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Jn conviens que votre situation est loin de vous offrir des dédommagements aussi réels que ceux dont je vous ai {ait le tableau fidèle dans Thistoire d' Arpaiice. Je sais bien que votre âme est aimante et généreuse ; je ne doute pas qu'avec une pensée de dévouement , avec Téchange de vives et saintes affections , vous n'eussiez pu accomplir de semblables sacrifices. Chère Alarcie, je sais que vos souffrances ne sont point imaginaires, et mon cœur est pénétré de compassion au spectacle de cet isolement fatal , sans diversion , sans terme peut*étre , et que l'agitation du monde rend plus profond encore. Mais n'aggravez pas votre mal , je vous en supplie , par une fausse appréciation de vous-même et des choses
extérieures. Je vous vois maintenant prendre le dessus, remporter la victoire sur les passions de la femme; mais en même temps que j*admire ce courage , je suis efirayé de vous entendre maudire la condition de voire sexe en ce qu'elle a précisément de meilleur et de plus sagement établi. Vous voudriez donner le change à vos soufrances par Tenivrement de la vie d'action. Vous vous croyez propre à un rôle d'homme dans la société , et vous trouvez la société fort injuste de vous le refuser.
Je crains, Marcie, que les promesses* impuissantes d'une philosophie nouvelle ne vous aient fait du mal. Soit que vous ayez mal compris la véritable pensée du saint-simonisme, soit que, dans ses hésitations et ses recherches, le saint-simonisme n'ait pas trouvé le mot de vos destinées, vous y avez puisé le désir de l'impossible. J'éprouverai toujours de la répugnance à faire la guerre à l'apostolat éphémère des hommes qui avaient entrepris la régénération de l'homme par le travail et l'association ; mais je suis forcé de vous répéter que^ par rapport à vous personnellement , il n'a rien été statué là qui pût vous être bon. Le saint-simonisme appelait les femmes à se déclarer, à se prononcer elles-mêmes sur leurs droits et sur leurs devoirs , à en tracer la limite absolue. En vérité, le pouvaient-elles? En est-il une seule, au temps où nous vivons, qui le puisse faire, même d'une manière générale? Ne sommes-nous pas , hommes et femmes , dans une époque de doute , d'examen , d'incertitude ? Ne savons-nous pas tous trop et trop peu sur toutes choses? Qui osera prescrire une forme arbitraire au progrès qui nous saisit , une marche rigide au torrent qui nous entraîne? Jamais il ne fut plus difficile de s'éclairer sur les véritables besoins d'une génération. Ne faudra^^t-il pas attendre que la vérité se
manifeste et sorte éclatante de toutes nos clameurs ? N'est-il pas des infortunes plus urgentes à soulager que Fennoi de celui-ci et la fantaisie de celui-là ? Le peuple est aux prises avec des questions Vitales ; il y a là des abîmes à découvert Nos larmes y tombent en vain, elles ne peuvent les combler. Au milieu de cette misère si réelle et si profonde , quel intérêt voulez-vous qu'ex« citent les plaintes superbes de la froide intelligence? Le peuple a faiih; que les beaux esprits nous permettent de songer au pain du peuple avant de songer à leur édifier des temples. Les femmes crient à Fesclâvage; qu'elles attendent que Phomme soit libre , car l'esclavage ne peut donner la liberté. Laissez les temps s'accomplir et les idées venir à terme; cela ne sera peut-être pas aussi long qu'on l'espère d'un côté et qu'on le craint de l'autre. £n attendant, faudra-t-il compromettre l'avenir par l'impatience du présent? Faudra-t-ii à tout hasard, pour satisfaire la fantaisie personnelle, trancher des questions que des siècles n'ont pas encore résolues, ris* quer tout en voulant tout emporter d'assaut , semer tous les trésors de courage et de dévouement sur un sol qui n'est pas encore assis , au pied des volcans à peine fermés?
Vous , Marcie , qui n'avez jamais pu supporter la pensée d'appartenir, soit par nécessité^ soit par caprice, à tout autre qu'à un homme sérieusement aimé de vous, n'avez-vous pu trouver en vous-même assez de sagesse pour repousser le désir du vain pouvoir et de la vaine gloire? Des velléités d'ambition se sont trahies chez quelques femmes trop fières de leur éducation de fraîche date. Les complaisantes rêveries des modernes philosophes les ont encouragées, et ces femmes ont donné d'assez tristes preuves de l'impuissance de leur raisonnement.
Il est à craindre que les vaiaes tentatives de ce genre et ces prétentions mal fondées ne fassent beanomip de tort à ce qu*on appelle aujourd'hui la cause des femmes. Les femmes ont des droits • n'en doutons pas , oar eHes su« bissent des injustices. EUes doivent prétendre à un meilleur avenir» à une sage indépendance , à une pbs grande participation aux lumières, à {dus de respect, d*estime et d'intérêt de la part des liommes. Mais cet avenir est entre leurs mains. Les hommes seront un jour à leur égard ce qu'elles les feront : confiants quand les femmes seront dignes de confiance, généreux et fidèles lorsque , dans leurs âmes aigries, de fiAlm exigences ou d'iiyustes révoltes ne refouleront pas tout bon mouvement. Si les femmes étaient dans une bonne voie et dans de saines idées , elles auraient certamement meilleure grâce à se plaindre de la rigidité de certaines lois et de la barbarie de œrtains préjugés. Mais qu'dks agrandissent leur âme et qu'elles élèvent lemr inteliigence avant d'espérer faire fléchir le cercle de fi^ de la coutume. £n vain elles se rassemblent en club», ea vaiu elles engageront des polémiques» ù l'expression même de leur mécontentement prouve qu'elles sont in* capables de bien gérer leurs affaires et de bien gouverner leurs aiïeaions. Hommes et femmes, ne murmurons pas trop contre notre abaissement et notre servitude I la faute en est à nouS'-mêmes ; si nous soflunes avilis, c'est que nous n'avons pas la force de la vertu. C'est notre corruption qui fait notre esclavage, et quand mNis régnerons sur nos propres volontés , nom verrions tomber en poussière les volontés brutales et les résistances inintelligentes.
Mais voi», Marcie, vous n'êtes pas une de c^ femmes vaines et b(j|rnées qui aspirent ii des honneurs
puéfiJs. Vous avez la conscience d'une valeur réelle, V0D8 êtes accablée de votre Inaction. La vie de famille vous est refusée par un caprice de la fortune. Il vous reste, pour lot, une vie toute d'inteliigenoe , et c'est précisément l'emploi de cette intelligence que la société vous interdit. Vous sentez en vous trop de jeunesse et de sympathie pour faire de votre génie un emploi isolé. Vous vous dites qu'^ vingt-cinq ans l'homme le mieux doué ne saurait se retirei^au désert et se consacrer à uno philosophie toute personnelle. Dieu aurait-il départi à la femme une force supérieure à celle de l'homme? Non , dites-voQs : qu'on me laisse donc m'élancer dans la vie d'action ; je me sens guerrier, je me sens orateur, je me aens prêtre; je veux , je peux combattre, discuter, en** seigner. 8i vous le pouvez, Marcie, vous êtes une exception, et dans des temps héroïques vous eussiez pu vous nommer Jeanned'Arc, madame Roland, Hélolse. Mais, que voulez-vous être aujourd'hui? Cherchez dans la hiérarchie sociale , dans tous les rangs du pouvoir ou de rindustrie , quelque position où la pensée de vous in<staller ne vous fasse pas sourire. Vous ne pouvez être qu^artiste , et cela , rien ne vous en empêchera. Mais supposons qu'il y ait aujourd'hui dans les discussions parlementaires et dans l'exercice du pouvoir quelque chose qui puisse tenter une ftme généreuse bu un esprit élevé ; supposons que plusieurs femmes, excentriques par leur éducation et leurs facultés, brûlent de trouver leur place dans le monde, et, entravées par les lois, pô«* rissent consumées dans l'inaction et le regret ; entre nous, Marcie, je ne crois pas qu'il y ait une seule de ces femmes en Europe à l'heure où nous parlons. N'importe ; vous m'accorderez que le nombre n'en est pas grand , et qu'il serait bien imprudent de faire , à cause
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de ce petit nombre de prodiges, une loi qui admettrait au pouvoir déjà si fourvoyé , et à la discussion déjà si déplorable des intérêts du pays , toutes les femmes que nous ne connaissons pas , et même les premières d'entre celles que nous connaissons le mieux. Ainsi, quanta vous, grande âme cachée, sachez vous effacer, sachez vous anéantir plutôt que de désirer, pour satisfaire un besoin personnel , que le genre humain fasse un acte de démence. ^
