CHAPITRE IV
TRAVAUX DES FRERES PRECHEURS COMME DOCTEURS. — SAINT THOMAS d'aQUIN
A rexlrémité occidentale de Bologne, du côté où expirent au pied de la ville les dernières pentes des Apennins, le voyageur rencontre une église sur une j)lace solitaire. J'entrai dans l'église avec l'anxiété d'un homme qui cherche tendrement quelque chose. Accoutumé que j'étais aux tombeaux gigantesques de l'art moderne , je fus ému par le doux monument qui s'offrait à ma vue. Là , sous cet albâtre si pur, repose le corps de saint Dominique, auprès de cette fameuse université de Bologne , qui n'avait d'égale que l'université de Paris, toutes deux grandement aimées du saint, toutes deux choisies par lui pour être le principal séjour des siens. L'université de Paris reconnaissante lui donna une partie du couvent de Saint -Jacques, et Bologne son tom-
beau. Il convenait , en effet , qu'une ville savante fût le dernier et suprême séjour, sur la terre, de l'homme étonnant qui avait réuni dans une même pensée l'apostolat et la science divine , et confié à un seul ordre cette double mission. L'événement justifia la hardiesse de l'entreprise , et prouva sans réplique qu'elle avait été inspirée de Dieu. On a déjà vu avec quelle fidélité les Frères Prêcheurs accomplirent dans l'apostolat les espérances de leur saint patriarche : on va voir du côté de la science un succès bien autrement miraculeux; car, après tout, le dévouement suffit pour mettre au monde un missionnaire; mais la science exige, outre le dévouement, une intelligence toujours trèsrare.
La science est la vue des rapports qui constituent et enchaînent tous les êtres, de Dieu jusqu'à latome , de l'infiniment petit jusqu'à l'infiniment grand. Chaque degré, sur cette vaste échelle, éclaire le degré qui le précède et le degré qui le suit, parce que tout rapport pénétré, de quelque manière que celte pénétration ait lieu , de bas en haut et de haut en bas, est une révélation de ce qui est. En d'autres termes, l'eftel indique la cause, parce qu'il en est l'image; la cause explique l'effet, parce qu'elle en est le principe. Néanmoins cettii réciprocité n'est pas égale : la lumière véritable descend d'en haut, le bas n'en donne qu'un simple reflet. (( Maintenant, dit saint Paul, nous voyons en « reflet et en énigme, un jour nous verrons face à a face. » La science, dans noire état présent, est
donc nécessairement imparlaite, parce que nous ne voyons pas face à face le point de départ et le point de retour, qui est Dieu. Mais, tout voilé qu'il demeure à notre vue, cependant il nous est déjà possible de le connaître autrement que par le reilet qui en est le contenu dans les êtres inférieurs. Avant de se montrer, Dieu s'est affirmé; avant de paraître, il a dit son nom. L'acceptation volontaire de cette parole souveraine s'appelle la foi. La foi fait le chrétien. Quand le chrétien est en possession de ce nouvel élément de connaissance , de ce point de vue d'en haut, il peut redescendre jusqu'aux extrémités de l'univers, interpréter par les rapports qui constituent l'essence divine ceux qui constituent les choses de l'homme et de la nature, puis, à l'aide d'un mouvement contraire, vérifier par les lois de l'être fini les lois de l'être infini. Cette comparaison des deux mondes; l'illumination du second, qui est effet, par le premier, qui est cause, et la vérification du premier , qui est cause , par le second , qui est effet ; ce flux et reflux de lumières , cette marée qui va de l'Océan au rivage, et du rivage à l'Océan , la foi dans la science , et la science dans la foi , c'est le chrétien devenu théologien.
