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DE L INQUISITION

L'inquisition est un tribunal établi autrefois dans quelques pays de la chrétienté par le concours de l'autorité ecclésiastique et de l'autorité civile, pour la recherche et la répression des actes qui tendent au renversement de la religion.

On accuse saint Dominique d'avoir été l'inventeur de ce tribunal;

On accuse les dominicains d'en avoir été les promoteurs et les principaux instruments;

On les rend comptables particulièrement des excès de l'inquisition espagnole.

Or saint Dominique n'a point été l'inventeur de l'inquisition, et n'a jamais fait aucun acte d'inquisiteur;

Les dominicains n*ont point été les promoteurs et les principaux instruments de l'inquisition ;

Et, quant à l'inquisition espagnole, loin d'en être responsables , ils en furent éloignés par les rois d'Espagne, dès que les rois d'Espagne, à la fin du xv" et au commencement du xvi® siècle, transformèrent ce tribunal en une institution nouvelle et politique qui exigeait des serviteurs plus dépendants que des religieux

Ces assertions peuvent étonner ceux qui croient à l'histoire telle que les protestants et les rationalistes l'ont faite ; mais elles ne surprendront point ceux qui savent que l'histoire, depuis trois siècles, est un mensonge perpétuel et flagrant, que les savants de France, d'Allemagne et d'Angleterre ont déjà démoli en partie. Dans tous les cas, je donnerai mes preuves.

En 1812, les Certes espagnoles assemblées dans l'île de Léon nommèrent un comité de constitution qui fut chargé, entre autres travaux, de présenter un rapport et un projet de décret sur le tribunal de l'inquisition. Le comité fit dans son rapport un exposé de l'origine et du développement de ce tribunal, et conclut à ce qu'il fût aboli en Espagne. Cette pièce, de fabrique rationaliste , libérale et espagnole, et qui, à tous ces titres, ne saurait être suspecte de partialité en faveur de l'inquisition, sera mon premier moyen justificatif.

Un autre document non moins précieux est l'Histoire de l'inquisition publiée à Amsterdam, en 1692, par Philippe de Lymborch, professeur de théologie dans le parti calviniste des Remontrants. Cette histoire, aussi hostile que possible à l'Église catholique,

à l'inquisition et aux dominicains , sera naon second moyen justificatif.

Je ne dirai rien qui ne soit appuyé sur l'un ou l'autre de ces monuments ennemis, et quelquefois sur tous les deux ensemble. Ils me serviront de texte, et le reste de mes preuves n'en sera que le commentaire.

Voici , pour commencer, la manière dont le comité des Certes s'exprime sur saint Dominique : « Les « premiers inquisiteurs n'opposèrent jamais à l'hé- « résie d'autres armes que la prière, la patience et « l'instruction, et saint Dominique surtout, comme (( l'assurent les Bollandistes, et les pères Eckliard « et Touron (l). » Et plus bas : « Philippe II, le plus « absolu des princes , fut le véritable fondateur de « V inquisition ; ce fut sa politique raffinée qui la « porta à ce point de hauteur où elle était montée. « Toujours les rois ont repoussé les conseils et les « soupçons qui leur ont été adressés contre ce tri- « bunal, parce qu'ils sont dans tous les cas maîtres « absolus de nommer, de suspendre ou de renvoyer « les inquisiteurs , et qu'ils n'ont d'aiUeurs rien à « craindre de l'inquisition , qui n'est terrible que « pour leurs sujets (2). »

Ainsi le comité des Certes distingue dans l'inqui-

(1) Rapport sur le tribunal de Tinquisition, avec le projet de décret concernant les tribunaux protecteurs de la religion, présenté aux Cortès générales et extraordinaires par la commission de constitution. Cadix, 1812.