Mais, pardonnez-moi, Marcie; vous êtes maHieureuse , et je me laisse aller à Tironie au lieu de chercher à vous consoler; je discute au lieu de verser sur votre front abattu les larmes de la sympathie et le baume de Famitié. Je cherche le côté faible de votre raison, le côté malade de votre cerveau, sans songer que, plus vous serez malade et faible, plus je serai coupable et grossier de vous le faire sentir. Je vous le dis humblement , pardonnez-moi ; mais sérieusement , je vous dis : préservezvous de ces ambitions folles. Les femmes ne sont pas propres aux emplois que jusqu'ici les lois leur ont déniés. Ce qui ne prouve nullement rinfériorité de leur intelligence , mais la différence de leur éducation et de leur caractère : ce premier empêchement pourra cesser avec le temps ; le second sera , je pense, étemel. Toujours, quel que soit le progrès de la raison superbe, le cœur des femmes sera le sanctuaire de l'amour, de la mansuétude, du dévouement, de la patience, de la miséricorde , en un mot des reflets les plus doux de la divinité et des inspirations indestructibles de l'Évangile. Ce sont elles qui nous conserveront à travers les siècles les traditions de la sublime philosophie chrétienne. Ce sont elles encore aujourd'hui qui , au milieu du débordement de nos passions grossières , sauvent à travers le naufrage
les débris du spiritualisme et de l'esprit de charité. Ainsi, vous le voyez, loin de moi cette pensée que la femme soit inférieure à l'homme. Elle est son égale de-< Tant Dieu , et rien dans les desseins providentiels ne la destine à Tesclavage. Mais elle n'est pas semblable à l'homme , et son organisation comme son penchant lui assignent un autre rôle, non moins beau, non moins noble, et dont, à moins d'une dépravation de l'intelligence, je ne conçois guère qu'elle puisse trouver à se plaindre. La Providence, qui a déposé entre ses bras et attaché à son sein l'enfance de l'homme , ne lui a-t-elle pas donné un amour plus ardent de la progéniture, une industrie sublime pour cette première occupation, et des joies ineffables dont la puissance est un mystère pour la plupart des honames? Qui nous peindra les transports d'une mère au premier baiser de son enfant? Qui nous expliquera conmient l'attrait chaste et divin de cette simple caresse la dédommage au centuple des labeurs de l'enfantement , des fatigues et des sollicitudes souvent cruelles de l'allaitement ? Mais, quoi ! la vie de rhorame n'est-elle pas difiBcile et rude dans la nature comme dans la société? Tout n'est-il pas incertitude, travail , combat dans sa destinée ? Et ses amours , et ses conquêtes et son repos , tout n'ést-il pas acheté de son sang et arrosé de ses sueurs? Examinons la vie dans son ordre le plus social et en même temps le plus naturel. A commencer par l'amour, l'homme provoque une affection qu'il n'inspire pas encore. Faire partager cet amour est pour lui un combat et une souffrance ; et pour la femme ce n'est encore qu'un examen , qu'une attente , qu'un désir vague plein de fierté douce et de sage retenue. Si le choix est libre et réfléchi, l'union est assortie et paisible. La femme a les fatigues du m<kiage, et l'é-
poux ccUet de VélaMiêsemenî t dent manières di^ verset, mais également nécessaire^ et par conséqnent nobles, de travaUler pour ia ifamllle. L'onion est-dic troublée (et dans la généralité l'on peut croire que le mal vient des deut côtés), la femm« a des consolalions ceruines , un but luen déta*miné ; les joies de la maternité sont immuables pour elle. Quelles que soient les douleurs de son flme , les troubles de sa conscience, les incertitudes de son esprit, le sourire de ses enfants a ton* jours le même charme; leurs moindres mouvenientsre« cèlent toujours celte magique ioduence qui r^od sur tout Têtre maternel une satisfaetion céleste. Qu'on ne dise pas que la femme aime Tenfam li proportion de Tamour que lui inspire Tépout $ cela n*est vrai que pour de déplorables exceptions ou pour des ftmes maladêSL U y a deux natures distinctes d^ns la femme , celle de Tamante et celle de la mère* L*amante est passionnée , inégale , fantasque , souvent sublime ^ souvent injuste et souvent infortunée ; la mère est touui équité ^ toute bonté , toute sérénité. £Ue est animée d*un sentiment angélique ; elle se sent revêtue malgré elle » et quelle qu'elle soit par eile-même , d'une mission divine. Elle transmet la vie, et, n'importe la valeur de Têtre qu'elle a mis au jour, elle le protège et le conserve. Là est sa grandeur, là est sa gloire. Qu'elle ne cherche pas les joies étrangères, car elles lui feraient négliger la pre^ mière de toutes.
Poursuivons le parallèle. L'époux que sa femme trahU et tourmente cherche au dehors l'agitation ou la gloire. Vaine ou fondée , cette gloire ne le console pas entière* ment. Utile ou dangereuse , cette agitation ne l'étourdit pas toujours. La perte du bonheur domestique est souy vent irréparable. L'homme a moins d'amour physique
pour la progénitore que la femme ; la sympathie morale est sabordoUQée à trop de chances pouf que ses enfants lui donnent à coup sûr des satisfactions aussi vives que cet amour des entrailles , privll^e. exclusif de la mère. Sa tendresse, moins aveugle parce qu*elle est moins vive , est plus utile aux enfants , mais elle est moins douce à lui-même $ et forcément il doit attacher plus dimportanee à la vie extérieure , aux soucis des affaires, aux faveurs de Topinion. Ses relations avec la société ont toujours pour but direct ou indirect Tavenir de la fiimiile. Car je prends pour type un homme ordinaire , dépourvu des hautes vertus qui font l'enthousiasme, mais préservé des vices afflux qui détruisent les senti^^ ments humains. Cet hmnme est arrivé à Tâge où les affectious personnelles ont fourni leur carrière ; il sent peu à peu se développer en lui un sendment plus large , odtti qui fait le citoyen, l'amour de la fomille en grand, l'intérêt privé sympathique aux intérêts gé* néraux, en un mot, te patriotisme plus ou moins éclairé « plus ou moins généreux. Des liens nombreux se sont formés entre l'individu et la société. Or, il trouve lu des occupations attachantes , souvent même des jouissances vives dont la femme aurait le droit d'être jalouse si elle n'en avait de relatives dans la présence assidue et dans l'espèce de possession immédiate de ces êtres qtt*instinctivement et moralement elle préfère h tout. Ainsi , tant qu'elle n'est pas oppiimée dans Texercice de ses véritables devoirs , elle trouve dans ces devoirs mêmes la source de ses félicités, ou tout au nooins de ses coilsotations.
Dans la vieillesse , la destinée de l'homme pâlit sensi*- Uement, non parce que les joies matérielles lui échappent t tout se compense ; et s'il a moins d'aptitude à la
vie active , il a en revanche plus de ressources matérielles acquises iN)ur assurer sou bien-être ; mais parce qu*à mesure qu*il approche du terme de sa vie , il devient moins nécessaire à la famille. Dans cet effacement progressif de Tindividu dont la tâche est accomplie , la seule joie qui ne lui échappe pas, c'est Testime et le respect de la famille sociale et de la famille privée. C'est alors que la progéniture devenue indépendante et i*opi< nion devenue impartiale récompensent la tendresse pa« ternelle et la conduite civique par une tendresse et une considération proportionnées aux services rendus. Alors le vieillard s'endort paisible et consolé de sa dure carrière s'il espère que la semence de ses sentiments et de ses idées fructifiera dans une génération sortie de lui et des siens. La mère est moins occupée de la grande famille humaine et de l'avenir des idées que de la vie matérielle des êtres nés de son sein. Elle se console de la mort par la seule certitude de la vie qu'elle a donnée et qui subsiste après elle. Gomme la fleur en s'effeuillant mêle son dernier parfum aux parfums naissants des boutons qui s'entr'ouvrent sur sa tige , j'ai vu l'aïeule rustique mourir en échangeant son dernier sourire avec celui de l'enfant qui venait de naître.
Ainsi le rôle de chaque sexe est tracé , sa lâche lui est assignée , et la Providence donne à chacun les instruments et les ressources qui lui sont propres. Pourquoi la société renverserait-elle cet ordre admirable , et comment remédierait-elle à la corruption qui s'y est glissée, en intervertissant l'ordre naturel , en donnant à la femme les mêmes attributions qu'à l'homme? La société est*pleine d'abus. Les femmes se plaignent d'être asservies brutalement , d'être mal élevées, nud conseillées , mal dirigées, mal aimées, mal défendues. Tout cela est
malheareiisement vrai. Ces plaintes sont justes , et ne doutez pas qu'avant peu mille voix ne s'élèvent pour remédier à ces maux. Mais quelle confiance pourraient inspirera des juges intègres des femmes qui, se présen* tant pour réclamer la part de dignité qu'on leur refuse dans la maison conjugale, et surtout la part sacrée d'auto* , rite qu'on leur refuse sur leurs enfants, demanderaient pour dédommagement , non pas la paix de leur ménage, non pas la liberté de leurs affections maternelles , mais la parole au forum , mais le casque et l'épée , mais le droit de condamner à mort?