Il suit de là que le docteur catholique est un homme presque impossible; car il doit connaître, d'une part, tout le dépôt de la foi, les Écritures, la tradition écrite et non écrite , les conciles , les actes de la papauté, et, d'une autre part, ce que saint Paul appelle les éléments du monde, c'est-à-dire
tout et tout. Qu'on ouvre le premier venu des Pères de l'Église, la Préparation évangélique d'Eusèbe, Y Explication de VŒuvre des six jours, par saint Basile, les Tapisseries de Clément d'Alexandrie, la Cité de Dieu de saint Augustin ; on les verra tous d'un moment à l'autre passer du ciel à la terre, puis de la découverte à la révélation, mêlant et broyant Dieu avec l'univers, pour en tirer la science de l'un et de l'autre. Toutefois nul d'entre eux n'étail parvenu à élever l'édifice total de la théologie. Après douze cents ans de travaux, leurs écrits épars dans le passé ressemblaient aux ruines d'un temple qui n'a pas été bâti , mais à des ruines sublimes, attendant avec la patience de l'immortalité la main de l'architecte. L'architecte devait sortir des cendres de saint Dominique , et ce que nul n'aurait jamais prévu, l'homme de la Providence, dans celte œuvre incomparable, fut un grand seigneur.
11 y avait à Cologne, l'an 1245, un licencié dominicain d'un génie si remarquable, que son siècle lui a donné le nom de Grand. Quoique particulièrement exercé dans les mathématiques , la physique et la médecine, il enseignait alors la théologie , d'où s'étant élevé dans la suite aux plus hautes dignités, il les abdiqua volontairement pour retourner à son école. Sa fin fut extraordinaire. Un jour qu'il faisait une leçon publique , il s'arrêta tout à coup comme un homme qui cherche péniblement sa pensée , et après quelque temps d'un silence qui étonnait et troublait tout le monde, il parla ainsi : a Quand j'é-
tais jeune, j'avais une si grande difficuUti d'apprendre, que je désespérais de jamais rien savoir, et c'est pourquoi je résolus de quitter l'ordre de Saint-Dominique, afin de m'épargner la honte d'être sans cesse comparé à des hommes plus instruits que moi. Gomme je m'entretenais jour et nuit de ce projet, je crus voir en songe la Mère de Dieu qui me demandait dans quelle science je voulais devenir habile , si c'était dans la théologie ou dans la connaissance de la nature. Je répondis que c'était dans la connaissance de la nature. Elle me dit alors : « Tu seras ce que tu désires, et le plus grand des philosophes; mais, parce que tu n'as pas préféré la science de mon Fils , un jour viendra où , perdant même la science de la, nature , tu te retrouveras comme tu es aujourd'hui. » Or , mes enfants , ce jour qui m'a été prédit est arrivé. Désormais je ne vous enseignerai plus. Mais je confesse une dernière fois devant vous que je crois tous les articles du Symbole, et je supplie. qu'on m'apporte les sacrements de l'Église quand mon heure sera venue. Si j'ai dit ou écrit quelque chose de contraire à la foi, je le rétracte, et soumets toute ma doctrine à ma sainte mère, l'Église romaine. » Ayant achevé ce discours, il descendit de sa chaire, et ses disciples pleurant et l'embrassant le reconduisii^ent jusqu'à sa maison, où il vécut encore trois années dans une extrême simplicité, lui qui avait éléappelé le miracle de la nature, ia slupeicr de son siècle ,' et auquel la postérité. conserve le nom d'Albert Id Grand.
