elle predecedde ledit S"" futur espoux sans enfans vivans de leur dit mariage au jour de la dissolution d'icellui, luy a donné et donne par donnation faicte entre vifz et irrévocable, ce acceptant par ledit S"" futur espoux, tous ses biens meubles et immeubles, noms, raisons et actions à elle appartenant de présent, fors toutesfois la somme de douze mil livres de laquelle elle se réserve la disposition soit par testament, donnation ou autrement, El sy la dite future espouze survit ledit S"" futur espoux, ladite donnation demeurera nulle et de nul effect et valleur et restera ladite dame future espouze en tous ses dits biens pour disposer comme bon lui semblera. Et a ledit S"" futur espoux doué ladite dame future espouze de mil livres de rente de douaire préfix s'il y a enffans de leur mariage et au cas qu'il n'y ait point d'cnlfans ledit douaire sera de douze cens livres de rente viagère, pourra ladite dame future espouze prendre sur les biens dudit S"" futur espoux en cas de predecedz ses habitz de deuil tant pour elle que pour la d*"* sa femme de chambre et lacquais, carrosse, cocher, chevaux et chambre de deuil jusques à la somme de mil livres. Le survivant des dits futurs espoux aura et prendra par préciput et avant part sur les biens de ladite communauté, Sçavoir ledit S"" futur espoux pour ses armes et chevaux et ladite dame future espouze pour ses habitz, bagues et joyaux jusques à la somme de trois mil livres selon la prisée de l'inventaire qui en sera faicte et sans crue, Et s'il est vendu quelques maisons et héritaiges propres auxdits futurs espoux ou aucunes renies, rentes propres raclieptées coîistant ledit mariage, les deniers qui en proviendront seront remployez en autres rentes ou héritaiges qui sortiront pareille nature de propres auxditz futurs espoux que leurs héritaiges propres vendus Et où remploy ne se trouveroit avoir esté fait au jour de la dissolution dudit mariage les deniers se reprendront sur ladite Communauté et où elle ne suffira, ce que s'en deffaudra pour le regard de ladite future espouze sera repris sur les propres dudit futur espoux, Chacun desdits futurs espoux payera ses debtes contractées auparavant ledit futur mariage et à cesle fîn avant la célébration d'icelluy seront faits inventaire des meubles desditz futurs espoux suivant la coustume si faiclz n'ont esté. Et au cas que les dites debtes soient payées sur les biens de ladite Communauté seront reprises par le survivant dudit mariage après la dissolution dudit mariage; toutes successions et donnations d'immeubles qui seront faictes et escherront ausditz futurs espoux par quelques personnes que ce soit seront

propres à celluy ou celle desdits futurs époux et aux siens à qui elles seront faictes ou seront eschues et n'entreront en la dite Communauté, advenant la dissolution dudit mariage par le predecedz dudit S"" futur espoux, sera au choix et option de ladite dame future espouze de renoncer ou accepter ladite Communauté. Et en cas de renonciation elle et les siens reprendront franchement et quittement tout ce qu'elle aura apporté tant meubles qu'immeubles avec ledit S"" futur espoux et encores ce qui lui sera advenu et escheu par succession, donnation ou autrement avec son préciput, douaire, habitz de deuil et autres choses dessus dites sans qu'elle soit tenue d'aulcunes debtes contractées pendant ladite Communauté et encore qu'elle y cust parlé ou qu'elle y eust été condempnée dont elle sera acquittée par les héritiers dudit S"" futur espoux, et pour faire insinuer ces présentes au greffe des Insinuations du Ghastelet de Paris et partout ailleurs où besoing sera, ycelles parties ont fait et constitué leur procureur général spécial et irrévocable le porteur de ces présentes auquel elles en donnent pouvoir et d'en requérir lettres à ce nécessaires. Car ainsy le tout a été convenu et accordé entre lesdites parties Promettant, etc., obligeant, etc., chacun en droit soit, Pienonçant, etc. Fait et passé en la Maison de ladite Dame future espouze dessus déclarée le IX décembre après midy l'an M. Vie XXXVI et ont les parties et parents signé en la minutte des présentes demeurée vers et en la pocession dudit de Saint-Waast, signé Marion et de Saint-Waast, et plus bas a esté mis l'insinuation. Insinué le 7 février 1637.