(2) Rapport, etc., p. 89.

sition deux termes extrêmes , saint Dominique et Philippe II : le premier, n'ayant d'autres armes que la prière, la patience et V instruction ; le second, véritable fondateur de l'inquisition, la transformant en un tribunal terrible dont les rois sont les maîtres absolus. Je pourrais m'arrêter là : car quoi de plus décisif pour qui sait lire? Qu'importe que le comité range saint Dominique parmi les premiers inquisiteurs, si les premiers inquisiteurs n'employèrent jamais que la prière, la patience et l'instruction? Que reste -t- il de commun entre l'œuvre de saint Dominique et celle de Philippe II, séparées par trois siècles d'intervalle; l'une religieuse et l'autre politique; l'une confiée à des hommes qui prient et instruisent avec patience, l'autre à des rois qui repoussent les conseils et les soupçons contre un tribunal dont ils sont les maîtres absolus? Mais en matière si grave , on ne peut pardonner au comité même une erreur inoffensive. Bien qu'il n'impute pas à saint Dominique d'avoir inventé l'inquisition, ni de l'avoir exercée avec dureté, il le nomme toutefois parmi les premiers inquisiteurs , et ce fait est absolument inadmissible, comme on va le voir.

Faisons -nous d'abord une juste idée de l'inquisition.

L'inquisition ne consiste pas dans les lois pénales établies contre la profession publique de l'hérésie, et, en général, contre les actes extérieurs destructifs delà religion. Depuis mille ans, des lois semblables étaient en vigueur dans la société chrétienne. Constantin et ses successeurs en avaient publié un gr;,. "^

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nombre qu'on peut lire dans le Code Théodosien , toutes appuyées sur cette maxime, que, la religion étant le premier bien des peuples, les peuples ont droit de la placer sous la même protection que les biens, la vie et l'honneur des citoyens. Je n'examine pas la valeur de cette maxime , je ne fais que l'énoncer. Avant les temps modernes, elle passait pour incontestable; toutes les nations de la terre l'avaient mise en pratique, et aujourd'hui même la liberté religieuse n'existe qu'en deux pays, aux États-Unis et en Belgique. Partout ailleurs, sans en excepter la France, l'ancien principe domine, quoique affaibli dans son application. On croyait, et presque tout l'univers croit encore que la société civile doit em pêcher les actes extérieurs contraires à la religion qu'elle professe, et qu'il n'est pas raisonnable de Tabandonner aux attaques du premier venu qui a assez d'esprit pour soutenir un dogme nouveau. C'est en ce sens qu'a jugé la Cour de cassation , même après 1830 , lorsqu'elle a décidé que la charte ne donnait pas droit à qui voulait d'ouvrir un temple et de fonder une chaire religieuse. Le principe ancien subsiste donc dans la jurisprudence interprète de nos lois; la magistrature française juge aujourd'hui, en ces matières, comme jugeait la magistrature du Bas -Empire et du moyen âge, comme jugent les mandarins chinois qui font étrangler nos missionnaires; et peu importe que la pénalité soit adoucie, car elle l'est également pour tous les autres crimes. Adoucir une pénalité, ce n'est pas déclarer innocent le fait qui en est atteint; ce n'est pas s:ir-

tout le déclarer libre. Reste donc à la France la solidarité du principe d'où est née l'inquisition.

Jusqu'à la fin du xii° siècle, les attentats religieux étaient poursuivis et jugés par les magistrats ordinaires. L'Église frappait une doctrine d'anathème : ceux qui la propageaient opiniâtrement dans les assemblées publiques ou secrètes, au moyen d'écrits ou de prédications, étaient recherchés et condamnés par les tribunaux de droit commun. Tout au plus l'autorité ecclésiastique intervenait- elle quelquefois dans la procédure par voie de plainte. Mais à côté de ce fait social de la répression des hérétiques se développait un autre élément d'origine toute chrétienne, l'élément de la douceur à l'égard des criminels, et surtout à l'égard des criminels d'idées. Tous les chrétiens étaient convaincus que la foi est un acte libre , dont la persuasion et la grâce sont la source unique; tous disaient avec saint Athanase : « Le propre d'une religion d'amour est de persuader, « non de contraindre (1). » Mais ils n'étaient pas d'accord sur le degré de liberté qu'il fallait accorder à l'erreur. Celte seconde question leur paraissait toute différente de la première; car autre chose est de ne pas violenter les consciences, autre chose de les abandonner à l'action arbitraire d'une force intellectuelle mauvaise. Ceux qui souhaitaient la liberté absolue parlaient ainsi par la bouche de saint Hilaire, évêque de Poitiers : « Qu'il nous soit permis « de déplorer la misère de notre âge, et les ioUes

(1) Lettre aux Solitaires.

