L'ATHÉISTE
J'ai ma A'olupté sans Dieu, En Dieu n'ai que tourment.
L'Athéiste, ou celui qui se dit tel (parce qu'il n'est pas possible à Thomme d'être sans Dieu), est de croyance contraire aux autres (Papistes, Huguenots, Anabaptistes) et toutefois il croit, mais c'est qu'il n'y a point de Dieu. Voilà pourquoi l'Athéiste n'a en Dieu c|ue tourment et affliction quand il y pense, d'autant qu'il l'a quitté pour avoir la volupté du corps et satisfaire toutes ses passions, n sera toujours en perpétuel tourment jusqu'à ce qu'il sache véritablement (et pas qu'il croie) s'il y a un Dieu, ou s'il n'y en a point, car le savoir il ne l'a pas, et toutefois sa bouche profère qu il n'y a point de Dieu, mais sa conscience Taccuse ; celle-ci n'a jamais de repos, ni ne pourra en avoir qu'en Dieu, car tout ainsi que les ci-dessus nommés (Papistes, Huguenots, Anabaptistes) disent qu'il y a un Dieu, l'Athéiste dit qu'il n'y en a point. Et tous, soit
en bien, soit en mal, n'en savent rien, mais ils y croient ; c'est ce qu'ils appellent savoir, cela devrait plutôt appeler bafouiller. Mais l'homme véritable qui a cette sagesse est au milieu d'eux, il voit et connaît leur erreur et leur imperfection, il sait que la croyance que l'on a fait naître en eux procède de leur ignorance et de la crainte qu'ils ont de Dieu, alors que le savoir a une telle force chez l'homme que la croyance en Dieu lui en demeure, qu'il le veuille ou non, comme il a déjà été dit. Jamais il ne saurait s'expliquer celui qui nous })eut faire comprendre que la croyance est entre la science et l'ignorance, vu qu'il y a une croyance engendrée en nous par le savoir et l'autre que l'on y fait naître pour notre ignorance, par la foi et la peur, ou la crainte que l'on nous donne de Dieu, parce que la foi n'est faute que de connaissance, car où est la connaissance, la foi est morte et ne peut exister. Donc, le pauvre Chrétien se peut bien dire misérable entre tous les hommes de la terre de ce que son salut, son paradis, son repos, son bonheur, sa béatitude, sa félicité sont fondés sur l'ignorance et l'erreur qui sont sa croyance et sa foi. Et toutefois les chrétiens disent toujours qu'ils savent et connaissent, mais c'est un savoir de bête ou de perroquet, ils ne font que proférer et débiter des paroles sans les comprendre, avec la crainte qui toujours les accompagne et les entretient.