‹ Mélanges Godefroid KurthChapitre 89 sur 91 · II. 1IV.M.\.N'S. — La fu s .\NCUiNNli · texte numérisé non relu

II. 1IV.M.\.N'S. — La fu s .\NCUiNNli

Vil- <;ÉXÉR.\LK Dii niif.\i:i.U':s.

Relation d'un Père Jésuite

réfugié en Flandre

sur la situation de la France au déhut de 1S9S

L'intérêt principal de cette relation est qu'elle nous révèle la démarche d'un membre important de la compagnie de Jésus pour obtenir de Rome la nomination d'un roi catholique, à un moment où Henri IV, déjà converti au catholicisme, négociait sa réconciliation avec la papauté.

Certes on y trouve des impressions et des faits connus d'ailleurs ; mais l'importance historique de cet exposé vient surtout de ce qu'il nous offre, de la part d'un jésuite exilé, un ensemble frappant de motifs accumulés dans un vigoureux réquisitoire à l'effet de décider le pape Clément VIII à refuser l'absolution au Béarnais et à nommer un roi catholique en France. C'est qu'en effet, si, depuis le XVP siècle jusqu'à nos jours, d'interminables controverses se sont succédées au sujet des théories politiques des jésuites et do leur attitude à l'égard des puissances de ce monde, on n'a pas manqué, en ce qui regarde l'avènement d'Henri IV, de mettre en relief le rôle de ceux d'entre eux qui ont prêté leur concours au monarque français pour le réconcilier avec le Saint Siège ('), et notamment l'on a rappelé souvent à ce sujet

(') Parmi les écrits coiiteiuporaius des événements on peut citer : [L. Uicheome, S. .T.] Très humble remonstrance et requeste des religieux de la Compagnie de Jésus, !>. Gi. Bordeaux, 1598 ; De Mena, S. .T., Relation sur l'attentat de Chastel et ses suites, datée de Bordeaux, 19 juillet i6o3, éditée dans .7. -M. Prat, S. .T., Recherches historiques et critiques sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, i56lj.-i626, t. V, pp. 5i-68. Lyon, 1878 ; A. Beliotte, clianoine et grand archidiacre de Rouen, Response à V Anticoton, p. 22. Rouen, 1611 ; L. Riclieome, S. J., Examen catégorique du

— iiSo —

les PP. Alexandre Geoi^ges ('), Emond Auger (^) et Jacques Sirmond (^), mais beaucoup plus encore le P. Antoine Possevin et le cardinal Tolet (^), voire aussi les PP. Com-

libelle Anlicoton, pj). 4oo sv. Bordeaux, iGi3. Il faut ajouter les corresi)ondances dixiloniatiques de ce temps: Lettres du Cardinal d'Ossat, éd. d'Amelot de la Houssaye, t. I, pxJ. i65svv. Paris, 1698 ; Les ambassades et negotiations de l'illustrissime et réoérendissime cardinal du Perron, archevesque de Sens, primat des Gaules et de Germanie, et grand aumosnier de France, éd. G. deLigny. Paris, iü33; Pli. Canaje, Seigneur du Fresne, Lettres et ambassade, éd. de la Guesle, t. III, p. 21. Paris, iü45. Parmi les travaux liistori(iues, rappelons .1. .Jouvancy, S. J., Ilistoria Societatis Jesu, Pars V, lib. XII, n^'SS. Rome, 1710; J. Crétineau-Joly, Histoire delà Compagnie de Jésus, t. II, pp. syv. Bruxelles, i845 ; .J.-M. Prat, o. c, t. I, Tpp. 288 svv. Lyon, 1876; H. de l'Épinois, Les derniers jours de la Ligue. La France en i5g2, Etats de i5g3. Absolution d'Henri IV, dans la Revue des questions historiques, t. XXXIV, pp. (58 svv. Paris, 1888; H. de l'Epinois, La ligue et les papes, i)p. 625 svv. Paris, 188Ü; Die Selbstbiograjihie des Cardinals Bellarmin, éd. J. J. I. von Döllingeret P. II. Reusch, p. 106. Bonn, 1887 ; A. Douarclie, L'Université de Paris et les Jésuites {XVF et XVI I" siècle), p. 184. Paris, 1888 ; ■J. Piaget, Histoire de l'établissement des Jésuites en France, lo^o-iGtfo, p. 222. Paris, 1894- L'oi)inion générale a été récemment combattue par A. Droin, L'expulsion des Jésuites sous Henri IV et leur raj)pel, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. III, ])p.9-i2. Paris, 1901-1902.

(') Mena, dans Prat, o. c, t. V. pp. (iö svv. ; Jouvancy, o. c, P. V, lib. XII, n" 38 ; Prat, o. c, t. I, j). 288. — Toutefois d'après une lettre de l'abbé d'Ossat du 21 mars i595 (o. c, t. I, pj). 121 sv. et 12Ü sv.), le P. Alexandre et le P. Guéret x^arlaient fortement contre Henri IV et, sur les plaintes de Clément VIII, le général Aquaviva leur fit txuitter Rome. (Voir aussi la lettre de Niccolini, ambassadeur de Toscane à Rome, au grand-duc de Florence, du 17 mars 1695, dans A. Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane. Documents recueillis jiar Giuseppe Canestrini, t. V, p. 2o5. {Collection de documents inédits sur l'histoire de France.) Paris, 1875. Cfr. Droin, art. cité, p. 10.

(^) Le P. Auger mourut en 1591, avant la réconciliation d'Henri IV avec l'Église, mais il s'était déclaré favorable à sa cause. V. Riclieome, Examen catégorique, etc., p. 400.

(•^) Mena, dans Prat, o. c, t. V. p. G7 ; Prat, o. c, t. I, p. a34; DöUinger et Reuscli, o. c, p. 106; Droin, art. cité, p. 10, l'exclut du nombre des Jésuites favorables à la réconciliation du roi, uniquement imv un argument tiré du silence de l'abbé d'Ossat et de Canaye de Fresne.

(*) Cfr. Ricbeome, Examen catégorique, etc., p. 401 ; Canaye de Fresne, o. c, t. III, ]}. 21 ; divers documents de l'é^ioque dans H. de l'É^jinois, o. c, ])p. Go5 svv. ; Crétineau-Joly, o. c, t. II, pp. 473 svv. ; Prat, o. c, t. I, \>. 284; DöUinger et Reusch, o. c, p. loö; Douarchi?. o. c, p. 184. A. Droin, art. cit., pp. 11-12, admet l'intervention du P. Possevin, alors que, p. 11, il parait l)ien la rejeter.

(J') Voir notamment la lettre de l'abbé d'Ossat à Villeroy, du 3o août iSgS, o. c, pp. iG5 svv. ; lettre de Du Perron au roi (sans date), o. c, ]>!). 25 sv. — Le 18 octobre i595, le nonce Malvasia écrivant au cardinal Aldobrandiiio (Nunsiatura di Fiandra, t. VIII, f. 458), lui transmit une copie d'une lettre

molet (') et Guérot ('), ainsi que le général Aqnaviva (•'). Et même le célèbre historien Ranke (^) n'a i^as hésité à avancer cette proposition bien plus générale : « les jésuites bannis de France, où ils avaient professé jusque-là les doctrines extrêmes, travaillèrent de la manière la plus active à la conclusion de ce traité entre le pape et le roi. »

11 n'y a pas à méconnaître l'intervention généreuse et efficace de plusieurs d'entre eux au profit d'Henri IV. On con(;oit aussi (|ue les jésuites demeurés en France, après le décret d'expulsion, se soient tenus dans une prudente réserve (^). Mais comprend-on

adressée par Du Perron et d'Ossat à Henri IV de Rome le 2 sejjtcinbre i595 (ibidem. (. 4o'i)- Elle l'ait aussi le plus vif éloge de Tolet. — Toutes les sourees d'ailleiu's aussi bien que les liistoriens actuels sont d'accord à relever l'importance de sa décisive intervention en faveur d'Henri lY. Celui-ci lui adi'essa une lettre de reniercienionts.

(1) Mena, dans Prat, o. c, t. V, j). G7 ; .louvancy, o. c, P. V, 1. XXI, n°38. Cf. Mémoires jonriinux , par P. de I/Esloile, Supplément :ui jour nul du règne de Henri IV, depuis i5()() jusqu'à j6'ci6', t- H. PP- 4^ sv. (Collection Petitot, l'i^ sér., t. XLVII.) Paris, iSaS. Au témoignage du cardinal xVldobrandino, rapporté à Henri IV i)ar l'abbé d'Ossat dans sa lettre du i(i février 1095 (o. c, t. I, ]). 117), «il était lui-même témoin des bons ofices qu'ils (les jésuites) avaient faits en l'afaire particulière de votre réconciliation avec le Saint-Siège, et entre autres le Père Comniolet, qui était ici ». — Cependant Am. Droin, art. cité, ]). 10, ne croit guère ou plutôt ne croit i)as que le P. Commolet ait joué un tel rôle au profit d'Henri IV.

(^) Jouv.ancy, o. c., P. V, 1. XII, u" 38. Il parait bien cependant que ce Père nuisait v>lutôt à l'ceuvre de réconciliation, ainsi que le dit Droin, art. cité, p. 10. Voir ci-dessus, p. 2, n. i.

(•^) Mena, dans Prat, o. c, t. V, j). üü ; Jouvancy, o. c, P. V, lib. XII, n" 3(). Cfr. Prat, o.e., t. I, p. 234 ! l'Épinois, o. c, p. Ö25 ; Döllinger et Reusch, o. c, ]). loG ; Douarclie, o. c, p. i34. — A. Droin, art. cité, p. 10, invoque à rencontre des témoignages de Mena et de Jouvancy le silence de d'Ossat et de Canaye de Fresne. On conçoit difficilement, cependant, que ])lusieurs .lésuites aient pu travailler ouvertement à Rome en faveur d'Henri IV et que certains autres .Jésuites nuisibles à sa cause aient été écartés de Rome i)ar leur général, si celui-ci n'avait pas désiré voir aboutir les négociations du Saint-Siège avec Henri IV. (Cir. ci-dessus, p. 2, n. 1). Voir aussi la lettre du cardinal d'Ossat à A'illeroi, de Rome, le 23 octobre 1597 (o. c, t. I, pp. 4?^ svv.). L'ambassadeur loue <.< la modération du dit Père général et de ses religieux... le dit Père général... est très sage et modéré ».

(*) L. von Ranke, Französische Geschichte vornehmlich im sechssehnten und siebzehnten Jahrhundert, t. IV, pp. 17 sv. (Leopold von Ranke's silmmtliclie Werke, t. IX.) Leipzig, 18G8.

(■') Voir le [P. Richeome], La nérité défendue pour la religion catholique, en la cause des .Jésuites, contre le plaidoyé d'Antoine Arnaud, ])ublié sous le pseudonyme de François des Montaignes, à Toulouse en iSgS, après l'ex-

qu'au moment même de leur vio.lente expulsion de France (i), alors que tant d'entre eux avaient soutenu la Ligue et combattu l'avènement du Béarnais, comme un danger pour la France et pour la religion catholique (^), les pères Jésuites se soient montrés en général si empressés à favoriser la reconnaissance officielle de son titre royal par la papauté ?

Précisément la relation dont il s'agit ici nous manifeste les sentiments et les aspirations anti-béarnaises d'un groupe nombreux et important, puisque son auteur est le Père recteur d'un imj)6rtant collège, retiré avec ses confrères de Rouen même (^), ainsi qu'avec ceux des collèges d'Eu aux Pays-Bas (■*).

Il s'appelait Jean Machault. Né à Paris en 1571, il avait professé la rhétorique au collège de Clermont pendant plusieurs années. Il était recteur ou vice-recteur du collège de Rouen, lorsque l'arrêt

pulsion des Jésuites mais avant l'absolution solennelle d'Henri IV. Il défend la Compagnie du reproche de ne pas prier pour le roi et de favoriser l'Espagne. Pour la question successorale, il s'en remet à «l'entremise et auctorité dy chef de l'Église, et commun père des clu-estiens, qui assisté particulièrement de Dieu, et de gens de science et conscience, probablement ne fera rien contre le droit des légitimes successeurs, et procédera sans passion, avec toute modestie, et douceur en cas si important, visant toujours à l'honneur de Dieu, au bien du public, et du particulier » (édit. de Liège iSgö, p. 58). — En tète se trouve une lettre imprimée, annonçant l'envoi de l'ouvrage au cardinal de Joyeuse, mandé à Rome par Mayenne, et l'union des catholiques, mais favorable à la réconciliation d'Henri IV. Elle est datée du 29 mars ioqd.

