III. — LES POÉSIES DE PAYOT DE MORANGLE
Jacques Payot de Morangle (1) frère cadet de Lignières, est peu connu. Les onze poésies qu'il a laissées nous le pré-
(1) La terre de Mornngle était située près de Beaumont-sur-Oise ; elle appartenait en 1587, à Jean de Belloy, seigneur dudit lieu, comme il appert de l'arte suivant : M Jean de Belloy, écuyer, seigneur dudit lieu, y demeurant, et Marie de Soissons, sa
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sentent sous un jour défavorable ; elles sont gaillardes et presque obscènes. Aussi impie et débauché que son aîné, il a été cependant plus habile dans sa conduite ; attaché d'abord à la maison de Gaston d'Orléans, on le retrouve ensuite gentilhomme de la maison du roi.
Voici un rondeau qu'il a adressé à Claudine Colletet. Il nous dispense de reproduire ses autres vers !
A M. C. C, Rondeau (1)
En certain lieu de ma personne, Un certain battement m'estonne Quand vous paraissez à mes yeux.
Et vostre abord trop gracieux A ce que je crois m'empoisonne.
Estes-vous ou mauvaise ou bonne ?
Depuis deux Jours Je vous soupçonne D'entrer d'un pas très luxurieux En certain lieu.
Vostre mine est un peu friponne :
Mais mon amour vous le pardonne, Pourveu qu'allant de mieux en mieux.
Je vous sois assez précieu.jc Pour souffrir que Je vous tastonne En certain lieu.
Signatures de Payol de Lignières cl de son frère Payot de Morangle
femme. Donation à .lean du Vivier, escuyer, seigneur de Vatimesnil, gentilhomme servant de la maison du roi et enseigne des ordonnances du roi, de l'usufruit des revenus de la terre et seigneurie de Morangle, près Beaumont-sur-Oise, et de l'usufruit de la maison, terre et droits seigneuriaux ilu fief de lu Mare, situé à Mesnil- Saint-Denis, près Beaumout-sur-Oisc (et Neuilly-en-Thelle), 21 mars 1587.» (Arch.nat., Y 128, f. 508'.)
(1) Guillaume Colletet était des amis de Payot de Lignières et de Payot de Morangle. Voir La Chronique des Chapons et des Gelinottes du Mans, de Martin de Pinchesne, Paris, 1007. Les poésies de Payot de Morangle nous ont été conservées par Le Souveau Recueil des plus belles Poésies de MM.... Paris, Veuve G. Loyson, 1654, florilège dû à Du Pelletier. Elles sont signées D. M. ou Morangue.
Le curé Meslier doit sa renommée à Voltaire et personne jusqu'ici ne s'est avisé de contrôler ni la notice qu'il lui a consacrée ni le texte du Testament de Meslier qu'il a publié en 1761 (1). Cependant l'autorité de Voltaire en matière historique est nulle, absolument nulle, toutes les fois que son fanatisme irréligieux est en jeu. Nous en avons apporté la preuve en ce qui concerne Théophile de Viau et Des Barreaux, deux libertins (2). Pourquoi en serait-il autrement polir Jean Meslier ?
Voltaire lui-même ne s'en est pas caché. Il a écrit à Thiériot le 21 octobre 1736 :
Le mensonge n'est un vice que quand il fait du mal, c'est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai à l'occasion.
Voltaire doit la connaissance de Jean Meslier à Thiériot. Nous n'avons pas la lettre de Thiériot, mais voici la réponse de
Voltaire :
A Cirey, le 30 novembre (1735).
Je suis enchanté de la bonne fortune que vous avez depuis six mois
(1) Voltaire est revenu sur Meslier dans ses Lettres à S. A. Mgr le prince de *** iBriinsivick/ sur Rabelais et sur d autres auteurs accusés d avoir mal parle de la religion chrétienne (11611.
