‹ Mélanges Godefroid KurthChapitre 87 sur 91 · V. VAN DER HaEGHEN · texte numérisé non relu

V. VAN DER HaEGHEN

(\) A la fin une autre main a ajouté :

Cy dedens est la quitauce de Jehan Gale de cinq mil cinq cens escus parfaisans les XIII™ escus d'or.

(2) Olivier de Temploeve, premier greffier de la ville de Tournai.

(3) Op. cit., p. loo.

(*) J. Nicolay, qui était commissaire de la cour spirituelle de Tournai, connaît néanmoins bien « aulcun du nom maistre Olivier le Dain, natif de Thielt en Flandre jadis barbier du Roy », envoyé par Louis XI en février précédent à Tournai et ensuite à Gand.

Dans les registres tournaisiens on donne différents titres à Le Dain : « maistre Olivier, barbieur du Roy nostre siro, — maistre Olivier le Dain, capitaine de Meulun, — maistre Olivier le Dain, conseiller et premier varlet de chambre du Roy ».

La reconstruction de Dînant

à la fin du XP siècle

Les années 1466 et 1468 avaient consommé la perte de l'indépendance de la principauté de Liège au profit des ducs de Bourgogne, dont les troupes avaient complètement démoli Dinant et Liège (').

Le seul administrateur du pays fut le sire de Humbercourt, qui fut cliargè d'exécuter les mandements draconiens du terrible duc Charles, que le prince-èvêcxue Louis de Bourbon accompagnait dans ses voyages et ses négociations chez les princes voisins. Un véritable régime de terreur régna pendant plusieurs années dans toute la principauté, qui fut soumise à toute espèce d'exactions militaires et financières par le vainqueur (-).

Tandis que la capitale, Liège, voyait revenir de bonne heure ses chanoines et ses églises ouvertes de nouveau aux fidèles, Dinant restait ensevelie, six années durant, sous les décombres accumulés par les incendies et les soudards bourguignons (^). La plupart de ses malheureux habitants s'étaient réfugiés dans les localités voisines et dans les autres villes de la principauté, à Huy entre autres, où ils transportèrent leur industrie et obtini-ent

(') H. Pirenue, Histoire de Belgique, t. II, pp. 287 à 289.

(*) ,1. Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant le XV" siècle, jip. 470 et suiv.

(•*) Au sujet (lu sac et de la démolition de Dinant, cf. Mémoires de Jean de Haynin, édit. DI). Brouwers, t. I, i)p. i5i et suiv. ; St. Borinans, Cartnlaire de Dinant, t. II, pi). 2(j8, 280, 298 note i ; Gacliard, Collection de documents inédits, t. II, pp. SgS et suiv.

l'autorisation de jouir de leurs anciens privilèges, accordés par les villes lianséatiques (i). Plusieurs notables dinantais avaient été entraînés en captivité par les seigneurs bourguignons et durent leur payer de fortes rançons ; malgré l'intervention du duc qui les réclama en son nom, près d'un an après la destruction de la vieille cité mosane, il en restait encore aux mains des vainqueurs (^). Un grand nombre de batteurs allèrent s'établirent à Namur, qui voulut profiter dès le début des malheurs de sa célèbre voisine ; elle cliercba par tous les moyens d'y attirer ces fameux artisans, fit des démarches en leur faveur auprès de Philippe le Bon, qui se rendit à leurs sollicitations : au mois de septembre 1466, il érigeait à Namur le métier de la batterie «pour y estre fait et ouvré ainsy qu'il estoit en la ville de Dynant », et le 29 octobre suivant, ce prince publiait un règlement comprenant de nombreux articles, dont plusieurs étaient analogues à ceux qui régissaient les batteurs dinantais (^) : ceux qui possédaient déjà la qualité de maîtres à Dînant, furent reçus comme tels à Namur.

Mais le séjour dans une ville si proche de la leur ne devait présenter pour ces malheureux que des regrets et de cruels souvenirs ; d'autre part certaines mesures administratives les obligèrent à quitter les bords de la Meuse, et plusieurs d'entr'eux se réfugièrent à Andenne, Louvain, Malines, Anvers (^), et même en 1471 nous en voyons installés dans la ville fondée en Flandre par Pierre Bladelin, à Middelbourg, où ils obtiennent d'importants privilèges commerciaux de la part du roi d'Angleterre Edouard IV (^).

Rien, dans la ville de Dînant, n'avait échappé à la destruction; les pans de murs que l'incendie n'avait pas atteints, furent démolis par ordre du duc, qui fît même fouiller les décombres pour

(1) St. Bormans, op. cit., t. II, p. 3o5.

(2) Annales de la Société archéologique de Namur, t. III, pp. 85 et suiv.

(3) St. Bormans, Cnrtulaire de Namur, t. III, pp. 118, 121, 128. (■*) St. Bormans, Cartnlaire de Dinant, p. 296, note i.

(») St. Bormans, Cartulaire de Dinant, t. II, p. 3oo, et p. 3o4, note 1. — Au sujet du rôle de Dinant au point de vue commercial, cf. H. Piremie, Dinant dans la Hanse teutonique, dans le Compte rendu du Congrès d'archéologie de Dinant, igoS.

y recueillir les métaux et les objets mobiliers'. Seuls furent sauvés du nivellement complet de la vieille cité les murailles, restées intactes après l'incendie, de la collégiale ISTotre-Dame.

Les chanoines, tout aussi bien que les habitants avaient dû quitter la ville, et s'étaient retirés à Huy d'où ils commencèrent leurs démarches pour pouvoir restaurer leur magnifique édifice. Mais il fallut attendre de nombreuses années et ce ne fut qu'en 1471 que les chanoines du «lieu jadiz appelé la ville de Dynant», furent autorisés par le prince-évêque Louis de Bourbon et par le duc Charles à faire des quêtes dans la principauté et dans les pays voisins ('). Un acte du 4 mai 1472 leur permit de réédifier leur église, d'y célébrer l'office divin qui n'y avait plus été chanté depuis le sac de la ville, et de bâtir treize maisons manables et sans fortification; celles-ci ne pouvaient servir que pour deux personnes, clercs ou autres ; toute autre construction était de nouveau interdite (^). D'autres mandements, en 1472 et i474» vinrent apporter des ressources au chapiti^e pour le mettre à même d'exécuter son œuvre de restauration (^) ; grâce aux quêtes et aux revenus de certains hôpitaux de Dinant, qui leur avaient été cédés pour le terme de dix ans, les chanoines purent poursuivre activement leur entreprise. A plusieurs reprises cependant, il durent encore faire appel aux pouvoirs publics et à la générosité des fidèles : en 1476, le duc Charles ordonnait à ses officiers de contraindre ses sujets débiteurs du chapitre de Dinant à s'acquitter de leurs dettes et de les faire comparaître devant le conseil provincial de Namur et les justices locales; en i479, le magistrat, le chapitre et les ecclésiastiques de Dinant chargeaient trois chanoines de leur collégiale de percevoir les aumônes faites et recueillies dans toutes les églises de France et de rechercher les biens de l'église qui auraient été perdus à la suite de la guerre. La papauté intervint également en faveur des chanoines dinantais : en 1487, Julien de la Rovère accordait des indulgences aux

(') St. Kormans, ib., t. II, p. 3i5.

(') Cr. A. Ticlion, Comptes d'une collecte /)oiir la restauration de l'église collégiale de Dinant en z^ys, rlans les Bulletins de la Coin. roy. d'iiist., t. LXXVI, 1907.