Mais ce n'était point Albert le Grand qui avait été choisi pour élever l'édifice de la théologie catholique. Il avait préféré la science de la naimie à la science du Fils de Dieu,
Vers la fin de 1244 ou au commencement de 1245, Jean le Teutonique, quatrième maître général de l'ordre des Frères Prêcheurs , vint à Cologne , accompagné d'un jeune Napolitain qu'il présenta à frère Albert pour être son disciple. L'Europe était, en ces temps-là, un pays de liberté; chacun allait s'instruire où il voulait, et toutes les nations se donnaient la main dans les universités. Le jeune homme que Jean le Teutonique venait d'attacher à l'école d'Albert le Grand était, par son père, petitneveu de l'empereur Frédéric l®^ cousin de l'em.pereur Henri VI, arrière - cousin de l'empereur Frédéric II, alors régnant; et, par sa mère, il descendait des princes normands qui avaient chassé ks Arabes et les Grecs de l'Italie , et conquis les 'Deux-Siciles. Il n'avait que dix-sept ans. On racontait de lui que ses parents l'avaient enlevé et enfermé dans un château pour le détourner de sa ■vocation, mais qu'ils n'avaient pu réussir; qu'une 'femme ayant été introduite dans sa chambre , il l'avait poursuivie avec un tison enflammé à la main; qu'il avait gagné ses deux sœurs à la vie religieuse dans des conversations où elles voulaient l'en détourner lui-même; que le pape Innocent IV, sollicité de rompre les liens qui l'enchaînaient déjà à l'ordre ^teiSaint- Dominique, l'avait entendu avec admiralioJî^iBt lui avait offert l'abbaye du Mont-
Cassin. Arrivé avec de tels bruits, le jeune comte d'Aquin, qui n'était plus que fr«re Thomas, fut beaucoup regardé de ses condisciples. Mais rien ne répondit en lui à leur attente : ils virent un jeune homme simple, qui ne parlait presque pas, et dont les yeux mêmes semblaient obscurs. On finit par croire qu'il n'avait d'élevé que la naissance, et ses camarades l'appelaient en riant le grand bœuf muet de la Sicile. Son maître Albert, ne sachant luimême qu'en penser, prit l'occasion d'une grande assemblée pour l'interroger sur une suite de questions très -épineuses. Le disciple y répondit avec une sagacité si surprenante , qu'Albert fut saisi de cette joie rare et divine au'éorouvent les hommes supérieurs lorsqu'ils rencontrent un autre homme qui doit les égaler ou les surpasser; il se tourna tout ému vers la jeunesse qui était là, et leur dit : « Nous « appelons frère Thomas un bœuf muet, mais un « jour les mugissements de sa doctrine s'entendront « par tout le monde. »
La prophétie ne tarda pas à s'accomplir; Thomas d'Aquin devint en peu de temps le docteur le plus célèbre de l'Église catholique, et sa naissance même, si royale qu'elle était, a disparu dans la magnificence de sa renommée personnelle.
A l'âge de quarante et un ans, et n'en ayant plus que neuf à vivre, saint Thomas songea au monument qui était le but encore inconnu de sa destinée. Il se proposa de rassembler dans un corps unique les matériaux épars de la théologie, et ce qui pouvait n'être qu'une compilation, il en fit un chef-
d'œuvre dont tout le monde parle, même ceux qui ne le lisent pas, comme tout le monde parle des pyramides d'Egypte , que presque personne ïie voit. Cette popularité, plus forte que l'ignorance, est le dernier terme de la gloire ici-bas : Dieu seul en obtient une plus haute, parce que seul il est à la portée de tous ceux qui l'adorent.
La théologie, comme nous l'avons dit, est la science des affirmations divines. Lorsque Thomme accepte simplement ces affirmations, il est à l'état de foi; lorsqu'il établit le rapport de ces affirmations entre elles et avec tous les faits extérieurs de l'univers, sa foi est à l'état théologique ou scientifique. Par conséquent la théologie résulte du mélange d'un élément humain avec un élément divin, et, s'il est vrai que ce mélange éclaire -la foi, il est néanmoins sujet à un grand danger. Car, pour peu qu'on se donne carrière dans les choses de l'ordre visible , on a bien vite atteint la limite extrême de la certitude qui leur appartient; et si l'on pousse plus loin , Tesprit ne rapporte de ces régions mal explorées que des opinions capables , quelquefois, d'altérer la pureté et la sohdité de la foi. Une des premières qualités du docteur catholique est donc Tesprit de discernement dans l'emploi de l'élément huriiain. Or saint Thomas possédait ce tact à un illustre degré. ^
Toute la science humaine de son temps était renfermée dans les écrits d'Aristote : logique, métaphysique , morale , politique , physique , histoire Rxitupelle'j'A'ristotG enseignait tout, et était regardé
comme ayant dit sur tout le dernier mot de la nature. Cependant il suffisait de parcourir quelquesuns de ses ouvrages pour s'apercevoir combien peu ce philosophe avait eu le génie chrétien, et déjà l'étude assidue qu'on faisait de lui avait porté des fruits déplorables. Il n'était pas extraordinaire d'entendre des maîtres es arts, par exemple, soutenir qu'une proposition était vraie selon l'Évangile, et fausse selon le Philosophe. En 1277, Etienne II, évêque de Paris , fut obligé de porter une censure contre deux cent vingt -deux articles dont l'erreur avait été puisée dans les livres d'Aristote. Voilà les éléments scientifiques dont disposait saint Thomas. Il fallait avec cela créer une psychologie , une ontologie, une morale et une politique dignes de s'unir aux dogmes de la foi. Saint Thomas le fit. Laissant de côté les chimères et les aberrations du Stagyrite , il tira de ses écrits ce qui pouvait s'y glaner de vrai, éleva et transforma ces matériaux, et, sans abattre ni adorer l'idole de son siècle , il ourdit une philosophie qui avait encore dans les veines du sang d'Aristote , mais purifié par le sien et par celui de tous ses grands prédécesseurs dans la doctrine.
