‹ MélangesChapitre 8 sur 27 · DEPUIS 1700 JUSQU'EN · texte numérisé non relu

DEPUIS 1700 JUSQU'EN

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GB LAVS I» nui.

Chapitre I"'. —Des Changemens sarvenus dans Tart de la guerre depuis 1700 jusqu'en ^81Ç.

Chapitre II. —Du R61e que les places fortes ont joué depuis 1700 ]usqu*en 1815.

^■^'^^"•■^sFflni

Des Gbangemens survenas dans Tart de la guerre depuis 1700

iPsqpirM 1^1$,

M. le général Valazé a fait îiMérer , dans la xxxix'' livraison 4u SpeeiateuF militaire j un fliticle intitulé dej Places fortes et du Système de guerre actuel. Dans çei aitiele , il a dév^ioppi ropinion qiibç .« depuis' 171^ , an nWait 9 poiot £sât la gm^e autremeo^ qu^£» 1700 et :» 474O9 et que , par eonséqpienl; , ie ^âtèmiî âb » fgotsFTeièiàjÊÊAn*éltjd^

y 4Siaiflraîit ay eoauQcaieenieBt du «ièiie derniar. •> Il ^a A coDcHu nfu^jl ae faliak adapter aucune modification au système de {^a£es forles de ^ J?i^ai9«e,

GeM^ tÇpi^ÎQn (est diamèti^al^iiïQ)^ #|)|><^9é!@ il ^le xjne f ai émî^ie 4a93 »a J^kH^my^e ds ki ^i^kefTifi^ où r^ jf^ »l^ouy/e d^aîUcj^rs p^wt à «e .6ii}et tow 1^ 'détails ^ ^tosis ]«ts jrQoac^igncna^QS ^ç lIw|K>iirr»it ^sic^r ^ Jle plan detO^t^Quynage ne le compcottwt pQWtt$ Qws.Qn y 1l#iouiie fi«»mairement Tindication du système de places fortes q^^til Jfoni^lijt «dpptj^ il^SI^«I^Wt. >En

io4 MÉLANGES.

réfutant les opinions du g^énéral Valazé , je serai conduit tout naturellement aux développemens nécessaires pour justifier les miennes.

Non-seulement je pense qu^il est survenu des changemens importans dans Tart de la guerre , depuis 1700 jusqu^en i8i5; mais je pense aussi quVn ne saurait donner le nom de système à la disposition incohérente des places fortes sur les frontières de la France , et que cette disposition était mauvaise, considérée dans ses rapports avec le système de guerre que Ton suivait pendant la guerre delà succession d^Ëspagne (a) , qui fut la seule guerre importante de 1700 à 1740. Si cette disposition était mauvaise alors , elle Test devenue beaucoup plus encore actuellement , et il est exact de dire de ces places fortes , considérées dans leur ensemble, qu^aujourd^hui elles sont plus nuisibles qu^utiles.

Je ferai voir d^abord que le système de guerre suivi pendant les guerres de la révolution française a été très-différent de celui que Ton suivait pendant la guerre de la succession d^Espagne. J^examinerai ensuite ce que dit le général Valazé du rôle que les places fortes ont joué pendant les campagnes de ces deux époques.

(a) Cette guerre commença en 1701 et finit en 1713.

MELANGES. 2o5

Commençons par ce qui a rapport à Tarmement , au maniement des armes et aux manœuvres des troupes.

Pendant la guerre de la succession d^Espagne, le maniement des armes de Finfanterie était d^une complication extrême. Jusqu^en 1701 on se servit d^une baïonnette à manche qui se fixait au bout du fusil et qu^il fallait retirer pour faire feu ; la baïonnette à douille , inventée en France , ne fut généralement adoptée qu^en 1704* LW se servait encore de baguettes de bois.

Le bataillon était Tunité tactique dans Fin-* fanterie comme de nos jours ; cette infanterie se formait et marchait à rangs ouverts ; sur quatre rangs au commencement de la campagne , sur trois lorsque les bataillons étaient trop réduits.

On ne connaissait point le feu à volonté , ou de deux rangs , qui est presque le seul que Ton emploie maintenant. Les feux ne s^exécutaient que par rangs; ils étaient lents et peu meurrtriers.