(^) St. Bormans, ib., t. II, p. 820 et p. 32G.

fidèles cxui visiteraient la collégiale et coopéreraient à sa restauration, et il renouvela cette faveur en iSog, lorsqu'il fut élevé sur le trône pontifical (^).

Dès que le service divin fut repris dans la collégiale, le chapitre cherclia à reconquérir les ornements et les i-eliques qui avaient été sa propriété et dont i^lusieurs avaieat été enlevés à son trésor : à la suite de démarches incessantes, ils obtinrent des mandements du duc et du grand consul de Malines qui leur firent restituer la châsse en argent de Saint Perpète (^) ; mais trente ans après' la destruction de la ville, le roi des Romains, Maximilien d'Autriche, devait renouveler les ordres émis par le duc Charles, que tous ceux qui détenaient des biens et des joyaux ayant appartenu à l'église devaient les restituer, et ce ne fut qu'en 1496 que le chapitre de la Vère en Zeelande remit à celui de Dinant le chef et les joyaux de Saint Perpète, qui lui avaient été donnés par Wolf art de Borssele, comte de Grandpré (^).

La restauration des monuments ecclésiastiques, et tout d'abord celle de la collégiale, se poursuivit donc aussi activement que le permirent les ressources mises à la disposition du chapitre. Par le fait même de ces travaux, les défenses du duc Charles ne furent pas strictement observées ; les Dinantais commencèrent à rentrer dans leur ville en même temps que leurs chanoines.

Ce qui le prouve clairement, c'est que la cour de justice exerçait déjà ses fonctions en 1472 (^); il en était de même l'année suivante pour la cour foncière de l'hôpital St Jean-Baptiste (^), et nous constatons qu'après 1474 les cours de Notre-Dame, de l'abbaye de Leffe et de Saint-Nicolas ont repris leurs séances ("). Dès 1472, Dinant commence donc à se relever de ses ruines ; mais aussi longtemps que le duc Charles fut en vie, les ti'avaux de restaura-

(1) DD. Brouwers, Cnrtulaire de Dinant, t. VII, pp. 365, 870 et 875.

(2) St. Bormans, ib., t. II, pp. 33o et 884.

(3) DD. Brouwers, ih., t. VII, pp. 383 et 386. {*) St. Bormans, ib., t. VI, p. 824.

(5) Voyez un acte du 6 juillet i473, dans le registre aux œuvres n" 1, des échevins de Dinant, aux archives de l'État à Naniur.

('') Voyez des actes de ces cours dans le fonds de la collégiale de Dinant, aux archives de l'État à Namur.

tiou ne pui'ent être exécutés d'une manière suivie. Ce ne fut qu'après la mort du duc à Nancy en 1477» que les habitants entreprirent courageusement de reconstruire leur cité et qu'il fut fait appel aux pouvoirs publics et à la bonne volonté des exilés.

Dans un recès passé par la généralité et les trois membres de la ville, en 1477, les Dinantais demandèrent des subsides au prince et aux Etats de Liège, pour subvenir aux frais de restau i-atio 11 du château, des murs d'enceinte et du pont. Ils émirent également le vœu de voir réinstaller le marché deux fois par semaine et que les bornes de leur franchise fussent relevées afin d'éviter toute contestation ; ils demandèrent au chapitre et aux ordres religieux qui étaient revenus à Dinant une réduction sur les rentes qui leur étaient dues, « pour douer courage a ung chascun de remaisonner sur le sien »('). Il fut aussi décidé que chaque propriétaire devait se remettre légalement en possession de ses biens avant la »Saint Martin i479- Enfin, dans le but de se procurer des ressources, pour couvrir les dépenses d'administration et de reconstruction, les Dinantais demandèrent l'autorisation d'établir des droits de passage sur les bateaux marchands qui circuleraient sur la Meuse devant Dinant (^).

Cet acte est un véritable programme de restaui-ation soumis au pouvoir central par les bourgeois qui désiraient rebâtir leurs foyers dans 1(.'S conditions les plus favorables. Chaque point fut étudié avec soin et plusieurs d'entre eux reçurent une exécution presque immédiate : ainsi le 7 novembre i477» le prince-évèqne octroyait aux Dinantais l'établissement du franc marché de la Saint Martin, qui fut une foire annuelle d'une durée de trois jours ('"^); un acte analogue du même i)rince fixa, en 1481, à huit jours la durée de ce marché. En 1479. Louis de Bourbon chargea Robert des Canges, grand bailli du Condroz et mayeur de Dinant, de relever et de restaurer les bornes de la mairie; mais par suite des brigandages et des guerres continuelles qui sévissaient à

(') En juillet i479, Louis de liourbon publia une ordonnance, qui réduisit provisoirement les cens dus par les Dinantais (Cartulaire de Ditinnt, t. II, 1). 3(J3).

(^) Carliilnire de Dinant, t. II, i)p. 342 et suiv. (^) Ibid., t. II, p. 34;) et p. 35i, note i.

cette époque, cette cérémonie fut remise à des temx)s plus propices

Le bon effet de ces diverses mesures ne tarda pas à se faire sentir : une activité relative reprit dans la malheureuse cité, l'industrie reparut et avec elle le commerce et les marchands. Cependant les troubles qui désorganisaient la principauté, et outre cela, l'hostilité des habitants de Bouvignes qui se manifesta à plusieurs reprises par des attaques à main armée et des arrestations arbitraires (^), contribuèrent à retarder l'essor que la tranquillité n'eût pas manqué de donner à la nouvelle activité des Dinantais. Pendant bien des années encore, ils furent l'objet de persécutions de la part de leurs turbulents voisins, qui voyaient de très mauvais gré la restauration de la rivale séculaire ; cependant le 12 décembre 1479, déjà, l'archiduc Maximilien, à la demande de l'évêque, interdisait à ses officiers de Bouvignes de menacer et de piller les habitants de Dinant (^).

Ceux-ci eurent plusieurs fois recours aux Etats et au magistrat des autres villes de la princiijauté pour obtenir des faveurs et des subsides. En 1480, nous voyons le magistrat de Liège recommander à tous les ecclésiastiques et aux autres personnes l'entreprise commencée par leurs compatriotes et il les invite à faire des donations suffisantes pour que la ville de Dinant soit bientôt entourée de ses murs et convenablement mise à l'abri des coups de main, vu que sa situation aux frontières de la principauté était particulièrement défavorable ('). Le 19 janvier 1481, le magistrat de Dinant, dans une lettre adressée à l'évêque, s'excuse de ne pouvoir envoyer de délégué à la réunion des États à cause de « nos grans affaires et poureté de nostre ville « ; il demande que ceux-ci contribuent d'une manière plus efficace et plus généreuse à la

(1) Ibid., t. II, p. 36i.

(^) Voyez à ce sujet de nombreuses missives adressées à différents corps par le magistrat de Dinant de i479 'à i48y, dans le registre aux Missives, n" 20 bis, conservé aux archives de la ville de Dinant. Cf. aussi Cartulaire de Dinant, t. III, p. 97.

(^) Cartulaire de Dinant, t. II. i). HÜ7.

(^) Ibid., t. II, p. 370.

réédification de la ville et que les bourgeois émigrés soient encouragés par des faveurs spéciales à revenir à Diuant (').

Le magistrat de Dinant fit preuve d'une activité extraordinaire pour atteindre son but : il accordait des terrains à ceux qui consentaient à rebâtir les maisons détruites (^.) ; des réductions étaient faites sur les rentes dues par les Dinantais qui consacraient leurs ressources à reconstruire la ville (-^). Des emprunts furent contractés par la généralité qui eu consacra le produit à l'achat de matériaux, et on mit même en engagère les jo^'aux de la collégiale et les rentes des hôpitaux pour pouvoir se créer des ressources (■*).

