B. II. L
combler les lacunes de notre information. Nous compliquerions inutilement la question en étudiant jjar le menu les particularités de chacun de ces textes. Ils reproduisent, avec des variantes peu importantes, un récit identique, dont voici le résumé.
L'empereur Constant a formé le projet de chasser les Lombards d'Italie et de ramener le pays sous son sceptre. Il réunit des troupes, et emporte avec lui le corps de S. Mercure, dont la garde est confiée à trois moines. Ici la seconde rédaction disserte sur l'usage suivi par les empereurs païens de se faire accompagner à la guerre par les images des dieux ; les Césars chrétiens imitent leur exemple en s'assurant la protection d'un saint dont ils prennent avec eux les reliques, et ils choisissent à cet effet des corps de saints militaires (').
L'armée débarque à Tarente, ravage i)lusieurs villes d'Apulie, notamment Lucera. De là l'empereur gagne Quintodecimum, ville très peuplée et très riche, située à quinze milles de Bénévent. Ai^rès une résistance acharnée, il s'en empare et la détruit de fond en comble. A Bénévent, qu'il alla assiéger ensuite, il n'eut pas le même succès.
Mais, tandis qu'il se disposait à gagner cette dernière ville, les gardiens des reliques de S. Mercure, dégoûtés des scènes de violence et de pillage qu'ils avaient sous les yeux, cherchèrent un prétexte pour abandonner l'armée. Ils feignirent une maladie et restèrent au milieu des ruines de Quintodecimum avec le corps de S. Mercure. Une vision du saint leur apprit que l'empereur ne songeait plus à ce trésor, et leur ordonna de bâtir une basilique. Les moines s'empressèrent donc d'élever, dans la ville saccagée, une église dédiée à S. Mercure, sous le seuil de laquelle ils déposèrent les reliques, qui furent recoiivertes secrètement d'une pierre scellée.
Le corps saint demeura dans cette cachette gS ans et un mois. Arechis, duc de Bénévent, qui avait déjà réuni à S**^ Sophie les reliques des XII Frères, eut l'inspiration de leur adjoindre celles de S. Mercure qui faisaient des miracles dans l'église de Quintodecimum, gardée par quelques religieuses. Il s'y rend avec l'évêque
(1) Giovardi, t. c. p. 55.
-ig-
et le clergé de Bénévent et commence lui-même à fouiller le sol. Après de longues recherclies, on finit par découvrir les restes sacrés. Aussitôt, une procession s'organise. Arrivé au delà du pont appelé plus tard Ponte di Calore, le char cxui portait les reliques s'arrêta miraculeusement. Alors le prince, revêtant un cilice, se mit à faire au saint des promesses magnifiques ; sur quoi l'attelage se remit en marche, et le cortège entra triomphalement à Bénévent.
Dans la seconde rédaction, l'incident final est raconté d'une façon plus piquante. Arechis est obligé de s'y prendre à deux fois pour décider le saint à entrer dans la ville. Ses premières offres ne sont pas jugées suffisantes, et ce n'est qu'après les avoir considérablement augmentées qu'il voit disparaître l'obstacle mystérieux qui l'arrêtait. Les relations ne s'accordent ytas sur la date de l'événement. La première et la seconde indiquent l'année 768, le poème 738. Cette dernière date est certainement fausse. Mais la question de chronologie importe peu ; l'événement se passa certainement sous Arechis II (759-787). Nous verrons qu'il n'y a pas lieu de discuter les gS ans qui se seraient écoulés entre la prise de Quintodecinnim et la translation.
Le morceau que nous venons de résumer se compose de deux parties : 1°) l'histoii'e des reliques de S. Mercure avant l'invention par Arechis ; 2") l'invention et la translation à Bénévent.
La seconde partie ne doit pas nous arrêter longtemps. Rien n'y révèle un témoin oculaire ni des touilles .pratiquées à Quintodecimnm ni de la solennité du ti-ansport des l eliques ; aucun détail pris sur le vif, aucun trait caractéristique en dehors des incidents classiques dont il est de mode d'orner les récits de translation. La circonstance du. char qui i-este immobile jus([u'à ce que le saint soit pourvu d'une dotation suffisante à son gré, est une variété — dont on connaît d'autres exemples (') — d'une des légendes les plus communes de l'hagiographie. Ce que l'on peut retenir de cette mise en scène, c'est le fait de la translation des reliques de
(') Dans l'histoire de la translation de S. Kmilien à Faenza, le corps saint reste également sur place jusqu'à ce ([ue le comte Béranger ait snl'lisamment l)()urvu aux besoins matériels de l'église. Mittarelli, Scriptores verum Faventinuriun (N'enetis, 1771), p. 3i8.