Vous m'avez entraîné sur le terrain de la discussion, et j'en ai trop dit sur ce sujet; je me suis donné trop de peine pour combattre en vous une rêverie qui a pu tra* verser un instant votre esprit dans un jour de souffrance et d'exaltation maladive. Je me suis bien écarté de mon sujet principal, qui était de vous réconcilier, s'il se peut, avec votre situation personnelle. Vous souffrez de votre isolement. Le mariage, la famille vous présentèrent d'abord un tableau digne de vos plus nobles aspirations, je le conçois. Mais je ne concevrai pas qu'il y eût dans les hallucinations de la vanité féminine un rêve digne de vous. Dans tous les cas , ce rêve est irréalisable , celui de vivre un jour en famille ne l'est pas, et votre malheur présent n'est que Tennui et l'effroi de l'attente ! Pauvre âme, ayez patience et ne perdez pas courage ; il me parait très-probable que vous serez appelée par de meilleures circonstances , par la rencontre imprévue de ces bonheurs dont l'ange de notre destinée nous murmure quelquefois le secret à l'oreille, à réaliser votre premier vœu. Si la fortune continue à vous maltraiter, vous serez plus forte qu'elle ; vous tournerez vos aspiralions vers des hauteurs sublimes , vous chercherez entre
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le mysticinne et h {riiiloiophie on r5Ieâ^eteqHioo , «m mîfiaion de vierge et d'ange ; si votre ftme n*y attelât paSi vous Muffirires long-temps avant de voua résoudre à ris* qner votre sagesse sur des promesses incertainefl , sur des espérances trompeuses. Vous mourrez plutôt que d'accepter la fortune et le plaisir de quelque source im* pure.
Et n'ayez pas d'amertume contre mol, amie infortunée, Ne dites pas que vous me défi^ de joindre l'exemfrie an précepte. Qu'est-ce que cela prouverait pour ou contre la vérité ? La vérité est immuable ; le culte plus ou moins fidèle, plus ou moins épuré que nous loi rendons, n'altère ni n'augmente sa toute-^puissance. Elle est an-dessus de nos négations , comme elle est aunlessus de nos houH mages ; c'est une source vive qui ne se refuse jamais à nos lèvres , mais qui ne saurait être tarie et ensablée par notre abandcm. D'ailleurs , il faudrait que je fusse bien préoccupé, bien maladroit à exprimer ma pensée , ai je vous semUais , en cette circonstance , occupé un seul instant à me prévaloir d'aucune espèce de supériorité sur vous. Je vous l'ai dit, je vous le répète, mon ftmo est aussi troublée, i^ussi effrayée que la vôtre; et quand je vous eihorte au courage , c'est à nous deux que je parle.
Adieu I attendez la manifestation de la volonté divine. Il est une puissance invisible qui veille sur nous tous , eti quand môme nous serions oublié ^ il y a un état de délaissement préférable aux rigueurs de la destinée. Il y a une abnégation meilleure que l'agitation vaine et les passions aveugles. Vous êtes au sein des mers orageuses comme une barque engravée. Les vents soufBent, Tonde écume , les oiseaux de tempête rasent d'un vol inquiet votre voile immobile ; tout éprouve la souffrance,
le péril» h fitipe; inak tout ce cpii mnBre participe à Ji vie, et ee banc de sable qm vous relient^ c*esC le calme pht « o'est rioaction , image du néant. IMieni vaudrait» ditea-vous, s'élancer dam Torage, Mt-ce pour y périr en peu d'inatonta , que de rester apectatear inerte et déscÂé de cette lottn oà ie reste de la création s'intéresse. Je oemprends bien et j'eiense ces moments d'at^oisses oà vous appelez de vos voeux rbenre de la desiructi(m qui seule consommera votre délivrance. Ce* pendant si les flots pouvaient parler et voue dire sur quels graviers impurs , sur quels immondes goémons ib sont condamnés à se ronler sans cesse ; ai les oiseaux des tempêtes savaient vous démre sur quels récifs ef*« frayants Hs sont forcés de déposer leurs nids • et quelles guerres des reptiles impitoyables livrent à leurs treuN blantes amours; si , dans les voix mugissantes de la ra& iile, vous pouviez saisir le sens de ces cris inconnus ^ de ces plaintes lamentables que les esprits de Fatr eibalent dans des luttes terribles , mystérieuses « votm ne voudriez être ni la vague sans rivage , ni l'oiseau sans asile , ni le vent sans repos* Vous aimeriez mieux «t* tendre Téternelle sérénité de l'antre vie sur un écueU stérile; là, du nKrius, vous avez le loinr de prier, et la résignation de la plus humble errance vaut mieux que le combat du plus oi^ueilieuK désespoir.
Dans un siècle sans foi et sans ardifkte , lorsque soi* mêQde on est entraîné par l'esprit d'examen et de doute, il sst impossible» dites^vou^* de trouver dans le v^gue
des idées religieuses la consdation et la force que nos pères puisaient dans un dogme absolu. Il est vrai, Marcie , que nous trayersons une époque fatale , et que, de toutes celles qui enfantèrent des révolutions importantes dans la marche de Tesprit humain , aucpne peut-être ne fut aussi féconde en souOrances et en terreurs.
Il y avait naguère, encore un dogme et une doctrine , un maître, un législateur, un Dieu ami, et de là an culte , un commerce direct et brûlant entre les âmes d*élite et celui qu'on appelait le Fils de rhomme. La foi a perdu son mystère ; Thomme a contesté au maître et à Tami son humble et ineffable divinité. Les lares chrétiens ont disparu de notre chevet, les pieds de Jésus n'ont plus reçu les baisers des vierges , les plis du voile sans ' tache de Marie n*ont plus essuyé les larmes des solitaires. L'homme a dit au Christ : Je n'ai plus besoin de toi , je suis assez sage, assez fort; garde tes miracles pour les simples , réserve tes préceptes pour les faibles, présente ton hostie aux lèvres des petits enfants ; pour nous , il nous faut un Dieu plus neuf , une philosophie plus facile , une éducation plus rapide. Ton temple est vieux , ton culte est usé; ton nom sert de glaive et de baiideau dans la main des princes de la terre. Tes prêtres ont scellé de la croix et des insignes de tes martyrs la vente de nos âmes et de nos vies ; ils ont fait servir ta parole à épaissir les ténèbres de notre entendement Sois donc le Dieu des despotes et le Dieu des esclaves ; nous voulons être libres. S'il faut passer par l'athéisme, s'il faut renverser ton Calvaire et maudire ton père Jehovah , nous le ferons plutôt que de rester courbés sous des lois iniques et sous un fouet sanglant. } £t ainsi , tandis que des prêtres impies livraient de nouveau le Christ aux Pharisiens , les fidèles trompés et
découragés abandonnaient leur maître , et la foule resta sans doctrine et sans loi. Ce qu*on appela dès lors la philosophie fat l'absence de toute philosophie, car avec le christianisme on perdit le précepte de toute morale sentie et raisonnée, et Thabitude de veiller humblement sur soi-même, si salutaire, et qu'aucune sagesse ne peut remplacer. Quelques hommes essayèrent de faire revivre d'antiques doctrines , saints monuments des temps antérieurs au christianisme , mais insuffisantes après lui , et n'apportant pas plus d'éléments de vie que des cadavres exhumés du cercueil. Il n'était pas donné à la raison humaine de rompre la chaîne des temps. La logique inflexible de l'éternel mouvement entraîne nos intelli* gences vers l'avenir. Si nous devons saluer le passé avec respect, nous ne pouvons pas rétrograder vers Idi. Comment Épicure et Platon , comment Zenon et Épiclète pourraient-ils éclairer le Christianisme, dont la seule sagesse les résume et les perfectionne tous ?
L'étude de ces vieux maîtres était bonne par ellemême ; mais la chaleur factice que ces mânes illustres pouvaient nous rendre un instant fit bientôt place au froid du tombeau. Nous sentîmes leurs reliques tomber on poussière , tandis que la voix du Christ criait encore au fond de nos âmes et que son sang coulait toujours, rare , mais chaud et vivifiant, des veines de la Montagne sainte. Un instant nous vîm'Ss Rome et Sparte secouer leurs fantômes héroïques sur le monde des vivants. De glands actes de délivrance s'accomplirent sous leurs auspices , mais leurs vastes linceuls ne furent pas longtemps à notre taille. Les exploits homériques de l'empire napoléonien ajoutèrent encore quelques jours d'illustra* lion à notre rêve d'antiquité. Puis, après les guerres de la délivrance et celles de l'ambition , l'homme retomba
des enivrements de la gloire dsios les soocis de la réalité. Il se retrouva en présence d'un Dieu long-temps oublié qu'il ne savait pins ni invoquer ni enteodrer II n*^ avsût plus de médiateur entre le ciel et la conscience hunaaine. Les anciens rois et les aocien9 prêtres revenaient en procession solennelle et ridicule , portant sur leur bannière un Christ soi^illé et défiguré , one idole honteuse revêtue des embli^'mes divins , Paal effrontément courbé sous la couronne d'épioes, sous le bois sacré de la croiXi apportant aux hommes la servitude et Tabrutisseinent au nom du Père des hommes et du Sauveur des nations. Plus que jamais dégoûtés du mensonge, nous nous sommes retrouvés face h face avec nous-mêmes, avec un nouvel homme , vide de foi et de vploiilé , avec un spectre qui revendiquait pour substance la fange de la matière , pour pères les dieux les plus aveugles et les plus grossiers , les monstres que Jupiter et Brama n'avaient pu terrasser, et dont le Christ délivra Thumanité tremblante, le Hasard et la Fatalité,
Voilà les (ëtiches hideux que nous sauvâmes dans le naufrage; et voilà pourquoi nous sommes une génération infortunée, une colonie errante dans l'infini du doute, cherchant comme Israël une terre de repos, mais abandonnée, sans prophète, sans guide, sans étoile , et ne sachant même pas où dresser une tente dans l'immensité du désert.