A l'esprit de discernement dans l'emploi de Télément humain ou fini, saint Thomas joignit une vue pénétrante de l'élément divin. Il eut , en considérant les mystères de Dieu , ce regard ferme représenté par l'aigle de saint Jean , ce trait de l'œil difficile à définir, mais que l'on reconnaît si bien, lorsque près avoir médité soi-même sur une vérité du
christianisme, on interroge un homme qui a été plus îoift que soi dans l'abîme, ou mieux écouté le son de l'infini. Il en est d'un grand théologien comme d'un grand artiste : l'un et l'autre voient ce que l'œil vulgaire ne voit pas; ils entendent ce que l'oreille de la foule ne soupçonne pas ; et quand , avec les faibles organes dont l'homme dispose, ils viennent à rendre un reflet ou un écho de ce qu'ils ont vu et entendu , le pâtre même s'éveille et se croit du génie. Cette puissance de découverte dans l'infini étonnera ceux qui tiennent un mystère pour une affirmation dont les termes mêmes ne sont pas distincts; mais ceux qui savent que l'incompréhensible n'est autre chose qu'une lumière sans bornes, qui fait qu'au jour même où nous verrons Dieu face à face nous ne le comprendrons pas encore, ceux-là se persuaderont aisément que plus l'horizon est immense, plus la vivacité du regard a de quoi s'exercer. Et la théologie a ce rare avantage, que les affirmations divines, qui lui ouvrent l'infini de part en part , lui sont une boussole en même terhps qu'une mer. La parole de Dieu forme dans l'infini des lignes saisissables qui encadrent la pensée sans la restreindre, et qui fuient devant elle en l'emportant. Jamais l'homme arrêté dans les liens et les ténèbres du fini n'aura l'idée de la félicité du théologien nageant dans l'espace sans bornes de la vérité, et trouvant dans la cause même qui le contient l'étendue qui le ravit. Cette union, au même endroit, de la sécurité la plus parfaite avec le vol le plus hardi, cause à l'âme une aisé indicible qui fait mépriser tout le reste à qui l'a une
fois sentie. Or nul ne la fait sentir plus souvent que la lecture de saint Thomas. Quand on a étudié une question même dans de grands hommes, et qu'on recourt ensuite à cet homme-là, on sent qu'on a franchi plusieurs orbes d'un seul coup, et que la pensée ne pèse plus.