Le pas cadencé était inconnu ; Fadoption de ce pas a donné naissance à plusieurs manœuvres très-utiles et a permis d^apporter aux anciennes d'^importantes améliorations. Auparavant , Finfanterie ne savait que rompre en colonne en avant de sa ligne de bataille ; elle perdait un

Éo6 MÉLAMOBS.

teins infitii dans les chungetnens de direction en colonne, et ces chaogetnens ne â^exécuUiaot presque jamais sans désordre; les raags se coo- £Midaient au pivot , on perdait les distances.

L^escadl*on était Tunité tactique dans la cava-* l^ie comme de nos jours f cette cavalerie lourde H peu maniable se formait sur ti*ois rangs ; les escadrons laissaient entre eux des intervalles ordioairetkient égaux à leur front» La principale action de la cavalerie consistait dans son &u; elle ne chargeait jamais en ligne qu^au trot , mais elle cliargeait quelqudEbis au galop en fourrageurs. £Ue ignorait qu^elle put pixKiuire «eis ouragans décisifs {pwcella ^uestris) dont iVédértc II a le premier dcHiné Fexeniple.

Le matériel de Tartillerie était lourd et inid iMtendu^ il rCj avait qu\m petit oombre de bouches à feu en comparaison de ce i{u^<m lea a Ml depuis ; leur feu était lent et mal dirigé; m fie<trainii^peint<) ott ^^esque point d^obusîers(<ea^)) arme si nécessaire contre la cavalerie et pe«r jTattaque des villages et des retrandiemaas . L'^artiOerie a cbev^al ., ^compagne indisip^isable de la

(a) Les Hollandais emploiyèreiit pour la première fois des obu- "M^ à la 'batalHe de Itowinde , en 1003 ; les AUemsaidgies iinitè- ««nL ^Lesf raBçais<en employèrent, :pour la première fois, pendant la guerre de Sept ans ; le premier obusier Cirançais fut coulé à troul(i,'^nlW9.

èàTlderie I et li Mih poût dïH^t f apideffaetit de IWtillerie ^ur le$ points où telle devient tkéeeis^ Mire-, n^e^ifetâit p^.

Vùt^msatiùA dès artnéé», teUfs iiiàrtshîâ, leurs maivdeuvtiôs ; l«s méth^dtes de ^n^fté suivies ^r 1^ troupes $ le systèihé de guei^re BuiVi par iés îg^énéra^iic, présentent aussi de très-gr^Udes différences à ces deux époques.

Petadaut la pn^mière époque , Hî^fan^ferie tiibsf que la tc^Vàterié étaient divisée en brigà>- "èès] lestait la idéale subdivisiMi.

Les lieuteDans^^^géttéraux lét ïes tniaréehàUx dte Icamp roulaient ^t^ eéx pow te service jt)«ir^ nalier t d'^onà il l*ésultatt qu% lafe ^oMiafssna^t point les trdUpKés dxmt on teitt* iconlàait 4e eom^ m2A^demt^:it <et *n\xï étaient poiM connus ; qu^ils i{i>^iajea!it pmnt au couraut du service-, ^ que ra- Ttavent ils avaient ie teilns <d^étudier )e tei^ain ^^occfèpaient leurs troupes. On conçèM^quette 4c)nt€lor ^ quels embarras et quel^sdrdre réstd'^ trient de cet état de choses pour la trasMÊoAsAùa 'ées oràtes *et |ioiir le cefmetk&stàeimiA des troupes.

ii^arUtlleriè de ligué Mtak divisée en brigades "dé dix bduefaes à feu obacfune ^ ^lle n^i^cbart <ét ^cainiypaEÎt toi^oiirs >réuf»e ç on envoyait de <riA^âierîe hux Ueux où elle était néeess^rre^ et loi's'-*

2o8 MELANGES.

qu^on devait en venir aux mains , on désignait à chaque chef de brigade les troupes près desquelles il devait se porter et dont il devait suivre les mouvemens pendant la bataille : il en résul«tait que ces troupes s^engageaient ordinairement long--tems avant Farrivée de rarlillerie , et que le sort d^une affaire était souvent décidé sans que Tartillerie y eût pris part.