Les efforts du magistrat de Dinant, pour ramener leurs patriotes dans la cité et augmenter la population et la richesse, furent également couronnés d'un certain succès ; les exilés rentrèrent petit à petit ; grâce aux marchés et aux faveurs accordées tant par le pouvoir central que par la généralité, de nouveaux habitants vinrent demander et reçurent le droit de bourgeoisie : en i477, douze personnes acquirent ce droit, tandis que dix autres payaient le droit pour la repriiise de la boui'geoisie ; en 1478, il y eut respectivement quatorze et six pour chaque catégoi'ie; en i479> il y eut dix-huit nouveaux bourgeois et en 1482, huit. Pendant les années suivantes, le chiffre fut légèrement plus élevé (^).

Les comptes communaux, conservés, avec quelques lacunes, depuis 1477 aux archives de la ville de Dinant, mentionnent longuement les travaux entrepris par le magistrat pour la réfection des rues et des bâtiments civils et militaires : en i477, furent

(') Registre aux Missives, n" i>o/ns, f"' 4^ et 4*^- — Malgré les i)lus vives instances, i)lusieurs des Dinantais réfugiés à Huy, avaient refusé à plusieurs reprises de retourner à Uinant.

(-) Ciirliilaire de Dinant. t. II, p. 358, p. 374 ; t. III, pp. 7Ü, 78, 81 ; t. VII, pp. 3Ü8, 3(i9, 372.

(•') Cartulaire de Dinant, t. II, p. 366, note 3.

(') Registre aux Missives, n» nobis, f"* 52 v", 55 v", 64 V, 95 et 95 v". — Lechai)itre aida de tout son i)ouvoir les efforts du magistrat; lui-même, en 1478, doiuiait à bail aux meuniers .Tean Melau et à Colart, son frère, « le moulin et liuislne estans en Prée qui par les guerres furent de&truis », à la condition de payer des rentes et de le reconstruire complètement (Fonds N. I). de Binant, aux archives de l'État àNamur).

C*) Voyez les comptes communaux de ces années, aux archives de la ville de Dinant.

réparés la fontaine du marché, la chaussée Notre-Dame, la tour Ason Dinant, la rue du Val Saint Jacques, etc. En 1478, ce fut le château qui reçut des modifications et des reconstructions, en même temps que la chapelle des marchands d'Angleterre dans la collégiale. En i479, on travailla aux puits emmy Dinant, à la l)orte de Beaurepaire, à celle de St. Nicolas, aux murs des Waines et à ceux d'Ason Dinant, et surtout on entreprit la reconstruction du pont. Jusqu'à la fin du XV® sicèle, une très grande partie des recettes communales fut consacrée aux restaurations des monuments et des fortifications de la ville de Dinant.

Les ordres religieux qui avaient dû quitter les ruines en 1466 (^), revinrent de bonne heure reprendre possession de leurs domaines, en môme temps que les églises paroissiales, si nombreuses avant le sac, se relevaient presque toutes de leurs décombres : il en fut ainsi de Saint Menge, de Saint Pierre, de Saint Vincent, de Saint Nicolas, etc. Dans la terrible tempête de 1466, plusieurs établissements disparurent pour ne plus renaître : ce fut le cas pour quelques béguinages, dont on ne peut plus fixer l'emplacement maintenant ; ce fut le cas entre autres pour l'hôpital fondé par Lambert le Sage. Les biens et les rentes qui étaient affectés à son entretien furent consacrés à une nouvelle corporation religieuse. En octobre 1487, le magistrat demanda au provincial des E;écollets quatre soeurs franciscaines pour soigner les passants et les pauvres malades, et au mois de janvier suivant il lui faisait sa,voir qu'il avait fait enlever les décombres de l'ancien hôpital de Lambert le Sage, où devaient venir s'installer ces sœurs grises (^).

Un autre ordre vint s'établir à Dinant quelque temps après. L'évêque Jean de Hornes autorisa l'érection du couvent des Croisiers le 17 juin 1490; le magistrat et le conseil de Dinant y consentirent le 2 août 1491- -Le couvent fut bâti près de la porte St. Nicolas, sur l'emplacement de l'ancienne église de Saint-Laurent, et la première pierre de son église fut placée le 28 juillet 1498, en présence du prince-évêque de Liège ('^).

(1) Les Carmélites de Dinant avaient déjà cxuitté la ville.

(2) Carlidaire de Dinant, t. III, p. 83, et t. VII, pp. 379 et 3()0. (•*) Dom U. Berlière, Monasticon belge, t. I, p. i49.

Malgré tons ces efforts, malgré toutes les ressources, malgré les bonnes volontés des princes et du magistrat, Dinant n'était pas encore totalement reconstruit au début du XVP siècle. Chose plus grave, la population était loin d'avoir atteint le chiffre de celle qui y vivait avant 1466 : le corps des bourgeois ne pouvait, faute de membres, élire de nouveaux jurés ('). Les guerres désastreuses de la fin du XV^ siècle, les désordres et les brigandages des la Marek, des circonstances économiques défavorables, tout cela fit que Dinant ne put revenir à l'état si florissant du début du siècle.

Et à partir de cette époque, Dinant, quoique gardant le rang de troisième ville de la principauté, cessa de se dôveloppei' tant au point de vue politique que commercial et industriel : bien plus, tandis (j^ue le caractère démocratique de sa constitution ira toujours s'affaiblissant, son industrie ne sei^a plus bientôt « qu'une industrie locale alimentant un colportage l'estreint au pays de Liège ; elle n'est plus représentée que par des artisans imprégnés de cet esprit d'exclusivisme et de protectionnisme qui est propre aux corporations de métier de l'ancien régime » {-).

D. D. Brouwers.

(') Ciirlnlaire de Dinant, t. Vil, p. ^^70, note.

(^) H. Pirenne, Zes marchands butleiirs de Ui mint an XI ]'^' siècle, dans le VierfeIJahrschri/'t /Tir Social- nnd Wirtschaftsgeschichte, 1. II, p. 448- — Voyez iiiissi comme jn'ouves de ee dernier l'ait, les nombreux réj>lenients de métiers publiés <lans le tome VII <lu Cartulaire de Dinant.

L'ancienne industrie du fer

au pays de CJdmay

Un fait sans conteste se dégage de l'examen des travanx très nombreux que nos érudits ont consacrés à la région dite de l'Entre-Sambre-ei-Meuse (') : en dépit de l'instabilité et de la comi^lexité de ses divisions politiques, cette région a conservé à travers les siècles la remarquable unité dont elle est redevable à ses spéciales conditions physiques, notamment à ses i-icbesses minières et forestières.

Aux yeux de l'historien, l'intérêt de VEiitre-Sambre-et-Meiise réside, pour une large part, dans les vicissitudes des deux industries qui y furent associées dès l'origine : nous voulons parler des industries du fer et du bois. Les plus lointains souvenirs en signalent des traces certaines dans VEntre-Sambre-et-Meiise liégeoise et namuroise, aussi bien que dans la région hennuyère. Mais il semble établi que c'est dans la partie aujourd'hui la plus «reculée» de cette dernière région, c'est-à-dire dans le pays de Chiinay, que la sidérurgie belge fit ses plus anciens débuts (').