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s. Mercure de Quintodecimum à Bénévent, des grands honneurs que leur rendit Arechis et de ses libéralités envers l'église qui reçut le précieux dépôt. Elles sont attestées i^ar une grande charte de donation (') que le rédacteur connaissait peut-être.
Les préliminaires de l'histoire de la translation donnent d'abord une impression plus favorable. L'expédition de Constant II dans l'Italie Méridionale (663) n'est pas un cadre de convention, et dans ses grandes lignes, le récit de l'hagiographe est conforme à l'histoire telle que la raconte Paiil Diacre (V, 6, 7).
En y regardant d'un peu près, on s'aperçoit d'abord que la source de ce récit n'est autre que Paul Diacre lui-même; l'auteur le cite expressément, mais il a dénaturé la version de YHistoria Langobardoriim en un point important. D'après l'histoire, voici la suite des exploits de Constant II. Il débarque à Tarente, s'empare de toutes les villes lombardes qu'il rencontre sur son passage, détruit Lucera, puis marche sur Acerenza. La position avantageuse de cette ville l'oblige à lever le siège. Il se retire alors sur Bénévent dont la résistance le décourage également. D'après notre anonyme, les étapes de l'armée byzantine sont les suivantes : Tarente, Lucera, Quintodecimum, Bénévent. D'Acerenza il n'est fait aucune mention, et au lieu de l'échec subi sous les murs de cette ville l'auteur raconte la prise et la destruction de Quintodecimum. Pourquoi?
On n'est pas moins frappé de l'allure singulière de l'histoire des reliques de S. Mercure. Si le fait d'avoir dépouillé à son profit le sanctuaire de Césarée, où reposait le corj^)« du martyr, paraît assez étrange par lui-même, sans parler de la 2)rétendue coutume des empereurs chrétiens par laquelle on l'explique, on comprend beaucoup moins que, attachant un tel prix à la possession de ce palladium. Constant l'ait abandonné à Quintodecimum sans plus y l)enser, et cela à la veille d'une entreprise décisive. L'auteur a senti cette incohérence, et n'a rien trouvé de mieux, pour s'en tirer, que de faire intervenir S. Mercure lui-même. Le martj'r, dans une vision, explique par un juste jugement de Dieu cette subite indifférence de l'empereur.
(') St. Korgia, t. c, p. liCg et suiv,
Non moins invraisemblable est l'idée de faire élever une basilique par trois moines, dans une ville ruinée par un siège meurtrier ; ici encore il faut recourir à un ordre du saint pour rendre le fait suffisamment plausible. Et que dire de l'endroit choisi dans la nouvelle basilique pour déposer le cox^ps du martj'r ? Ce n'est point la place d'honneur qu'ils lui réservent, mais le limen ingressiis, et, comme le dit poétiquement laTranslation métrique :
Liiiiiue sub cuius corpus bene couiposuere, Addeutes lapidem i)ro signo corporis huius ; Et nullus scivil, exceptis qui locavere.
S'il fallait prendre tant de précautions pour dépister les chercheurs de reliques, le plus simple eût été de ne point les signaler à l'attention de tous par la construction d'une église. Néanmoins on oublia, durant près d'un siècle, la place où reposait le saint corps : Extiiiic suiie usque ud tempus Arechis Beneventanoruin celeberriini priiicipis ita posteras de beati Mercurii corpore noiiaginta quinqûe annis et iiiense uno iniercepit obliuio, ut ubi iaceret penitns nesciretur ('). Il fallut, pour que Arechis s'en souvînt, une inspiration céleste : divino instigatus oraculo.