{Arcliu'es nat., Insinuât, du Châtelet, y 177, f. 151 \ .) (1).

F'rançois I Fayot n'eut pas d'enfant d'Hélène Boutrays, qui convola en troisièmes noces avec Jean Bouer, sieur de Yillerbois, conseiller à la Cour des Aydes (septembre 1646) (2).

M. Magne croit que Lignières a passé une partie de sa jeunesse dans le manoir paternel de Lignières et à Senlis même. Il est certain qu'il est resté en relations avec des senlisiens jusque dans les dernières années de sa vie et qu'il a dû faire de fréquents séjours dans cette ville, ainsi qu'au

(1) On trouve encore aux Arcliives nat.. Insinuations du Chdtelet, Y 183 f. 281, un acte en date du 6 octobre 1643, par lequel Hélène Boutrays, Veuve François Payot, prend à sa charge, mais sans gages, le « vivre et entretenemcnt » de Catherine Picard, sa femme de chambre depuis douze années, pour le reste de son existence en considération des bons services qu'elle en attend encore.

(2) Ce contrat est aux Archives nat. Insinuations du Châtelet, Y 185. f. 215 yerso.

château de Baron, appartenant à son beau-frère Trouillart (1). La morgue n'était pas le défaut de Lignières ; il aimait trop les bons vins et la bonne chère pour se montrer très difficile sur le choix des convives, et quant au gibier amoureux il le poursuivait sur n'importe quelle terre, tout aussi bien roturière que noble. Parmi ses intimes de Senlis, se distinguait Torfèvre Jacques Louchault, marié à une fort jolie personne, Catherine La Mothe, dont la nature d'esprit libertine sympathisait avec la sienne. On peut même se demander si cette femme ne la pus touiiié à l'athéisme. Le sexe aimable, lorsqu'il se libère des croyances traditionnelles, va beaucoup plus vite que le nôtre dans la voie de la négation. Or, Catherine La Mothe était franchement athéiste. De ses vers, il ne nous reste qu'un sixain ; il est net :

Quand on parle aux sots de Lucifer,

Au diable celuy qui raille,

Ils craignent tous sa fourche de fer

Avec sa grosse tenaille.

On a bien fait d'im^'cnter l'Enfer

Four étonner la canaille.

Libre de toute contrainte morale, Madame Louchault ne devait pas se montrer très farouche, et Lignières était si séduisant ! Ecoutons un instant madame de ^lontbel le portraiturer :

7o/t corps est composé d'une belle manière.

Tu n'es pas des plus grands, mais tu te tiens fort droit...

Ton visage est ovale et fait en écusson,

Tel l'avait Adonis, c'était un beau garçon ;

Tes cheveux, qui sont blonds, ornent fort bien ta tête,

Leur éclat pourrait faire une grande conquête ;

Si l'Amour travaillait à des nœuds gordiens

Il prendrait tes cheveux pour faire des liens...

Tes yeux sont creux, jyetits, mais vifs et fort ardents,

On voit beaucoup d'esprit qui se loge dedans

(1) Un acte du 14 août 1G79 passé au chAteau de Baron, et transcrit aux Insinuations du Châtelet de Paris, constate un partage fait entre tous les enfants de François I Payot d'une somme provenant de la vente de sa charge, soit entre François II Payot (Lignières), Jacques Payot de Morangle, Jean de Moussy, époux de Marguerite Payot, et Charles Trouillart, époux de Marie Payot. (5/7»/. yat., Pièces originales, 2889, dossier Trouillart.)

LIGNIÈRES ET LE AIENAGE LOUCHAULT 221

Ton nez est aquilin, grand, de belle figure,

Et pour toi l'on en doit tirer un bon augure

Descendons de tes yeux pour venir à ta bouclie :

Elle a des agrémens et de certains souris

Dont le Ciel aujourd' Iiui marque ses fai'oris.

Tes dents se montrent peu, ce qu'on en i'oit fait croire

Qu elles peuvent tenir la blancheur de l'ivoire.