(1) Alors même que les Jésuites étaient rentrés en France, on voit, d'après des Litterae A nnnae imprimées en 1604, combien les souvenirs de l'inhumanité des traitèments employés àleur égard étaient vivaces. Voir les Litterae societatis Jesus, duorum annorum MDXCIIII et MDXCV ad patres et fratres eiusdem societatis superiorum permissu, pj). 179 svv. Najjles, 1604.

(^) Sur l'attitude des PP. Jésuites durant la Ligue, voir, p. e., Dazès, Des Jésuites ligueurs. Avignon, 1828 ; A. Douarche, o. c, pp. 92 svv. ; P. Feret, V Université de Paris et les Jésuites dans la seconde moitié du XVI'^ siècle, dans la Revue des questions historiques, t. LXV, pp. 482 svv. Paris, 1899.

(^) Le 10 février iSqo, Malvasia, nonce apostolique, écrivait de Bruxelles au cardinal Aldobrandino : « Sono comparsi quà 26 Giesuiti delli cacciati di Francia délia Provincia di Normandia, Ii quali jiroportionatamente da questa Provincia sono stati distribuiti per tutti li Colegii, et havendomi fatta rilatione di molti particolari, me l'hanno anco data in scritto, et la mando qui allegata a V. S. Illma. {Nunziatura di Fiandra, t. VIII, f. 90.)

('') Cfr. P. J. M. Prat, o. c, t. I, pp. 194 svv. ; Mena, zôide/n, t.V, pp. 65 svv.

d'exi)nlsi()n le for^-a à chercher avec les siens un refuge aux Pays- Bas catholiques (').

Il abordait dans un milieu éminemment propice à ses aspirations de ligueur ; car, il est sui)erf!u de le rappeler, les Pays-Bas catholiques étaient alors le centre le plus actif peut-être de la politique internationale du pape et de Philippe II, aussi bien que le refuge des protestataires catholiques de France et d'Angleterre, ils étaient le rendez vous de tous les « espagnolisants » et des nombreux catholiques persécutés dans leurs pays (^). Jean MachauU en était. Aussi travaille-t-il l'envoyé du pape Malvasia.

Malvasia (^), précédemment commissaire et depuis peu nonce apostolique, était bien fait, semble-t-il, pour se prêter aux vues de l'ardent jésuite, mais ce n'est pas le lieu d'insister sur ce personnage. Il suffit de noter que sa mission aux Pays-Bas avait pour raison essentielle, sinon exclusive, les intérêts de l'Église romaine en France, alors intimement allies à ceux de la Ligue et de la monarchie espagnole ; et sa correspondance laisse bien l'impression qu'il s'est toujours montré un fidèle adepte de la Ligue et de l'Espagne.

C'est lui qui recueillit les doléances du R. P. et qui se chargea de les transmettre au secrétaire d'État de Clément VIII Aussi,

(') Malvasia parle siinpleinent du Recteur de Rouen ; mais à cette éjioque où le collèfîe était encore à ses débuts, un vice-recteur pouvait être placé comme ])reniière autorité à la tète de l'établissement. C'est précisément le Père .Jean Macliault (|ui renii)lissait ces fonctions au moment de l'expulsion. Aux Pays-Ras, il prêcha plusieurs l'ois en présence des archiducs Albert et IsaluDlle. Plus tard il fut ([uelijue temjis recteur de l'Université de Pont-à- Mousson. Il parait bien que c'est lui l'auteur de l'ouvrage i)seudon vme : In Jacobi Aiigiiati Thuniii llistorinrtiiii lihro.s nolniiones lectoribiis et utiles, et necessnrine. Auctore Joanne liaptista. Ingolstadt, iüi4. Cfr. C. Sommervogel, Biblinlhèque de lu Compagnie deJésiiti, t. V, col. 25G sv. Paris, Bruxelles, i8;)4-

(*) Par exemple, la correspondance de Malvasia nous fait croire que .Jean Machault fut en relations avec le fougueux ligueur Guillaume Rose. Le a,'5 novembre i5<)4, celui-ci avait déjà composé une relation en grande jjartie analogue à celle (lu P. Machault. Cfr. Niinziatnra di Fiandra, t. III, en fran- (.•ais, f. 702, en traduction italienne, f. 7(59.

(^) Sur Innocent Malvasia, ses titres et son rôle aux Pays-Bas, de 1592 à 1595, voirR. Maero, Les origines de la nonciature de Flandre, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, t. VII, pp. 810 svv. Louvain, 190G.

(*) Voir, folio 112 du tome VIII de la Nunsiatura di Fiandra. sa lettre au cardinal Aldobrandiuo, datée de Bruxelles, 25 février logo : « Il Padre Rettore de' (Jesuiti del Collegio di Roano, essendo venuto quà, m' ha fatto intorno aile cose di Francia la relatione che Y. Sig''"' Illmà vedrà qui inchiusa ».

est-ce dans sa correspondance, dans le fond de la Niinziatiira di Fiandra, qu'elle repose.

Toutefois, attentif avant tout à son but suprême de sauver l'Église en France, le Saint-Siège avait toujours subordonné à cet intérêt supérieur ses relations avec la Ligue et le monarque espagnol ; insensiblement il se détachait de ces alliances pour négocier le retour solennel d'Henri IV au catliolicisme (^).

Déjà même antérieurement, la cour romaine avait mis un frein au zèle intempestif de son représentant Malvasia. C'était à la suite d'une véhémente lettre du nonce contre Henri IV, adressée, vers le 25 novembre 1594, au duc de Guise et lui déclarant, avec force considérations à l'appui, que le pape ne recevrait point le roi ("). Des racontars analogues arrivaient d'ailleurs à Rome de divers autres côtés (^). La missive de Malvasia était parvenue à la connaissance d'Henri IV et l'abbé d'Ossat n'avait pas manqué de s'en plaindre auprès du pape et de son neveu le cardinal Aldobrandino (■*). Ce fut alors à Malvasia de se voir rappelé à son strict devoir de ne pas sortir de ses instructions, « di non far cosa fiwri degli ordini suoi. » (^).

Depuis lors, le nonce continua à communiquer les nouvelles et les bruits défavorables à la cause d'Henri IV. Daus l'occurrence, il ne lui fnt sans doute pas désagréable de transmettre à Rome, un acte d'accusation qui correspondait si bien à ses anciennes vues et constituait la justification implicite de ses démarches antérieures auprès du duc de Guise. Cependant, docile aux obser-

(1) Cfr. H. de l'Épinois, o. c, pp. 889 svv.

(2) Coiîie, au tome III, f. 710, de la Niinziatiira di Fiandra. — Malvasia annonce qu'il a adressé cette lettre au duc de Guise, dans sa missive du 25 novembre au cardinal Aldobrandino {Ibidem., f. 699).

(3) Voir les lettres de l'abbé d'Ossat, soit au roi Henri IV, soit à Villeroy, de Rome iG février, 21 mars, 14 avril et 20 mai i595, o. c, pp. ii4 svv.

(*) Voir lettre de l'abbé d'Ossat à Villeroy, de Rome, le 8 janvier 1695, o. c, t. I, pp. loi svv. — L'abbé d'Ossat parle comme s'il s'agissait d'une lettre au duc de Mayenne ; mais bien que Malvasia ait exprimé le même sentiment à Mayenne, sa correspondance montre à l'évidence que dans l'espèce l'ambassadeur français a confondu Mayenne avec le duc de Giiise.

(5) Nous n'avons pas la lettre du cardinal Aldobrandino, mais nous connaissons le sens de ses remontrances par deux lettres de Malvasia, également datéesdeBruxelles, 25 janvier i595, et adressées l'une au dit cardinal et l'autre au Bolonais Giulio Monterenzi, plus tard évêque deFaenza (f 1628). Voir Nunziatara di Fiandra, t. VIII, f. 62.

valions reçues, il se borne à transmettre ces avuisi à titre purement documentaire. Et même, si ces nouvelles semblent bien souvent confirmer la légitimité de ses précédentes aspirations, Malvasia saisit volontiers, en les transmettant, l'occasion de prouver qu'il est complètement entré dans les vues conciliatrices de Rome et de se montrer sympathique à une issue favorable aux négociations en cours pour la réconciliation d'Henri IV (^).

11 était donc bien aisé de prévoir d'avance l'inanité des efforts de l'ancien Recteur de Rouen. Le jour même (17 septembre iSgB) où Clément VIII prononçait à Rome la solennelle sentence d'absolution du Béarnais, Malvasia était rappelé (-) à Rome. C'est assez dire que, pas plus que bien d'autres tentatives autrement puissantes, la démarche du R. P. J. Machault n'avait pu empêcher ni l'œuvre de pacification nationale et religieuse en France ni l'alliance de la Pai)auté avec la dynastie naissante des Bourbons.

Au reste, les prévisions pessimistes de l'exilé ne se réalisèrent pas et dans la suite, quelles qu'aient été les tribulations de la Compagnie de Jésus, elle n'eut qu'à se féliciter de la i'éc(mciliation de Rome avec Henri IV et elle ne manqua pas — quoi qu'on en ait dit en bien des occasions — de se montrer indéfectiblement attachée à un régime qui lui permettait, malgré divers ennuis, de réaliser dans ce roj^aume son programme en matière d'apostolat scientifique et religieux. Aussi, quel contraste entre cette relation et les louanges subséquentes de la Compagnie de Jésus à l'adresse d'Henri le Grand, après sa mort aussi bien que de son vivant !

Alfred Cauchie.

(') Voir notamment la lettre de Malvasia au cardinal Aldobrandino, de Bruxelles, le 8 avril iSgS. (Ntinzinturii di Fiandra, t. VIII, f. i74-)

(*) Nous n'avons pas la lettre de rappel, mais ce point ressort d'une lettre de Malvasia au cardinal Aldobrandino, de Bruxelles, 27 octobre iSgS. (Niiminlura di Fiandra, t. VIII, I'. 4*^'^)- Dfins une autre lettre de la même date (ibid., f. 4*H)' Malvasia rapporte rim])ression causée aux Pays-Bas i)ar la nouvelle de l'absolution solennelle d'Henri IV, exprime sa propre joie, et raconte qu'il a calmé les manil'estations extérieures de mécontentement de la part de quelques i)ersonnages, bien contents au fond de cet événement.

Vers le 25 février 1595

Relatione del stato della Francla scritta dal Rev. Rettore de Giesuitti nel CoUegio di Roano.

11 giudicio de molti liuomiiii intelligenti iiitorno alle cose di Francia è che, se Sua S'^'> di breve non nomina un re catholico, prudente et valoroso della Francia, con la sua propria potestà assoluta (^), et che per manteniniento di quelle non concorrino le forze di Spagna (^), non passaranno due anni che il re di Navarra havrà sradicati talmente li catliolici di quel regno et cosi saldamente introdotti gli heritici, che impossibile poi sarà al papa e al re catholico di riniediar a tanto male. A che liora pure si potrebbe apportar qualche buon rimedio, poiche non s'è ancora Navarra impadronito della Borgogna, non ha la Provenza, ne gran parte di Linguadocca; fuori delle sue mani è pure tuttavia una gran parte della Guascogua, gran i)arte della Guina, della Perigorda, la Bretagna tutta et altri luoghi forti nella Piccardia (^). El beuchè molti huomini da bene siano stati di parère d'ammettere Navarra, concludendo che fosse bene I'assolverlo dalle censui'e et

(') En matière de souveraineté pontificale, les théories les plus en vogue alors chez les catholiques dits « ultramontains » étaient celles de Bellarmin, encore qu'elles aient paru trop modérées au pape Sixte-Quint. Cfr. E. Timpe, Die polnischen Ansichten und Bestrebungen des Kardinals Bellarmin. Breslau, 1904 ; J- de la Servière, S. J., Les idées politiques du cardinal Bellarmin, dans la Revue des questions historiques, t. LXXXII, pp. 878-412 ; t. LXXXIII, pp. 56-90. Paris, 1907-1908. — En France, cette tlièse avait reçu plusieurs applications ; en i5öi, lors de la citation de ]a reine de Navarre à Rome par Pie IV ; en i585, lors du monitoire de Sixte-Quint contre Henri de Béarn ; en 1589, lors du monitoire du même pape contre Henri III ; en iSqi, lors des lettres monitoriales de Grégoire XIV contre Heniü IV ; én 1092, lors des lettres de Clément VIII au sujet de l'élection d'un nouveau roi.