VoUà aussi pourquoi l'eanui nous dévore, les passions nous égarent , et le suicide, démon des ténèbres , nous attend à notre chevet ou nous attire le soir sur le bord des eauXi Nous n^avons plus de fond solide pour y jeter l'ancre de la volonté, et cette ancre inutile s'est brisée dans nos mains ; nous avons perdu la garde de nousniême , l'empire de nos aflectio^s , la conscience de nos
A MARGIE. t9S
foreesL Noos dootoas môme de noire existence éphé« mère , de notre rapide passage sur cette terre maudite , et on nous ràki sans cesse arrêtés devant le spectacle de notre propre yie comme un homme qui s*agite dans la fièvre et s'éveille en criant : Que signifie ce rôveî
Ymlà où nous en sommes venus» ô Marcie» et voilà pourquoi vous et moi nous sommes accaUés du poids de Texistence comme si Tordre de l'univers était troublé , comme si l'homme et le monde se trouvaient tout Il coup en désaccord et venaient donner un démenti k la sagesse de Dieu. Mais il y a une grande loi des es* prits sembbble à celle du cours des fleuves; c'est une marche éternelle qui détruit tout pour tout renouveler» ou, pour mieux dire» qui emporte tout pour tout replacer; car rien ne se détruit que ce qui est faux , et tout ce qui est vrai subsiste éternellement. Le malheur des temps présenta est un hommage terrible mais éclatant rendu à la vérité. Si nous Tavions étouffée gaie* ment dans nos cœurs , si nous étions descendus avec aincérité dans les abîmes du doute » si nous avions perdu la foi sans gémir et sans blasphémer» U serait prouvé qne Dieu n'est pas nécessaire à l'homme, et alors Dieu ou l'homme n'existerait pas. Mais nous souffrons » mais nous nous sentons pleins de terreur et de colère » et les hommes des faux biens souffrent plus encore sous leur masque et derrière leur forfanterie que nous» rêveurs et poètes» dans nos détresses solitaires. Et toute cette douleur est un autel qui s'élève , c'est un chant barbare encore et féroce comme le forent dans un autre ordre d'idées ceux des druides» et pourtant c'est un hymne à ^ >rérité. A travers nos sou&ances et nos délires , nous oe pouvons plus concevoir qu'un Dieu irrité, ennemi de
rhomme , et pour l'apaiser dous lui offrons des hécatombes sinistres, les larmes de nos nuits sans repos , le sang de nos cœurs sans espoir. Le suicide immole encore des yictimes humaines dans la nuit et dans IV rage.
Mais le nuage sombre qui voile la face du Seigneur se dissipera ; ne regardons pas en arrière , ne nous arrêtons pas où nous sommes. Si nous ne pouvons marcher, traînons-nous. Tant qu*ily auradeTespace devant nous, il y aura aussi de Tespérance ; quelque effrayante que soit notre situation , luttons contre elle ; quelque éloigné que paraisse le terme , soyons sûrs qu'il importe beaucoup d'avoir fait un pas pour s'en rapprocher , fallût-il rester encore trois cents ans dans le désert , puisque le moindre terrain gagné amène l'accomplissement des desseins providentiels et prépare le sentier à la génération qui nous suit.
Quel remède en effet assigner à la perte de nos croyances? Autant vaudrait essayer d'arrêter le vol brûlant des comètes que d'espérer retenir dans sa chute un trône ou un temple qui s'écroule. L'humanité procède historiquement, en vertu de son libre arbitre ; et la souveraine intelligence qui la gouverne l'abandonne à toutes ses chances d'erreur et d'infortune, parce qu'elle l'a douée d'un principe vital qui ne périt point , parce qu'elle sait que la vérité renaît toujours de ses propres cendres et que l'on ne l'enterre pas sous des ruines. Jamais, quoi qu'on fasse, on ne détruit l'esprit de vie des religions ; on ne brise que de vains simulacres , on ne souille que des vêtements , on n'altère que des formes extérieures. L'humanité tombe un instant haletante et comme épuisée ; puis elle reprend courage et se relève aussi ardente à rebâtir qu'elle le fut à détruire ; elle
répare , quand les jours de santé sont revenus , le mal qu'elle a fait dans les jours de délire. Elle reconstruit tous les édifices, et c'est toujours à VÉternei, à la perfection et à la vérité qu'elle les dédie. Elle rejette tous les mauvais matériaux et tous les faux procédés qui causèrent la ruine de Tœuvre ancienne, et, faisant usage d'éléments mieux éprouvés , elle rétablit promptement un nouvel ordre approprié à ses besoins nouveaux. Ainsi , sous les régions tropicales , la nature robuste et généreuse recommence son travail après de grands orages , et l'on voit la végétation , pressée de réparer le temps perdu , reverdir en un jour et cacher sous un luxe magique les désastres de la veille.
Laissez-vous soutenir au sein de votre désespoir par une mâle certitude , par une sévère consolation. Vous êtes un holocauste nécessaire ; vos larmes ne tomberont pas en vain sur cette page de l'histoire religieuse. Ces armes précieuses des âmes mystiques fécondent un germe de salut Vous n'êtes point impie pour avoir donné accès en vous au scepticisme du grand poète. Byron est entre le passé et l'avenir de la foi un lien rude et sanglant , mais entier et solide. C'est un de ces ponts d'enfer qu'on rencontre dans les montagnes près des cimes , et qui sont jetés sur des gouffres. Ils sont perdus dans les nuées du ciel autant que dans la fumée des cataractes, et , quoique ébranlés par la furie du torrent, ils ne sont point emportés et scellent les deux lèvres de l'abîme par un arc de granit. On les traverse en trem* biant ; quelques-uns y sont saisis de vertige et se précipitent d'en haut ; d'autres disent : Il faudrait briser ce pont, œuvre téméraire, insensée, impie, qui leurre le voyageur et brave les éléments. Mais ces esprits faibles ne songent pas qu'il faut arriver à l'autre bord. Car
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dans ce pèlerinage des temps , Il ii^est pés permis de reetiler, et les chemins qui tons conduisent sont enlevés par les orages attssilAt que vous y avex pasaé. Tfffversex donc hârdimedt. Le scepticisme est le défilé périlleux que nous ne sommes plus libres de tourner^ les hommes sans tête et sans c«ËUr y périssent , les hommes Taillants et forts s*y engagent sans se demander comment ils en sortiront ; ils portent Tarche d'alliance des générations futures , et la voix du Seigneur leur crie d'avancer sans regarder à leurs pieds^
Eh bien , il est vrai « nous n^avons pins de culte ; nous prions sur lei montagnes et dans les forêts, car nos temples sont renversés et profanés. Nous errotts parmi des abîmes , et nous les franchissons souvent sur des planches qui tremblent sous nos ptedu. Dans ce dur pèlerinage , nos rites se Mni perdus^ ^ et nous avons otiblié jusqu'à la formule de nos prières) nous n'osons plus invoquer Jésus , nous craignons qu'il né sôit pas assois Dieu pour nous absoudre, Nons n'osons invoquer Jehovah , nous craignons qu'il soit trop grand pour nous entendre ; trop orgueilleux ou trop humbles avec la divinité 9 n'ayant plus ni règles , ni mesure , ni commu^ nion , ni symbole , nous faisons entendre sur nos lentient perdus de grands cris de détresse , prière instinctive qui monte aux cieux , non plus comme un cantique , mais comme un sanglot.
Heureux ceux qui n'ont pas douté I quelques élus ont marché sans crainte et sans fatigue par des chemins bénis ; ils ont gravi des pentes douces à travers de riantes vallées. Conduits par l'étoile mystérieuse de l'espérance» ces justes ont franchi le temps et les révolutions sans être un seul instant ébranlés dans leur sainte confiance. Ils ont dépouillé sans efibrt ni terreur le fond de sa
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forme, Fetreur dtl mensonge; ils ont fendu la main à cent qui tremblaient, ils ont porté dans leurs bras les débiles et les accablés. Déjà ilë pourraient sans doute formuler le christianisme futur, si le inonde TOulait les écouter; et, quint à eut , ils ont placé leur temple sur les hauteurs au-dessus des orages , au-dessus du souffle des passions humaines. Geui^là ne connaissent ni indi^ gnation contre la faiblesse , ni colère contre rincertitude, ni haine contre la sincérité. Peut'étre Tavenir n*acc^p«» tera^uil pa« tout ce qu'ils ont conservé des formes du passé; mais ce qu'Us auront sauvé d'éternellement durable , c'est rafflOur« élan de l'homme 1 Meu ; c'est la charité, rapport de l'homme à l'homme.