Ce continuel recours au merveilleux pour amener les principaux incidents et pallier les invraisemblances du récit, suffirait à révéler le caractère artificiel du morceau, et à montrer que l'hagiographe se préoccupe moins de raconter des faits que d'établir une thèse. Il avait à raconter la translation du corps de S. Mercure de Quintodecimum à Bénévent. Pour lui comme pour Ai-echis, comme pour tous ses compatriotes, il n'y avait qu'un saint Mercure, celui dont on lisait la Passion, traduite du grec, mise en cii-culation, à ce qu'on dit, par Arechis lui-même (-), S. Mercure de Césarée. Il se posa aussitôt la (juestioii qui dut venir spontanément à l'esprit de tous les hommes intelligents de sou entourage : comment un martyr de Cappadoce a-t-il trouvé le chemin de l'Apulie
N'ayant à ce sujet aucun témoignage écrit, l'hagiographe échafauda une construction historique qui, pour témoigner d'une
certaine naïveté, ne laisse pas d'être assez ingénieuse et en vaut bien d'autres devant lesquelles nos érudits ne reculent point. Voici comment il a raisonné. Un saint de Cappadoce n'a pu être enlevé que par des Grecs et si les Grecs nous l'ont cédé, ce n'est IDoint par bienveillance pour nous ; les circonstances les ont contraints à nous faire ce x^résent. De plus, le corps saint s'est retrouvé dans une de ces villes d'Apulie qui ont tant souffert de l'expédition de Constant, dont notre historien national a raconté les péripéties. On saisit immédiatement la combinaison. Le corps de S. Mercure est venu en Italie avec l'empereur Constant ; il faisait partie de ses bagages, on dirait volontiers, de son matériel de guerre. Un accident le fit abandonner eiî route, à Quintodecimum, sans doute a^^rès le siège et la prise de cette ville. Arechis le trouva dans une basilique. Celle-ci n'a pu être construite que iDOur recevoir les reliques, et ainsi de suite. Notre auteur anonyme a pu de bonne foi écrire son petit roman, qui lui représentait la manière dont les choses avaient dû se passer, et je gage qu'il a ressenti quelque fierté de son flair d'historien.
Maintenant à notre tour. Comment, nous demande-t-on, les reliques de S. Mercure ont-elles été amenées à Quintodecimum ? Voici, je crois, la solution.
Quintodecimum est l'ancienne ville d'Aeclanum (^) célèbre pour nous par un évèque de docti-ines peu sûres, dont S. Augustin a sauvé le nom de l'oubli. Or, à Aeclanum, on honorait, bien avant l'arrivée de Constant en Apulie, un martyr du nom de Mercurius, que je n'ai trouvé signalé par aucun érudit, et qui pourtant est désigné avec la plus grande clarté dans le martyrologe liiéronymien. A la date du 26 août, dans le manuscrit d'Echternacli on lit, sans hésitation possible : et in Eclano Mer cor i, et dans celui de Wissembourg : in Apolia civitate Heclano Merciiri martyris (^). Cette mention appartient à la recension italienne du martyrologe, qui remonte au siècle, et se rapporte évidemment à un martj'r local, Mercurius d'Aeclanum, car à cette époque il ne saurait être question, en Italie, du culte de S. Mercure de Césarée. Le martyr avait, à Aeclanum, sa basilique, qui resta debout, après
(1) Chr. Huelseii, dans Pauly-Wissowa, Reul-Encyclopaedie, 1. 1, j). 444- P) ylc^a 55., Nov., 1. 1, p. [m].
que les guerres et les eatastroi^hes de toute sorte eurent réduit la ville, comme tant d'autres villes d'Apulie, à l'état d'une simple bourgade. Elle existait encore au VHP siècle. C'est probablement de cette église qu'il est fait mention dans la charte d'xVrechis en faveur d\\ monastère de Sainte-Sopliie : ecclesia Sancti Merciirii quae posita est in gala nostra Fecline ('), celle-làmême qu'Arecliis dépouilla en faveur de sa nouvelle basilique de Bénévent. D'autres villes déchues de l'Apulie avaient été contraintes de céder au prince les corps saints (qu'elles possédaient, et c'est dans les basiliques à moitié abandonnées du pays qu'il avait récolté les corps des XII Frères (-). Le malheur voulut — car ce fut un malheur — qu'au moment de la translation des reliques d'un martyi' du pays longtemps négligé et dont on ne savait nulle histoire, (m fût en possession, à Bénévent, des actes d'un illustre homonyme, traduits du grec et à la portée de tous les gens instruits. L'idée ne vint point qu'il pût y avoir un saint obscur du môme nom que ce mart}^' célèbre. I^a confusion était inévitable, elle s'opéra et nous lui devons le curieux récit que nous avons analysé.
Résumons en peu de mots les résultats de ces recherches.