(2) Cet aspect espagnol des guerres de la Ligue est bien connu. — Sur les opinions alors régnantes, on peut voir, à titre d'exemple, l'Avis (d'un ligueur) par lequel on conseille aux François de se mettre sous la protection du roi d'Espagne. Paris, 1689 ; L' anti-espagnol. Paris, 1598 et iGoG (imprimé avec plusieurs écrits du même genre dans les Mémoires de la Ligne, t. IV, pp. 211 svv. Amsterdam, 1758). — II n'est pas inutile de rappeler qu'à cette époque les idées sur l'appel à l'étranger étaient tout autres que les nôtres. Cfr. A. Esmein, La théorie de l'intervention internationale chez quelques publicistes français du XVF siècle, dans la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, t. XXIV, pp. 549-574. Paris, 1900.

(3) Cette énumération exagère les forces de la Ligue à cette époque. Cfr. J. H. Mariéjol, Réforme et la Ligue ; UEdit de Nantes (i55()-i5g8), pp. 883 svv. (E. Lavisse, Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution, t. VI, 1.) Paris, 1904.

lasciarlo godere quietameute la corona, persuadeudosi che la inoltitudine de catholici lo astringeria a forza a teuere la religion catliolica, et perché altrimente tutta la Francia si divideria dalla sede apostolica et sai*ebbe destrutta dalle guerre (^), nondimeno questi tali hora souo di contraria opinione, vedendo il procedere di Navarra (^), si come io voglio credere che saria tutti quelli ancora che desiderano et procurauo la sua assolutione, se fossero del tutto bene int'ormati, et istimariano minor male haver la Francia schismatica e distrutta, che affatto i)ienad'heresia et perduta irreparabilmente. Et i)erderla non si puo più disperatamente che, datlala in maiio di Navarra assolto,egli tuttavia resti come iirimaheretico.Et fie vole fundamento in vero è questa sua esteriore diniostratione d'essere catholico da considerarla con ressemi)io d'Inghilterra, e che data dalli catholici stessi in mano della rogina fundamenti su I'apparenti sue buone dimostratioui, et so])ra la moltitudine de catholici, cade nel precipitio, in che tuttavifi si ritrova (■*). Cosi la Fiandra peri, accettando il principe d'Orange sotLo speranze falsamente promesse.

Che il re di Navarra sia tuttavia heretico, non ostantc che vadi alia messa, sono molte prove manifeste. La i)rima è che la sua conversione non è stata se non per forza, i)er non i)er(lere la corona di Francia, et resto ostinato sino a\V ultimo punto dell' elettione d'un altro re ; et l'esperienzaha di già niostrato quale egli sia, poiche sendo pure, molti anni sono, per

(') Cette opinion s'était fait jour dès 158«) au temi)s do Sixte-Quint (H. de l'Épinois, o. c, pp. 355, 358, 385) ; elle était la pensée dominante du i)arti catholique rovaliste, et de la ])art même des Ligueurs, dei)uis l'annonce de la conversion d'Henri l\ à la Conférence de Suresne (17 mai i5()3) et surtout dei)uis son abjuration (uT) juillet iSgS), les adhésions au roi s'étaient multipliées (IL de rEi)inois, o. c, pp. 5<)i svv. ; .7. H. Mariéjol, o. c, p. 371 svv.).

(^) L'imi)ression causée par l'expulsion des Jésuites fut surtout profonde à Rome. Voir lettre du cardinal d'Ossat à Villeroy, de Rome le 3i janvier i5ç)5 (o. c, t. I, pp. 109 svv.) ; lettre du même à Ilenri IV, le iG février i595 (ibid., pp. 1 14 svv.) ; et les lettres suivantes du même au roi et à Villeroy, du 21 mars i5<)5 {ibid., pp. 121 svv.). — En fait, on ne voit pas que les succès d'Henri IV, soit en France, soit dans la guerre conti'e l'Espagne, soit dans les négociations avec Rome, aient subi (juelque sérieux recul.

(^) Cet exemi)le de l'Angleterre était souvent invoqué depuis l'ouvertui-e de la question successorale. On i)eut surtout citer Louis Dorléans, Aoertissenient des cullioliques iinglnis aux f'rnn(;iiiN culholiques , du danger on ils sont de perdre la relijfion, el d'expérimenter, comme en Angleterre, la cruauté des ministres, s'ils re(^oivent à la couronne un roi qui soit hérétique. i58G. — Au cimetière de Saint-Séverin à Paris, on avait aussi représenté jadis le supplice de Marie Stuart (.7.-11. Mariéjol, o.e., p. 2Ü7), et un immense tableau contenait la série graduée des persécutions contre les catholiques anglais. — Le même thème revient constamment dans les écrits contemporains des négociations en vue de la réconciliation d'Henri IV avec Rome, par exem])le, dans le ])amj)hlet de .7ean Boucher, Apologie pour Jehan de C hastet, publiée sous le pseudonyme de François de Vérone, (s. 1.), l'an 1095, pp. 22Ü svv. Voir aussi P. de l'Estoile, o. c, t. II, i). 7.

forza convertito in Pariggi, subito fatto libero di novo cadi nell' heresia Q); 2a) doppo la simulata sua conversioue dimostra tutti gli effetti d'un heretico, alli quali più si de' avertire, che al suo andare alla messa pleno d'inganno (^). Et tanto è in lui radioata l'lieresia, che non pu6, forse perché Dio non lo permette, simularla. Si de' considerare che il prencipe di Condè, che iutende di haver Navarra per suo successore, et è grandissime heretico, è uno di quelli che fa ogni opra perché sia assonto alla corona diFrancia(^). Pol Navarra elegge et permette ne' principali uffitii del regno heretici, come ministri della giustitia, governatori delle terre grosse, capitani di guerra et altri ; che cio sia vero. II signor di Harlè (■*), che tiene un pédante heretico alla cura d'un suo figliolo, et è persecutore crudele de catholici, come molti consiglieri del parlamento, che fuggirono alla città di Challon, dove fecero editti contrail papa, contra le sue bolle e contra il nuntio Landriano ("), è capo della giustitia del parlamento. Il signor Grolard (^), primo présidente di Roano, capo di (xuel parlamento, benché

(') Le retour d'Heni'i IV au calvinisme, en 157G, après son adhésion forcée au catholicisme au lendemain de la Saint-Barthélemy, était un thème habituellement exploité par les adversaix'es de sa réconciliation avec Rome. Malvasia lui-même y revient dans sa lettre déjà citée au cardinal Aldobran- .dino, du 8 avril ioqd. Voir aussi Chronologie nooenaire par P.-V. Palma Cayet, t. V, p. 889. (Collection Fetitoi, 1™ sér., t. XLII.) Paris, 1824 ; P. Feret, Henri IV et l'Église catholique, pp. 174 svv. Paris, i865.

(^) Les lettres de Malvasia et les aovisi joints à sa correspondance abondent en détails sur ce point. Voir, p. ex., les avvisi du 18 mars i5o5 (Nunziatura di Fiandra, t. VIII, f. i34).

(3) Henri II de Bourbon, troisième prince de Condé, né le i"' septembre i588, mort à Paris, le 26 décembre 1646. Comme Henri IV n'avait pas alors de fils légitime, Condé était, en vertu de la loi salique, l'héritier présomptif du royaume. A la date de cette relation, Condé était protestant. Quelques mois plus tard, Henri IV promit que le jeune Condé serait élevé dans la religion catholique et au mois de décembre iSgS il le reconnut officiellement comme héritier présomptif de la couronne «jusques à que Dieu nous ait donné des enfants ». Cfr. Le duc d'Avimale, Histoire des princes de Condé pendant le XVP et XVW siècles, t. II, pp. 222 svv. Paris, i885. — Il est bien difficile d'admettre qu'à l'âge de six ans et demi à i^eine. Condé fût, comme le dit la relation, « un très grand hérétique et l'un de ceux qui fit tout effort pour qu' [Henri IV] fût élevé à la couronne de France ».

(*) Achille I'^'' de Harlay, né à Paris en i53G, mort en iGig. Il avait été nommé premier président du parlement en i582, longtemps donc avant l'avènement d'Henri IV. Mais il se signala toujours comme partisan de celui-ci et comme ardent gallican.

(5) Voir notamment les arrêts de la fraction du Parlement séant à Chalons, du 10 juin iSgi, du 29 août iSgi et 18 novembre 1092, imprimés dans [P.Dupuy,] Preuves des libertés de l'Église gallicane, ch. IV, n<"* 28, 33 et 87, 3'^édit., t. I, pp. 37 svv., 44 etSo svv. Paris, 1731.

(' ) Claude Groulart, chevalier, seigneur de La Court et baron de Monville, né à Dieppe vers i55i, mort à Rouen en 1G07. En i585, il fut nommé

vadi alla messa, è perô conosciuto heretico, nodrito in Geneva, et è assai tempo stato lettore de leggi in Inghilterra, et molti consiglieri di Roano sono del medesimo humore, li quali, fugitivi a Can, fecero editti pieni di bestemmia contra il jiapa, sua autliorità, belle et nuntio, et sono tuttavia persecutori de catholici ('). In moite terre ha Navarra messi governatori heretici, come dire, in Cliartre ('■^), in Laon (^), dove anco fa predicare publicamente l'heresia, che mai colà più s'è predicata (■*). Il viceconte de Lorrena, detto duca di Buglion, fatto capo délia guerra verso Fiandra et prel'erito a tutti i prencipi catholici, è ostiuatissimo heretico (^). Ha Navarra fatto mastro délie finanze del regno monsig'' de Sanzi heretico, et benchè habbi dato titolo et uflicii d'honoré nello finanze ad altri signoi'i catholici, pure il maneggio delli diuari starà nelle mani dell' heretico Sanzi da

premier i)résident du Parlement de Rouen. Il se montra constamment fidèle à la cause d'Henri IV et jouit toujours de la faveur de celui-ci. Il est auteur de Mémoires ou Voyages j)ar lui faits en cour, imprimés, avec une notice sur sa vie, dans la Collection PelHot, sér., t. XLIX, pp. 275-438. Paris. i8'2Ü.

(') Lorsque la Ligue fut devenue maîtresse de Rouen, en iSSq, le iiarlcmeut de cette ville se transféra en partie à Caen. Voir A. Floquet, Histoire du parlement de \ormandie, t. III, pp. 418 svv. Rouen, 1841. — C'estlà que fut rendu, le i3 août 1091, l'arrêt dont parle la relation. Voir le texte tlans [Dui)uy], o. c, ch. IV, n" 32, 3'^ édit., t. I, pp. 4^ svv. Cfr. A. Floquet, o. c, t. III, p]). 532 suiv. — Sur les diverses autres mesures du parlement de Caen à l'égard des ligueurs, v. A. Floquet, o. c, t. III, pp. ^(j3 svv.

(^) Après la prise de Chartres en iSgi, Henri IV avait rétabli comme gouverneur et son lieutenant général Philippe Hm-ault, comte de Cheverny (né en i528,mort on i59o),et comme gouverneur particulier et son lieutenant audit jiays M. de Sourdis. Cfr. Mémoires de Messire Pldlippe Hurault, comte de Chenerny, chancelier de France, p. 191. {Collection Petitot, V" sér., t. XXXVI). Paris, 1823. — A noter que Cheverny était catholique et que dans ses mémoii'es il se montre hostile aux Huguenots et favorable aux Jésuites.

Après la prise de Laon, le 2 août 1694, Henri IV nomma comme gouverneur Claude de l'Isle, seigneur de Mainvaux (t 1598). Était-il hérétique? Le contraire paraît résulter des pièces signalées à la note suivante. Nous savons aussi, d'après Moreri, que, sur sept de ses enfants, ses deux dernières fîlles furent religieuses.

(••) Malvasia avait déjà transmis à Rome, le ö janvier jSgS, une traduction italienne de l'édit de Henri IV accordant l'autorisation de tenir le prêche dans la ville de Laon (Nunziatura di Fiandra, t. VIII, f. 11), ainsi qu'une copie française de la requête des réformés de Laon et de l'apostille royale (ibid., f. 21).