Ton parler est charmant, et l'on croit que ton cœur

Est rempli comme lui d'une extrême douceur

Ta voix est agréable et forme des accents

Qui s'accordent fort bien à des airs languissants.

Tu peins les passions ; et lorsque tu dis : « J'aime ! »

Une âme en t' écoutant voudrait faire de même

Ton esprit est galant, ton âme paraît tendre.

Pour achever en bref ce que Dieu t'a donné

Tes pieds, et caetera, tout est bien ordonné (1)

Madame Des Houlières s'est montrée, il est vrai, moins enthousiaste que madame de Montbel, mais n'y a-t-il pas eu, dans cette note discordante, une petite vengeance de femme à femme :

C'est que je sais bien l'art de peindre au naturel Et que je ne suis pas madame de Montbel... Le Dieu qui fait aimer peut-être est son vainqueur. Elle peint cet amant comme il est dans son cœur...

Quoiqu'il en soit la sollicitude de Lignières pour la belle senlisienne fut telle qu'il n'hésita pas à convier son mari à venir assister, devant un notaire de Gonesse, le 20 avril 1665, à la signature d'un acte par lequel il léguait à Catherine La Mothe une rente de cent livres tournois. Le voici :

A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Nicolas de la Marre, conseiller du Roy, nostre sire, prévost juge ordinaire et garde pour sa Majesté de la prévosté et Chastellenye royale de Gonncsse, Salut, savoir faisons que par devant Nicolas le Moyne, tabellion royal estably audit Gonnesse pour Messire Charles Girard, Conseiller du Roy, nostre dit Seigneur en ses Conseils d'Estat et privé, président en sa Chambre des Comptes à Paris, Marquis, seigneur de Tillay, et autres lieux, et par engagement de sa dite Majesté de la terre et seigneurie dudit Gonnesse, fut présent en sa personne, François Payot, escuier, seigneur de Lignières, demeurant à Senlis, estant de présent en ce bourg de Gonnesse, logé en

(1) Recueil des portraits et éloges en rers et en prose, dits de Mademoiselle de Montpensier ; portrait de Lignières par madame de MontLel.

la maison de Jean Huron, demeurant audit Gonnesse, lequel recognoissant que depuis quelque temps il a reçeu des assistances notables et deniers considérables de Jacques Louchault, marchand orphèvre, à Senlis, et de Catherine La Mothe, sa femme, qui luy ont mesmes rendus de grands témoignages d'amitié et désirant les récompenser, il a vollontairement et sans contrainte aucune, donné et donne par la teneur des présentes par donnation entre vifz et irrévocable et en la meilleure forme que se puisse faire donnation de cette qualité, avec promesse de garantye de tous troubles et empeschemens générallement quelconques tant en principal que arrérages, faveur et aide pour valoir à ladite femme à ce présente et acceptante pour elle, ses hoirs et ayans cause, a tousjours icelle dite femme authorizée du dit Louchault et en la présence d'icelluy, C'est assavoir la somme de cent livres tournois de rente par chacun an à prendre sur tous et chacuns les biens, meubles et immeubles présens et advenir, propres et acquêts, en quelques lieux qu'ils soient scituez et spécialement sur la terre de Lignières, laquelle il a constitué et constitue sur tous sesdits biens annuelle et perpétuelle laquelle il promet payer lui-même et faire payer à la dite femme ses hoirs et ayans cause par chacun an au jour Saint-Martin d'hiver, première année de payement commençant et escheant à pareil jour Saint- Martin que l'on couq)te mil six cens soixante six et ainsy continuer jusqu'au jour du rachapt qu'il en pourra faire à icelle femme moyennant la somme de dix-huit cens livres tournois en un seul payement en la dite ville de Senlis laquelle l'ente ledit Si" donnant veut tenir nature de propres à ladite femme et aux siens de son costé et ligne sans que ledit Louchault, son mary, ses créanciers y puissent rien prétendre, sans quoy ledit sieur n'auroit faict ladite donnation; pour recevoir par ladite femme les arrérages de ladite rente sur ses quittances mesmes le remboursement ledit Louchault l'a dès à présent authorizée et aussy pour faire le remploy en autres rentes ou rachapt de fonds qui luy sortira pour les natures de propres et ladite rente et arrérages à l'advenir, ledit S'' a obligé, aflecté et hypothéqué tous ses dits biens notamment la dite terre de Lignières sans que la généralle desroge à la spécialle et la spécialle à la généralle, desquels biens il s'est dès à présent dessaisy, desniis et devestu au proffict de la dite femme jusques à la concurrence de ladite rente et arrérages èsmains des seigneurs et autres personnes dont ils sont mouvans voullant qu'elle en soit saisye et inféodée par qui il appartiendra et les présentes estre insinuées en tous les lieux qu'il conviendra et sera jugé nécessaire, pour consentir laquelle insinuation il fait son procureur le porteur des présentes auquel il donne tout pouvoir de ce faire, sy comme il disoit estre vray par devant ledit tabellion promettant es mains d'icellui entretenir le contenu en ses présentes sans jamais y contrevenir sur peyne de tous despens dommages et interests, payer soubs l'obligation de tous ses biens meubles et immeubles présens et advenir qu'il en a soubzmis à justice partout où trouvez seront et renonça en se faisant à toutes clauses