L^armée était appesantie par un grand nombre de chevaux de bât qui transportaient les tentes dont se servaient les troupes ^ par les chevaux des officiers d^infanterie, par une grande quantité de voitures de vivres , par un grand nombre de voitures de luxe , de bagages j etc. , et par une foule de non-combattans.

Les mouvemens des troupes et les opérations militaires étaient subordonnés aux approvisionnemens de vivres et à la possibilité d^en faire des distributions régulières , il en résultait des obstacles continuels à Texécution des projets des généraux.

Les déploiemens n^étant point connus, Tarmée marchait toujours réunie, par lignes ou par portion de lignes , dans la crainte de trop s^écarter de Fordre de bataille: cet ordre de bataille était une espèce de patron qu^on appliquait indifféremment dans tous les cas ; on était dans la

MÉLANGES. aôg

nécessité de s^ouvrir des chemins ; on faisait une lieue en quatorze heures , et Fennemi était toujours averti.

Aux difficultés que Ton éprouvait pour alimenter Farmée , se joignaient donc les difiBcultés non moins grandes que Ton éprouvait d^ail-leurs pour la faire mouvoir. Ainsi s^ejq)liquent ces faits rapportés par les historiens de cette époque , que tel général a présenté la bataille , mais que son adversaire Ta refusée , et cela sans que cet adversaire se fût retiré ; et ce qu^ils racontent de plusieurs batailles ( Hochstœdt , Ra-« millies, Malplaquet, etc. ), où un tiers de Farmée seulement fut mis en action , tandis que W reste attendait des ordres les bras croisés; et cette inertie du vainqueur après le gain des batailles, au lieu de poursuivre à outrance Fennemi vaincu. Dans Fimpossibilité de se mouvoir , on faisait des sièges pour faire quelque chose (a).

On faisait beaucoup plus la guerre aux places , aux camps retranchés , aux positions , si Fon peut s^exprimer ainsi , qu^aux forces organisées.

Dans Fexamen auquel je vais me livrer, rela-

(a) L'ouvrage de M. J. Rocquancourt , intitulé : Court d'hip* toire et â^art militaire , à Vusage des élèves de VEcoU royale mi- UtaiTB de Saint^yr, m'a été fort utile. Cet auteur a publié, soua tto titre modeste, une véritable bifttoire générale de Tart militaire,

2io^ MéLANGB&

tivement aux changemens suryenus daDs Tart de la guerre, depuis la guerre de la succesùoa d^Ëspagne jusqu^en i8i5, je m'^étendrai plus que je ne viens de le faire, surtout lorsqu^il sera question des guerres de la révolution française s Tintérêt qui s^attache à ce qui est plus rapproché de nous , un sujet neuf encore sous quelques rapports , m^imposent ce devoir*

L^infanterie de ligne européenne ne se formait plus depuis long-tems que sur trois rangs, lorar que dans Tarmée prussienne , plusieurs années avant la guerre de Silésie, qui commença le a3 décembre 1740 , on remplaça la baguette de bois par la baguette de fer, et peu après on adopta le pas cadencé (à) : il résulta de ces changemens que le feu de Tinfanterie devint plus meurtrier , que Ton perfectionna les an* ciennes manœuvres et qu'on en adopta de nou-* velles. Parmi ces manœuvres , les plus importantes furent le ploiement de Finfanterie en colonnes serrées , et le déploiement de ces niêmes colonnes (&).

(a) Cei chaligelneiis» qui ftirent dus au prince Léopold de Bessau , datent de 1730. Bulow : Esprit du tystimê de guerre moderne; troisième partie, sect. 1".

(6) On trouTe dans Vordonnance du roi pour régler Vexerdee de VinfoMterie , du V janvier 1766 , une manœuvre pour déployer une colonne d*attaque, composée d'un ou de deux itataiUaiifit;

JX n'y a ipçifA d^exagération à dirç qnç r44Qp<«tJQp du p«§ cadeocé ajFant pfinpif 4e Aûr9 pççi^< pei- à n^faotme le moins d'^p9P« pofl$it4«,: ayant donné naissani;6 à de noHYpllifi mmoeun viîes et fourol les moyens d'apporter fi rexéefi-

cftle manœirvre est celle qui se pratique encore aujourd'hui pour A^fioy^t m Waipon ployé e& «(bonnes serrées par pelotenB^on^ par divisions. Ma|s aucuq oqyrage de tactique, dit Guiltert, da^A son Essai génial de tactique, publié en 1772 (1) , n'avait encore donné, ayant le sien , le moyen de ployer un b^itaillon en colonne seirée autrement ^m par des usonvarsiom.