(2) Voltaire et Théophile de Viau (Le Procès du poète Théopitile de Viau, T. II. p. 239). Voltaire et le sonnet du Pénitent {Disciples et successeurs de Théophile de Viau. Des Barreaux et Saini-Pavin, p. 307).
avec Locke. Vous me charmez de lire ce grand homme qui est dans la métaphysique ce que Newton est dans la connaissance de la nature. Quel est donc ce curé de village dont vous me parlez ? Il faut le faire évêque au diocèse de Saint-Vrain. Comment! un Curé et un Français, aussi philosophe que Locke ? Ne pouvez-vous point m'envoyer le manuscrit. Il n'y aurait qu'à l'envoyer avec les lettres de Pope, dans un petit paquet à Demoulin, je vous le rendrais très fidèlement.
Voltaire a dû recevoir alors une copie du manuscrit de Meslier.
Vingt-sept années se passent sans qu'il soit question du curé d'Etrépigny dans sa correspondance. Le 4 février (1762), il écrit à Damilaville :
Mon cher frère saura que je lui ai écrit toutes les postes, que j'ai déterré deux exemplaires de l'Oriental (1) avec les Sentiments du Curé, dont j'ai fait trois envois à trois postes différentes. Je suis frère fidèle et très exact.
Voltaire avait donc en mains au début de 1762 un second manuscrit du Testament^ s'il avait égaré le premier. La lettre suivante au même, écrite quatre jours après, nous apporte la preuve que Voltaire détenait déjà des exemplaires de V Extrait du Testament de son édition de Genève, contenant YAbrégé de la Vie de Jean Meslier :
8 février 1762.
Mon frère aura un Meslier dès que j'aurai reçu l'ordre, il paraît que mon frère n'est pas au fait. Il y a quinze ou vingt ans qu'on vendait le manuscrit de cet ouvrage huit louis d'or. C'est un très gros in-quarto, il y en a plus de cent exemplaires dans Paris. Frère Thiérot est très au fait. On ne sait qui a fait l'extrait, mais il est tiré tout entier, mot pour mot, de l'original. Il y a encore beaucoup de personnes qui ont vu le curé Meslier; il serait très utile qu'on fit une édition nouvelle de ce petit ouvrage à Paris ; on peut la faire aisément en trois ou quatre jours (2).
L'Abrégé de la Vie de Jean Meslier et VExtrait du Testament sont donc antérieurs à 1762, c'est dans les derniers mois de 1761 qu'il les a fait imprimer, sous le manteau, à Genève,
(1) Recherches sur iorigine du despotisme oriental, ouvrage posthume de M. B. I- D. P. E. C. (M. Boulanger, ingénieur des ponts et chaussées) 1762, in-12.
(2) Nous jugeons inutile d indiquer les nombreuses lettres de Voltaire de 1762 à 1765 où il est question de Meslier. Elles ne signifient absolument rien. Voltaire ne peut dire la vérité à ses amis, et ceux-ci le connaissent assez pour lire entre le» lignes. Il ne trompait personne.
mais nous n'avons aucun indice sur l'époque de leur composition.
L'édition originale de Genève se termine par la note suivante :
Voilà le précis exact du Testament in-folio de Jean Meslier. Qu'on juge de quel poids est le témoignage d'un prêtre mourant qui demande pardon à Dieu. Le 17 mars 1742.
La date du 17 mars 1742 est placée là pour donner le change ; comme l'allégation du « prêtre mourant demandant pardon à Dieu » n'est qu'une simple pantalonnade, car Meslier était franchement athée !
Peu de temps après (trois mois ?), Voltaire publie une seconde édition de sa brochure semblable à la première, avec cette différence qu'elle a un titre de départ :
Testament de [ Jean Meslier [ Nouvelle édition
et qu'elle est enrichie d'un Avant-propos (de Jean ]Meslicr).
11 y en aurait même une troisième, également in-8 de 51 pp., citée par M. Lanson (1).
Passons maintenant à l'examen de V Abrégé de la Vie de Jean Meslier et nous occuperons ensuite de \ Extrait du Testament.