Les voies romaines de Bavai à Trêves et de Bavai à Keims traversaient, on le sait, VEntre-Sambre-et-Meuse ; leur établissement fut suivi de la création, à travers les forêts de Fagne et de Thiérache, de plusieurs diverticula rayonnant de Chimay vers

(') Pour la biblio^i'iil'liie de ces notices et monographies, cf. notre Rapport sur les (Communes dans l'E.-S.-et-M. {Fédér. arch, el hist, de Belgique, XVIII" Congrès, 1904, l'asc. G page, 4 et passim).

(^) Cf. Warzée, Exposé... de l'industrie métall.' dans le Ilain., iHd'A, p. G, et G. (le Lavele.ve, Apercu hist, de lu sidérurgie belge. (Rapport de Congrès, lyoG, analysé dans la Revue Wulloniu. liiége, février i<)07, i)ages G-; et suiv.)

Bavai (par Macon, Trélon et Avesnelle) , vers Vervins (par Macquenoise et S. Micliel-en-Thiérache, vers Givet (par Virelles, Dailly, Nismes et Doisclie) et peut-être aussi vers Beaumont et la Sambre (par Virelles et Froidcliapelle) (^). Dès que, de sa cognée, le bûcheron eut entamé la Fagne et la Tliiéraclie, le ferrariiis (ou feron) l'y suivit pour en prendre bientôt possession : il y trouvait, le plus souvent à fleur de terre, un minerai d'une grande pureté et facilement réductible.

Bien que l'historien et l'archéologue n'aient guère interrogé le pays de Chimay ('''), il n'est pas malaisé d'y découvrir des témoignages, très nombreux, de l'ancienne exploitation du fer : les uns sont d'ordre matériel, les autres de nature toijonymique. Partout ailleurs, dans VEntre-Sambre-et-Meiise, ont disparu tons les amas de scories (les crayats de Sarrasins) provenant des usines de nos plus anciens forgerons. Dans le pays de Chimay, où ces amas sont dénommés simplement crayats ou crasses (^), plus d'un a servi à remblayer des routes ou des voies ferrées {*] ; tel autre, parmi les plus riches en fer métallique, a été enlevé pour être déversé ensuite dans un de nos modei'nes hauts-fourneaux (5); d'autres encore ont été ensevelis sous quelque groupe de bâtisses villageoises {^). Beaucoup de ces tas de crayats subsistent pourtant encore, abandonnés à l'écart, soit aux bords de l'un ou l'autre ruisselet, soit cachés dans les bois, sous la végé-

(') Voir V. Gauchez, Voies romaines, pages 2x4 et suiv. et V. Tahon, Origines delà métallurgie au pays d'E.-S.-et-M. (Soc. arch, ei paléont. de Charleroi. Doc. et Rapp., tome XIV, 1886, pages 801 et suiv.

(2) Les seules relations qui aient été faites de fouilles archéologiques aux environs de Chimay sont les suivantes : à Macquenoise (au lieu-dit Fort ou Four Matot, tombes romaines) ; Virelles (lieu-dit Ferrière, monnaies romaines, outils, poterie, statuette en bronze) ; Lompret (lieu-dit le camp, silex taillés, abri sous roche, monnaies l'omaincs) et Forges (lieu-dit Verdria, nécropole franque).

(3) Ce dernier mot, passé du français dans le wallon du pays, y paraît le plus usité ; cf. le même mot dans un État des biens de l'abbaye d'Oroal (en 1787), dans Institut arch, du Luxembourg, Arlon, t. XX, 1888, page 81.

(^) Ce fut le cas à Boutonoille et à la Forge Jean Petit (hameaux de Baileux), ainsi qu'à Villers-la-Tour.

(^) Exemples : à Virelles (N. de l'étang, lieu-dit la Ferrière) et à Foi'ges (lieu-dit Bas Village).

(*') Exemple : à Baileux (lieu-dit ruelle à crayats).

tation des taillis (^). Les plus importants de ces amas de crasses témoignent suffisamment de la permanence, pendant des siècles, de certaines exploitations du fer. Il est hors de doute cependant que la plupart d'entre elles durent être, comme ailleurs, intermittentes ou passagères (-),

La toponymie nous livre, à son tour, une foule d'antres souvenirs de l'ancienne sidérurgie au pays de Cliimay. Outre les noms qui nous disent eux-mêmes leur origine, tels les villages de Forg-es-lez-Chimay et de Forge-Philippe, les hameaux de Forge Cendron (dép. de Seloignes), de Foiir/îea«-Pliilii)pe(déj). de Seloignes), de Forge Jean Petit (dép. de Baileux) et du Fourneau (dép. de Monceau), bien des appellations ne peuvent ou ne pourront s'éclairer que par l'histoire même de l'industrie régionale du fer ; nous en citons quelques-unes au hasard : l'vôye des mineus (=le chemin des mineurs) ('^),la ruelle à crayats (Baileux), le Proubert (= pré Aubert. Forges), le Pré Bruslard (Baileux), les forges (Escaillière et Baileux) et les nombreux viviers{*), sans parler de maints lieux-dits qui nous ont transmis vraisemblablement les noms de tel ou tel maître de forge, car la toponymie du pays de Chimay paraît avoir fait un fréquent et persistant usage des appellations patronymiques (•'■).

Nous ne prétendons pas retracer, dans les pages qui suivent, les étapes principales de l'ancienne forgerie au pays de Chimay. Si longues et si patientes qu'aient été nos recherches, elles ne

(') Exemples : à Maçon, à Monceau, à l'Escaillière, dans le bois de Baileux, dans la Fagne (N. de Chimay, lieu-dit les desiiiiers), à Forges (lieudit Prouberl), à Bouviers (lieu-dit iîajuye), etc.

(2) Cf. pour d'autres régions de Y Entre-Sambre-et-Meiise : V. Tahon {ouv. cité), pages 780 et suiv. et pour les ])rimitives exploitations du l'er en Lorraine : Ü'' A. Weyhmann, Gesch. der älteren lothr. Eisenindustrie (dans Jahrbuch der Gesellsch. für lothr. Gesch. und Altert., Metz, ^9o5, Heft i) pages 2 et suiv.

(■^) Dénomination conservée à Forges-lez-Chimay et dans ])lusieurs villages voisins.

(••) Ces viviers, aménagés jadis pour le service des forges et fourneaux (autant que des moulins), ont le plus souvent dispai'u comme tels, transformés en praii'ies que traversent encore de maigres ruisselets.

(=) La tradition susdite se maintient, à n'en pas douter, de nos jours, où les noms proi)res de personnes sont accolés comme jadis à ceux des viviers, des prés, des courtils, etc., etc., à titi*e de déterminants.

nous permettent d'apporter ici que des notes fragmentaires, feuillets épars du livre des ferons de l'Entre-Sambre-et-Meuse, dans lequel on pourrait surprendre, de page en page, chacun des progrès lentement acquis par cette industrie essentiellement wallonne, depuis le bas-foyer anté-romain et le foyer dit à la catalane Jusqu'au moderne haut-fourneau.

Aucun bas- foyer nervien n'a encore été découvert, que nous sachions, dans la région de Chimay ; quelque jour prochain, peut-être, le hasard y fera retrouver les débris informes de l'une ou l'autre de ces excavations peu profondes, formées d'un lit d'argile et à fond arrondi, qui constituaient le fourneau peu compliqué des primitifs forgerons nerviens. C'est fortuitement que trois fours catalans furent trouvés naguère dans le bois communal de Baileux, au lieu-dit les Viviers (^).