Je ne saurais indique|r réppque précise à lat^uelle ces manœp<v ▼res avaient été Introduites dans Tarmée prussienne ; mais on sait qu'elles m fatm employém k la euirre , pour la première fait , d'une manière méthodique , que pendant les guerrçs de la réTolulion française. Guibert se trompe lorsqu'il dit que le grand Frédéric employait habituellement ces manœuvres pendant la guerre de Sept ans« Yoici CQmweQt ^omi^i s'^exprime | co siijet dans w^. Traite' des grandes opérations militaires (2). « Guibert a prouyé» » dans l'éloge du roi de Prusse , que sa tactique était ignorée en^ » Borop^: mais la eonnatt'il mieux lui*i)ié«e lorsqu'il eonsfcre » vue plume , digne d'un plus grand sDû^t > ^ nous enseigqer des

» déploiemens que ce grand capitaine ne fit Jamais à la guerre

» Bn jetant un eoap-d'œil sur les ordres de marche de l'armée pnuh p sienne aux batailles de ^ollin , de Bosbaeh et de {«euthep , on D verra qu'elle marchait en colonne par le flanc, chaque ligne for- » rnant une colonne ; qu'elle passait à cet ordre en 'rompant à v> droite ou à gauche par pelotons , et qu'elle reprenait l'ordre das> bataille au moyen de la même conversion par pelotons, sans » déploieniens. » Des marches d^armées telles que celles que vient de citer Jomini ne peuvent, d'ailleurs, s'exécuter avec succès, c'està-dire avec ordre, préci$ion, et qne promptitude suffisantes 91e s^r un terrain facile et découvert.

(a) Tome I, chap. 5.

2\!t MÉLANGES.

tion de la plupart des anciennes un ordre , une précision et une promptitude à laquelle on ne pouvait atteindre auparavant , a causé une révolution dans Part de la guerre.

Peu de tems après les perfectionnemens à la tactique de Finfanterie, dont je viens de parler, et pendant la guerre de Sept ans , Frédéric perfectionna aussi la tactique de la cavalerie ; et reconnaissant que sa principale force consistait dans remploi de Farme blanche et dans la rapidité de ses charges , il ne lui fit plus employer son feu. Quelques années après cette guerre, en 1766, on supprima le troisième rang de la cavalerie ; les Français furent les premiers à donner cet exemple , que les autres puissances de TEurope imitèrent bientôt.

L^année précédente , on avait adopté le matériel d^artîllerie que Gribauval proposait depuis plus de dix ans , matériel le meilleur sans contredit qui fut alors en Europe (a) ; aussi fut-îl bientôt imité généralement , à de légères di£Pérences près.

Pendant la longue paix dont avait joui la

(a) Les premières épreuves du matériel Gribauval furent faites en 1754, et constatèrent ses avantages sur celui de Valière, qui était alors en service ; mais ce ne fut quVui 1765 qu» Gribatttal put enfin l'emporter »ur Tesprit de routine et de coterie»

France 9 avant que les guerres de la révolution française éclatassent, on s^était beaucoup occupé de Fart de la guerre j les discussions sur Tordre mince et sur Tordre profond, les épreuves n^ème qui avaient été faites à Metz et au camp de Bayeux ne semblaient pas devoir donner de ré*sultats positifs , lorsque parut , en 1779 , Tou^ vrage de Guibert , intitulé : Défense du système de guerre moderne. Cet ouvrage fixa les doutes des militaires éclairés.