Quant b nous, qui sommes les enfants du sièclei nous chercherotis dans notre Ëden ruiné quelques palmicra encore debout< pour nous agenouiller à l'ombre et demander & Dieu de rallumer la lampe de la foi. Nous tâ^ cherons de sauver danê nos croyances passées quelquesnnes de ces grandes sympathies poétiques, filles de l'enthousiasme , mères de la vérité. Là où notre conviction restera impuissante ft percer le mystère de la lettre, nous nous rattacherons à l'esprit de l'Évangile , doctrine ce-' leste de Tidéal , essence de la vie de l'âme. Avec cet ftUment sain et robuste , cette morale toute tracée et si facile à ramener à son vrai sens , avec le charme de celle philosophie chrétienne qui se ratuche à ce qu'il y a de plus beau et de plus pur dans les philosophies anté* fifitires , avec la ferme volonté de tout sacrifier à Tamour et à la recherche de la vérité , je pense que nous pouvons atteindre h une sorte de calme ou du moins à «n grand rassérénement de l'âme. Comment la purelé, 0^ tout au moins l'épuration de la conscience, ne conduirait-eUe pas à la lucidité de l'esprit , à un meiUeur
équilibre da caractère? Avant de nous formuler une doctrine , sans doute il nous faudrait atteindre naïvement et sincèrement le premier point, G*est peut-êti^ tout ce que pourra faire cette génération , et c'est déjà beaucoup. L'existence d'un Dieu-Perfection nous est si intimement révélée qu'elle ne peut être révoquée en doute dans l'état de santé morale. Pour guérir les athées, il ne faudrait peut-être qu'observer uue hygiène intellectuelle, combattre l'orgueil, la sensualité, Tégoîsme, entrer de bonne foi dans une réforme douce et graduée, suivre, en un mot, ne fût-ce que comme essai, un régime d'esprit et de corps. Je crois qu'au bout de peu de temps , et à leur propre insu d'abord , ce besoin de croire et d'aimer reviendrait naturellement germer dans leur sein. De ce besoin à la puissance de le satisfaire, il y a une prc^ression infaillible, pleine de charmes , que beaucoup d'entre nous ont connue , soit dans la guérison de quelque passion funeste , soit au déclin de quelque maladie physique. La nature opère et renouvelle le miracle de vie dans le monde de l'esprit comme dans celui de la matière. De même que le grain de blé devient un épi sous l'influence mystérieuse des éléments , de même la semence divine fructifie rapidement dans le cœur de l'homme au souffle vivifiant d'une invisiUe sollicitude.
Pour vous , Marcie , qui croyez et qui aimez , la seule inquiétude est de trouver un cadre qui resserre vos principes et les fortifie en les résumant C'est là ce^e vous regrettez amèrement dans ce catholicisme auquel vous dites cependant ne pouvoir retourner; faute de cette formule , malgré des idées saines , de nobles instincts et une vie pure , vous vous sentez atteinte d'une sorte de vertige, et votre conscience est ébranlée. La
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plupart des femmes sont dans ce cas , Marcie , et à cet égard elles montrent beaucoup plus d'insouciance ou beaucoup plus de regret que les hommes. Une l^èreté naturelle les livre aisément à l'oubli de toute religion, ou bien une extrême sensibilité leur fait sentir le besoin impérieux d'un culte; à ces dernières, il faut la splendeur des rites , les émotions du sanctuaire , la richesse ou la grandeur des temples , ce concours de sympathies explicites, l'autorité du prêtre, en un mot tout ce qui frappe l'imagination et satisfait ou irrite le sens pratique , si développé et en même temps si délicat chez elles. 11 y a dans 'ce luxe d'organisation quelque chose de trop excitable et qu'il serait bon peut-être de con* tenir ou de modifier. Il faudra que les femmes sachent renoncer à faire du culte un spectacle. Il serait bon déjà, pour celles qu'une foi naïve et sans doute respectable ne tient plus sous le joug des pratiques minutieuses , de s'habituer à un culte plus mâle , à des communications plus directes , plus intimes avec la Divinité.
Encore une fois, je n'oserais arracher du pied des autels une âme croyante et soumise , pour l'initier à un examen dont elle n'aurait pas senti le besoin. Mais è vous, Marcîe, qui avez cru devoir secouer la poussière du parvis sur les dernières marches de l'église , je crois pouvoir vous donner un conseil qui me semble faire partie de la sagesse du siècle présent : c'est de ne v ous astreindre à aucune formalité aveugle , et pourtant de vous faire des habitudes soutenues et une règle constante dans l'exercice de la foi. Prière en inspiration , méditation , lecture , examen quotidien de la conscience, travail assidu pour combattre les mauvais penchants et tendre à la perfection. C'est de ne fermer l'oreille ou l'esprit à aucune nouvelle philosophie, de quelque form^
20i LETTRES
qn^eUe sdt revêtue, tl est itnportatit , k tifle époque oft tout cherche à réorganiser les lois de la conscience , de connaître et de juger tous les efforts qui tendent à ce but de bonne foi. Chaque siècle porte en soi les germes qui doivent en se développant alimenter les siècles futurs. G*est donc encore un devoir ponr tout être intelligent d*examfa)er et d'analyser ces germes avant qu'As éckH sent , afin de séparer l'ivraie du bon grain , et d'aider à la fécondation de la pure semence. C*est en cela que, faute de prêtres intelligents et sincères , nous sommes tous prêtres et devons exercer un ministère bnmble et zélé , chacun dans la mesure de nos forces et dans Fé^ tendue de nos attributions. Ne vous découragez donc pas, Marcie, et ne déplorer plus ni votre isolement ni votre inaction. Pour quiconque sent vivre en son cœnr le principe de la fraternité humaine , il y a des devoirs i accomplir, des conseils à donner ; et pour nous tous qui sommes les créatures de Dieu , il y a des droits il res** saisir, un libre examen à exercer.
Puisque Dieu a placé notre vie entre une foi éteinte et une foi à venir, puisque le prêtre qui tenait sur ses genoux le livre de la destinée humaine n*a pas voulu tourner le feuillet et nous lire la seconde parole da Sei*gneur, Marcie , il est temps de pourvoir à nos pensées et à nos actions. Ce qui a péri avait sa raison de périr, n'allons donc pas nous lamenter. S'il est encore des âmes croyantes , lalssonS'-les s'endormir, pftles fleurs , parmi rherbe des ruines ; mais Fhomme ne vit et ne marche qu'avec une idée , un désir, un but. Quand les oracles se taisent, l'homme s'interroge lui-même et frappe aux portes de la vie éternelle. Dans un passé , aujourd'hui poussière , ronce et ortie des tombeaux , cherchons si la mort a pu vivre , si la destruction a pu durer. Évidem-
ment non. Ce qui a duré , c'est le devoir et le dévouement que h Cbrist a divinisés ; le bien , le bo4 , le beau, n'attendent pas pour éclore uu soleil qui ne s'est pj|s levé. Ce bien , son but et son idéal ne sauraient changer à chaque pas que fait l'humanité ; autrement où iraitelle éternellement, si ce n'est vers un leurre éternel? Teuons-nous-en à cette loi des siècles, si bien résumée par le Christianisme , car elle a duré et elle durera. Ne refaîicw ^s im vies d'après m type ioconnu eocore à créer» «i oous voulons trouver l'accord tant cherché de la ¥Îe sociale et ^ b tradition diviae. Par la vertu, nous arrivions à h ^mté ; noq^ voulons vivre , nous devons vivriB : or» la vie, pour la famille binn^^, c'est la foi, c'est la charité, Or cette vie ne peut se réaliser qu'à 1^ iQondition 4'upe règle chez ^i^dividfl, d*uue préparatiop sérieuse 9 la bonté • au sacrifice. Du jour o» nov^ aiji)eroos, nous serons religieux et Dieu nous vir
Marcie , il est une heure dans la nuit fpie vous deve? coADaltre, voii^ qui avez veillé au chev^ des nialades ou mv yoire pri^-Dieu, à génûr, à invoquer l'e^érauce ; c'est l'heure qm pr écôde le lever du jour ; alors tout Bst froid, toitf est triste ; les son^^s sont sinistres et les mourants ferroepit leurs paupières, Alors j'ai perdu les pjilft cb&ts d'entre les qiiens, et la mort est venue daus IPQP seÎQ c^moB m désir« Cette beuri^ > IVIarcie , vienjt de sonner pour nous; nous avions veillé, nous avons plepré, nous avons souffert, pous avons douté; mais Toiia , Narcie , tous êtes plus jeupe ; levez^voiis donc et r^ardez : le maUp descend déj^ sur voi|s à travers les pampres et les giroflées de votie fenêtre. Votre lampe soÛaire lutte et pâlit; le soleil va se lever, son rayon court et tremble sur les cimes mouvantes des forêts ; J^
terre, sentant ses entrailles se féconder, s'étonne et s'émeut comme une jeune mère, quand, pour la première fois, dans son sein, l'enfant a tressailli.
Chère Marcie, je suis profondément touché de la déférence que vous accordez à mon avis , et je serais aujourd'hui plein d'oi*gueil , s'il y avait pour vous dans mon cœur place à un autre sentiment que l'affection. Il faut qu'en cherchant de bonne foi quelle était pour vous la meilleure destinée , j'aie rencontré juste en quelque point , car votre réponse est remplie d'une confiance qui m'honore et d'une émotion qui me pénètre. Que tout l'honneur en revienne à. la vérité dont la puissance se manifeste quelquefois par les organes les plus indignes !
Mais vous allez plus loin que je ne voudrais ; en plus d'un endroit vous avez mal saisi le sens de mes paroles ( la faute en est à mon insuffisance) , ou bien votre esprit ardent et généreux s'est élancé au delà de ma pensée, et la faute en est encore à moi, car j'aurais dû prévoir qu'avec une âme comme la vôtre, il y aurait excès de force dans l'enthousiasme, comme il y avait un excès de sensibilité dans la douleur.
Non , mon amie , jamais ma pensée n'a été de vous amener à un renoncement éternel , et si je n'espérais obtenir encore un peu de votre conGance , je serais effrayé de voir éclore en vous ce dessein extrême. Mais vous y réfléchirez et vous ne prononcerez pas un vœu téméraire, insensé , dans la position où vous êtes.