(^) Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, né en i556, mort en IÜ23. Il avait épousé en premières noces Charlotte de la Mark, héritière du duché de Bouillon et de la principauté de Sedan. En 1592, il fut créé maréchal de France. Cfr. P. de l'Estoile, o. c, t. II, pp. 87 svv.

spendersi iu favor de gli heretici et contra li catholici Ha scacciati di Pariggi per schedule et commandamenti particolari molti delli più ferventi et constanti catholici, et ogni giorno ne scaccia sotto pretesto che sono stati della Lega, benchè non sia vero, et ogni constante catholico è chiamato leghista, et percio scacciato et deposto da gli ufficii (^). Et alcuni che son stati delli più ferventi suoi per introdurlo in Pariggi, come il seconde présidente del parlamento, il sig"' Seghier (^), et I'advocato del re (^) heretici, ha constituiti nuovi advocati suoi. Ha scacciati gli Giesuiti, deccliiarati iunocenti per I'istesso parlamento di Pariggi (^) et lioano (^), in virtù délie patenti suoi particolari C), per esser suoi nemici et corrottori

(') Nicolas de Harlay de Sancy, né en i546, mort en 1C29. Diplomate et capitaine dévoué à Henri IV, il fut nommé surintendant des finances eu iSSg. Élevé dans le protestantisme, il s'était converti une première fois au catholicisme au lendemain de la Saint-Barthélemy, pour revenir bientôt au calvinisme. En 1597, le cardinal du Perron le conquit définitivement à la religion catholique. — Il fut remplacé aux finances par Sully, en iSgg.

(2) Sur la démission et le bannissement de nombreux ligueurs, voir P. de l'Estoile, o. c, t. II, p. 9 svv., 36, 40 et 63.

(3j Pierre Séguier II (t 1602), président à mortier du parlement de Paris, s'était toujours montré fidèle à la cause d'Henri IV. A remarquer cependant qu'il était catholique et qu'il défendit les Jésuites en i5()4 et iSgo. Cfr. P. de l'Estoile, o. c, t. JI, p. 102; J. M. Prat, o. c, t. I, pp. 18G sv. — Son frère Antoine Séguier (t 1624) était avocat du roi. Il était aussi un partisan d'Henri IV, mais également catholique généreux et zélé défenseur des Jésuites, si bien que les anagrammes le donnaient pour k un Jésuite enragé». Cfr. P. de l'Estoile, o. c, t. II, pp. 64, 89 et 102 svv.

(■*) S'agit-il d'Antoine Séguier signalé à la note précédente ? C'est l>ossible, mais l'omission du nom de Séguier à propos de l'avocat semble exclure cette interprétation, attendu que ce nom a déjà été exjjressément cité àijropos du président. On ne peut s'empêcher de songer à Louis Servin (1555-1626), également avocat du roi, calviniste converti et ardent ennemi des Jésuites.

(5) Voir l'arrêt du parlement de Paris du 29 décembre 1094 contre Jean Cliatel, dans Isambert, Taillandier etDecrusy, Recueil général des anciennes lois françaises, depuis l'an /}.20, jusqu'à la Révolution de ip8g,t. XV, pp. 91 svv. Paris, 1829. — Contrairement à l'affirmation de la Relation, cet arrêt déclarait les membres de la société « corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roy et de l'État ». C'était la reprise du récent Plaidoyé de M. Antoine Arnauld, advocat en parlement et cy devant conseiller et procureur général de la déf'uncte roine mère des rois, pour l'université de Paris, demanderesse, contre les Jésuites défendeurs. Des 12 et i3 Juillet i5g/f., f. f2i svv. et 43 svv. Paris, 1594. Cfr. P. de l'Estoile, o. c, t. II, p. 70. A Peucontre de ces accusations, voir ci-dessous, p. 291, n. i.

(^) Nous savons ce^iendant que les lettres iiatentes pour le bannissement des Jésuites furent enregistrées à Rouen, le 21 janvier iSgS. Voir le texte dans les Annales de la société des soi-disans Jésuites, t. I, p. G04. Paris, 1764.

(') Isambert, etc., o. c, t. XV, p. 98, mentionne ces lettres patentes, mais déclare, ibid., n. 2, qu'il n'a pu en retrouver le texte. On peut voir la

délia gioventù seiiza prova alcuna. El di ciù in vero è cagione, perché iiisegnano alla gioventù i fundamenti solidi délia l'ede catholica e niente altro, perché gli heretici stessi confessano che questi padri iusegnano buoni costumi, et ubidientia a loro parenti et maggiori, non corrompono la dottrina delli authori ethnici, in i)roposito délia dottrina délia religione (^). Il re di Navan-a con la prencipessa sua sorella trattarono co'l governatore di Roano per vedere d'introdur la predica heretiea in Roano, ne questo é seguito, perché rispose il governatore che non si poteva ciô l'are senza l)ordere l'ubidienza di tutta la provincia (-). In Bierna, et la bassa Xavarra, etaltri luoghi, dove ha sopremo dominio, non ha lasciato entrar alcuno essercitio délia religione catholica. Va alla niessa, ma perô non muta realmente la vita, poichè in proposito délia carne tuttavia vive in adulterio publico (^). In effetto egli è schismatico e usurpa tutta l'ubidienza alla sede apostolica, commettendo che tutti gli beneficii del regno si diano per

teneur de ces lettres patentes datées du 7 janvier 1095 dans les Annales de lu société des soi-disans Jésuites, t. I, pp. 6o3 sv,

(') Ce thème a été développé vers la même éi)oque par le P. Riclieome dans l'ouvrage ])seudon vnie déjà' cité, Za vérité défendue, etc., pp. i2Gsyv. et 189 svv. Ce sujet lut repris i)ar le même écrivain à l'occasion des mesures d'Henri IV contre les Jésuites, dans l'écrit anonyme: Très-humble remonstrance et requeste des religieux de la Compag-nie de Jésus, au très-clirestien roy de France et de Xavnrre, Henri IIII. Bordeaux, iSgS. Par exemple, on y lit, ])]). 81 svv. : « Puis donc que la calomnie est de telle nature, il ne faut i)as s'estonner si elle nous a donné sus en cest endroit , et si elle a])ublié (jue nous sommes corrujiteurs de la jeunesse, qui ne taschons rien plus qu'à la bien instruire ; affin de nous rendre inutiles et priver du fruict de nos Labeurs autant d'àmes qui en peuvent estre aidées et instruites à la vertu. Il faisoit mal à ce vieil ennemy du genre humain, de voir que depuis que ceste Compagnie a esté dressée, elle a manié en ses collèges plus de ([uattre cens mille jeunes hommes en divers pa'is, et que tous ceux-là, l)eu s'en faut, sont demeurez fermes en la foy, contre les erreurs dont il avait esbranlé nostre siècle, et que i)lusieurs de ceux-là sont demeurez grands amis de la vertu, et fortes colomnes de l'Église et de Testât chrestien ; cela le faschoit: parquoy i)our rompre la course de ces bons succez, il a usé de toutes les machines de mesdisance dont il s'est peu adviser ». — Ce n'est pas ici le lieu de rai>peler les autres écrits du même genre du P. Richeome, mais il est intéressant de noter que dans V Examen catégorique, etc., i). 20, le P. Richeome déclare que: « Anticoton ne met rien qui n'ait esté diet parles hérétiques, et refuté par les catholiques », et renvoie, à ce sujet, aux deux ouvrages précédents en se désignant comme l'auteur de la Très-]nimt>le remonstrance, etc., mais sans se nommer lui-même pour La vérité défendue, etc. Cfr. ci-dessus, p. 281, n. 5.

(^) On connaît le prosélytisme calviniste de la sœur d'flenri IV, Catherine de Navarre (i558-i6o4). En ce qui regarde son intervention à Rouen, on trouve rapportés jjlusieurs faits de ce genre par A. Floquet, o. c, t. IV, pp. ()5 svv.

(^) On sait assez qu'à cette époque la liaison d'Henri IV avec Gabrielle d'Estrées était un scandale public.

il consiglio suo privato (^). Et quando alcun catholico mette la clausula « salvo l'honore et osservanza délia sede apostolica », la clausula vi è scancellata, et iugiuriato ne viene colui che l'havea messa (^).

Tutti quel Ii che hanno ricorso alla sede apostolica sono dechiarati inhabili ad ogni beneficio, et tutte le bolle ispedite doppo la morte d'Henrico 3° sono state decchiarate nulle (^). Hà dato l'arcivescovato di

(') Voir ci-dessous, n. 3. '

(*) Allusion sans doute à des faits analogues au suivant : le 27 juin i594, le chapitre de Rouen n'avait prêté le serment au roi qu'en ajoutant la clause : « honore Dei et auctoritate sacrosanctse ecclesiœ Romanœ Ecclesiœ salvia in omnibus ». Le i^arlement le déclara nul et ordonna que le serment fût de nouveau prêté sans cette formule. Cf. A. Floquet, o. c, t. IV, pp. 47 svv.

C^) Durant cette période de troubles, il fut défendu de demander à Rome les bulles de provision : l'institution canonique réservée au pape pour diverses catégories de bénéfices fut attribuée aux primats, archevêques, évêques et supérieurs français et même à de simples délégués du pouvoir civil : ainsi, pour l'institution canonique d'un évêque nommé par le roi, il fallait recourir au métropolitain; dans certains cas, le pourvu d'un bénéfice pouvait obtenir le visa d'un autre évêque que l'ordinaire ; soi-disant pour assurer le gouvernement des diocèses, des abbayes et autres bénéfices à la collation du roi, un arrêt du Grand Conseil, du 5 septembre iBgo, créa des économes spirituels. On peut voir les pièces concernant cette jui'ispi'udence et son application dans [P. Dupuy,] o. c, ch. XX, 38-55, 3' édit., t. I, pp. 2i5-225, et dans le Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé en France, t. X, col. 560-572, 614-629 et 739-759. (Paris, 1770). A l'assemblée générale du clergé (6 novembre 1595-1" juin 1596) s'élevèrent de vives réclamations. Dans la remontrance prononcée le 24 janvier 1596 par Claude d'Angennes de Rambouillet, évêque du Mans, au nom de l'assemblée, le clergé représente « que les trois quarts de l'Église de France sont dépourvus de vrais et de légitimes pasteurs : de i4 archevêchés, il y en a 6 ou 7 sans pasteurs et d'environ 100 évêchés, il yen a 3o à 40 sans titulaires ; et pai-mi les titulaires, en y regardant de près, on en trouvera plusieurs parvenus à cette dignité par voies illicites : le désordre est encore plus grand aux abbayes, dans .l'étendue de ving-cinq diocèses, il y a cent vingt abbayes sans abbés. » Plus loin, l'orateur du clergé « s'élève contre l'établissement des économes, appelés spirituels, comme contre une nouveauté qui n'est fondée en aucune loi civile, ni canonique, ni en aucun usage, ni pratique et contre une invention d'esprits, qui, aveugles de leurs intérêts, n'ont pas considéré le dérèglement qu'ils introduisaient dans l'Église, et le tort et l'injure qu'ils faisaient à cette sainte Épouse de Jésus- Christ, en confondant ainsi les autorités et les jurisdictions, prétendant donner aux simples nommés par le Roi, un pouvoir d'administrer le spirituel qu'ils ont pas eux-mêmes, et commettant l'exercice d'une jurisdiction à des Prélats qui n'ont aucun pouvoir sur les personnes et sur les Bénéfices dont il est question ; quelquefois même, ce qui est encore pis, commettant des ecclésiastiques, qui n'ont aucune jurisdiction, pour recevoir les l'ésignations en faveur, pour donner les dispenses, et faire les auti'es expéditions qui sont réservées à la souveraine puissance de notre Saint-Père.» — Dans l'art. XI de son cahier, le clergé demanda l'abolition des économats

Roano a suo fratello bastardo, et ha sforzato il capitolo ad aecettarlo per la provisione del consiglio private (').

Voglio insomma concludere che, se S. S'" nominasse un re, restaria speranza délia salute di quel regno : perché, benchè molti esteriormente si ntiostrino adherire a Navarra, ha nondimeno il core de pochi, conie si potria vedere per tempo, sendo niessa la mano ail' opra. Di che ben egli teine, e per cio studia con diligenza di levarsi d'intorno tutti quelli che dissentouo dall' introdur nel regno le hérésie. Perché in fine quanto la guerra, la giustitia i beneficii. et finanze saranno alla dispositione de gli heretici, forza é che il popolo in brève tempo s'aecommodi al suo volere, anco in propositio délia religione, mancando massimamente soccorso buono de zelosi catholici, che a tal favore jiotessero opporsi.