1° Il n'y a nulle raison de douter du fait de la translation des reliques de S. Mercure de Quintodecimum à Sainte- Sophie de Bénévent. .Je signalerai seulement à ce sujet une particularité curieuse dont je n'ai pas l'explication. Dans les monuments lit'.ir.giques de l'église de Bénévent on trouve, outre la fête de S. Mercure, au 26 novembre (c'est la date des Gi'ecs),la fête de la Translation, au 26 août (■*). Or, cette dernière date est celle du natalis de S. Mercure d'Aeclanum dans le martj'rologe hiéronymien. Choisit-on pour le transfert solennel des reliques le jour même de la fête d'Aeclanum, ou bien la fête de la translation n'est-elle pas le véritable anniversaire de l'événement? Je n'ai pas le moyeu de trancher cette question.
2" Le seul témoignage que l'on invoque à propos du siège et de la prise de (Quintodecimum par Constant II est le texte de la.
(') St. Borgia, t. c, pj). u~t). 3o5.
(•-) B. H. L., u. a;joo, 2.S()i.
(') Giovardi, t. c, p.
Translatio S. Mercurii. 11 faut l' abandonner. L'auteur n'a point emprunté le fait à une source historique, mais l'a tiré, pour les besoins de sa cause, d'une phrase vague de Paul Diacre (V, 78) : Beneventanorum fines invasit omnesque pene per quas venerat Langobàrdoriim civitates cepit (^).
3° Le corps que l'on transporta de Quintodecimum à Bénévent n'est pas celui de S. Mercure de Césarée, mais celui de S. Mercure d'Aeclanum, dont à partir du VIII*^ siècle au moins, le souvenir s'est effacé devant la gloire de son homonyme plus célèbre. Ce n'est pas sans quelque satisfaction que j'enregistre ce résultat. Trop souvent l'étude des documents hagiographiques conduit le critique à des conclusions purement négatives, lorsqu'elle ne l'oblige pas à effacer du martyrologe quelque nom vénéré. Cette fois nous sommes plus heureux. Sans ternir le moins du monde l'auréole de S. Mercure de Césarée, nous rétablissons celle de S. Mercure d'Aeclanum, comijlètement éclipsée depuis des siècles. L'église de Bénévent ^ent laisser à l'Orient le grand martyr dont elle avait cru lui ravir les reliques et reporter sa dévotion sur un enfant du pays, qui a versé son sang pour le Christ.
Hippolyte Delehaye, S. J.
(') Waitz, t. c, p. 147.
La Vie la plus ancienne
(le S. Lezin, évêque cV Angers
Saint Lczin — Licinius — est un de ces nobles mérovingiens du VI""= siècle qui, après avoir exercé de hautes fonctions civiles, les quittèrent pour l'épiscopat. Il devint évêque d'Angers et une lettre du Pape S. Grégoire lui fut adressée en 6oi. Il dut mourir peu après.
Nous apprenons du moins, de la préiace donnée par son second successeur, Magnobode, à une vie de Saint Maurille, que ce Maguobode avait été sacré évêque en 6io. A n'attribuer qu'un an au pontificat de Cliaïdulphe, qui occupa le siège d'Angers entre Lezin et Magnobode, notre Lezin serait mort, au plus tard, en 609. C'est en tout cas entre cette date et Goi qu'il faut placer son décès.
Sa Vie la plus ancienne est l'œuvre d'un auteur qui n'a pas connu pel'sonnellement le Saint, mais qui déclare avoir puisé les éléments de sa biogra})hie tant dans les écrits et lettres de Lezin lui-même, que dans les souvenirs que des amis avaient recueillis de ses disciples, dont un certain Daniel.
De quel temps date cette Vie '!*
Mgr Duchesne (') fait peser sur elle, au moins pour la chrono-
(') Fitstes épiscopaux de Vnncienne Gaule, t. II, p. 354.
logie, une suspicion qui pai\aît se justifier par ce que l'auteur dit de la noblesse d'origine et des hautes relations de son héros.
Jusqu'ici toutefois une constatation n'avait pas été faite, qui prouve que cet auteur n'a pu écrire au plus tôt qu'un siècle après la mort-de Lezin. Cette constatation, c'est que cet auteur s'est largement servi, pour sa rédaction, de deux Vies antérieures d'autres saints, Vies dont l'une est du milieu du VII* siècle, et dont l'autre date, au plus loin, des premières années du VIII'' siècle.