ISTous n'évoquerons pas, après M. V. Tahon (^), le travail, bien imparfait, du forgeron de l'époque romaine déversant lui-même, dans le creuset de son petit fourneau, la limonite pulvérisée que deux élaborations successives dans cet appareil unique transformeront en fer malléable. Ce mode d'affinage direct se retrouve partout aux premiers temps de l'histoire de la forgerie (^). Les plus anciennes exploitations du fer, au pays de Chimay, se firent dans les forêts de Fagne et de Thiérache, en plein bois, {casae in nemore) loin des endroits habités (^). L'ouvrier fondeur devait être à la fois mineur, charbonnier et forgeron, ne pouvant compter que sur lui-même pour s'approvisionner de bois, de minerai et mettre en oeuvre le métal sorti de son creuset.

Dès la fin de l'époque romaine, le pays de Chimay eut pourtant des forges déjà considérables et auxquelles il ne serait pas possible

(^) Par M. A. Bernard, commissaire-voj'er à Chimay, lors des travaux d'établissement, en 1896 ou 1897, d'une distribution d'eau potable. Ces fours étaient creusés dans l'argile, à une faible profondeur (5o à Go c'"). M. A. Bernard, actuellement inspecteur voyer d'arrondissement à Möns, l)ut recueillir un fragment de la tuyère (poterie et ciment) de l'un de ces fours. Aux alentours il n'y avait ni blocs ferreux, ni crayats, ni débris quelconques de travail du fer.

(2) Ouv. cité, pages 777 et suiv.

(3) Cf. Karsten et Beck, cités par A. Warzée (p. 7 et suiv.) et D' A. Weyhmann (p. 2 et suiv.).

(') De même en Lorraine. Cf. U' A. Weyhmann, p. 3.

d'assigner un caractère intermittent ou passager : tels ces établissements dont les vestiges étaient encore conservés naguère à Virelles (lieu-dit la Ferrière) ('). Telles furent vraisemblablement certaines autres exploitations du fer dans les villages voisins, la richesse en métal des amas de scories qui en indiquent l'emplacement ne pouvant laisser aucun doute à cet égard (^). La quantité très élevée d'oxyde ferreux que l'on constate dans les résidus de ces vieux creusets est le seul indice permettant d'en conjecturer l'ancienneté ; il faut considérer comme incertaines les déductions tirées de la découverte parmi les crayats, de déblais peu importants de fours maçonnés, dans lesquels on a voulu voir des fourneaux dits à niasse. Plus élevés que les fours catalans et déjà moins primitifs, ces fourneaux à masse dateraient, comme on sait, de l'époque de Charlemagne (^).

De l'avis de Karsten (■*), la sidérurgie prospérait dans notre pays au X" siècle, et les fourneaux permanents y auraient été adoptés dès cette époque. Nous n'avons pas rencontré, avant le XIIFsiècle, de document authentique concernant l'industrie du fer au paj^s de Chimay (^) : en 1276, Jean de Soissons, seigneur de Chiraay, concède à l'abbaye de Claire-Fontaine l'exemption du droit « de tous pesages de fer qu'il {sic) achateront en la chastelerie de Cliymaj^ pour l'usage de ladite église et... de toutes leurs autres maisons «('^). Mais l'existence de la sidérurgie heunuj^ère est certaine pour les derniers siècles du moyen âge et son importance est affirmée ijlus d'une fois dans les pièces d'archives : on lit, par exemple, dans

(') C'est en 1878 que furent fouillés et enlevés en partie les craynts de la Ferrière. Sur les objets trouvés dans les fouilles, cf. Doc. et Rnpp. do la Soc. arch, de Cliarleroi, i883, tome XII, i)ag:e 497-

(^) L'analyse des crasse.s- de F<)rf?es-lez-Chiuiay (lieu-dit Bas-Village) révéla .jus(iu'à 5o à ()0 <7" de fer. Ces débris de minerai imparfaitement fondu furent enlevés pour le compte des usines de Thy-le Château en 1878. Cf. dossier aux Archiues communales de Forges.

(■'') Cf. G. de Laveleye (Zoe. cit.) d'après Wallonia. févr. 1907, pp. 70 et 78.

('') Maintes fois cité, à tort ou à raison ; cf. notamment A. Warzée, p. 7.

(^) La même lacune existe ailleurs ; ce n'est pas avant le milieu du XIII'' siècle (jue les sources signalent l'exploitation des mines do fer en Lorraine (actes de 1240 d i2(!o). Cf. D'' A. Weyliniann, 19 et 20.

('') Lettres datées de mars 127Ü. dans les Archives seigneuriales. Pairie de C.liimay aux Archives de l'Etal à Mous.

les statuts dumétierdes forgerons d'Amiens, datés du 24 novembre 1874 : « Item nulz ne porra vendre cleiis de fer de Hénault... w (^) et dans les statuts des forgerons d'Abbeville, du 3 juillet 1468 : « ...nulz desdits mestiers... ne puist ouvrer defer deHénault... »(2). Nous trouvons à plusieurs reprises, dans les comptes de la recette des neuf villes du Sart de Cliimay (^) pour les années i436 à i445, la mention d'un four à verre {four des voires) sis à Momignies et celle de plusieurs minières, forges et feurs (= fourneaux) des villages voisins (*). (^es mêmes comptes nous ai^prennent, il est vrai, que toutes les forges venaient d'être arsses (brûlées) et destruittes et que les mines de fer n'étaient plus d'aucun prouffit (^) ; mais il n'y eut là qu'un arrêt momentané de la sidérurgie, dû à l'une de ces fréquentes et toujours désastreuses invasions de la terre de Chimay par les armées des rois de France ("). S'il ne s'y est pas constitué de « centre » industriel et si la forgerie y conserva toujours le caractère régional (7), nous la voyons obstinément fixée dans les villages du pays de Chimay, trouvant sur place les manouvriers indispensables, aussi bien que les matières premières à mettre en œuvre. Comme nous avons pu le dire ailleurs (*), l'industrie du fer prit un développement considérable dans le pays de Chimay dès le début du XVP siècle et la prospérité locale qui en fut la suite naturelle persista jusqu'à la veille du traité de

(1) Cf. Thierry, Recueil des monuments inédits de Vhist. du Tiers-État, I, p. 677, cité par le D'' A. Weyhmann, p. 67.

(2) Même Recueil, IV, p. 287, cité par A. W., p. 58.

(•'') Ces neuf villes étaient Beauwelz, Momignies, Maçon, Monceau, Seloignes, Villers-la-Tour, Salles, Robechies et Baileux.

(*) Chambre des Comptes, n"" 10429-10437, aux Archives générales du Royaume.

(5) Ibid., compte rendu pour i445, fol. G6 et 78.

C') Sur ces événements militaires, voir le Recueil chron. et hist, du doyen Le Tellier, cité par G. Hagemans, Hist, du pays de Chimay. Bruxelles, 18Ö6, vol. I, xjages 200 et suiv.

(') Momignies, Baileux et Seloignes eurent jusqu'à trois et quatre usines ; mais les autres villages, au territoire également très étendu, n'en comptaient pas plus de deux en moyenne (fourneau et forge).

Cf. Le dénombrement des habitants de la principauté de Chimay en 1616 {Bulletin de la Comm. roy. d'hist., 1907, t. LXXVI, Extrait), pp. 17 et 18.

Vervius (iSgS) ('). En dépit des calamités de toutes sortes qui les assaillirent dans l'époque suivante, les forges et fourneaux chimaciens restaient encore nombreux et importants à la fin du XVII® siècle : en 1691, on y comptait 9 fourneaux et 19 (?) forges (-). En 1751, la terre de Chimay avait conservé 9 forges et 4 fourneaux ; en 1794-1793, 3 fourneaux et 4 forges y étaient encore en activité(^). La substitution du coke au charbon de bois, on le sait, transporta l'industrie sidérurgique dans le voisinage des gisements houillers, aux environs de Charleroi : le dernier fourneau du pays de Chimay s'éteignit vers le milieu du siècle dernier ('').