On reconnut que le feu de Tinfanterie était son principal moyen pour combattre ; qu^ainsi un ordre de bataille de peu de profondeur , qui lui permit de faire usage de son feu , devait être son ordre habituel de combat ; que Tordre eu colonnes serrées était indispensable dans beaucoup de cas pour résister à la cavalerie ; qu^il était même avantageux de le prendre quelquefois pour attaquer Tinfanterie dans des circons-* tances particulières. On reconnut que généralement la formation des bataillons en colonnes serrées par divisions était la meilleure pour faire manœuvrer de grandes masses d^infanterie , dans le voisinage ou en présence de Tennemi , parce qu'avec cet le formation , Tinfanterie occupait beaucoup moins de terrain et exécutait les grands mouveraens avçç beaucoup

^14 MëLÀ^GËl^.

fftttj û^têné et fl^fkcilité, imftôtit brîqùé le

téftftte était inégal fet présentait des obstacles; |iMnce qa^aloM die était totrjout's en me^ut-e de téèbter à une charge inopinée de cavalerie , et parce i)ii^enfin, Idr^qu^ellé voulait faire usage de isoh feu , islle pouvait passer rapideiûent de l'tjrdre eu ColbUnes serrées à Tordre éh bataille, ItU Ulc^eu des déploiemens. On reconnut enfin ijuc le feu de deux rangs était le seul que Tbii pût employer habituellement à la gtierrc (d). Je *uis d^àilleurs loin de me faire Tapologîste de tctat ce que propose Guîbért dans ses deux cu- Vrages ; par exemple , de ses ordres de marches ti'armées. Côtoment cet homme de génie ne sfe iseraît-il pas trompé quelquefois, n^ayant pu *tre éclairé par rexpérîence?

Les innovations et les perfectîonnemens dont jfe Viens de parler Auvent enfin consacrés par le liglemèni èônèetnant fexerciàe et tes mancèiir ^0^es de t infanterie du i^ août 1791 ; règlement' bien Ikit, quoique toutes les manœuvres dé Tinîànterie n^ Spîent pas portées à leur perfection, ^i\ en contienne quelques-unes d^inutîles à là

(a)le/fett de deux rangs, tel quMl s'exécute aujourd'hui, fut prescrit pout la plreûiîère îois dam roràonbanèe de iTUe , et Girf- %ert» dé&s WûEtkai pénétrai de tattifme, tmioe i> page 61 > dit que ce feu est le seul qui doive avoir lieu dans un combat de mous- ^eterie.

igaette ^ et qti^il en laisse à désirer quelques au^ très ; mais qui ne fut pas moins on ne peut plus utile pour Tinstruction de ces nombreux batail*- IcKis if levés par la France pendant cette longue guerre qui s^alluma Tannée suivante ( 20 avril 1792)* Ce fut quelques mois avant cette époque que Ton commença à organiser de Tartillerie à dieval ^ à Timitation des Prussiens.

Dans le mouvement qui portait les esprits des militaires vers le perfectionnement de leur art , la ca valide n^était pas restée stationnaire. Le t^g^lemeut de 4763 consacra les amélioration^» «ucoessives apportées à Te^^cice et aux manœuvres de cette arme } Fexpérience a prouvé qu'^fl avait un vrai mérite relativement à Finstruction de détail, mais aussi qu^il laissait beaucoup à désirer en ce qui concerne les évolutions de lîgnèj c^est d'^après les principes de ce règlement que la cavalerie française a combattu pendant Ûâ guert*ed de la révolution.

L^art dé ringènieur n'avait , poUr ainsi dire , fait aucun progrès depuis Vauban ; si ce n'est que) dsans k fortification de campagne ^ on employa presque toujours un système de redoutes ou de lunettes , au lieu des lignes continues qui étaient en usage sous Louis XI V.

Tel était, lorsque les guerres de la révolutioioi^

>i6 MËLANGIiS.

française éclatèrent , Tétat de perfectionnemait quWaient atteint en Europe les trois armes dont se composent les armées ; elles j avaient alors , pour ainsi dire, les mêmes armes, la même formation et les mêmes manœuvres (a), excepté toutefois chez les Tures et chez les Polonais.

Depuis cette époque jusqu^à la paix de Paris en 18149 o^ ^^ remarque d^innovation importante dans les manoeuvres que la formation de Tinfanterie sur deux rangs. Les Anglais donnèrent les premiers Texemple de cett« formation dans une partie de leurs régimens , pendant la guerre d^Espagne qui éclata en 1808 , et toute leur infanterie la prit en 1810, par suite d^un ordre du duc d'York.