Archives vaticanes. Nunziatura di Fiandra, t. VIII, f. io6 ; Original (du nonce). — Nunzialura di Fiandra, t. VII, f. 89 ; Duplicata. Il y a beaucoup de fautes, inutiles d'ailleurs à relever, dans ce duplicata ; de plus, la finale y est fort différente quant aux termes, mais non pour le fond.

spirituels et le retour à la jui'isprudence antérieure en matière de provisions. (Cf. Collection des Procès- Verbaux des assemblées générales du clergé de France, t. I, jip. 573-58o et pièces justificatives, i)p. i52-i56. Paris, 17G7; Keraeil cité, t. XIII, col. 204-248 et col. Ii47-ii5i. Paris, 1771.) — La défense d'aller i)rendre à Rome les provisions de bénéfices fut levée l)ar lettres i)atentes du roi du 22 janvier i5()ü, enregistrées au i)arlemeiït le février de la même année. (Voir [P. Dupuy,] o. c, ch. XX, 53-54, S^édit., t. I. p. 224.)

(') Charles de Bourbon, frère bâtard d'Henri IV, fut nommé par celui-ci en i5<)4, à l'archévéché de Rouen. Il mourut eu 1610.

Les Fondateurs du Bollandisme

Nous disons « les Fondateurs », car si BoUand a donné son nom à l'œuvre, parce qu'il a signé le premier volume des Acta Sanctorum, ce n'est pas lui qui en a eu la première idée, et ce n'est pas à lui non plus qu'elle doit sa forme définitive.

Le véritable père du bollandisme est Héribert Rosweyde, né à Utrecht en i569 et entré dans la Compagnie de Jésus en i588. Travailleur infatigable, fureteur intrépide et judicieux, il avait, tandis qu'il professait la pliilosopliie au collège de la Comj)agnie à Douai, pendant les dernières années du seizième siècle, consacré les loisirs de ses vacances et de ses jours de congé à explorer les bibliothèques des nombreux monastères qui couvraient le sol du Hainaut et de la Flandre française et copié de sa main quantité de documents relatifs à l'histoii'e ecclésiastique et particulièrement à l'hagiographie. Il trouvait aux vieux textes contenus dans les manuscrits qui passaient sous ses 3'eux une saveur tout autre qu'aux remaniements qu'avaient cru devoir leur faire subir beaucoup d'éditeurs, particulièrement Lippomano et Surius, alors les plus récents et les plus célèbres. Il pensa que ce serait œuvre utile de publier ces textes dans leur rédaction originale. Ses supérieurs, à qui il soumit son idée en i6o3, l'approuvèrent entièrement et lui permirent de préparer l'édition projetée, mais sans le décharger d'aucune des occupations dans lesquelles il dépensait sa prodigieuse activité.

Rosweyde ne laissa pas de pousser sa pointe. En 1607, il fit connaître publiquement son dessein et le plan de son recueil. Sous le titre de Fasti sanctorum quorum viiae in Belgicis bibliothecis manuscriptae, il donna, ou un petit volume in- 16, sorti des

presses de la maison Plantin, à Anvers, une liste alphabétique des noms des saints dont les actes avaient été trouvés par lui ou lui avaient été signalés dans des manuscrits anciens. Cette liste remplit cinquante pages ; les avis préliminaires, dans lesquels il marque le caractère et la distribution de son œuvre, telle qu'il l'avait conçue, en prennent quatorze. Enfin, l'opuscule est complété par un appendice de vingt-six j)ages, renfermant les actes inédits de la passion des saints martyrs Ciliciens Tliaracus, Probus et Andronicus, que Rosweyde regardait, à tort, comme reproduisant le procès-verbal authentique dû à la plume d'un greffier des tribunaux romains.

D'après le programme tracé dans les Fasti, le recueil annoncé devait comprendre seize volumes, plus deux volumes d'éclaircissements et de tables.

Le premier volume contiendrait les pièces relatives à la vie de Jésus-Christ et aux fêtes établies en l'honneur de diverses particularités de cette vie. Le second serait consacré à la vie de la gte Yierge et aux fêtes spéciales qui se rapportent à elle, et le troisième aux fêtes des saints honorés d'un culte plus solennel. Les douze volumes suivants donneraient les vies des saints dont les fêtes sont célébrées respectivement dans les douze mois de l'année, un volume par mois : cet ordre du calendrier avait été imposé à Rosweyde par ses supérieurs, de préférence à l'ordre chronologique, qu'il aurait plus volontiers adopté et en soi plus convenable au point de vue de la méthode scientifique, mais qui pouvait sembler offrir des difficultés insurmontables. Le seizième volume, enfin, donnerait la suite des martyi-ologes qui ont été en usage aux diverses époques et dans les diverses églises de la chrétienté.

Le premier des deux volumes supplémentaires renfermerait des commentaires et des notes se rapportant aux vies publiées. Il serait divisé en huit livres ayant respectivement pour objet : I. les auteurs des vies ; 2. les supplices des martyrs; 3. l'iconographie des saints ; 4- les rites et usages liturgiques mentionnés dans les documents hagiographiques ; 5. les usages profanes auxquels il est f£iit allusion dans ces mêmes documents ; 6, les questions de chronologie ; 7. les noms de lieux, et 8. les termes barbares ou obscurs qui pourraient embarrasser le lecteur dans les textes anciens.

Le second volume suj)plémentaire contiendrait une série de tables très détaillées, donnant : i. les noms des saints dont les vies auront été publiées dans les volumes précédents ; 2. les mêmes noms, avec indication du lieu de naissance de chaque saint, de sa condition, du temps et du lieu où il a vécu, de l'auteur de sa biographie ; 3. l'état de vie des divers saints (prêtre, religieux, vierge, veuve, etc.) ; 4- leur dignité ou leur office dans la hiérarchie ecclésiastique (apôtre, évêque, abbé, etc.) ; 5. la nomenclature des saints suivant les pays qu'ils ont illustrés par leur naissance, par leur apostolat, par leur séjour, par leur sépulture ; 6. .îelle des endroits où ils sont honorés d'un culte spécial ; 7. celle des maladies pour la guérison desquelles ils sont particulièrement invoqués ; 8. celle des professions qui se sont mises sous leur patronage ; 9. les noms propres de personnes et de lieux qui se rencontrent dans les vies ; 10. les passages de la sainte Ecriture qui y sont commentés ; 11. les traits utiles à y relever pour les controverses religieuses ; 12. ceux qui peuvent venir à propos dans l'enseignement de la doctrine chrétienne ; enfin i3. une table générale des choses et des mots par ordre alphabétique. « Et d'autres encore j>, ajoute naïvement l'auteur, « s'il s'en présente de quelque importance, dont nos lecteurs pourraient nous donner l'idée. »

Le cardinal Bellarmin, à qui Rosweyde avait envoyé un exemplaire de son opuscule, lui répondit par une lettre où il lui fait entendre en termes polis, mais suffisamment clairs, qu'il regarde son projet comme chimérique. L'original de cette lettre, signé, mais non écrit, de la main de Bellarmin, se trouve encore actuellement à la bibliothèque des Bollandistes. Elle n'a jamais été publiée : il ne sera pas hors de propos d'en mettre le texte sous les yeux de nos lecteurs.

« Admodum Révérende Pater, Legi attente nec sine voluptate praefationem Fastorum, pereurri caetera quae libello continentur. Probarem consilium tuum par omnia, nisi duo me terrèrent, immensitas operis, quae temi^us prope infinitum requirat, et magnitude sumi)tuura, qui in tanto opère coemendo faciendi erunt. Addo etiam alia duo : unum, ne forte in originalibus historiis multa sint inepta, levia, improbabilia, quae risum potius quam aedificationem pariant ; haec enim causa fuit, quae Surium coegit multa detrahere vel mutare. Alterum, quia tituli trium primorum tomorum polliceri

videntur non tarn historias quam sermones sive liomilias, atque hoc est quod in Lipomano et Surio multi reprehendunt, quod homilias plurimas sive orationes laudatorias admiscuerint historiis de vita et rebus gestis sanctorum.

» Ego igitur, si quid sentiam audire cupias, maxime laudarem eum, qui non actum ageret, sed eas tantum historias ederet quae Lipomani vel Surii diligentiam effugissent, neque improbarem si quis emitteret in lueem intégras et originales historias, quarum compendia stilo mutato Surius edidit, modo id cum delectu et prudenter fieret. Habes consilium meum, quod tamen aliorum iudicio melius sentientium ac tuo praesertim subjiciam. Interim pro munusculo, quo me donare voluisti, ingentes gratias ago. Vale mei memor in Sanctis iirecibus tuis . Romae, die 7 Martii 1608.

frater in Christo

Robertus Card. Bellarminus.

P. Heribertus Rosweydus, sacerdos societatis lesu, Antverpiam ».

Bellarmin s'exprima d'une manière plus énergicxue dans l'intimité. « Mais cet homme, dit-il à ses familiers ai^rès avoir lu le programme de Rosweyde, compte donc vivre encore deux cents ans. »

Cet avis défavorable ne déconcerta pas Rosweyde. Il recevait de divers autres côtés des encouragements et des éloges enthousiastes et des concours précieux. La nouvelle entreprise trouva surtout un protecteur aussi généreux que zélé dans Antoine de Wynghe, abbé du célèbre monastère de Liessies en Hainaut, à qui le Vénérable Louis de Blois, dont il était le troisième successeur, semblait avoir légué son affectueux dévouement pour les enfants d'Ignace de Loj'^ola. Lettres de recommandation pour les chefs des maisons du grand ordre bénédictin, qui faisaient ouvrir au chercheur et à ses correspondants les bibliothèques des monastères, prêts et dons de livres, de manuscrits et de copies de manuscrits, secours pécuniaires, la large sympathie du religieux Mécène se manifesta sous toutes les formes.

Rosweyde comptait bien exécuter lui-même le monument qu'il avait rêvé et en mener la construction au terme fixé. De fait, il n'en posa pas même les premières assises. Son activité littéraire se dispersa sur une foule de travaux d'histoire et de polémique

religieuse ('), dont qnelques-nns, il est vrai, auraient pu entrer l)lus tard dans sa grande compilation liagiograpliique, mais les autres le distrayaient complètement de ce qu'il aurait dû regarder comme sa besogne princii^ale. A la vérité encore, pendant plusieurs années, ses supérieurs, tout en l'encourageant toujours à poursuivre son projet, ne laissèrent pas, pressés qu'ils étaient par la nécessité de pourvoir à des postes vacants, de le charger de divers offices qui ne lui laissaient pas le loisir indispensable. C'est ce qu'il exposa dans une sorte de mémoire justificatif qu'il leur adressa en 1611, lorsqu'ils lui eurent demandé où en était la préparation de ses volumes (-j. Mais il n'est pas moins vrai que presque toutes les publications auxquelles nous faisons allusion plus haut sont postérieures à cette époque. C'est bien lui qui est le principal coui^able dans le retard : retai'd qu'on peut du reste qualifier d'heureux, parce qu'il eut pour conséquence de modifier avantageusement la conception de l'œuvre.

Donc, à la mort de Rosweyde, arrivée à Anvers en 1629, pas une page n'était prête pour l'impression. Aussi les supérieurs hésitèrent-ils à faire poursuivre le travail par un autre ouvrier. Mais Rosweyde s'était tant remué pendant plus de vingt-cinq ans; il avait obtenu communication de tant de manuscrits et le concours de tant d'hommes de savoir, qui avaient témoigné prendre un vif intérêt à son entreprise ; il avait réuni, grâce à ce concours, tant de copies et de livi'cs relatifs aux vies des saints ; bref, il avait excité une attente si grande et si universelle de sa compilation, qu'il ne l'ut pas possible de tromper cette attente en ne faisant aucun effort jiour y répondre.

Le P. Jean van Bol land était alors j^réfet des études au collège de Malines et y dirigeait une congrégation florissante, dont faisaient partie les notables de la ville, ecclésiastiques et laïques, et qu'on appelait la congrégation latine, parce que tous les exercices,

(') Voir la liste de ces publications dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, y" Rosweyde.

(') Cette pièce se trouve à la bibliothèque des Bollandistes en triple exeml)laire. L'un de ces exemjilaires est de la main de Rosweyde, les autres sont manifestement ccmteniporains du premier. C'est, naturellement, d'après l'autographe, (jue le document a été i)ublié dans les Amilecles pour servir à l'histoire ecclésiastique de Belgique, tome V (1868), p. 2Ü3-a70.