Envisagés d'après l'état dans lequel les documents d'archives nous les présentent dès le XV* siècle (^), les forges et fourneaux du pays de Chimay paraissent avoir eu pour origine des concessions seigneuriales , parfois temporaires : le seigneur-prince octroie, moyennant redevance, outre le droit d'extraire le minerai de fer, celui d'établir une usine qui s'approvisionnera conditionnellement dans ses forêts de Fagne ou de Thiérache ('■). Les sergents des bois, contrôleurs, mesureurs et receveurs des censses règlent, au nom du prince, l'exploitation des minières (') ; la coupe

(') Nous n'y ti'ouvons aucune répercussion notable de la Révohilion du JYT/'' .vjec/e avant les années iSqS et i5()(i, au cours (les(iuelles les troupes armées de Henri IV dévastèrent tout le pays de Chimay.

(^) Avec ces dernières étaient comptées les forges de la terre de Beaumont, Cf. le Mémoire de V intendant Bernier, manuscrit n" i3i de la Bibliothèque publique de la ville, à Möns.

("*) Cf. A.Warzée (ouu. cité), pp. 25 et 34.

('') A. Warzée (pp. (55 et suiv.) a pu réunir des notes assez copieuses sur l'historique de ces forges et fourneaux (surtout à dater des débuts du XVIII"-' siècle). Nous comptons les comiiléter prochainement pour ce qui regarde les XVP et XVII« siècles.

(•'') Cf. la mention suivante, datant de i44'' • " 20 sols parisis (jue souloit devoir chascun an chascune forge faisant ouvraige marchant» (Chambre des comptes, cité ci-dessus).

C') Exemple : acte d'arrentement du pré Bruslant (=Sri(iZar/), dép. de Baileux, fourneau et forge) on i5o<). Greffe scabinal de Baileux,actes de 1498iüo5) aux Archines de l'État, à Möns.

(") Voir à ce sujet le Mémoire du prince de Chimay à la Cour souveraine de Möns (10 mai 1Ü22) et les Règ-lements émanés du Conseil souverain (9 juin i7o(i) dans le Recueil intitulé Cantonnement des bois de la princip. de Chimay. Titres et Documents, Bruxelles, 18ÜS, in-4°. pp. "3, i4B et suiv.

des bois par les bosqiiillons (ou bocquillons), la préparation du charbon de bois par les faiidreurs et son transport aux usines i^ar les roideiirs (ou chantiers) sont minutieusement réglémentés (^). C'est le prince qui organise tout le travail industriel du fer par l'octroi, à la date du 22 août iSog, des Chartes et privilèges des forges, marteaux et minières de la terre et principauté de Chimay ('). Nous ne pouvons analyser ici cet important Règlement en 18 articles, qu'il conviendrait de comparer de près avec les Chartes, franchises et privilèges des ferons du pays et comté de Namur, datant de i345 et renouvelées, comme on sait, le 24 octobre i635 (^). Bornons-nous à dire que le Règlement émané de Charles de Croy en i509 décrète l'élection d'un maire et de sept jurés des ferons, fixe les obligations et devoirs des mineurs sermentés et de leurs apprentis ainsi que les conditions de leur travail, et ordonne de marquer {frapper à fer chaud) à la fois de la marque du prince et de celle du marchand, tous les fers qui seront martelés, forgés et mis en barreaux (= en barres). Où se débitait la fonte (en gueuses) provenant des fourneaux du pays de Chimay ? Et quels étaient les produits ordinairement obtenus dans les forges chimacienues ? Nous sommes très imparfaitement renseignés à ce sujet (^) ; nous ignorons même les fluctuations des relations économiques qui unissaient le paj'S de Chimay avec la terre d'Avesnes, avec le reste du Hainaut et l'Entre-Sambre-et-Meuse liégeoise ou namuroise. Ni les archives conservées de l'ancienne

(^) Notamment par les Ordoiiiiauces de i53o et i53i, données par Pliilippe de Croy (même Recueil, pp. i etsuiv.) et maintes fois révisées ou contestées dans la suite (Ibid., pp. 8, 10 et passim).

(^) Nous n'avons troiivé que deux copies de ce Règlement de iSog. L'une d'elles se trouve aux Archives de l'État, à Möns (Archives seigneuriales, Chimay, un Registre).

(^) Recueil des Coutumes du comté de Namur (sous le titre : Nouvelle ordonnance, etc.), Namur, Godefrin, i652, in-i6. pp. 227 et suiv.

(■*) Le Mémoire de l'intendant du Hainaut Bernier (déjà cité) nous" apprend qu'une partie du fer fabriqué dans la terre de Chimay (et dans celle d'Avesnes) se débitait en France à la fin du XVII^^ siècle ; les forges de Lompret étaient au nombre des usines alimentant la fabrication des armes à Charleville. Jusqu'i(!i. ajoute-t-il, le fer de Hainaut « se vendoit dans tout le Pays- Bas espagnol » et Mous était «la ville d'entrepôt où ce commerce s'en faisoit» (Manuscrit cité, pp. ia5 et suiv.).

prévôté de Chimay, ni celles des Etats de Hainaut{^)ne: nous livrent la documentation que nous cherchons en vain ailleurs concernant les maîtres de forges et les manouvriers du fer au pays de Chimay. Les anciens cahiers d'impositions nous donnent, il est vrai, la faculté de suivre pas à pas et d'année en année, les vicissitudes de la plupart des usines, à tout le moins pendant une période de près d'un demi-siècle, de iS'jS à 1628. Ajoutons que les archives du Conseil souverain de Hainaut nous fournissent les seules listes, d'ailleurs fragmentaires, que nous ayons trouvées, groupant les noms des ouvriers mineurs, bocqueurs (oubocardeurs), faudreurs, fondeurs et marteleurs, vivant épars dans les anciens villages de la terre de Chimay (^).

C'est dans les actes (chirographes et embrefs) des greffes scabinaux que nous avons pu saisir au passage, de-ci de-là, bon nombre de données concei'nant l'histoire du fer au pa3's de Chimay. Notre récolte est jusqu'ici très pauvre; nous ne le nous dissimulons pas. Elle nous permet cependant d'évoquer déjà plus d'une de ces dynasties de puissants maîtres de forges qu'on n'avait pu tirer de l'oubli dans lequel les a plongées la ruine de l'ancienne sidérurgie. Telles les familles des Mauclercq, Lobbez (ou Lobbet), Petit, Moustier (ou Dumoustier), Pochet (ou Polchet), Jacquier, Ghobert, Ghoreux, Brunet et Licot, — pour en citer quelques-

(') Conservées au depot des Arcliines de l'État à Mous. Les premières remoiitei.t à l'année i5-4 [liussc de procès de 1674 àiG78) ; elles nous apprennent soit les noms de quelques ferons^ patrons ou ouvriei's, soit quelque difiérend ou transa/tiou entre gens de métier. — Notons, dans les Archives (les Klais de Ilaiitaiit, deux pièce j relatives à l'impôt sur le fer (eu 1604) et à l'exemption de taxes sollicitée par des maitres de forges (en 1721). Cf. Vlnvenlaire analytique publié par M. L. Devillers, tome II, pp. 9 et 36o. C'est à pou près tout ce que nous livrent les archives si importantes des États de Hainaut, eu dehors des précieu.x cahiers d'impositions (de 1576 à lüüö), dont il a été gardé une abondante collection, presque sans lacunes, pour toutes les anciennes localités du Hainaut.