La première est celle d'un des ancêtres de la dynastie carolingienne: c'est la Vita Arniilphi, œuvre d'un clerc messin, qui, en 629, assistait avec Saint Arnulphe même à un incendie, et qui ne rédigea sa biographie qu'a^^rès la mort du Saint. Cette mort se place entre 63o et 655 puisqu'à cette dernière date, Saint Didier proposait Arnulphe défunt en exemple au fils de celui-ci. Saint Clodulphe.
La seconde est la Vie la plus ancienne de Saint Lambert, évêque de Maestricht, martyrisé à Liège aux alentours de l'an 700. Cette Vie a été rédigée, aux débuts du VHP siècle, par un auteur qui avait recueilli les témoignages de l'entourage du Saint, des gens de sa maison, et dont la relation est citée, d'ailleurs, j)ar le biograj)he contemporain de Saint Hubert, successeur épiscopal du martyr.
Pour écrire la vie de ce martyr, l'écrivain s'était lui-même approprié de nombreux passages, empruntés à cette Vie de S. Eloi, attribuée à S. Ouen.
Aussi une première question se pose : le rédacteur de la Vita Licinii n'a-t-il ii£is, comme celui delà Vita Lamberti, puisé directement dans la VitaEligii? Nous ne le croyons point: si certaines expressions de la biographie de S. Eloi se retrouvent dans celle de S. Lezin, elles n'y viennent que parce qu'intercalées dans des passages plus étendus tirés de la Vie de S. Lambert.
L'historien de S. Lezin ne se fait pas faute, d'ailleurs, de rectifier ou d'éclaircir, en plus d'un endroit, le texte incorrect ou obscur, qu'il utilise, de la Vita Lamberti. Il précise même, à l'occasion, le sens des expressions de son modèle, en les complétant d'une explication :
aQiiando monasteria visitabat», dit le biographe deS. Lambert, en empl03'ant le ternie de monasterium pour désigner, comme la Vita Eligii, toute église dotée d'un service religieux régulier
« Quaudo moiiasteria aut ecclestas parocliia' siiœ », écrit le biographe de S. Leziu.
La Vita Licinii nous fait lire, par exemple, comme la Vita Lamberti, cet éloge de la jeunesse de son héros :
« Ipse erat in pueritia formosus ac nobilis, gente electus, et » inter progenie sua crescebat benignus inter famulos et cognatos » suos. Vultu fulgente in omni alïectu pollebat. Eminente a'iate « cura vidisset pat er ejus tanti filii industriam ...»
La Vita Eligii, plus réservée, ne nous avait donné de tout cela que V Electus in gente et cum viilisset pater ejus tanti filii industriam.
Il suffira de comparer ce que disent encore les auteurs en cause de la jeunesse de leur héros, de son humilité, de son élection à l'épiscopat, ou de ses qualités d'évèque, pour remarquer d'emblée que le biographe de Lezin ne suit pas le texte du biographe d'Eloi, mais les amplifications données à certains passages de ce biographe par celui de »S. Lambert.
Voici donc, en regard, les extraits correspondants, les plus caractéristiques, d'une part de \a. Vita Licinii, d'autre part de la Vita Arnulphi ou de la Vita Lamberti. Xous avons indiqué i^ar l'italique : — dans les extraits de la Vita Licinii les mots textuellement empruntés au premier ou au second des deux autres biographes ; — dans les extraits de la Vita Lamberti, les expressions et les passages repris à l'histoire de 8. Eloi.
Xous citons, pour Saint Lezin : Acta Sanctorum, Febr. t. II, pp. G78-683 (Anvers i658) ; pour Saint Arnulphe : M. G. H., Scriptores rer. merouing, t. II, pp. 428-44^1 ; — pour Saint Lambert : le texte que nous-même avons publié, d'après le manuscrit 12598 de la Bibliothèque nationale de Paris : Vie la plus ancienne de Saint Lambert par un contemporain (Liège, 1890), par Joseph Demarteau, rédacteur en chef de la Gazette de Liège, texte que nous corrigeons ou complétons, pour quelques mots, d'après le manuscrit de Rome : Cod. tat. Vat. palat., 21G, fol. 52^.
Vita Licinii.
4. Beàtissimiis zg-tïzzr Liciiiius Episcopus, prosapia Regum genii us F rancor urn, utilis satis nobilisque, atque ditissimus in rebus seculi fuit, nobilior quoque atque sublimior in disciplina, et fide Christi permansit...