« opinions d'un temps où l'on croit protéger Dieu « par l'homme, et l'Église du Christ par la puis- « sance du siècle. Je vous prie, ô évêques qui voyez « cela, de quels suffrages se sont appuyés les apôtres « pour prêcher l'Évangile? Quelles armes ont- ils {( appelées à leur secours pour prêcher Jésus-Christ? « Comment ont-ils converti les nations du cuit*? des u idoles à celui du vrai Dieu ? Est-ce qu'ils avaient « obtenu leur dignité du palais, ceux qui chantaient « Dieu après avoir reçu des chaînes et des coups de « fouet? Était-ce avec des édits du prince que Paul, « donné en spectacle comme un malfaiteur, assem- « blait l'Église du Christ? ou bien était-ce sous le « patronage de Néron, de Vespasien, de Decius, de « tous ces ennemis dont la haine a fait fleurir la pa- « rôle divine? Ceux qui se nourrissaient du travail « de leurs mains, qui tenaient des assemblées se- « crêtes, qui parcouraient les bourgs, les villes, les (( nations, la terre et la mer, malgré les sénatus- « consultes et les édils des princes, ceux-là n'a- ({ vaient-ils point les clefs du royaume des cieux? et (1 le Christ n'a-t-il pas été d'autant plus prêché « qu'on défendait davantage de le prêcher? Mais « maintenant, ô douleur! des suffrages terrestres « servent de recommandation à la foi divine , et le a Christ est accusé d'indigence de pouvoir par des a intrigues faites en sa faveur! Que l'Église donc « répande la terreur par l'exil et la prison , elle qui « avait été conOée à la garde de l'exil et de la pri- « son! Qu'elle attende son sort de ceux qui veulent « bien accepter sa communion, elle qui avait été

« consacrée de la main des persécuteurs (1) ! » Saint Augustin, qui avait appartenu d'abord à cette école, s'adressait dans le même esprit aux manichéens : « Que ceux-là sévissent contre vous « qui ne savent pas avec quel labeur la vérité se « découvre, et combien péniblement on échappe à « l'erreur. Que ceux-là sévissent contre vous qui « ne savent pas combien il est rare et difficile de « vaincre les fantômes du corps par la sérénité « d'une pieuse intelligence. Que ceux-là sévissent « contre vous qui ne savent pas avec quelle peine « on guérit l'œil intérieur de l'homme pour le rendre « capable de voir son soleil , non pas ce soleil que ({ vous adorez, et qui brille aux yeux charnels de « l'homme et de la bête, mais celui dont il est écrit « par le Prophète : Le soleil de la justice s'est levé « pour moi; et dont l'Évangile dit qu'il est la « lumière qui illumine tout homme venant en ce « monde. Que ceux-là sévissent contre vous qui ne ({ savent pas par quels soupirs et quels gémisse- « ments il arrive qu'on comprend Dieu tant soit peu. « Enfin que ceux-là sévissent contre vous que n'a « jamais trompés l'erreur qui vous trompe (2)! »

Saint Augustin passa plus tard à l'école opposée. Les fureurs des donatistes d'Afrique contre l'Église en furent la cause. Il crut être redevable à l'expérience de deux vérités que la méditation de l'Évangile ne lui avait point apprises, savoir : que l'erreur

(1) Contre Auxence.

(2) Contre l'Épître du Fondement.

est essentiellement persécutrice, et n'accorde jamais à la vérité que le moins de liberté possible; et, en second lieu, qu'il y a une oppression des intelligences faibles par les intelligences fortes, comme il y a une oppression des corps débiles par les corps robustes. D'où il concluait que la répression de l'erreur est une défense légitime contre deux tyrannies, la tyrannie de la persécution et la tyrannie de la séduction.

Je ne suis toujours qu'historien.