— 3oo —

sermons compris, s'y faisaient en latin. Il était né à Julemont, dans le Limbourg, en iSgô ; sa famille tirait son nom du village de Bolland, voisin de Julemont. Avant de faire ses études théologiques, il avait enseigné avec éclat les belles-lettres, dans les trois classes supérieures des humanités, à Euremonde, à Malines, à Bruxelles et à Anvers. Le supérieur de la province belge delà Compagnie de Jésus, Jacques van Straten, le chargea d'examiner les papiers laissés par Rosweyde et de lui faire un rapport sur la question de savoir ce qu'il conviendrait d'en faire. Bolland se rendit à Anvers, prit coiinaissance des papiers et, tout en constatant que l'oeuvre en était encore à une première et informe ébauche, fit espérer qu'elle pourrait, sans trop de peine, être conduite à bonne fin. Il se montra même disposé à s'en charger, demandant seulement de pouvoir mettre à cette offre deux conditions, la première, qu'on le laissât libre de modifier le plan de Rosweyde comme il l'entendait, la seconde, que les copies, les notes et les livres réunis par Rosweyde fussent retirés de la bibliothèque de la maison professe, où ils se trouvaient mêlés aux livres qui étaient à l'usage commun, et mis à part dans un local spécial, à la disposition exclusive du nouveau directeur de l'entreprise.

Offre et conditions furent acceptées avec empressement. Bolland fut retiré du collège de Malines et attaché à la maison professe d'Anvers, au titre de directeur de la congrégation latine et de confesseur à l'église, avec charge de préparer à ses heures perdues, horis subsecivis, la publication des Acta Sanctorum. Heureusement il ne se faisait pas du tout, jjas plus que le provincial luimême, une juste idée de l'étendue de la tâche. Il se figurait, lui aussi, qu'il en viendrait à bout tout seul et qu'il pourrait même, après l'achèvement complet et la confection des tables historiques, chronologiques, géographiques et autres annoncées par Rosweyde, compléter l'oeuvre en y ajoutant un ensemble de notices sur les saints personnages qui ont fleuri dans l'Eglise après le quinzième siècle, et qui n'avaient pas encore été honorés d'un culte public. « Et tout cela fait », concluait-il dans sa préface générale en tête du premier volume de janvier, « s'il me reste encore quelque temps à vivre, je charmerai les loisirs de ma vieillesse en recueillant la doctrine ascétique contenue dans les enseignements des saints dont les vies auront été publiées dans cet ouvrage. »

— 3oi —

Et cependant il commença par se tracer un plan tout autrement vaste que celui de Rosweyde, dont le programme avait déjà effrayé Bellarmin. Rosweyde avait borné ses recherches de textes originaux aux bibliothèques de la Belgique et des régions voisines : il n'était pas allé au delà de Paris au Sud, et de Cologne et de Trêves à l'Est. Bolland fit apj)el à des correspondants , soit jésuites, soit étrangers à la Compagnie, résidant dans les différents pays de FEuro^je entière. Ensuite, Rosweyde se proposait de publier seulement, d'abord, les textes originaux, sans commentaires ni annotations, rejetant aux derniers volumes les études qui en auraient fait apprécier la valeur et éclairci les difficultés. Bolland reconnut aussitôt combien ce plan était défectueux. Il se résolut donc à donner sur chaque saint et sur son culte tous les renseignements qu'il aurait pu trouver dans des sources d'information quelconques, à faire précéder chaque texte d'une étude préliminaire qui en déterminerait l'auteur et la valeur historique et à le faire suivre des notes explicatives nécessaires pour en dissiper les obscurités.

Mais les occupations des divers offices dont il avait été chargé, jointes à l'immense correspondance que lui imposaient et la recherche des documents et des renseignements sur la vie et le culte des saints dont il avait à traiter l'histoire et les réponses aux nombreuses consultations qu'on lui adressait de toutes parts sur des matières d'érudition ecclésiastique, ne lui laissaient guère de loisir pour ses travaux d'hagiographe. Aussi, après cinq ans de séjour à Anvers, dut-il reconnaître que l'œuvre se trouvait à peu près au point où l'avait laissé Rosweyde, si ce n'est que la masse des matériaux que celui-ci avait commencé de réunir, se trouvait très considérablement accrue ; elle était plus que quadruplée.

Cependant l'impatience de voir enfin paraître au jour le monument hagiographique annoncé par Rosweyde il y avait bientôt trente ans, se manifestait de plus en plus vive dans le monde savant. Force fut à Bolland de déclarer que l'entreprise était au-dessus de ses forces personnelles et de demander un aide. Le généreux abbé de Liessies, Antoine de Wynghe , appuya efficacement la demande, en offrant de payer les frais d'entretien du compagnon qui serait assigné à Bolland, la maison professe d'Anvers, qui ne vivait, comme toutes les maisons professes de la Compagnie, que

des aumônes des fidèles, ne pouvant supporter ces frais en faveur d'un homme apj)liqué à une oeuvre qui ne rentrait pas dans ses ministères.

L'assistant choisi, sans doute sur les indications deBolland, dont il avait été un des plus brillants élèves au cours de ses études d'humanités, fut Godefroid Henschen, né à Venray, dans le Limbourg, en 1601, et entré dans la Compagnie de Jésus en 1619. Il fut adjoint à son ancien maître en i635 et travailla à la publication des Acta Sanctorum pendant quarante-six ans, jusqu'à sa mort, arrivée en 1681. Vingt-quatre volumes avaient déjà paru alors, dont le dernier était le septième de Mai ; il avait, en outre, j)réparé de nombreux matériaux pour les volumes de Juin.

C'est à Henschen, on peut l'affirmer, que l'oeuvre doit sa forme définitive. Lorsqu'il vint se fixer à Anvers, Bolland était parvenu à mettre en bon ordre les documents se rapportant aux saints du mois de Janvier et avait réussi à trouver un éditeur dans la personne du grand imprimeur anversois Jean van Meurs. Il chargea Henschen, sans doute à titre d'essai, d'étudier les actes des saints du mois de Février, lui laissant d'ailleurs toute latitude quajit au choix des sujets qu'il prendrait d'abord et quant à la manière de les traiter. Lui-même se mit tout entier à la tâche de l'impression des volumes de Janvier. Cette impression était en train lorsque Henschen lui apporta les prémices de son activité dans le domaine de l'hagiographie. C'étaient les études sur la vie de S* Vaast et sur celle de S' Amand, imjDrimées ensuite dans le premier volume de Février, à la date du 6.

Bolland fut vivement frappé, et sans doiite quelque peu déconcerté, de l'ampleur et de la solidité du travail qui lui était présenté par son disciple. Il n'avait lui-même osé rien rêver de semblable. Ses commentaires préliminaires aux actes des différents saints de Janvier se bornaient à peu près à l'indication des manuscrits où l'on avait trouvé les textes qu'il publiait et les annotations, à celle des variantes entre les différentes copies et les éditions précédentes. Les commentaires et les annotations de Henschen ne laissaient sans solution , ou du moins sans essai de solution, aucun des problèmes que pouvait offrir le texte des actes en matière de chronologie, de géographie, d'histoire, d'interprétation philologique, et toutes ces questions étaient traitées avec une érudition et une méthode qu'on peut dire inconnues jusque-là.

En savant sincèrement modeste et judicieux qu'il était, Bolland n'hésita pas à reconnaître la supériorité de la nouvelle manière et voulut que Hensclien, malgré les répugnances de son humilité et celle que lui inspirait le profond respect qu'il portait à son maître, revît toute la copie préparée pour l'impression ; il arrêta celle-ci pendant un temps notable, pour donner à son jeune collègue le loisir d'introduire les additions et les changements qu'il jugerait être nécessaires ou opportuns.

Les feuilles contenant les matières des six i^remiers jours de Janvier étaient déjà tirées : quelques cartons y remplacèrent des pages qui avaient semblé plus défectueuses à Henschen. La main de celui-ci se fait mieux sentir dans les feuilles suivantes, quoiqu'il s'attachât, sans doute pour ne pas faire apercevoir une différence trop marquée entre les commentaires de Bolland et les siens, à user d'une discrétion et d'une concision qui durent parfois lui coûter.

Il ijut se dédommager dans les volumes de Février et dans les suivants. Il eut de plus la joie de trouver un précieux concours dans un second auxiliaire qui fut accordé à Bolland dans la personne d'un autre de ses anciens élèves, le P. Daniel van Papenbroek, plus connu sous le nom légèrement altéré de Papebroch, dont l'activité et la renommée scientifique devaient surpasser encore celles de ses devanciers. Né à Anvers en 1628 et entré dans la Compagnie de Jésus en 1648, il fut attaché à la publication des Acta Sanctoriim en 1669 , et fournit à ce poste une carrière remarquablement longue et féconde, étant mort en 1714, dans la quatre-vingt-septième année de son âge et la cinquante-cinquième de ses fonctions d'hagiographe.

Ce sont ces trois éminents érudits, Bolland, Henschen et Papebroch, qui fixèrent le caractère et le plan de l'œuvre monumentale dont ils furent les fondateurs. Les générations déjà nombreuses de travailleurs qui ont successivement pris leur place se sont fait un devoir et un> honneur de demeurer toujours fidèles à la méthode inaugurée par ces glorieux ancêtres.

Ch. De Smedt S. J.

Une page de lliistoire de Vimpot

dans les Paijs-Bas au X VIP siècle

An XVIP siècle, l'économie politique n'avait pas encore pris les allures d'une science distincte, et les questions qui y sont relatives sont dispersées dans les ouvrages de philosophie, de théologie, de droit, etc. Mais l'attention sur ces questions est puissamment éveillée ; elle l'est sur tous les problèmes financiers que soulève la transformation économique, elle s'attache aussi aux problèmes qui, pour être anciens, n'en ont pas moins une constante actualité. Parmi ceux-ci figure la question de l'impôt, et dans nos provinces, fort chargées par les effets de la guerre, elle n'était que trop importante. C'est aussi une de celles qui chez les théologiens prennent du développement. Les auteurs laïcs ne l'abordent qu'incidemment. Il est certes surprenant que l'on n'y trouve pas plus de détails, car l'expérience de ce problème était acquise par la pratique des Etats, et ceux-ci, parfois, émettaient à ce sujet d'intéressantes délibérations.

La question de l'impôt, intimement liée à la justice publique, est donc traitée avec plus de détails par les théologiens ; il est instructif de les lire. Prenons deux de ceux qui furent, à l'aube du XVIP siècle, les plus en vue aux Pays-Bas, l'évêque d'Anvers Jean Malderus ('), et le Jésuite Lessius, professeur au Collège de

(') Malderus (ir)(i:j-iG33j. Cf. BibIiograi)liie dans mon vol. La fnciiltâ de droit de Latinniii (IjOiivain, 1901)), p. io3. Il lïit nommé le 27 mars iSqü à la chaii'e nouvelle (le Si;oIasti(iue l'ondée à la faculté de théologie de Louvain (Lettres patentes, coi)ie authentique aux Arch, du roy., Bruxelles. Conseil d'Etat, carton io4). Son traité, commentaire de St Thomas de Jusiltia, est dédié à l'Ai-cliiduc Albert alors régnant, en 161G. Eu lüii, il avait succédé

son ordre à Louvaiu (') et dont le traité, dit-on, était le livre de chevet de l'archiduc Albert d'Autriche, notre souverain (^).

Voici quelques-uns des points abordés par l'évêque Malderusl^^). Il débute par des définitions de termes, notamment la distinction entre tributum et oectigal, qui répond à peu près à la division moderne en impôt direct et indirect. Puis il examine les conditions d'un tribut juste ; il estime qu'elles se rapportent à quatre éléments ; il faut qu'il soit porté par l'autorité légitime ; qu'il soit destiné à un usage conforme à sa nature : l'entretien du prince ou du pouvoir souverain, les besoins extraordinaires de l'État.; qu'il respecte la justice dans la fixation des charges; enfin au point vue delà matière (assiette), il peut y avoir injustice par exemple en frajjpant des choses dont les pauvres seuls se servent. Ces diverses conditions sont examinées alors successivement. A qui appartient le droit de frapper un impôt ? Quels sont les motifs qui peuvent le justifier (^)? Comment l'impôt peut-il être injuste par défaut de proportion entre les contribuables? Ceci est une question de justice distributive.

En principe, il faut frapper chacun d'après ses facultés, mais il établit quelques règles qu'il n'est pas très facile d'interpréter (^). A ce propos, il soulève aussi le problème de l'impôt sur les consom-

àJ.Le Mire (Miraeus) sur le siège épiscopal d'Anvers. Cf. Sources citées, Foppens, Hist, episcopatiis Antoerpiensis {BrnsLeWes, 1717), p. 77 ; P- de Ram, Synopsis actorum episcop. Aiitoerp., p. 5(3 et suiv., et ma note sur La nomination de Maldents à VUnioersité. Analectes pour l'hist. eccl. de Belg., t. XXXIV. 1908. Louvain.