Huius itaque sancti viri taudabilia facta quasgessit, non nulla ego a familiaribus ejus narrantibus-, qui eins discipulos viderunt, a qui bus et liaec quae mihi tradideruut perceperunt ; pleraque et per memetipsum, quœ scribenda atque prsedicanda sunt, ad eius tumulum suis meritis fieri, cognovi.
5. Ipse quoque, ut a prsedictis Sanctis viris didici, erat in pueritia formosus ac nobilis, gente vero electus, et in progenie sua crescebat benignus. Inter famulos vero et cognatos siios vultu fulgenti in omni affectu pollebat eminenti aetate. Cumque vidisset pater eius tanta.m filii industriam, cunciis que bonis eum cognovisset dilectuni, lastabatur animo et in gaudio exultabat , gratiasque immensas Domino referebat qui eum consolari de tarn decora dignatus est prole.
Vita Arnulphi, p. 432.
I. Beatus igitur Arnulf us episcopus , prosapie genitus Fran cor um, altus satis et nobilis parentibus atque oppulentissimus in rebus saeculi fuit, sed nobilior deinceps et sublimior in fide Ckriste permansit.
Huius itaque laudabilia facta quae gessit nonnulla ego a familiaribus illius narrantibus, pleraque per memetipsum quae scribenda adsunt cognovi.
Vita Lamberti, p. 4^
Ipse vero erat in pueritia formosus et nobilis, electus in gente, et in progenie sua crescebat benignus inter famulos et cognatos suos. Vultu fulgente in omni affectu pollebat eminente œtate. Cum vidisset pater eius tanti filii industriam et a cunctis dilectum exultabat et gratias agebat Deo,l8etabatur in gaudio pro eo quod decoratam videbat prolem. A prima fere œtate tradidit eum viris sapientibus et isthoricis sacris litteris edocendum. Ille vero cum magno studio officii usu assidue adliesit et velociter ipsum consummavit.
Vita Licinii.
Ciimque jam tempiis adveniret ut litterar iiiii studiis imbiiendus daretiir, max traditiir prœceptori, et doctissimis sacrarnm litterarnm magistris edocendiis intormatur. Qui inter ceteros contiibernales siios sagax ingenio, et memorise capax, amabilis vefnlgehat ; erat que, Domino instigante, ciinctis subditus, sed obedieatia, fide el caritate celsior omnibus.
Cum autem imbutus fuisset a viris prudentissimis , reuersus est ad domum patris sui, pueriiiœ excedens aiiimum , adolescentiam cum industria gerebat.
(^. Cum que jam pleniter edoctus ad roboratam peroenisset œtatem , protinus pater eins commendavit eum Clothario Regi Faiicorum, cuius et consanguineus proximus erat.
Nam et pater prrodicti S. Licinii satrapa antedicti Clotliarii Regis erat atque inter proximos eins superiorem locum tenebat.
ita rnulphi, p. 433.
3. Post lifpc autem laudabilis indolis planus gratia Dei, jam tempus advenit ut litterarum studiis imbuendus daretur. Mox itaque traditus pra?ceptori, inter ceteros contubernales suos sagax ingenii et memoria? capax amabilis fulsit, erat que, Christo in se habitante, cunctis subditus, sed fide et caritate celsior omnibus. Cum que iam bene edoctus ad roboratam pervenisset a?tatem, Gundulfo sub regulo seu etiam rectori palatii vel consiliario regis exei^citandus in bonis actibus traditur.
Vita Lamberti, p. ^i-^2.
Cum autem imbutas I'uisset a viris prudentissimis reversus est ad domum patris sui. Pueritin' annoH excedens œinim adu^ lescentiso cum industria gerebat et sapientiai et humilitatis gratia rcsplendebat in eum, augebatur cotidie in bonis operibus.
Eo tempore oppidi trejectensis cathedra' pontificali pra?sedebat summus pontifex Theodardus, divine dispensatione providente. Protinus pater ejus commendavit eum jam dicto antistiti divinis dogmatibus et mouasticis disciplinis in aula regia erudiendum.
P. 43 Apud regem vero summum tenebat locum.
Vita Licinii
Vita Lamberti
Erat enim memoratus S. Licinius adolescens sapiens, aspectu -amabilis, colloquio afj'abilis, recta conoersatione tarn cum ipso Rege et sancta fide, quam cum oirini domo eius gradiens, ita ut omnibushonisfieret conformis, malis vero et iudicii)linatis informis. Erat etiam forma prascipiiiis, fortis et velox,agilis et multum sapiens et dulcis, castitate vero, caritate et humilitate fundatiis.