contraires à ces présentes lettres ausquelles en tesmoing de ce nous avons fait mettre le scel de ladite prevosté et Chatellenye, qui furent faites et passées à Gonnesse en l'étude dudit tabellion le lundi vingtième jour du mois d'avril mil Vie soixante cinq après midy es présences de Pierre et Jacques de Louvain, demeurans audit Gonnesse, tesmoins à ce requis et appeliez qui ont signé en la minutte des présentes avec les partyes. Signé Le Moyne et plus bas a esté mis l'insinuation.

Insinué le 3 juin 1665. Vol. 122 des Insinuations du Châtelet.

{Archives nat. Insinuât, du Châtelet, Y 207, F. 11 T .)

Pourquoi cet acte a-t-il été passé à Gonesse et non à Senlis? Etait-ce pour éviter les commentaires malveillants au sujet de cette marque de reconnaissance toute naturelle au fond, mais peut-être excessive en la forme? Etait-ce pour ménager Tamourpropre du mari consentant? Peut-être Tune et l'autre de ces considérations firent-elles choisir à Lignières la ville où se fabriquait de si bon pain.

Les femmes libres-penseuses sont plutôt rares au xvii" siècle. On cite, cependant, encore la Choart et la Sanguin. La Choart doit être la femme de François Choart, trésorier et receveur général des Ponts et Chaussées de France, cousin germain maternel du père de Lignières. Nous sommes moins renseigné sur la Sanguin.

Si Catherine La Mothe, femme de Jacques Louchault, cultivait la poésie, l'orfèvre, sous son influence et sous celle de Lignières, se mit également à taquiner la Muse. Louchault était lié avec le fameux Pierre Michon, dit Bourdelot (1) et il lui était difficile de ne pas parler au médecin du Grand Condé de son ami Lignières, dont la réputation de galanterie et d'esprit était bien établie. Lignières fut convié à Chantilly et

(1) Voici un acte curieux relatif à Bourdelot : « Maximilien Michon, chirurgien ordinaire du Prince de Condé, et Anne Bourdelot, sa femme, Gabriel de Garcement, procureur de 1 Officialité de Sens, et Colombe Bourdelot, demeurant à Sens, tous deux actuellement logés en l'hôtel de l'archevêque de Sens, paroisse Saint-Paul : Donation à Pierre Bourdelot, médecin ordinaire du Prince de Condé, fils de Maximilien Michon et d'Anne Bourdelot, de la bibliothèque et des livres de Jean Bourdelot, conseiller et maître des requêtes ordinaires de la Reine, mère du roi, leur frère ; attendu que ledit Jean Bourdelot, oncle dudit Pierre Bourdelot, « luy avoit fait quitter son nom de Michon pour prendre et luy donner celuy de Bourdelot ». — 14 juin 1638. (Arch. nat., Insinuations du Châtelet, Y 178, f. 48'i.)

En 1669, Condé avait donné à Bourdelot, son médecin, les terres et seigneuries de Condé et de Saint-Léger, situées en Berry, près d'Issoudun, 30 juillet 1669. Arch. nat., Insinuations du Châtelet, Y 217, f. 187.

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