Néanmoins cette seconde école était travaillée comme la première, quoiqu'à un moindre degré, par le besoin ineffaçable de la mansuétude chrétienne, et saint Augustin écrivait à Donat , proconsul d'Afrique, ces paroles bien remarquables, au sujet des hérétiques les plus atroces qui furent jamais : « Nous désirons qu'ils soient corrigés , mais ({ non mis à mort; qu'on ne néglige pas à leur égard « une répression disciplinaire , mais aussi qu'on ne « les livre pas aux supplices qu'ils ont mérités... Si « vous ôtez la vie à ces hommes pour leurs crimes, « vous nous détournerez de porter à votre tribunal « des causes semblables, et alors l'audace de nos « ennemis, portée à son comble, achèvera notre « ruine , par la nécessité où vous nous aurez mis « d'aimer mieux mourir de leurs mains que de les « déférer à votre jugement (1). »

C'était en vertu de ces maximes que saint Martin de Tours refusa constamment sa communion aux

(1) CXXVII- leltre.

éA^êques qui avaient pris part à la condamnation sanglante des prisciliianistes d'Espagne.

On voit donc l'Église placée dans cette question entre deux extrémités, la liberté absolue de l'erreur, ou sa poursuite à outrance par le glaive inexorable de la loi civile. Quelques-uns de ses docteurs penchent pour le premier parti, aucun pour le second : quelques-uns pour la douceur sans bornes, aucun pour la pénalité impassible et illimitée. L'Église est crucifiée là entre deux appréhensions également terribles. Si elle laisse à l'erreur toute latitude, elle craint l'oppression de ses enfants; si elle réprime l'erreur par l'épée de l'évêque du dehors j elle craint d'opprimer elle-même : il y a du sang partout. Le cours des événements augmentait encore cette angoisse ; car les lois portées contre les hérétiques retombaient sans cesse sur les catholiques, et d'Arius aux iconoclastes, ce n'étaient qu'évêques et prêtres emprisonnés, exilés, meurtris, refoulés aux catacombes par des empereurs qui ne se lassaient pas d'offrir à l'Église le choix entre leurs idées et leurs bourreaux.

Dès que l'Église le put, elle songea sérieusement à sortir de cette situation. La phrase de saint Augustin avait eu le temps de mûrir : « Nous désirons « qu'ils soient corrigés , mais non mis à mort ; « qu'on ne néglige pas à leur égard une répression « disciplinaire, mais aussi qu'on ne les livre pas (( aux supplices qu'ils ont mérités. » Le pontificat conçut un dessein dont le xix° siècle se glorifie beaucoup, mais dont les papes s'occupaient déjà il y a

six cents ans, celui d'un système pénitenliaire. Il n'y avait pour les fautes des hommes que deux sortes de tribunaux en vigueur, les tribunaux civils et les tribunaux de la pénitence chrétienne. L'mconvénient de ceux-ci était de n'atteindre que les pécheurs apportant volontairement l'aveu de leurs crimes; l'inconvénient de ceux-là, qui avaient la force en main , était de ne posséder aucune puissance sur le cœur des coupables, de les frapper d'une vindicte sans miséricorde, d'une plaie extérieure incapable de guérir la plaie intérieure. Entre ces deux tribunaux les papes voulurent établir un tribunal intermédiaire, im tribunal de juste milieu , un tribunal qui pût pardonner, modifier la peine même prononcée, engendrer le remords dans le criminel, et faire suivre pas à pas le remords par la bonté; un tribunal qui changeât le supplice en pénitence, l'échafaud en éducation, et n'abandonnât ses justiciables au bras fatal de la justice humaine qu'à la dernière extrémité : ce tribunal exécrable , c'est l'inquisition; non p^s l'inquisition espagnole, corrompue par le despotisme des rois d'Espagne et le caractère particulier de cette nation; mais l'inquisition telle que les papes l'avaient conçue, telle qu'après beaucoup d'essais et d'efforts ils l'ont enfin réalisée, en 1542, dans la Congrégation romaine du saint office, le tribunal le plus doux qu'il y ait au monde, le seul qui en trois cents ans de durée n'ait peut-être pas versé une goutte de sang.