7. Cumque prsedictus Rex ita eum probatum liabuisset dignum, suo in ministerio aptavit, atque Comitem sui stabuli et omnium equorum custodemque eorum constituit. Nam virtiitem belli geraiidi, sen poteiitiam illiiis, Domino adminiculante, qui eum suis inactibuscustodiebat, multam liabebat; prsesertim cum suo mucrone multos adversariorum phalangas sœ- /jissime, Domino oj)em ferente, fugaret. Erat enim sedulus in oratione et in ieiuniis, sive in miser icordia pauper urn prsecipuus incumbebat : etiam stepissime lectioni vacabat, et, sicut scriptum est, reddebat quœ Domini sunt Domino et quœ Cœsaris Cœsari restituebat.
P. 42 Erat enim adolescens sapiens, aspectu amabilis, conloquio affabilis, recta conversatione tarn cum pontifice quam et in domo regia. Militare cœpit ita ut omnibus liominibus fieret conformis. Etiam cum esset forma precij)uus, fortis et velox, agilis multum, promptus in bello, anima clara, specie ornata, caritate et castitate et humilitate fundatus, etiam cum opere lectioni vacabat.
Vita Arnulphi.
3. Hunc ille (Gundulfus) cum accepisset, per multa deinceps expérimenta probatum, iamque Teutberti regis ministerio dignum aptavit.
4. Nam virtutem belligerandi seu potentiam illius deinceps in armis quis enarrare queat, pra?sertim cum stepe phalangas adversarumgencium suo abigisset mucrone. Quai)r opter effectus est Cliristo presolem omnium primus, qui dudum pene cunctorum ultimus videbatur, ita ut sex provincise quas ex tunc et nunc totidem agunt domestici, sub illius ministratione solius regerentur arbitrio. Nam sedolus in oracione, in ieiuniis, in misericordia pauperum ijicumbebat, et, sicut scriptum est,
Vita Licinii
[n tantum vero erat aptissimus omnium seniorum, et cosxîqualium ac subjectorum, ut eloqiieutia sua placeret omnibus sibi consequentibus, ita ut mœrentibus laîtitiam redderet, sceleratis disciplinam.
8. Interea vero cum tempus adveuiret, vixcogeniibus amicis atqiie pareniibus, ab inclyta et nobilissinia genie i)tiellani sibi desponsavit , ut earn tempoi-e cougruo diicevet u.xorem.
La fiancée est rrai)i)ée de la lèpre.
Leziii renonce au mariage et ne songe l)Ius qu'à se donner à Dieu.
9. Consilio aut(Mn inilo,scciindiim Domini pra'ceptiun, (jui dixit : a Vade, vende omnia qua' habes, et da panperibu.s et habebis ihesaiirnm in endo et veni se(iuere me», relietis ontnibns, militia; spirituali et clei'icali se ti'adidit et Domino soli vaeare studiiit.
II. ...Nonest ampliusomntpolens Dominus passus, ut tantus vir sub huius modi artiealo occultaretur, testante Evangeliea tuba : Nemo enim accendit lucernam,et ponit cam sub modio, sed super candelabrum ut lureai omnibus qui in domo sunt.
Cumque in his atqiie reliquis diversovum bonorum operum studiis, tamque potentissimus
Vita Arnulphi
reddebat qua; Dei sunt Deo et qua' Ca'saris Cirsari restituebat.
5. Interea igitur, vix cogentibus amicis atque parentibus, inclitam et nobilissimam a gente pucllam, quia Deus sic voluit, praeclaris moribus duxit uxorem...
(). Cum hoc (Romarico) consilio inito, secundum pra^ceptum Domini, qui dixit: « Vade, vende omnia qua' babes et da pauperibus, et liabebis tesauruin in coelo, et veni sequere me», relietis omnibus, Lerinum us(j[ue monasterium ad peregrinandum propter C'liristum iterare disposuit.
Xeque enim fas omnipotens Deus fore censuit ut liii duo vii'i qui demum veluti dua' 1ampades I'ulserunt in saccule, sub uni us modii articule boccultai'entur, dicente Domino :
(c Nemo accendit lucei-nam et poneteam sub modio, sed supra candelabrum ut luceat omnibus qui in domo sunt w.