A MARCIË. 205
Je ne m'attribue pas tout rbonneur ni tout le danger de ce que vous appelez si gracieusement, Marcie, votre conversion. Je pense que, le hasard vous ayant conduite an couvent des Bénédictins de X... , le tableau si poé* tiquement tracé par vous de cette vie monastique vous a frappée plus encore que mes amicales démonstrations. Cette vie est belle en effet pour un artiste , et je conçois qae vous ayez été sensible à tout ce charme mis en relief pent-^tre avec quelque habileté na!ve pour vous^ sé^ duire et vous attira*. Mais remarquez à quelles conditions cette vie est possible. Remarquez quelle faible déviation à l'orthodoxie peut la rendre tout à coup odieuse et impraticable.
Depuis long-temps vous avez dépouillé ce vêlement des religions qu'on appelle le culte; je ne vous ai jamais rien enseigné ni rien conseillé à cet égard. Vous .ne ni*avez jamais consulté et vous avez tranché librement la question, élaguant de vos croyances tout ce qui n'avait plus de pouvoir sur vous. Si j'ai essayé dornièremeni d'exhumer de votre cœur tout ce que vous aviez sauvé et enseveli des débris du vieil édifice , et de le rattacher aux hardies conceptions de l'édifice nouveau , c'est avec la certitude que je ne pouvais rien vous ôter ni rien vous donner ; vous êtes ce que vous vous êtes faite vous-même, selon les conseils de votre sagesse ou les nécessités de votre destinée. Que feriez-vous donc dans un couvent avec Cette liberté d'examen et ce droit d'interprétation auxquels vous ne sauriez certainement plus renoncer? Vous savez bien que la fidélité au serment ne tient pas tant à la force personnelle de l'homme qu'à la sainteté du serment en lui-même. Le jour où un vœu réputé nécessaire et sacré tombe dans le domaine de l'examen , s'il lyi arrive d'être regardé
comme iauUle et vain , la conscieoce fait bi^a vite bon mjirché àe& foripulea el lies soleofùtâ de r^ogagemeat; si 1(9 vœu 6«t injus^ ou impossible , ^IJie sait que Dieu Ta repoussé ef qu'il n'a point été eoregistré d^us les archives <;élestes; s'il u'est q«e puérilçmeu; prgueilleui^, s'il ue pri)dt|itqu'mie vertu de lui^e , um sup^rfluité dQ sagesse , ou se flatte que Dieu pardonne la rupture et couseut à Tefijic^r du livre divîu ; eu au mot, pour garr der uu te) vmu , il faut croire ^veui^^Beut et ^'jucliuer deVfiut les mystères du dogme 9 ou bi^ tf foui s'être formulé un dogme personnel telleu^nt écli|ii*é, tdlemeut ^uré , telleuieut acceptable* qu*ou ue craque pbisd'av voir à y revenir et à le renverser pour )e pres^ier per* iéctioiuiem^ut veuu. Or vous u'êt^ > IWarâe , ui dans le preu)i^r ni dans le sQcppd cas. Votre c^itbolicism^ est toinbé dans les téu^r^s du duute. Votre duistijipisme est à sou aurore de foi et de certitude. Vous cherches la lumière et renseignement, vous ne les trouvere3( point chez moi. Mais si vous les cherfcbei an couvent , vous les y trouverez encore nu)ius, ivir ou abaisser^ sur votre visage un voile épais , et Ton vous dira que ce voile doit fermer ^ jamais les yeu| de votre corps ai| spectacle des passions bumaiaes , et ceu^ d^ voire iu^^ lelligençe i l'iîsprit de la lettre sacrée^ Vous le prpfuet-r triez eu vain , l'iutelligence transplantée sur certaines hauteurs ue peut plus redescendre, Quoique les cimes soient perdues daos les uu^es , elle les préférer^ désormais au séjour de I^ terre. JËjUe se précipiterait eu vsiin, t^ête baissée , dans de muets abîmes, elle jeu ressortirait bientôt ou ébranlerait sou refuge dans les convulsion;» terribles de son agonie,
Enfin vous le savez , vous le déclarez vous-même , vous ne pouvez r^Utrer sous cette loi du P9ssé. Votre
dêsff d*élre religfease s'exprime comme urt regret » parce qne toUs sentez qu'il fattdrait porter dans le elottre tine âme aveagle et soumise ; mais ce qtie voos sem^ h\ct TOUS proposer , ce tœu d'abstitieuce que vous êtes tentée violemment , dites-tons , de prononcer dans le secret de votre cœur , afin de mettre entre les vaines espérances et vods une barrière insurmontable , me pa^ rdt un remède pire que la mort.
D'abordje vois dans votre avenir beaucoup défende-ment k réaliser ces espérances de mariage et de mater^nité que je n'appellerai pas vaines, car elles sont justes et saintes , et Dieu sans doute les eiaucera. Ensuite je sais que, sll ne le fait pas, il vous en dédommagera magnifiquement * car la Veftti trouve sa récompense en elle-même et en Dieu', qui sont une seule et même e^rsence divine. Il vous fera entrer dans une voie de perfection que vous devez attendre et accepter, et non provoquer par Fimpatience. Vous connattrez alors ces joies suprêmes de la sagesse victorieuse , eea mates voluptés de i' abstinence dont parle un grand écrivain moderne. Cette quiétude de Mme , cette force du sentiment et de rintelHgence dans la vie ascétique , sont à coup sûr la condition la plus noble et la plus précieuse <iae l'esprit humain puisse attendre. Mais c'est une destinée d'exception, une sorte de prêtrise libre et sublime que Dieu consacre dans le mystère , en versant sur certaines têtes d'élite tous les parfums de son amour, tous îes bienfaits de son adoption. Mais où seront ceux qui oseront prétendre à cette intimité avec la perfection céïwte , à cette fusion avec l'infini , sans avoir mérité de telles feveurs par de rudes combats , par de longues sonlTradces? Quel esprit audacieux s'imaginera qu'il Suffit d'entrer dans le temple et de soulever le voile du
sanctoaire pour embrasser la diyioité ! Il faut passer bien des jours et bien des nuits à genoux sur les marches du parvis, il faut avoir affronté bien des soleils dévorants, essuyé bien des pluies glacées , avoir été battu par Forage , courbé jusqu'à terre par le vent, ou bien il faut n*avoir pas eu un instaot de faiblesse , une heure de langueur et de doute dans sa vie ; il faut n'avoir rien commis ou tout expié, pour oser se présenter à la communion intime de la haute sagesse et de la haute piété. Si telle est votre ambition , Marcie , songez que c'est une ambition subite, ardente, audacieuse, et qu'à votre point de vue religieux et philosophique il n'est peutêtre donné aujourd'hui à dix personnes de réaliser. Ces épreuves terribles que les prêtres de Memphis faisaient subir à leurs adeptes avant de leur révéler les mystères sacrés sont une image de la persévérance et de l'humililé qui devraient préluder à de telles initiations.
D'ailleurs il faudrait savoir si de semblables résolutions sont possibles à soutenir sans le concours des circonstances extérieures, sans une règle, sans une volontaire captivité , sans l'appareil des monastères , sans la consécration du vœu formulé , sans l'appui , l'aide et la force toujours éveillée d'une autorité matérielle solidaire envers le monde. L'Église catholique a jugé ces contraintes domestiques et sociales nécessaires à l'observation des vœux, et, voulant admettre tous ses lévites à l'état sublime de vii^inité , elle a dû procéder par tous les moyens pour éviter le scandale des chutes ou pour cacher le désespoir des regrets.