Napoléon fit former son infanterie sur deux rangs avant la bataille de Leipsick , et elle continua à combattre ainsi jusqu'à la fin de la guerre. On trouvera tous les développemens relatifs à cette formation dans le mémoire sur Vinfanterie de nos jours, qui est réimprimé dans ce tome v.

Quelque importans que fussent les change*mens survenus dans Tarmement , le maniement

(a) On remarqnalt pourtant les petites différences finlTantes : les Français n*aYaient point de lanciers^ ils n'en ont eu qu'en 180S; la cavalerie autrichienne se formait encore sur trois rangs , elle n*a adopta ta formation sur deux rangs qu'en 1806.

MËIAKGBS. 217

des armes et les manœuvres des troupes , ainsi que dans leurs méthodes de guerre ; ceux qu^&prouvèrent Forganisation, les marches et les manœuvres des armées , le furent beaucoup plus encore.

De tels changemens se préparent ou se méditent pendant la paix ; mais c^est la guerre qui les sanctionne. Les premiers de ces changemens, ayant quelque importance , furent exécutés par le grand Frédéric pendant la guerre de Sept ans; son armée , par suite du perfectionnement des manœuvres, exécuta ses marches avec plus d^ordre et de rapidité ; il la fit bivouaquer plusieurs fois pour s^afFranchir de Tembarras des tentes ; et .plusieurs fois aussi il fit nourrir ses troupes par Thabitant, pour que la nécessité de leur distribuer des vivres n^arrêtât point leurs marches. Ce fut en employant ce moyen quHl put, aussitôt après avoir vaincu à Rosbach , se rendre en Silésie avec une rapidité qui étonna ses adversaires , et vaincre de nouveau à Leuthen. Pendant cette guerre, le feu deFinfanterie , ainsi que je Fai déjà dit , acquit plus d^importance, et la cavalerie, cessant de faire usage du sien , exécuta des charges plus rapides.

Ces perfectionnemens donnèrent quelque supériorité aux troupes prussiennes sur Içs trou-

^i8 MELÂMÔfiS.

pes contre ksqtielléd elles combattafeilt ; ifidh cet âranlâge aurait été insuffisant pour que Frédéric y dont Tarmée ne se recrutait que sur en- Tiroo cinq millions d^habitàns , pût lutter, avec le seul secours de FAngleterre, contre h. France^ la Russie, la Suède, F Autriche et TAllemague. Il fallut qu^il appliquât à la guerre toutes les ressources de son pays en hommes , en cheVaux et en argent. Aussi lorsque la Russie , après la mort d^Ëlisaheth , se détacha de la coalition , la Prusse était^elle entîèremeût épuisée , et ses finances étaient tombées dans une telle détresse , malgré les subsides de l'Angleterre , que Frédéric avait été réduit à altérer les monnaies. La mort inopinée d'Elisabeth le saura ; mais il eut succombé nécessairement , et bien avant cet événement, si un défaut absolu d'^îsemble n'eût pas régné presque toujours dans là conduite des généraux qui lui furent op^ posés, et s'ils n'eussent pas été pour^la plupart ineptes ou très -médiocres.

Si ce grand roi ne continua pas à faire bi- Touaquér son armée , et à la foire vivre ches& l'habitant ; s'il ne fit point de campagnes d'hi*ver , ainsi que cela s'est pratiqué depuis (a) ;

(a) Jomini lui a adressé ces reproches dans son Traité des gfahàes opéroUons milira«re< , parlicidièrement tome iii; p.i^*

qùdîqa^il dAt être cotiyaincu tpi^il àë seirftit d^a^ bord procuré ainsi de grands avantages, il est probable que ce fut parce qu^il pensait qu^en définitive ces innovations lui deviendraient lu* nestes. En effets il en serait résulté que celles de ses provinces, qui étaient ordinairement le théA*' ti^e de la guerre , auraient été horriblement dévastées , et ne lui auraient plus ofiërt les tnèmeK ressources; que pourtant ses pertes en hommes, ^Bti chevaux, en matériel de guerre, auraient été singulièrement augmentées ; que la guerre au-* rait pris une grande activité et que les événémens se seraient précipités^, que âèâ ennemis auraient enfin adopté le même système de gueti^ , et tout serak alx^rs devenu égal de part et d'autfe. Mais ce n'^était quVvec une peine îûûûi& , que ce monarque , épuisé à là fin de chd»* que campaig^e , se remettait en mesure de soutenir une nouvelle lutte la campagne suivante , lutte tellement inégale, que peu de jours laprès avoir obtenu les succès leid plus èclataus , il àë trouvait dans une situation aussi critique qu^au- "paravânt. Aucun succès ne pouvait lui être plus favorable et lui donner plus de chances de salut que h suspension des hostilités , pour prendre des quartiers d^lûver»