Je ne suis pas le premier, du reste, à m'êlre aperçu de la nature pénitentiaire et progressive de l'inqui-

silion ; le Journal des Débats l'avait vue bien avant moi : « Quel est cependant, dit-il, quel est le tribunal « en Europe, autre que celui de l'inquisition, qui « absout le coupable lorsqu'il se repent et confesse « son repentir? Quel est l'individu tenant des pro- « pos, affectant une conduite irréligieuse, et pro- « fessant des principes contraires à ceux que les « lois ont établis pour le maintien de l'ordre social ; « quel est cet individu qui n'ait pas été averti deux « fois par les membres de ce tribunal? S'il récidive, « si, malgré les avis qu'on lui donne, il persiste « dans sa conduite, on l'arrête; et s'il se repent, on « le met en liberté. M. Bourgoing, dont les opinions « ne pouvaient être suspectées lorsqu'il écrivait son « Tableau de VEspagne moderne, en parlant du « saint office, dit : — J'avouerai, pour rendre horn- « mage à la vérité, que l'inquisition pourrait être « citée de nos jours comme un modèle d'équité. — « Quel aveu ! Et comment serait-il reçu si c'était « nous qui le faisions? Mais M. Bourgoing n'a vu « dans le tribunal de l'inquisition que ce qu'il est « réellement, un moyen de haute police (1). »

C'est à propos de l'inquisition espagnole que le Journal des Débals s'exprimait de la sorte; que serait-ce donc si , au lieu d'arrêter ses regards sur une inquisition dénaturée, il eût considéré la donnée primitive de ce tribunal et sa réalisation complète

(1) Journal des Débats du 17 septembre 1803, sous le nom de Journal de l'Empire, rendant comte du Tableau de l'Espagne moderne, par M. Bourgoing, anciea ministre plénipotentiaire de la République française près la cour d'Espagne.

dans la congrégation romaine du saint office? C'est pourquoi, si j'établis que saint Donninique n'a été ni l'inventeur de l'inquisition ni le premier inquisiteur, ce n'est pas pour décharger ses glorieuses épaules d'un fardeau trop inexplicable, c'est parce que le fait n'est pas vrai. Le germe de l'inquisition a précédé saint Dominique; saint Dominique n'a rien fait pour son développement, et ce n'est que longtemps après sa mort que ce tribunal a acquis une forme arrêtée et une puissance réelle.

En efTet, les difficultés à vaincre étaient énormes du cùté de la pensée et du côté de la réalisation. Il fallait tirer des cloîtres le système pénitentiaire , et l'appliquera la société extérieure par un tribunal qui ne pouvait pas être laïque , tout en ayant besoin du concours des laïques , et qui ne pouvait pas non plus être épiscopal , tout en ayant besoin du concours des évêques. Ce tribunal ne pouvait pas être laïque, parce que la réforme intérieure des coupables et la proportion de la miséricorde au degré de la réforme obtenue, exigent nécessairement l'intervention du prêtre, une conscience consacrée pour recevoir de^ aveux : cependant le concours des laïques était nécessaire, puisque l'Eglise ne possède par elle-même aucun moyen de contrainte. Ce tribunal ne pouvait pas non plus être épiscopal , parce que les évêques, accablés du fardeau de leurs diocèses, auraient plié sous cette nouvelle charge, et que d'ailleurs la direction de procédures criminelles leur eût ôté devant les peuples quelque chose de la majesté

tendre qu'ils ne doivent jamais abdiquer. Cependant leur concours était nécessaire, parce qu'ils sont juges -nés de toutes les questions de doctrine. C'était d'ailleurs un élément si nouveau à introduire dans la marche générale des affaires humaines, que jamais l'inconnu n'a dû exiger plus de tâtonnements.

En 1185 , le pape Lucius III, chassé de Rome par les insultes répétées des Romains, était à Vérone. L'empereur Frédéric P"" y vint accompagné d'un grand nombre d'évêques et de seigneurs. Ils tinrent ensemble un grand concile, sur lequel Fleury fait la remarque suivante dans son Histoire ecclésiastique : « Je crois y voir, dit -il , l'origine de l'in- « quisition contre les hérétiques , en ce que l'on « ordonne aux évêques de s'informer par eux-mêmes « ou par commissaires des personnes suspectes « d'hérésie, suivant la commune renommée et les « dénonciations particulières; que l'on distingue les « degrés de suspects, convaincue, pénitents et re- « laps, suivant lesquels les peines sont différentes; « enfin, qu'après que l'Église a employé contre les « coupables les peines spirituelles, elle les aban- « donne au bras séculier (1). »