Il ne m'appartient pas d'examiner une question aussi grave que serait celle de la nécessité de ce vœu chez le prêtre. Pour ma part, j'y ai toujours cru, même dans les plus superbes jours d'examen et de doute ; mais ,
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outre que je n'oserais rien trancher à cet ^ard, il n'importe aucunement à notre sujet. Vous voulez disposer de votre sort par un vœu séculier, en dehors d'une re ~ ligion formulée. Je crois que la chose n*est ni utile ni possible. Permettez-moi d'ailleurs de vous dire, Marcie, que ces volontés extrêmes , ces aveugles élans vers un but auquel U ne faudrait songer qu'en frissonnant , ne sont pas la marque certaine d'une véritable guérison. Ce sont des rayons de soleil vers la fin de l'orage, des fleurs épanouies aux approches du printemps. Mais il y aura encore des bourrasques terribles, il y aura de sombres nuits d'hiver. Tenez-vous en garde contre ces réactions , vous ne les éviterez pas; sach^ les supporter sans dés<espoir de voir renaître le calme et recommencer l'été. Combien ne seriez-vous pas troublée et épouvantée si de nouvelles crises survenaient après un serment où vo« tre conscience et votre raison se trouveraient engagées au delà de vos forces ! Ne jurez pas , Marcie , ne jurez pas! Le destin peut sourire et la vie venir comme une coupe de miel s'offrir à vos lèvres pures. Aliéner la liberté de répondre aux secrets desseins d'une Providence dont vous n'avez pas le droit de douter , ce serait presque un crime. Je ne vous ai cité l'exemple d'Arpalice que pour vous montrer quelles douceurs peut offrir le célibat quand on a de fortes raisons pour s'y dévouer; lûais ces raisons n'existent pas pour vous , et vous n'avez pas conservé la foi naïve qui anima, cette jeune fille : vos principes doivent vous suggérer des desseins moins i^manesques, mais plus réfléchis. Oe toutes les résolu- ^ons , la plus héroïque est justement celle que vous avez à suivre. Il s'agit d'attendre, et c'est en effet ce 4^e l'homme supporte le plus difficilement dans toutes 'es positkms. Agir contre sa souffrance ne demande que -
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de l'énergie ; la snbir qnand on ne peut agir contre " elle , c*est le fait de la force. Il est aisé dans un jour d'enthousiasme de disposer de soi et de sacrifier un avenir qui se présente sons la forme d*ttn rêve. Mais goutemer ses passions et ses TohHités, jour par jour « heure par heure , recommencer chaque matin un oa-^ Trage menacé et troublé chaque Jour, reprendre au ré- Tell une chaîne pesante , s'endormir tons les soirs en rattachant les anneaux de cette chaîne sans cesse bri-^ sée , ne se haTr et ne s'enorgueillir Jsunais , prendre pa^ tience ayec soi-même , tendre le dos aut coups de la tempête en ne désespérant jamais de toucher le port « c'est là une grande tâche , et ne croyez pfts que vous pussiez la èupporter si on tons ôtirit le désh- dl'uti état plus dont. Vous tomber ieiE dans tme itiênie dont la nature a horreur et contre laquelle elle protesté en re-^ tooriiant au néant Si totis n'avieï pas cette espéraitcè parfois amôre et irritimf e , TOtré skNtflhmce ue se sentie fait pas ennoblie. Alle2 < la sooflk*ifflce est bonne , la douleur est sainte quand on sait les accepter comme des épreuves venant d'en haut II ési égalemeut eoiip^ ble d'en provoquer et d'en éviter les attetaies. Le destin n'est impitoyable qu'à ceux qui efitr^ut M ré^* volte contée lui.
Et après tout , soyeÉ de bonne foi^ Cet état de Tàme Qû la douceur de l'espoir et le stdfcisme de l'abnégation tiennent la balance égale n'est pas dépourvu de jdes secrètes et de mystérieux triomphes. Il y a de chastes rêves où l'objet des regrets et des désirs apparaît soos des formes angéliques , plus beau mille fois qu'il ne le fut ou qu'il ne le sera dans la vie réelle. Il y a des mou* vements de fierté légitime où le témoignage d'une conscience pure nous défend et nous vetige de la vaine
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compassion d'on monde insensé. Il y a sdrtoui des lienres d'effusion où Tàme , victorieuse de ses épreuves , croit sentir le regard de Dieu se poser doucement sur elle et l'inonder d'tlne chaleur vivifiante. Ces lueurs sont fugitives ; dles traversent rarement nos ténèbres. Telle est la volooté du ciel. Nul homme ne voudrait \i* vre et souffrir avec ses semblables s'il lui suflBsait de se retirer du bruit et de se mettre à genoux pour recevoir rineffiible rosée de l'amour. Mais à ceux qui acceptent la irie d'ici^bas telle qu'elle est imposée , â ceux qui boivent humblement un calice inévitable , Dieu se manifeste assez souvent et assez sensiblement pour que rame attristée se ranime , tres^millé , s'attendrisse et continue sa route sur le dur sentier en se disant que Dieu la reglirde et ne la laissera pas périr.
O mon Dieu , 6 lumière, ô sagesse , ô amour I quand ton esprit passe, quelles sont ces larmes inattendues que le parfum d'un lis on le Chant d'un insecte attirent sur nos paupières desséchées? Après nos nuits d'an^ goisse , quand la sagesse humaine , lasse d'arguments sans conviction et de conseils sans puissance , tombe vaincue et brisée sous le poids de nos douleurs , quel est ce frisson inconnu qui parcourt nos veines et ce réveil de la confiance qui lève impérieusement nos bras vers toi , comme si nous avions senti ton souffle agiter Vunivers? Pourquoi le vent qui froisse les roseaux et courbe les saules emporte-t-il notre angoisse comme une feuille sèche qui se perd dans l'espace? Quel pouvoir la brise du crépuscule a-t-elle sur mon esprit et sur mes sens? Pourquoi cette étoile qui va s'éteindre jettet-elle tout à coup un éclat si vif que mon espoir s'envole Vers elle et me fait bondir d'une joie insensée? Qu'y a-t-il de commun entre ce soleil perdu dans les
abîmes de Tinfini et moi , atome indiscernable , rampant à la surface d*un monde roulant dans les ténèbres? O étoile , me verrais-tu, me connaitrais-tu, m*aimeraistu7 ô vent du matin, est-ce à moi que tu parles? mes yeux , quelle main invisible a rouvert vos sources taries? O mes bras , quels fantômes avez-vous cru embrasser en vous dressant tout à coup vers le ciel ?. . .
O Marcie! certains élans de Tâme, rapides comme réclair et vagues comme Taube , suflBsent à calmer ces lentes douleurs qui nous rongent , à faire crouler cette montagne de plaintes et d'ennuis si péniblement entassée durant nos lâches révoltes. Nous ne voyons pas d'où découle le baume , nous ne pouvons conserver la
manne divine au delà du temps nécessaire pour ranimer nos forces et nous empêcher de mourir; mais elle tombe chaque jour dans le désert; et, quand nous doutons de la main qui la verse , c'est quand nous avons négligé de Finvoquer, c'est quand nous avons oublié de puriûer le vase que le Seigneur a commandé de tenir toujours prêt à recevoir ses dons.
Marcie, ne promettez pas, demandez; ne refusez pas, acceptez ; ne doutez pas; priez*
Les femmes, dites-vous, ne sont pas philosophes el ne peuvent pas l'être. Si vous ramenez le mot de philosophie à son sensXprimitif, amour de la sagesse, je crois que vous pouvez , que vous devez cultiver la philosophie. Je sais qu'aujourd'hui on donne le titre de philosophes aux hommes les moins voués à la pratique de la force et de la vertu. Il suffit qu'on ait étudié ou
professe ia science des sages , ou senlement qu'on ait rêvé quelque système de législation fantastique , pour être gratifié du titre que portèrent Aristote et Socrate. Mais l'œuvre de la philosophie est ouverte à vos regards, et vous pouvez y puiser tous les secours dont votre âme a besoin. C'est une œuvre immense, éternelle; une sorte d'encyclopédie de l'intelligence commencée avec le monde, et à laquelle le progrès de chaque siècle, résumé par la parole ou l'action de ses grands hommes , vient apporter son tribut de matériaux. Ce travail ne finira qu'avec la race humaine , et il faudrait nier la raison et la vérité , avant de prouver que cette seule vraie richesse , ce seul légitime héritage de l'humanité n'est accessible qu'à certains élus. Chaque âge , chaque sexe , chaque position sociale y doit trouver un aliment proportionné à ses forces et à ses besoins. On enseigne la philosophie aux jeunes garçons ; on devrait nécessairement l'enseigner aux jeunes filles.
Je sais que certains préjugés refusent aux femmes le don d'une volonté susceptible d'être éclairée, l'exercice d'une persévérance raisonnée. Beaucoup d'hommes aujourd'hui font profession d'affirmer physiologiquement et philosophiquement que la créature mâle est d'une essence supérieure â celle de la créature femelle. Cette préoccupation me semble assez triste , et si j'étais femme je me résignerais difficilement à devenir la compagne ou seulement l'amie d'un homme qui s'intitulerait mon Dieu : car au-dessus de la nature humaine je ne conçois que la nature divine ; et comme cette divinité terrestre serait difficile à justifier dans ses écarts et dans ses erreurs , je craindrais fort de voir bientôt la douce obéissance , naturellement inspirée par l'être qu'on aime ïe mieux , se changer en la haine instinctive qu'inspire
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celui qu'on redonte l6 plus. C'est tid étrange abus de 11 liberté philosophique de s'atenturer dans dés disctissions qui ne vont à rien moins qil*li détruire le lien social dans le fond des cœurs , et ce qa*il y a de plus étrange encore, c'est que ce sont les partisans fanatiques da mariage qui se serrent de Targument le plus propre ï rendre le mariage odieux et impossible. Récipf oqtfemeitt Terreur affreuse de la ptomiscuité est soutenue par les hommes qui défendent Fégalité de nature chez la femme. De sorte que deux vérités incontestables , l'égalité des sexes et la saimeté de leur union légale , sont compro* mises de part et d'autre pai* leurs propres Ghampion& Les aphorismes maladroite de la supériorité masculine n*otit pris cette âcreté , je vous l'ai dit , qu'à cause des prétentions excessives de l'indépendance féminine.
L'égalité , je vous le disais précédemment , n'est pas la similitude. Un mérite égal ne fait pas qu'on «oit propre aux mêmes emplois, et pour nier la supéridHté de l'homme il eût suffi de lui confier les attributions domestiques de la femme. Pour nier Vidéntité des facultés de la femme avec celles de l'homme < il suffirait de même de lui confier les fonctions publiques viriles \ mais si la femme n'est pas destinée ft sortir de la vie privée, ee n'est pas à dire qu'elle n'ait pas la même dose et la même excellence de facultés applicables à là vie qui lui est assignée. Dieu serait injuste s'il eût forcé la moitié du genre humain à rester associée éternellement à une moitié indigne d'elle ; autant vaudrait l'avoir accouplée à quelque race d'animaux imparfaits. A ce point de vue, il ne manquerait plus aux conceptions systématiqpies de l'homme que de rêver pour suprême degré de perfectionnement l'anéantissement complet de la race femelle et de retourner à Tétat d'androgyne.