Il serait d'ailleurs iajwtedte jiigiMrle guerritt^^

dans de telles conjonctures, sans examioer quels étaient les intérêts politiques du monarque ; et son plus grand intérêt était de gagner du tems, puisqu'^il devait espérer quWe coalition aussi absurde , sous le rapport politique, que celle contre laquelle il combattait , se dissoudrait enfin. Cest ce qui serait indubitablement arrivé bien avant la mort d^fUisabeth , s'il n^eût, en quelque sorte, cimenté, par ses sarcasmes et par ses satires ^ , Tunion tacite de ces trois méchantes femmes (a) qui le poursuivaient de leur haine.

Depuis la guerre de Sept ans, qui fut terminée en 1763, jusqu^aux guerres de la révolution française qui commencèrent en 1792 , il li'^^^ d^autres guerres continentales , entre les grandes puissances de FEurope , que celle de la succession de Bavière qui se réduisit à des démonstrations ; et celles de la Russie et de TAutriche contre la Turquie , qui n^étaient pas de nature à faire faire des progrès à Tart.

Pendant les guerres de la révolution française , Ta^^t militaire éprouva de notables changemens ; ils furent introduits d'abord dans les armées françaises et adoptés successivement

(a) Plaisanterie du grand Frédéric en parlant des deux imp^f^' triées et de madame 4e P9mp9ijU>ur,

MÉLANGES. iii

dans celles des autres puissances de TEurope {a).

La France se trouva alors dans une position favorable à Tintroduction de ces changemens ; elle venait d^éprouver , dans son gouvernement et dans son* organisation sociale , une révolution telle que Thistoire ne nous a transmis le souvenir de rien de pareil. Non-seulement toutes les supériorités sociales furent détruites , et la société fut nivelée , mais les hommes qui s'emparèrent du pouvoir entreprirent de détruire aussi la religion , les mœurs et les usages de la nation française. On conçoit qu'ils ne l'auraient pu s'ils ne l'eussent frappée de terreur , et s'ils n'eussent exercé un pouvoir violent , et plus absolu peutêtre que ne l'avait jamais été celui d'aucun des-^ pote; car le pouvoir d'un despote est ordinairement limité, de fait , par la religion, les mœurs, les usages et les prérogatives de quelques grands corps.

Le gouvernement révolutionnaire de France pouvait donc briser , changer , innover , sans craindre d'éprouver ces sortes de résistances ; et sans craindre que personne n'élevât la voix pour défendre ce qui s'était pratiqué jusqu'alors. A l'exemple du grand Frédéric, ils appliquèrent à la guerre toutes les ressources de la France ,

(a) Toujours la Turquie exceptée.

229 HËLANGB^

et ils sî^en procurèrent dUmmenfiiS par \\ sion d^un papier<-monn^e ; par \ei^ réquUitioqs , les confiâcatioQii et le$ spoliation» ; par la veotf^ des biens des émigrés^ du derf^ et ^ coudam^ nés ; mais le» dilapidations et le désordre do Fadministration anéantirent uno partie de m§ ressources.

Le recrutement s^ejterça sur tous les Français indistinctement , et ils furent obligé» de ^eriir en personne ; il fallut dès-lors , pour embrasser la carrière militaire, débuter par être soldat (^)9 eji^cepté pourtant dans les corps de TartiU^rie §t du génie^ où des élèves sortis d^éooles militaires partageaient les emplois avec Içs sou^^fi&ci^rs*

r^apoléoU) lorsqu^il se fut emparé du pouvoiri permit les remplacemens j il en serait résulté qu^il nY aurait plus eu qu^un petit nonibre de personnes aisées, ou appartenant aux classes él^ y ées de la société , qui auraient embrassé la car* rière des armes , s^il n^eût créé , pour Fin&nterie et pour la cavalerie, des école» militaires, desquelles les élèves portaient soiis-lieutenans. U se proposait sans doute aussi , en introduisant dans Tarmée d^s bommes intéressés par leur for«

(a) n y eut une exception lors de Torganisation des bataillons 4e T^lontaires , puisque de simples citoyens y obtinrent alors presque tous les emplois d'offîeiers ; mais lidji U'mw fW 4$f lUs«

MÉLANGES, !%a3

tune et par leur situation sociale à la chose pu«* blique, de rattacher les intérêts de Farmée à ceux des citoyens.