Il faudrait parler encore de la force d'enchaînement qui lie l'un à l'autre dans saint Thomas l'élément naturel et l'élément divin , en subordoïinant toujours le premier au second. Il faudrait dire cette unité puissante qui , dans le cours d'un ouvrage énorme, ne se dément jamais, ramasse à droite et à gauche toutes les eaux du ciel et de la terre, et les pousse en avant par un mouvement qui vient de la source et que le leur accroît sans le changer. Il faudrait enfin donner une idée de ce style qui fait voir la vérité dans les plus grandes profondeurs, comme on voit les poissons au fond des lacs limpides, ou les étoiles au travers d'un ciel pur, style aussi calme qu'il est transparent, où l'imagination ne paraît pas plus que la passion, et qui cependant entraîne l'intelligence. Mais le temps nous presse, et saint Thomas d'ailleurs n'a plus besoin de louanges. Les souverains pontifes, les '^oncilès, les ordres religieux, les universités, mrlie écrivains l'ont porté trop haut pour que la louange puisse l'atteindre désormais. Quand les ambassadeurs du royaume de Naples vinrent denaander sa canonisation à Jean XXII , le pape, qui les reçut en plein consistoire, leuir; dit : « Saint Thomas a plus éclairé VEgbse que t<?usles docteurs ensemble, et l'on profitera
plus en une année avec ses livres que pendant toute une vie avec les livres des autres. » Et comme quelqu'un, dans le cours du procès de canonisation, remarquait qu'il n'avait point opéré de miracles, le souverain pontife répondit : « Il a fait autant de miracles qu'il a écrit d'articles. » Dans le concile de Trente, une table était placée au milieu de la salle où siégeaient les Pères du concile, et sur cette table étaient l'Écriture sainte, les décrets des papes, et la Somme de saint Thomas. Après cela , Dieu seul pourra louer ce grand homme dans le concile éternel de ses saints.
Saint Thomas mourut à Fosse-Neuve, monastère de l'ordre de Cîteaux, presque à moitié chemin de Naples et de Rome, entre sa patrie naturelle et sa patrie spirituelle, non loin du château de Roche- Sèche, où il est probable qu'il naquit, et proche du Mont-Cassin, où il avait passé une partie de son enfance. La mort le surprit là pendant qu'il était en route pour obéir aux ordres du pape Grégoire X, qui l'avait appelé au deuxième concile général de Lyon, dans lequel on devait traiter de la réunion de l'Église grecque avec l'Église latine. Les religieux, pressés autour de son lit, le prièrent de leur faire une courte exposition du Cantique des cantiques , et ce fut sur ce chant de l'amour divin qu'il donna sa dernière eçon. A son tour, il demanda aux religieux de le mettre sur la cendre pour recevoir le saint viatique, et quand il vit l'hostie entre les mains du prêtre, il dit avec larmes : « Je crois fermement que Jésus- Christ, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique du Père
élornel et crune Vierge mère, est dans cet auguste sacrement. Je te reçois, prix de la rédemption de mon âme ; je te reçois, viatique du pèlerinage de mon âme , pour l'amour duquel j'ai étudié , j'ai veillé et travaillé , prêché et enseigné. Jamais je n'ai rien dit contre toi; mais si j'avais dit quelque chose sans le savoir, je ne suis point opiniâtre dans mon sens : je laisse tout à la correction de la sainte Église romaine, dans l'obéissance de laquelle je m'en vais de cette vie. » Ainsi mourut saint Thomas d'Aquin, à l'âge de cinquante ans, le 7 mars 1*274, quelques heures après minuit, au lever de l'aurore.
L'ordre religieux qui, presaue à sa naissance, avait produit une si vive lumière ae l'Église, ne cessa de nourrir des savants et des écrivains de mérite. Mais la liste en serait plus que fastidieuse : on en compte environ quatre à cinq mille. Il suffira d'ajouter que, moins d'un siècle après la mort de saint Dominique, son institut fut honoré par les contemporains du titre singulier d'Ordre de la Vérité. Ainsi fut accomplie dans toute son étendue la double pensée qui avait présidé à sa formation. Des générations d'apôtres et de savants, sorties de ce germe, ont répandu la vérité jusqu'en des mondes que saint Dominique ignorait, et, après six cents ans révolus, les rejetons en fleurissent encore de Manille à Rome, de Saint-Pétersbourg à Lima. Quand le jeune Gusman passait les Pyrénées avec l'évêque dom Diego, rien de tout cela n'existait , n'était attendu , ni cru possible : mais la pensée qui découvre un be-
•n U vertu qui s'y dévoue , el lebesom qui vient :„ aide à Ta pensée'et à la vertu , ces trois choses peuvent tout%eureuK le siècle où elles se ren-
contrent ! • '