‹ MélangesChapitre 80 sur 92 · SUPPLÉMENT A L HISTOIRE · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT A L HISTOIRE

nombre ([iie nous avons entre nos mains, et des quelles par courtoisie nous leur pourrions envoyer par lettre de change quelques coppies, avec maistre Georges pour décorer leur théâtre.

l'ombre. — Cher aray, dès après comme dès lors, nous te remercions, et aussi toute ceste illustre trouppe royale. La pièce que nous faict espérer Théophile est toute autre que celles que vous nous sauriez envoyer. Son dessein est le plus haut et le plus moral qui aye jamais esté représenté sur le grand théâtre du monde, eu la([ucllc toutes sortes de personnes pourront représenter leurs personnages.

i.E GROS r.LiKLAUME. — Si tu sçay cest excellent dessein, je te prie de tant nous obliger que de nous en dire quelque chose, à celle fin que par Ion moyen nous puissions du moins la faire imiter, cependant que nous avons bon nombre d'autheurs qui ont (grâce à Dieu) le loisir de travailler.

l'ombre. — Pour l'amour de ceste célèbre trouppe et du maistre à qui elle appartient ''auquel je suis immortelleracnt obligé), je te donne advis que le dessein de Théophile est de représenter le monde et toutes ses pipcries, qui oste le sens aux mortels, et les mortels sont si imprudens qu'ils se laissent tousjours piper par ses charmes et ses présentes délices, ])ar lesquelles ils sont si bien séduits, qu'ils perdent la mémoire de tout, ne pouvant ouvrir les yeux pour voir le malheur des autres ny leur propre danger. Et veut Théophile, dit-on, desdier ceste pièce à son bon aniy.

LE (JROS (;l'illaume. — Il faut que je confesse que la vérité est que jamais je n'ay ouy parler d'un sujet si haut et si moral, et sur lequel il y aura matière de bien faire, et, n'en déplaise à toutes celles que faict imprimer la librairie du Palais, pas une n'en approche ; il ne luy faudroit qu'une semblable pièce pour le faire aller establir dans la plus apparente boutique de la rue Sainct-.lacques, et, avec le temps, les moyens de le faire aller en carrosse...

La même note est donnée clans la pièce siiivanle : La Rencontre de Tuiiupin en V Autre Monde avec Gauiier-Garguille et le Gros Guillaume^ lil'.)! :

... Gautier et Guillaume firent voir à Turlupin une grande quantité de pièces nouvelles faites par divers bons autheurs, entre autres Théophile, lesquelles il trouva excellentes qui leur promisi faire des merveilles en leur représentation...

Georges de Scudéry n'a pas oublié son ami dans La Comédie des Comédiens (1), poème de nouvelle invention (Paris,

(1) Il y a, sous ce même titre, une tragi-comôdie du sieur Gougenot qui est antérieure de deux années à celle de Scudéry ; elle a également une partie en prose cl une partie en vers (Paris, Pierre David, 1633). Scudéry l'a prise pour modèle.

Augustin Courbé, 1635), dont la première partie est en prose (actes I et II), et la seconde (L'Amour Caché par V Amour, tragicomédie pastorale, acte III) est en vers :

M. de Blandimare, s'adressant au comédien Belle-Fleur, lui dit : Quelles pièces avez-vous ? Et Belle-Fleur répond : Toutes celles de Hardy.

M. DE BLANDIMARE. — Il faut donner cet adveu à la mémoire de cet Autheur, qu'il avoit un puissant génie, et une veine prodigieusement abondante ^comme huict cents Poëmes de sa façon en font foy) et certes à luy seul appartient la gloire d'avoir le premier relevé le Théâtre françois, tombé depuis tant d'années. Il estoit plein de facilité, et de doctrine, et quoy qu'en veuillent dire ses envieux, il est certain que c'estoit un grand homme et s'il eust aussi bien travaillé par divertissement que par nécessité, ses ouvrages auroient sans doute esté inimitables : mais il avoit trop de part à la pauvreté de ceux de sa profession, et c'est ce qui produit l'ignorance de nostre siècle, et le mépris de la vertu.

BEAU-SOLEIL. — Nous avons encore tout ce jeu imprimé, la Pirame de Théophile, Poème qui n'est mauvais qu'en ce qu'il a esté trop bon, car excepté ceux qui n'ont point de mémoire, il ne se trouve personne qui ne le sçache par cœur, de sorte que ses raretez empeschent qu'il ne soit rare.

Dans son Parnasse, ou la Critique des Poètes (Paris, Augustin Courbé, 1635), Guérin de La Pinelière, Angevin, dit que les jeunes auteurs, après avoir lu les vers de Théophile, s'imaginent qu'ils en font de meilleurs :

Ces petits faiseurs de vers, dont on peut véritablement appeler quelques-uns des commencements de poètes, ont tousjours autant de vanité que les plus excellens en leur art, encore qu'ils n'ayent pas tant de feu ny une connoissance si grande de la poésie : ils ne mettent de la différence entre eux et ceux-là que par la réputation, et non pas par le mérite : quand ils lisent des vers de Théophile après avoir leus ceux qu'ils ont faits, ils se flattent dans la comparaison qu'ils font des uns avec les autres, et s'imaginent tousjours quelque chose de plus beau dans les leurs que dans ceux de cet Autheur, encore qu'ils le révèrent ordinairement plus que tous les autres, et que ce soit leur premier maistre : ils croyent qu'il ne faut que mettre deux ou trois mauvaises stances sous la presse pour estre aussi fameux que Bertaud ou que Malherbe.

En 1648, un illuminé, François Davenne (disciple de Simon Morin) publie la Hierusalem Céleste, V Assomption de la Théologie de Dieu, le Lion de la Tribu de Juda et V Inventaire de la Vérité, S. 1. n. d. (1).

(1) s. 1. (1651), in-4° de 32 p.

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