(2) Cf. aux Arcliiues de l'Éla*, à Mous. Conseil soaoerain, n°* 3o84 et 3o85. Dans la liste des habitants da Hainaut capables de porter les armes, en iSgS, nous lisons : [à Forges] « Philii)]ies le Misneur,... Anthoine le Misneur,...

Abraham le Misneur Orban le Marteleur,... Colart le Marteleur... » etc.,

etc. — Pas de nom patronymique, rien qu'un prénom le plus souvent ; il convient d'ajouter que, déjà en i5()5, nous trouvons ailleurs la mention suivante: ce .Jean Waldor, ouvrier aux forneaux, demorant aux Riezes » {Seloignes. Greffe scabinal, chirog.).

unes, choisies parmi les plus notables ('). Il sera réservé à de nouvelles et plus fructueuses investigations de déterminer la part qui revient, à chacun de ces vieux maîtres- ferons, dans les fastes industrielles de la Wallonie belge.

Em. DoNY.

(') Nous extrayons de notre dossier les notes documentaires qui suivent, sur les fondateurs ou exploitants des usines chimaciennes [fg.=forge; fr.= fourneau] : Maiiclercq Pierrart fg. Baileux, i445 ; Jacques fg. Pré Bruslart (Baileux), 1009 et j5i5. — Lobbet Jean îg. etfr. Lompret, i534; Martin idem i554; Nicolas idem, 1677 ; Jean fr.de Bourges (Momignies), iSga. — PetitJesin fg.etfr. Baileux, i5ün; Jacques fr. et fg. Pont S. Nicolas (Baileux), 1616; fg. Escaillière (Baileux), 1G21. — Moustier (ou Dumoiistier) Guillaume fr. Momignies, 1090; Michel fg. Virelles, 1590; Pierre, idem, 1Ü22. — Pochei{ouPolchet) Gaulchier fg. Seloigues et fg. Forges 157Ü et 1587 ; Martin fg. Forges 1592, 1602, fg. Pré Bruslart, 1602 et fr. de Bourges, 1692 ; Laurent fr. Beauwelz, 1600 et 1616 ; Michel fg. Forges 1628 et suiv., fg. Nimele'tte (Baileux) 1649 ; Nicaise fr. de Bourges 1G16 ; Martin fg. Pré Bruslart 1649; Joseph fg. Forges i665 et 1G81 ; Philippe fr. Seloignes, iGG5 ; Guilbertfg. Baileux, 1676 ; Michel fg. et fr. Nimelette, iG84; Nicolas, fg. Forges 1G87, four à verre Forges, 1G97 ; Nicolas fg. Forges, 1711 ; Olivier Joseph, fg. Baileux, 1769; Eugène fg. Montbliart (N. Ohimay) 1771. — Jacquier Pierre fr. Bourges, 1G04 ; fg. Salles, 1087 ; Nicolas idem, iGz'S. — Ghobert Jaspart fg. Montbliart, 1087 et 1G02, fr. Villers[ la-Tour] iGo3, fr. Seloignes, 1602 ; Gilles fg. Montbliart, 1G08 ; Jacques idem, 1G20 ; Pierre François idem, 1788 et 1780. — Ghoreux Ogier fr. et fg. Pont S. Nicolas (Baileux), iGiG. — Brunei fr. Boutonville (Baileux) fg. et fr., Lompret et Nimelette, 1740; Nimelette (Baileux), 1787. — Licol [Michel] fg. Pré Brûlart, 1751 (?), Pont S. Nicolas, 1792, i8i3.

Une mpplique du XVP siècle

pour la

création d'un Collège Belge à Rome

La Bibliothèque Ambrosienne de Milan possède, dans un i-ecueil intitulé : Miscellanea diversariim reruin ('), un document des plus intéressants pour l'histoire des fondations belges à Rome. Bien que signalé dès 1867 par Ruelens (-), il est resté inédit et le D' J. Schmidliu, pour son Histoire de l'Eglise deV Anima p), a dû se contenter d'un court extrait qu'en donnait Ruelens. Cet acte mérite cependant d'être publié intégralement, tant à cause du but que se proposaient ses auteurs que des renseignements qu'il contient sur l'état des divers hospices néerlandais dans la Ville Éternelle à cette époque.

Il s'agit d'une supplique adressée au pape par quelques jeunes gens des Pays-Bas, qui lui demandent de fonder à Rome un collège où leurs compatriotes prêtres trouveraient, en même temps que la subsistance matérielle, le moyen d'achever leurs études.

Ce document n'est pas daté, mais il renferme certaines données

(') Cod. D. 216. lui'., fol. ()8 et 69. Copie du eominencement du XVIII*^ siècle.

(^) ,1. Ruelens, Notes sur les Biblioiheciucs de Milan, Rome et Florence, dans les Bulletins de la Comniission royale d'histoire de Belgique, 3'' série, t. IX

(■*) J. Schmidliu, Geschichte der deutschen Nationalkirche in Rom, S. Maria delV Anima (Fribourg-en-Brisgau, 190G), ]}. 822, uote, et \>. 4i4-

cxui permettent de lui assigner une époque assez précise. La mention des guerres et des calamités qui affligent les Paj^s-Bas, celle des progrès de l'hérésie dans ces provinces s'appliquent évidemment à la seconde moitié du XVP siècle. En outre, en rappelant que l'on a déjà pris des mesures en faveur des étudiants des autres nations septentrionales (quemadmodum coeteris septentrionaliiim iiationiim stiidiosis in Urbe... prospectumest),V{inteaT fait sans aucun doute allusion au Collège germanique fondé en i552 par saint Ignace pour les étudiants de la Haute-Allemagne

Si, d'autre part, on remarque que le nouvel établissement est désigné comme devant être le Collegium quindecim provinciarum Flandriae nationis, il faudra bien admettre que cet acte est antérieur à la séparation des Provinces-Unies des Pays-Bas Espagnols, séparation qui fut consommée en 1679 par l'Union d'Utrecht.

Et ainsi cette supplique se place entre ces deux dates extrêmes de i552 et 1579 et doit avoir été adressée à l'un des papes qui occupèrent pendant cet intervalle la Chaire de saint Pierre, soit Pie IV (i559-i565), soit Pie V (i565-i572), soit Grégoire XIII (i572-i585). Supposer, comme le fait Ruelens (^), qu'elle fut destinée au cardinal Borromée, est une erreur manifeste : les termes de l'adresse : Sanctissime Pater ne peuvent s'appliquer qu'au pape.

Toutefois, rien n'est plus probable qu'une intervention de l'illustre archevêque de Milan dans cette affaire. Neveu du pape Pie IV par sa mère, Marguerite de Médicis, il fut élevé encore jeune aux plus hautes charges dans le gouvernement de l'Eglise. Créé cardinal en i56o, il devint pour son oncle le plus dévoué et le plus actif des collaborateurs. D'autre part, vers i566, il accepta de remplir auprès du Saint-Siège les fonctions de protecteur officiel

(,') Cardinal A. Steinhuber, Geschichte des Kollegium Gernmnikum Hungarikum in Rom (2" éd., Fribourg-en-Brisgau, 1906), t. I, pp. 16 et suiv. Parmi les iiremiers étudiants de ce Collège, se trouvaient un nombre assez considérable de Néerlandais, mais saint Ignace se montra dès le début hostile à leur admission, l'Université de Louvain lui paraissant tout indiquée pour les recevoir. Les Liégeois étaient admis au Collège germanique, comme faisant partie du Cei'cle de Westpha,lie, à condition de parler allemand. Cf. J.Daris, Notices historiques sur les Églises du diocèse de Liège, t. XIV (Liège, 1898), pp. 187 à 194 : Le Collège germanique à Rome et le diocèse de Liège.