(•) Lej'S (1554-1623); cf. Bibliographie dans La faculté de droit de Louvain, P- 99-

(2) Bruslé-Montpleinchamp. Hist, de l'archiduc Albert, éd. Bruxelles, 1870, (Société d'histoire de Belgique), p. 626. L'auteur n'est pas une source de grande valeur, mais le fait est très vraisemblable.

(3) De oirtututibus theologicis et dejustitia et religions (Anvers, éd. Plantin- Moretus, iiii6;, Tract. 5, cap. 6.

(^/Unicaest justa causa imponendi tributi nimirum bonum publicum id est utilitas vel nécessitas publica cui non sufficiat quod alias in eum finem principi deputatum est.

{^) P. 482. dub. 2 : Quisque prorata facultatis suaj. — P. 485. dub. 5 : In ti'ibuto minoris momenti opportet servare proportionem hanc inter cives, ut ditiores, ceteris paribus, plus contribuant non quidem matliematice, sed moraliter, quoad ejus fieri potest, proportione servata : aequum enim est, ut inembrum robustius in codera corpore plus onoris ferat. Ita Cajetanus verbo vectigalia et alii commuuiter.

mations (esculenta et poculenta), grevant plus lourdement les pauvres qui ont une nombreuse famille et travaillent beaucoup. Et s'il admet qu'on conserve ces impôts, c'est qu'il n'3' a guère de meilleur procédé, car l'estimation du patrimoine occasionnerait beaucoup de mauvais gré et de fausses appréciaticuis ; il faudrait une foule de taxateurs et de reviseurs, dont le traitement accroîtrait l'impôt ; le genre de charge indirecte en somme soulève moins de murmure que ne le ferait l'impôt sur le patrimoine et la capitation. Enfin, comme cette charge s'acquitte par petits acomptes, elle est moins sensible.

Ces ai'guments forment en même temps un aperçu sur les impôts indirects. On sait d'ailleurs que les procédés de l'estimation du revenu étaient fort rudimentaires pour l'impôt direct, la Taille.

Lessius examine à peu près les mêmes questions avec des variantes. La définition qu'il donne du tributiim est fort nette (') ; quant à la répartition, c'est la proportion des facultés qui est la règle, mais qu'il s'agit encore d'interpréter ('^).

L'impôt frappant la vente des choses qu'on se pi'ocurepour l'usage nécessaire de la vie, est intéressant à étudier; il le condamne car il atteint surtout les pauvres, chargés de famille, qui ont peu de ressources, ne font aucun profit. Il en est autrement si on ne les achète ou vend que pour négocier, bien qu'alors encore l'impôt que paient les marchands retombe sur les pauvres. Quant au premier impôt, il ne l'admet que dans des cas très exceptionnels de nécessité, car il est contraire à la règle de la juste répartition ; mieux vaut frapper les produits moins nécessaires, ou les produits deluxe, vins fins, étoffes précieuses, etc., dont on peut se passer

(') /Je Jusliliii et Jure, Lib. 2, cap. .'53 (éd. i()3'2), p. 407 : Nomiue tributi geucraliin sif^jnilifari id ((iiod l'i-incipi vel Reiixiblicae a i)rivatis solvi solet ad onera communia .siisteiitanda ou l'eiisio (]ua' subditis solveiida imj)()uitur jiixta ciijus(iiie facilitates, praseriim pra'diales ad I'rincijjis dignitatem vel communia imi)endia sustinenda.

(^) Ibiil. : Débita |)roportiono imponitur nempe pro rationo facultatum cujus(iuo et contractuum quos (luisijue l'acit; ne paujjeres graventur pra^ divitibus et non niercatores \n-(v mercatoribus... Kt p. 4i4 • portione sua-

rum facultatum et lucrorum On a vu aussi i)lus haut le texte de Mahlerus.

Celui-ci s'en réfère aux (c alii communiter ». Que signifie cette pro]>ortion ? Ad mot facultutes, Lessius joint donc contniclus (cliiffre d'affaires ? puisqu'il i)arle de marchands) ex, lucra (profits). L'interprétation est assez difficile.

pour vivre, de façon que les plus riches seuls soient atteints, lesquels peuvent le supporter aisément.

ISTous signalions la règle de justice distributive imposée par nos auteurs et que d'ailleurs ils reprennent à. leurs maîtres scolastiques. Que signifie la proportion qu'ils exigent, et quel sens donner h cen facilitates'! La controverse entre la proportion et la progression n'était pas née et il peut sembler hasardeux de s'emparer de leur opinion dans l'un ou l'autre sens. Sans doute on invoque les mots « proportion géométrique » pour dire que la relation du chiffre doit rester la même, mais si ce point était résolU; encore peut-on se demander comment ils entendaient les facilitates. La volonté de ne pas atteindre le nécessaire, le souci de ne pas charger les pauvres plus que selon leur proportion, étant très manifeste, il s'agit bien de leur proportion, c'est à dire celle qui répond à leurs facultés. Ce point demeure donc eu suspens, au point de vue de la controverse moderne ; si l'on ne veut leur faire dire ce à quoi ils n'ont pas pensé, tout au plus x)eut-on conjecturer quelles seraient leurs préférences si le problème s'était posé alors sous la forme actuelle (*).

Les taxes anciennes, en réalité, ne nous offrent pas un caractère progressif et dans le langage usuel le rapport avec les ressources et facultés n'était pas ainsi interprété. Si nous prenons, par exemple, le système des impôts directs en Flandre, nous y trouvons, avec beaucoup d'imperfections pratiques, une règle générale, celle du Transport de Flandre, revu et corrigé par l'ordonnance de Charles Quint du 17 octobre i5i7 et interprété par le conseil de Flandre. Or l'ordonnance donne àla taxe personnelle quatre bases : laprofession, le patrimoine, le commerce, et l'exploitation rurale(^).

(') Le P. A. Verineersch, S. .J., qui discute longuement la question même, maintient ce doute quant aux anciens. <( DD. Scholastici hoc utuntux" princijjio, solvendum esse pro viril)us, rem autem pressius non dei'iniunt. » Qnœstiones de Jiistilia(Bvuges,2:''éd. 1904), p. 102 — M. Domet de Verges estime qu'ils sont hostiles à la progression : L'impôt et les théologiens (Paris, 1899), p. 27. — Le P. Gratien de l'Ecluse penche A^ers l'interprétation contraire en citant Malderus : La juste répartition de l'impôt {Etudes franciscaines, 190G), 1). 18 de l'extrait; il souligne le mot moral iter du texte que nous avons cité plus haut.

(^) Wel verstaende dat men den voonoemden Transport stellen zal personelycken: Te weten dat elck Persoon ghestelt zal worden naer syne Ghestaethede, Ryckdom, Negotiatie ende Bedryf.

Ce sont comme les cédules de leur income-tax, car c'est un vrai impôt sur les revenus. Chacun doit être taxé d'après ses « estât, facultés et puissances ». La manière d'apprécier cela, sans être progressive, admettait des considérations importantes d'ordre personnel. Le caractère personnel était affirmé en principe. Il en résultait que l'on devait atteindre le gain net et tenir compte des charges, déduire les dettes, les dépenses résultant du nombre des enfants, du lo,yer, des gages, etc. Il y a là évidemment un élément cxui éclaircit la pensée des auteurs. Il ne s'agit pas d'exempter tous les petits contribuables, ou tous les ouvriers, mais bien les toutes petites gens et de tenir compte de la vraie situation.

Il y a, de la fin du XVII*^ siècle, un petit volume (') sur le système de la taille en Flandre, cxui explique beaucoup de ces choses, et de façon intéressante. Mais nous devons nous limiter. Tout cela prouve que si la notion que nous qualifions progression n'était pas énoncée ni probablement même aperçue, d'autres éléments de la personnalité de la taxe enti-aient bien en compte dans la conception de la justice distributive, tout en ajoutant que la pratique de la répartition laisse fort à désirer, surtout de façon à trop charger la terre et à faire échapper de gros et influents personnages. L'auteur le constate avec insistance notamment pour les fonctionnaires élevés qui sont épargnés sans motifs, et pour la cédule du patrimoine qui est négligée à tort, le tout aux dépens des petits contribuables, alors qu'un impôt vraiment personnel doit frapper le revenu total {-).

Tel est rcsi)rit du système et de l'ordonnance de iSiy qui l'affirme encore; mais l'auteur nous apprend que les taxateurs ont résisté à ce caractère personnel, et travaillé à faire, non exclusivement mais surtout, de la taxe une charge de la terre au lieu d'un impôt sur les divers revenus, ce qui a faussé le sj'Stème (^).

(') Ce ])etit volume anonyme mériterait une étude détaillée. Il est intitulé : I/el ul.ifiiis selting- hocrxkcii inlioiidende d'ojivechle Priictycke mm de Vluenische Faiiilini^hcn en de Sclliiif;ln'ii. (Jliendl, iü<)4. On attribue cet ouvrage à .Jaccjues Stalins, (jui fut jirésident du grand Conseil de Malines en 1707 et le conqjilateur (lu ,'5" vol. des IMacards de Flandre.

(■') Cette réllexion mérite d'être notée; à eaiise du caractère i)ersonnel de l'imposition qui est une taxation de la force même du contribuable, elle doit porter sur la tolalifé de ses revenus et de ses biens, (p. 19.)

(■■*) Voorreden et passim. Cette prédominance de l'impôt foncier comme imjxH direct est générale. Cf. Bigwood, Les impôts g-cnérutix diins les Pays- Bas iiulrichiens (Louvain lyoo), passim.

■ 3io -

La modération est présentée comme une question de justice ; l'impôt est injuste quand il ne respecte pas la due proportion entre les contribuables, mais aussi s'il est en lui-même immodéré par la charge qu'il leur inflige, par exemple si on impose un produit comme la bière ou la farine de telle façon que ceux qui le fabriquent et le vendent ne i^uissent subsister de leur profit; à leur égard, cet impôt est immodéré (^). L'impôt est injuste dans son assiette comme au cas où il frappe les choses tout à fait nécessaires à la vie (^).

La cause qui légitime l'impôt est examinée aussi sévèrement, plus sévèrement encore par Lessius que par Malderus. Souvent d'ailleurs il est fait appel à l'autorité scolastique du Cardinal Cajetan, le célèbre commentateur de S. Thomas d'Aquiu.

Le prince a le droit de lever l'impôt, pour subvenir au bien commun, mais le côté du droit naturel n'est pas le seul, il y a le côté du droit politique, de l'organisation. Sans doute, les auteurs comme Lessius sont très sévères quant à la condition exigée du but de bien commun ; il n'admet pas qu'on demande plus que ce bien ne le comporte. Dans cette mesure, il considère que le prince peut imposer; mais il faut qu'il y ait en un mot nécessité publique par un objet important de bien commun, et alors il s'établit un droit et un devoir corrélatif (^). Mais on sait qu'en Belgique la l'ègledu vote des impôts par les Etats était de vieux droit, Lessius n'en parle pas, mais les juristes s'attachent plus à ce point de vue.

Zypaeus et Perez, deux des juristes les plus en vue de cette période ('), s'occupent plutôt du côté politique. Zypaeus insiste sur la modération, dans le chiffre comme dans la perception ; il recommande la modération aux princes, même là où la règle politique exige le consentement des ordres i)Our éviter les contro-

(') Lessius, très expressif. Loc. cit., club. I, p. 408.

(^) Ibid., p. 4i4- Il invoque à ce sujet l'autorité d'un des docteurs réputés de Louvain, Driedo (i48o-i535), dans sou tract. De Liberlute christiaiia.

(^) P. 4i3 : Unde etiam potest a Principe, si oi)us sit, ad hoc cogi.

(*) Pour ces personnages, je renvoie en une fois à mon vol. cité sur La faculté du droit de Louvain.

— 3ii —

verses irritantes et très nettement il approuve cette règle ('). Perez est catégorique, il désire que tel soit le régime, et que les États non seulement doivent consentir à l'impôt, mais aient à en surveiller la perception pour éviter les extorsions des percepteurs (^). C'est au point de vue pratique, de Vart de gouverner, que se ])lace surtout aussi Juste Lipse (^), en recommandant au prince modération, persuasion, prudence de montrer aux sujets la nécessité à laquelle on obéit et qui exige le sacrifice réclamé.

Xous avons dit naguère que Tulden était partisan énergique de cette garantie importante contre l'arbitraire (^).