Il n'est pas douteux, en effet, que les premiers linéaments de l'inquisition ne soient là tout entiers ^ quoique informes : recherche des hérétiques par commissaires, application de peines spirituelles graduées , abandon au bras séculier en cas d'impénitence

(1] Hist. eccL, liv. LXXIII, n» 54.

manifeste, concours des laïques et des évêques. Il n'y manque qu'une forme définitive, c'est-à-dire l'élection d'un tribunal particulier, qui exerce ce nouveau mode de justice; mais on n'en vint là que beaucoup plus tard.

Douze ans après le concile de Vérone, en 1198, apparaissent les premiers commissaires-inquisiteurs dont l'histoire ait conservé le nom. C'étaient deux moines de l'ordre de Cîteaux, Rainier et Guy. Ils furent envoyés dans le Languedoc par le pape Innocent III, pour la recherche et la conversion des hérétiques albigeois. Fleury, dans son Histoire ecclésiastique, et dom Vaisselle, dans V Histoire du Languedoc , leur donnent également la qualification d'inquisiteurs (1).

Les trois légats de l'ordre de Cîleaux que saint Dominique et l'évêqued'Osma rencontrèrent à Montpellier vers la fin de l'an 1205, étaient pareillement des commissaires-inquisiteurs.

Ainsi , au moment où saint Dominique arrive sur la scène, il y avait vingt et un ans que les bases de l'inquisition avaient été posées au concile de Vérone, et c'était l'ordre de Cîteaux qui exerçait ce nouvel emploi sous sa forme primitive et encore inconsistante. Et comment saint Dominique se présentet-il aux légats? « Laissez, leur dit-il, ces équipages, ces valets, ces insignes, ce luxe, qui n'est bon qu'à endurcir les hérétiques; allons à pied les chercher

(1) Ilist. eccL, liv. LXXV, n» 8. — Histoire du Lauguedoc, t. 111% liv. XXI, p. i3.

et leur parler, allons souffrir et mourir pour eux. » Chose inouïe ! le rationalisme a pris juste le conlrepied de l'histoire. Dans cette terrible guerre des Albigeois, ce sont les abbés de Cîteaux qui condui- Fent tout, qui président les assemblées des évoques et des chevaliers, qui déploient contre les hérétiques toutes les forces du siècle et de l'Église; saint Dominique, au contraire, se montre ce que nous appellerions aujourd'hui wn homme nouveau. Il ne paraît pas plus dans les conseils que dans les combats; il prie, il jeûne, il prêche; il arrache un jeune homme au dernier supplice en affirmant qu'il sera un jour un grand saint. Une pauvre femme hérétique lui déclare qu'elle ne peut pas quitter l'hérésie, qui la fait vivre; saint Dominique veut se vendre comme esclave pour lui procurer du pain. Il rassemble des jeunes filles en communauté, afin de les arracher à la tentation de la misère. Il fonde un nouvel ordre religieux, pour agir sur les hérétiques non parla contrainte, mais par la prédication et la science divine. De tous les contemporains qui ont écrit sa vie : Thierri d'Apolda, Constantin, évêque d'Orvieto; Barthélémy, évêque de Trente; le père Humbert, Nicolas Trevet, aucun ne lui attribue un seul acte relatif à l'inquisition ; tous le représentent, comme les Certes espagnoles de 1812, n'ayant d'autres armes que la prière^ la 'patience et Vinslruclion » sauf qu'ils ajoutent les miracles, ce qui ne fait de mal à personne. Il assiste en 1213 au quatrième concile œcuménique de Latran : c'était une belle occasion d'avancer les affaires de l'inquisition, s'il eût

voulu s'en mêler; elles y restent stationnaires. En 121G, son ordre est approuvé par deux bulles du pape Honorius III; dans aucune de ces bulles il n'est parlé de ses services comme inquisiteur. Pendant les cinq années qu'il vécut encore, il reçut du Saint-Siège des brefs et diplômes : aucun ne lui donne le titre d'inquisiteur. Huit ans après sa mort, un concile est assemblé à Toulouse sous la présidence d'un délégué apostolique; on y renouvelle d'une manière plus complète les décrets du concile de Vérone , relatifs à l'inquisition : eh bien ! dans cette ville de Toulouse, où saint Dominique était si connu, où son ordre avait com.mencé, où il avait un établissement, ce n'est pas aux Frères Prêcheurs que le concile confie la charge d'inquisiteurs.