(^) Op. cit., 1). 254.

des Pays-Bas (') et conserva ce titre jusqu'en 1672 (*). Il serait donc tout naturel que les auteurs de la supplique se fussent adressés à lui pour faire pi'ésenter et appuj^er leur demande ; on peut même supposer que le pape l'ait chargé d'examiner cette question. Mais ce ne sont là que de pures hypothèses.

Quoi qu'il en soit, voyons comment se justifiait ce projet et quels étaient les moyens j)roposés pour l'exécuter.

Si l'on en croit notre document, il se trouvait à cette époque à Rome un nombre considérable de jeunes clercs néerlandais, de famille noble pour la plupart, qui avaient fui leur patrie dévastée par la guerre et l'hérésie. Et bien que les Pays-Bas i^ossédassent dans la Ville Éternelle trois hospices (ce dont aucune autre nation ne pouvait se vanter), beaucoup d'entre eux, dénués de ressources, allaient mourir dans les hôpitaux publics. La création d'un Collège des Pays-Bas fournirait à ces exilés un moyen de sortir de leur situation misérable et les préparerait à lutter victorieusement contre l'hérésie grandissante : ils rendraient ainsi à leur patrie le même service que les étudiants du Collège germanique rendaient à la Haute-Allemagne.

La réalisation de ce projet pouvait se faire sans grever aucunement le budget du Saint-Siège ou de la Chambre Apostolique : il suffirait d'y affecter les revenus des hospices nationaux, sur la situation matéiùelle et morale desquels nous trouvons ici des détails du plus haut intérêt.

Le premier et le plus important de ces établissements est l'hospice de VAnima. Cette fondation disposait alors d'un revenu annuel de quatre à cinq mille ijouronnes (disait-on), et était occupée par quelques prêtres flamands qui presque tous ne recherchaient que leurs propres intérêts {quae sua sunt querentes). Ce qui concorde parfaitement avec ce que l'on sait de l'état de VAnima à cette époque au point de vue moral, qui n'était guère édifiant ('). Si on

(') Cf. Caroliis a Kasilica Petri, De vitu et rebus gestis Carolin S. R. E. rarflhuilis litiili S. Praxedis, arcItie])iscopi Mediolani libri Septem (Ingolstadt, 1592), ]). 25.

(^j Les archives archiépiscopales de Milan conservent une copie de la lettre par laipielle le cardinal Borroinée renonce en cette année à la protection de la Flandre et du Portugal. Cf. Aristide Sala, ZJocH/nen// circa la vita e le gesiu di Sun Carlo Borroineo, t. II, p. 198.

(^) Voy. des détails à ce sujet dans Schmidlin, op. cit., pp. 410 et suiv.

y installait, sous la conduite d'un directeur ecclésiastique, quelques jeunes prêtres désignés par les États-Provinciaux des Pays-Bas et chargés de desservir l'église, le projet se trouverait réalisé le plus facilement du monde.

Si la chose n'était pas possible à VAnima, le même résultat pourrait être obtenu à l'hospice de Saint-Julien ('), dont la dotation s'élevait à trois cents couronnes; mais il faudrait y ajouter la moitié ou au moins le tiers des revenus de VAnima.

Enfin le troisième hospice néerlandais, dont le nom n'est pas cité, était alors occupé par de pauvres veuves flamandes. Il s'agit ici sans aucun doute du Campo Santo de' TedescIiL Cette fondation était en effet devenue vers le milieu du XVI*^ siècle un asile pour vieilles femmes. Elle est citée comme telle pour la première fois en i558 et cette affectation devait être alors toute récente (^) ; ce qui confirme la date ai^proximative assignée plus haut à la supplique. Mais l'institution étant très pauvre et située dans un quartier misérable et insalubre, il ne fallait pas y songer.

Tel était le plan proposé jiour la nouvelle œuvre ; il paraît d'une réalisation assez facile et cependant il ne semble pas qu'aucune suite ait jamais été donnée à ce projet. Mais il est intéressant de constater qu'en iSyS, lorsque le pape Grégoire XIII voulut doter le Collège germanique, il fut question à certain moment d'y consacrer unei^artie des revenus de VAnima, et même de fusionner les deux établissements ; déjà le pape avait dans ce but demandé communication des livres de comptes de VAnima. Le proviseur François Stravius adressa au cardinal-protecteur Madrucci un long mémoire où il exposait les raisons qui devaient empêcher de détourner de leur but lec biens d'une fondation de bienfaisance, et l'idée de toucher aux revenus de VAnima fut de nouveau abandonnée P).

(1) Sur cette institution, voy. P. Visschers, Notice sur l'Hospice et VÉglise de Sniiit-Jiilien des Belges à'Rome, dansles A nnales de l'Académie d'archéologie de Belgique, t. VI (1849), pp. 33 à 64.

(2) Cf. A. (le Waal, Der Campo Santo der Deutschen zu Rom. Geschichte der nationalen Stiftung (Fribourg-en-Brisgau, 189G), p. 91.

(3) Cf. Steinhuber, op. cit., t. I, p. 92, note 4; et Schmidlin, op. cit., PI). 321 et 322, note.

L'échec de ce projet de Collège des Pays-Bas est d'autant plus regrettable que des trois fondations que l'auteur de la supplique revendiquait, "non sans fierté, comme néerlandaises, deux ont vu leur nationalité changée par les vicissitudes politiques: V Anima et le Campo Santo sont aujourd'hui deux institutions purement allemandes, placées sous le haut protectorat de l'empereur d'Autriche. Dans la première, d'une origine cependant si foncièrement néerlandaise ('), les droits des Belges et des Hollandais ont été réduits parle Bref de réorganisation de iSSg, à une bourse annuelle de 120 écus (600 francs) pour un étudiant ecclésiastique de chaque pays (^). Dans la seconde, il ne leur reste rien.

Toutefois Saint-Julien est resté à Eome l'Église nationale belge et prend sous L'active et intelligente direction du recteur actuel, Monseigneur Vaas, un développement nouveau, par la reconstitution du collège des chapelains, qui formera le complément du Collège ecclésiastique belge fondé en 1844 pfir les évêques de Belgique (■*). Grâce à ces deux institutions, se trouve enfin réalisé à notre époque le projet soumis au Saint-Siège dès le XVP siècle.

Arnold Fayen.

(') Le caractère néerlandais de la fondation de l'Anima a été de nouveau énergiquenicnt revendiqué i)ar G. Brom, De nederlandsch-duiische stichting der « Anima » le Rome, dans De Katholiek, godsdienslig- geschied- en letterknndig maandschrifl, t. CXXXII (1907), pj). -286-30(3, 358-38o, 44()-4G8. Voy. aussi la réponse du D' Jos. Schniidlin, Der holländische Anspruch auf die Anima vor dem Forum ihrer Geschichte, dans Der Katholik, Zeitschrift für katholische Wissenschaft und kirchliches Leben (Mayence, 1008) i.'' série t. XXXVII, pp. 184-201. ' . t .

(') Sclimidlin, op. cit., p. 7Ü5.

(■') Cf. Mgr de T'Serclaes, Le Collège ecclésiastique belge à Rome, son jubilé de cinquante ans, son histoire, ses élèves (Rome, 1897).

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