En réalité les charges publiques étaient lourdes au XVII^ siècle, etleprince, dans les réunions des Etats, s'était heurté aux plaintes de ses sujets qui réclamaient des dégrèvements et la diminution des dépenses. Les besoins de laguerre étaient considérables, le pays avait été foulé, et le droit des Ordines, de les discuter n'était pas mis en question par le prince. Les Etats en usaient largement. Le peuple y tient, c'est sûr, rien n'est plus clair dans toute notre histoire. Peut-être peut-on dire que le prince n'y perd rien s'il est modéré, et ({ue cela console le peuple de payer, pai-ce que sa liberté est respectée(*}. Mais il est iucoutestable qu'il usait largement de son droit de critique.

Au début du règne des arcliiducs-souverains, les ressources publiques étaient naturellement fort comx^romises, les finances avariées à cause des loui-des charges de la guerre et des réparations qu'elle cnti-aînait à l'intérieur du pays. La question des

(') Judex, éd iC>:i3, ])\>. :>i>(), 4ioct suiv. Parmi ces controverses, il signale celle-ci: la majorité est-elle celle des votants ou des contribuables comme tels, c.-à-d. (lui paient le i)Ius'?

(-) Jii/i jiiihlicuiit, ed. i(i57, p]«. 24.") et suiv. — On sait (lue la i)ercei)tion était en réalité confiée aux af^ents des États.

(■*) Cioiliti Doclrinu, Opcnt, t. IX, ])]>. ü3 et suiv.

(■'j Leu lliéorifs jiolUiqiicis et les Ktuts Génévuiix nous Albert et Isabelle, dans les liiill. de l'Aciul. roy. de Belg., 1898, j). 109.-

(•') .J. Marchant, Flandria descripta (Plautin, 159G), p. 95. Aju-ès avoir dit la règle, il ajoute: «Et populum quidem haec libertatis species, quum tributa postulantur, adliuc consolatur ; principi vero moderate imperanti nihil detrahit ».

charges était donc de celles qui préoccupaient le plus les esprits ; les contribuables déjà fort accablés j)ar les ruines, se plaignaient d'être saignés, et les impôts n'étaient consentis qu'avec peine.

Le principe général du droit de vote des impôts était incontesté. Dès l'assemblée des Etats de iSgS, il fut clairement indiqué ('), et àcelle de 1600 les négociations laborieuses qui eurentlieu le prouvèrent à satiété. Les députés se montrèrent tenaces, mais ou ne peut trop leur en vouloir, vu les tristes conditions da temps. La difficulté de la situation, d'autre part, pressait le gouvernement. A.UX États de j6oo, le chef président Richardot l'ex^DOse au nom des princes ('^). Son discours est un remarquable échantillon de déclaration du gouvernement .

Le domaine princier, ressource primordiale pendant l'époque médiévale, était fort réduit. Dej)uis longtemps on l'avait ébréché ; on en avait tiré profit soit par des aliénations, soit par des concessions de rente, et celles-ci étaient nombreuses ; le domaine à ce moment suffisait à peine à payer les rentiers, ce qui n'est guère surprenant, bien des rentes particulières étant aussi taries par le ravage des terres qui devaient les garantir et les solder (^).

Les demandes d'aide des princes étaient donc trop nécessaires, et les Etats ne les refuséront pas, tout en rognant, lésinant, rechignant, demandant des économies, des réductions sur divers postes, des garanties pour la levée des charges, etc. (").

Cependant dans l'histoire de l'organisation financière, les longues négociations de la session de 1600 aboutirent à des résultats sérieux. Elles forment même date à deux points de vue.

D'abord, ce fut à i^artir des États de 1600 que l'aide, longtemps

(') Gachavd, Documents inédits, t. I : Les États de j5q8. (2) Gachard. États de 1600, pp. 385 et suiv., 434, etc. Cf. notre étude sur le président Richardot dans les Bull, de l'Acad. roy. de Belg:, 1901, p. 883.

Ibid., pp. 387, 434, etc.

(*) Il serait d'un très grand intérêt de dépouiller les nombreux actes d'accords et acceptations d'aides entre les princes et les États des diverses provinces ; les limites de cette note ne nous permettent pas d'y entrer. Nos archives en possèdent un grand nombre ; ils prouvent avec quelle vigueur les États discutaient et défendaient les intérêts i)ul)lics. On a publié peu de chose à ce sujet, sauf la discussion mémorable soulevée à pro])os des projets d'impôt du duc d'Albe. Cf. entre autres Jules Houdoy, L'impôt sur le revenu an XVI" siàcle. Les États de Lille et le duc d'Albe, Lille, 1872 etc.

irrégulière, devint annuelle ('). C'est l'aide ordinaire; sans doute, elle était toujours soumise au vote, il est même des cas encore où une province n'en fournit pas, mais la Continuation de l'ayde demeura la base des arrangements ultérieurs sans préjudice des subsides, aides extraordinaires qui viendraient s'y greffer.

Mais si les aides deviennent annuelles, le chiffre et la répartition n'en gardèrent pas la même stabilité. Les Etats de 1600 ont eu une tendance à établir là des règles qui parraissaient devoir garder plus de stabilité. En réalité, on y dérogea souvent, semble-t-il, et en chiffre et en proportion, mais la régularité d'un vote annuel bien que sans budget encore officiellement dressé, était un progrès et une sécurité pour le gouvernement et les services publics, sans entamer les garanties du droit public. jSTous savons assez combien on tenait dans nos pi'ovinces à cette prérogative, et nous avons cité l'opinion des écrivains approuvant cette gai'antie.

Le chiffre voté (^) en 1600 pour les diverses provinces réunies, monta à 3oo,ooo florins par mois, sur la requête du prince, mais il y eut encore des controverses, des réductions et celles-ci furent fortes, car on ne paya guère que 275,000 florins(?) cetteannée,et les années suivantes on réduisit encore. En 1626, on ne paye guère que deux millions deux cent mille florins par an pour l'aide, à laquelle bien entendu il faut joindre d'autres sources de revenus (^).

Les Etats de 1600, ai)i'ès bien des tiraillements, avaient aussi établi la répartition de l'aide entre les diverses provinces. Non plus que le chiffre, cette répartition ne fut maintenue {'*) et des parts différentes échurent aux provinces dans les années ultérieures, d'autant plus facilement qu'il n'y eut plus d'Etats généraux et que les votes des Etats de province comportaient plus aisément des

(') Rapport (le la .Jointe des admiiiistrations et al'l'aires <le Subsides (i(j mars 1708), cité par Gachard, Küits de 1600, p. CXXV, note.

(2) Ibid., pp. ÜÜ4, «75, 681, etc.

(•') Don .Jorge de Ilenin, Descripcion de los Puises lîiixos (iGaS). Ms. cité, dans notre notice aux Bull, de l'Acad. roy. de Belg'., 1907, j). 57, sur Don Jorge de Ilenin.

(') Bigwood, Les imiiûls généraux dans les Pays-Bas Autrichiens (Bruxi^Wes, 1900), p. (!3o. - Gachard, oui>. f(7é. La Flandi-e contribue pour 34. 44 "/o» le lirabanl, 21.75; le Ilainaut, 10.87; l'Artois, q.oG ; Lille, Douai et Orchies, 7.25; Gueldre, S.Ga ; I^uxombourg, 3.02 ; Namur, 2.53; Linibourg, 2.17; Tournaisy, 1-45; Valenciennes, 1.40 ; Toui'uai, 1.2Ü, et Maliues, 1.08 °/o.

arrangements spéciaux entre eux et le prince. La répartition de 1600, faite en assemblée plénière et débattue largement, est intéressante, parce qu'elle marque l'appréciation même qu'on avait alors des forces contributrices de chaque partie des Pays-Bas et par conséquent de leur fortune relative.

■ Les délibérations des États portaient en général sur les intérêts immédiats, la condition de l'accord, et sous ce rapport ils sont fort instructifs, mais ils portent aussi sur la nature, le choix de l'impôt et on peut ainsi se rendre compte des idées régnantes. On sait, quelques années auparavant, combien remarquables furent les délibérations, aux diverses provinces, du fameux projet du duc d'Albe, qui désirait une base stable à ses ressources par les impôts du lo*^" et 20" denier sur les ventes, et du 100^ sur les valeurs. Partout il fut discuté au point de vue politique, et ainsi la question financière amena des c(msultations d'un très haut intérêt

Mais restons au XVIP siècle ; si même on se borne à analyser les avis des Etats généraux de 1600, on verra poindre les controverses sur certaines questions financières et sociales. Aussi quant aux impôts sur les consommations, l'idée soutenue par Lessius et Malderus n'est pas celle des députés de Flandre de 1600 (^); l'inégalité des charges ])Our les pauvres ne les touche pas au i^oint de rejeter un tel impôt, car il s'agit de défendre sa vie contre l'ennemi, puis l'égalité complète des charges est impossible ; enfin ils soutiennent que l'incidence des « charges du menu peuple se viennent à rétorquer et tdmber sur les bras et épaules des riches... Comme on voit aussy ordinairement advenir en

(') Nous doiiuous les sources dans La faculté de Droit de Louoain, p. iSa. Le cominentah'e de Viglius, chef i)résident du conseil i)rivé, est une jiièce hni)ortante de notre liistoire littéraire et financière. Les délibérations des États de Lille ont très grand intérêt (voir Jules Houdoy, L'impôt sur le revenu au XVI" siècle), ainsi que celles du Ilaiiiaut (Lacroix, Inv. Arch Hainaut, p. lia). D'ailleurs, le projet lui-même et ses procédés fiscaux sont très instructifs. Voy. aussiGilliodts vanSeveren, Un épisode delà levée du dixième denier, dans les Bull, de la comm. roy. d'hist., i883, p. 807.

(*) Actes, 1). 5G(j. Les impôts de consommation qualifiés de moyens généraux dans certaines i)rovinces jouaient en fait un grand role dans le système des charges publiques.

toutte chierté de grain, quand chascun vient a enchérir le paj^ement et récompense de ses labeurs et paynes. De manière que cette irrégularité, s'il y en a aulcune, consiste plus en la façon de la collecte, que au support de la charge qui redonde toute sur le riche, comme diet est ». N'est-ce pas toute une théorie sur l'assiette et l'incidence, et un curieux aperçu des phénomènes économiques signalés alors sur les salaires. Ils donnent encore d'autres arguments en laveur des impôts indirects, qui atteignent plus facilement la généralité des contribuables. Mais leur avis rencontre un contradicteur; N. Du Bois, député du Tournaisis, déclare Oque l'expérience de l'impôt sur le blé moulu y a été trouvée intolérable aux pauvres gens, et l'Artois déclare (') l'impôt sur la consommation générale odieux pour être plus à la charge du pauvre que du riche.

Nous ne pouvons ici, vu le peu de place dont nous disposons, cueillir que quelques exemples. Il y aurait matière à tonte une histoire de nos finances anciennes dont il existe déjà des parties intéressantes. Nous coupons ici pour ne pas excéder nos limites.

La garantie des Etats était sérieuse, et nos pères avaient raison d'3' tenir, nos auteurs avaient raison d'appuyer. Sans doute les Etats Généraux furent rares à partir du XVIP siècle, mais il y avait les Etats provinciaux dont les assemblées furent fréquentes; ils étaient ai)pelés à répondi-e aux besoins d'argent du prince. La lecture des actes des grands Etats généraux, comme ceux de 1600, prouve assez le soin avec lequel ils débattaient ces intérêts. Mais les actes des I<]tats provinciaux le montrent par le détail incessant. Dans leurs accords avec le prince, la préoccupation est marquée de contribuer à la défense du pays, de prouver leur loyalisme fidèle, mais d'user de leurs droits et de sauvegarder leurs privilèges ; ils le font en réclamant contre les taxes abusives, en tenant ferme au contrôle des recettes, en posant leurs conditions parfois très précises; en rognant et disputant les crédits demandés. « Quand il est question démettre charges et impositions sur le peuple, ou traiter choses qui touchent grandement la généralité du pays, l'ou a recours à la convocation des diets

Estatz, en quoy sa Majesté, comme tous les antécesseurs ont été bien libéralement et fidèlement servis», dit un avis des notables en 1595 (1) ; il est empreint sans doute d'optimisme et on ne peut certes approuver toute la politique des États, mais, tout en reconnaisant leurs erreurs, nos ancêtres 'môme au XVIP siècle, avaient en matière d'impôts, la seule que nous envisageons ici, la théorie et la pratique des vraies garanties poj)ulaires. Cette courte note n'est qu'une preuve de plus d'une vérité dont nous pouvons ôtre fiers.

Page 1