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£h quoi! iaiemme aurait les mêmes passions, les mkaes hesoins qi^e rbomme , elle serait souipise aux mêmes lois physiques, et elle n'aurait pas riiUelligeoce nécessaire à la ripressien ^t k la direc^i^^ de ses ia* stîBi^ ? On lui assignerait ées devoirs aussi di^iles qu'à rfaomma , on b soumettrait k des lois morales et sociales aussi f^in»» et elle n'aurait pas un libre art bître auasi «ilier, une raison aus^i incid£ pour s'y for^ Bier I Difiu H tes boumas seraient id en eaiisp. ils s^ur raient coaunis un crime « car ils auraient place et toléré sur la terre une race dont Texistence réelle et coniplèt^ serait imposable. Si la len^ne est inférieure à Tbomine, qu'on iraaefae donc tous ses liens , qu'on ne lui imposç pins ai amour fidèle ni maternité légitiniej qu'on dé->trntse m^o^e pour ^le les lois relatives ^ la sûreté de U m et de la propriété , qu'on lui fîiss^ la guerre sans autre fornu» de pi»cl». Pes lais dont elle n>urait pas 1| ftei^té d'a^récier le but ^t l'esprit aussi bien que ceux qui les créent seraient des lois absurdes ^ et il n'y aurais pas de raison p(mr m pas soumettre les animaux domesf tiques k la i<êgislatioa humaine,
Mon , IMarcie , loin de moi , loin de vous cette pensée qne vous n'êtes pas apte à concevoir et à pr^tique^ la Pbis haute sagesse que les hommes aient pratiquée ou Ponçue. La précipitation de vos desseins , Tardeur de ves pensées inquiètes ne prouvent rien sinon que vous avest une Ime forte et que vous n'avez pas encore trouvé la nourriture qu'elle réclame. Cherchez-la dans les lir ^r^ sérieux. Appliquez-vous à les comprendre , et si "vaus sentez quelquefois vos .facultés rebelles , saches bien qu'elles sont ainsi par inexpérience et non par impuissance. Les femmes reçoivent une déplorable éduca- ^; et c'est 1) le grand crime des hommes enveifi
eiles. Ils ont porté Tabus partout, accaparant les avantages des institutions les plus sacrées. Ils ont spéculé jusque sur les sentiments les plus naïfs et les plus légitimes. Ils ont réussi à consommer cet esclavage et cet abrutissement de la femme, qu'ils disent être aujourd'hui d'institution divine et de l^slation éternelle. Gon< verner est plus difficile qu'obéir. Pour être le chef respectable d'une famille , le maître aimé et accepté d'une femme, il faut une force morale individuelle, les lois sont impuissantes. Le sentiment du devoir, seul frein de la femme patiente , l'élèye tout à coup au-dessus de son oppresseur. La famille , témoin équitable et juge désintéressé, porte son jugement et son respect ezdu* sivement sur celui des époux qui se montre le plus sage et le plus attaché à la vertu. La haine du despote s'en accroît , et souvent la loi est forcée d'intervenir pour soustraire à ses fureurs une victime épuisée.
Pour autoriser cet oubli des devoirs et pour empêcher la femme d'accaparer par sa vertu l'ascendant moral sur la famille et sur la maison, l'homme a dû trouver un moyen de détruire en elle le sentiment de la force morale , afin de régner sur elle par le seul fait de la force brutale; il fallait étouffer son intelligence ou la laisser inculte. C'est le parti qui a été pris. Le seul secours moral laissé à la femme fut la religion , et Thomme , s'affranchissant de ses devoirs civils et religieux, trouva bien que la femme gardât le précepte chrétien de souffrir et se taire.
Le préjugé qui interdit aux femmes les occupations sérieuses de l'esprit est d'assez fraîche date. L'antiquité et le moyen âge ne nous offrent guère , que je sache , d'exemples d'aversion et de systèmes d'invectives contre celles qui s'adonnent aux sciences et aux arts. Au moyen
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âge et à la renaissance , plusieurs femmes d'un rang distingué marquent dans les lettres. La poésie en compte plusieurs. Les princesses sont souvent versées dans les langues anciennes , et il y a un remarquable contraste entre les ténèbres épaisses où demeure le sexe et les vives lumières dont les femmes de haute condition cherchent à s'éclairer. Ces honorables exceptions n'excitent aucune haine chez les contemporains , et sont au contraire mentionnées par les écrivains de leur siècle sur un pied d'égalité qui serait à tort ou à raison fort con^ testé dans les mœurs littéraires d'aujourd'hui. Les chefs de famille avaient-ils autrefois plus de gravité et de justice ? La foi religieuse leur inspirait-elle des sentiments plus doux et plus nobles envers leurs épouses ? Je le pense ; la loi de l'Église fondée sur les impérieux préceptes de saint Paul n'a jamais été réclamée par les maris avec plus d'âpreté que depuis la transgression de toutes les autres lois de l'Église et l'oubli de tous les autres apôtres. Quelque éloigné qu'on fût déjà, il y a cinq cents ans^ de l'esprit du christianisme , l'esprit pa^ blic issu et formé dé cette philosophie chrétienne commandait aux hommes l'accomplissement de leurs devoirs domestiquer. Le mari est aisément absolu lorsqu'il est juste et bon. La femme obéit instinctivement à ce qu'eDe aime : esclave tendre et infatigable de ses enfants au berceau , comment ne serait-elle pas soumise volontairement à des conseils sages et affectueux ? Il est certain que le lien de la famille a été en se relâchant avec les époques de brillante» corruptions, et le dix-huitième siècle a porté une atteinte mortelle à la dignité du lien conjugal.
La principale raison de ce fait est l'énervement da Caractère viril déjà préparé sous les règnes précédents,
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et consommé souslelongetpaisiUe règœde LouisXY. Jusque-là le système de guerres coatinuelles qui apposait des obstacles matériels au développement de l'esprit humain , a tenu la généralité des deux sexes dans une ignorance à peu près égale. La marche de h science et de la philosophie n'est pas suspendue , mais quelques élus seulement peuvent s'arracher aux pi*éooaqNitions politiques, s'isoler et cultiver le champ sublime sur des hauteurs inaccessibles à la foule. Les agitations sociales, ici les croisades, plus loin les guerres de schisme, emportent l'homme loin de ses pénates , et laissent à la tête de la famille la femme investie d'une autorité non contestée; si ses attributions sont considérables, si son rôle est important dans la société , l'instruction qu'elle pent avoir acquise est d'un avantage réel pour la fortune et la dignité de son époux.
Bruyamment occupé au dehors, il aime dans ses heures de loisir et de calme à trouver ses affaires bien gouvernées et ses enfants bien élevés. Le pauvre voit régner sous son humble toit l'économie, sa seirie richesse, et sourit au gouvernement humble et laborieux de sa compagne. Ainsi , là où la fenmie remplit ses vrais devoirs, l'homme, loin d'y apporter obstacle et de se livrer à cette basse jalousie d'autorité domestique qu'^o* gendre l'oisiveté, a{^laudit aux travaux de son associée, ministre solidaire de ses véritables intérêts.
Mais la guerre est suspendue. La tolérance étouffe heureusement les guerres de religion. La lumière se tépand sur les masses Le despotisme à son déclin jette tine dernière darté sur le monde étonné de se Sentir si
enchaîné et si libre à la fois. La fermentation des esprits apporte dans les idées un désoixlre effrayant. L'impunité du vice entraîne ceux-ci, le progrès de la raison attire
ceux-là. Chacun obéit à ses iustiocts et è ses sympathies, car jusque-là il a fallu étouffer instincts et sympathies pour défendre Texistence matérielle que l'industrie commence à affranchir des luttes sociales. Une crise providentielle terrible et magnifique va entraîner Thumanité dans une nouvelle phase de vie. Les croyances religieuses cherchent à se dégager de leurs langes , le sentiment de Tindépendance bouillonne dans toutes les veines , le règne de la vérité s'annonce à l'horizon. Mais dans son empressement , la société, arrachée à son repos et à ses songes de ténèbres , se précipite dans des voies encore sombres , et son salut se prépare au sein d'une déplorable confusion. La lutte du passé et de l'avenir s'engage sur tous les points. L'homme ne doit conquérir son domaine qu'au prix de son sang et de ses sueurs. Les institutions sont ébranlées, les mœurs se corrompent odieusement. Le volcan verse par ses mille cratères la fange immonde et la lave brûlante qui vont labourer la terre et féconder son sein glacé. Combien d'années de crimes et d'héroïsme , d'abjection et de grandeur, jointes aux années déjà écoulées depuis que le volcan est en fusion , faudrait-il encore subir avant d'atteindre au résultat de tant de fatigues et d'efforts ? Nous ne le savons pas, mais nous voyons que l'œuvre marche et que rien ne l'entrave. Espérons , et pour nous aider au courage , tâchons de comprendre et de constater l'état des mœurs depuis que celte révolution est en travail.
FIN