Ce ne Alt pas, ainsi qu^on Fa tant écrit et répété^ par suite de Tanarchie à laquelle la France fut en proie en i7g3 , que la république française put déployer ces forces militaires avec lesquelles elle triompha de ses ennemis ; ce fut en investissant d^un pouvoir immense des comités dont Faction fut constante et ferme. Ainsi, elle triom* pha malgré Fanarchie , et non pas avec le secours de Fanarchie ; elle triompha malgré Fin** fluence désastreuse des terroristes, qui introdui«saient le désordre et Findiscipline dans les troupes 9 et non pas avec le secours de cette in-» fluence {a) : ceux qui ont énoncé une opinion contraire ont confondu Feffet du mal avec celui du remède.

11 est d^ailleurs incontestable qu^en 1793, depuis la fuite de Dumourier jusqu^à Fépoque où les Anglais marchèrent sur Dunkerque et principalement après la prise de Valenciennes , les armées des coalisés pouvaient marcher sur Paris , à&x emparer 9 et terininer la guerre,. car la ré-

(a) On troave dans les Mémairt$ sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin et Moselle, par Gouvion Saiot-G^r , particulièrement tome i , page 84 et suivantes , et pages 110 , 137 , 207 et 206 ; des d^tfdls qui Tiennent à Tappui de cette opinion.

publique était hors d^état de les en empêcher. Le défaut d^un chef unique, la différence désintérêts et Fincapacité des généraux de la coali«< tion , sauvèrent la république. Après avoir ré^ sisté à ses ennemis, et repris partout Toffensive, elle les chassa de son territoire , envahit le l^r et les vainquit dans de nombreux combats. Napoléon , qui renversa la république et s^empara du pouvoir , obtint des succès plus brillans encore, fît des conquêtes beaucoup plus étendues.

On a vu comment la république se procura de nombreuses armées et y excita Témulation : ce fut tout à la fois une des causes de ses succès et une condition sans laquelle elle ne pouvait en obtenir. Il serait sans doute fort intéressant de faire connaître la part qu'^eut sa politique anx résultats de ces mémorables guerres ; mais je ne le pourrais sans sortir de mon sujet, et je crains de m'en être déjà trop écarté.

Les principales causes des succès de la répu-^ blique furent, sans contredit, les changemens qu'éprouvèrent alors les manœuvres et les méthodes de guerre de ses troupes , ainsi qu^. l'organisation , les piarches et les manoauvr^ des armées françaises. Une partie de ces changem^n^ ne commença à s'e%ctuer et leur influence xm se fit bien sentir qu'au commencement de Tan-:

MÉLANGES. ti2S

née 1794 i auparavant , le désordre et rindisci-pline qui s^étaient introduits dans les corps ^ par suite de Tétat d'^anarchie de la France, Tusage de faire combattre beaucoup trop souvent Tinfanterie en tirailleurs, donnèrent aux troupes françaises de Tinfériorité dans les com-* bats importans et dans les batailles ; mais à dater de 1794 , ce fut tout le contraire. Je citerai à ce sujet plusieurs passages de I^ouvrage de Gouvion Saint-Cyr , intitulé : Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhm-^t^ Moselle.

Tome n, page 155 : « On avait fait avec succès ^ en 1793 1 une guerre de tirailleurs (a) } la nouveauté de cette manière d'opérer , la surprise qu'elle causa dV bord y la firent réussir au delà de ce qu'on avait dû en attendre : mais nos ennemis s'apercevant bientôt de la faiblesse et des vices de ce système^ il fallut y remédier en diminuant beaucoup son emploi et en le combinant avec des masses plus solides prises dans les différentes armes y et en les employant, soit dans Tordre profond ou l'ordre déployé , selon les circonstances. »

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