(( Les évêques, dit le concile, choisiront en chaque « paroisse un prêtre et deux ou trois laïques de « bonne réputation, auxquels ils feront faire serment « de rechercher exactement et fréquemment les hé- « rétiques, etc. (1). »

Ce décret eût-il été possible si saint Dominique avait été le fondateur et le promoteur de l'inquisition , s'il l'eût laissée aux siens comme une part de leur héritage? Le nom même de Frères Prêcheurs est une immortelle protestation du but que s'est proposé saint Dominique, comme le nom de Freinas Mineurs est une immortelle protestation du but que s'est proposé saint François d'Assise. Tous les deux

(Ij Fleury, Hist. eccl., liv. LXXIX, n» 58, à l'an 1229.

ont été les hommes nouveaux de leur temps. Ils ont arboré, pour sauver l'Église, un autre étendard que celui de la puissance humaine, et c'est pourquoi les esprits les plus indépendants de ces siècles -là ont exalté leur commune mémoire. Quand saint Dominique et saint François se rencontrèrent à Rome, se reconnurent sans s'être jamais vus, se jetèrent au cou l'un de l'autre, c'étaient les deux éternelles forces de l'Église qui s'embrassaient : la pauvreté et la parole.

J'ajouterai à ces preuves l'examen des raisons de nos adversaires , consignées dans ï Histoire de Vinquisiiion de Philippe de Lymborch, au chapitre x du livre P^ Lymborch avait un moyen fort simple d'étabUr sa thèse contre saint Dominique : il n'avait qu'à citer les auteurs contemporains; mais pas un auteur contemporain n'attribuant à saint Dominique; les faits que lui imputent les protestants et les rationalistes , Lymborch s'est borné aux étranges preuves qu'on va voir.

Premièrement: la maison de l'inquisition, à Toulouse, est une maison qui avait été donnée à saint Dominique : donc saint Dominique a été le premier inquisiteur. La maison dont parle Lymborch fut donnée l'an 1215, à saint Dominique par Pierre Cellani, et cette maison devint celle de l'inquisition en 1233, c'est-à-dire douze ans après la mort de saint Dominique, lorsque Pierre Cellani, à qui elle avait d'abord appartenu , et qui était alors Frère Prêcheur , fut nommé inquisiteur de Toulouse par le pape Grégoire IX. Ces faits sont rapportés

dans la chronique contemporaine de Guillaume de Puy-Laurens, chapelain de Raymond VII , comte de Toulouse.

Deuxièmement : Louis de Param, qui a écrit sur l'origine et les progrès de l'inquisition, dit que saint Dominique s'ouvrit à un légat du pape en France de la pensée qu'il avait d'introduire l'inquisition, et qu'il fut en effet nommé inquisiteur après le concile de Latran , dans les lettres pontificales que quelques auteurs témoignent avoir vîtes. Or Louis de Param écrivait son traité à la fin du xvi® siècle, près de quatre cents ans après la mort de saint Dominique, et il ne cite aucun auteur contemporain à l'appui de son assertion. Lymborch attache si peu de foi luimême à son témoignage, qu'il ajoute immédiatement : « Quoi qu'il en soit , il est constant que saint « Dominique fut un homme cruel et sanguinaire. » Puis, en preuve de cette cruauté, il cite l'acte d'une pénitence publique imposée par saint Dominique à un nommé Ponce Roger pour le réconciliera l'Église, pénitence en usage alors, et qui était pour ce temps-là aussi simple que les pénitences canoniques de l'Église primitive.

Ceux qui prendront la peine d'ouvrir Lymborch s'assureront par leurs propres yeux qu'il ne donne pas d'autre raison de la qualité de premier inquisiteur par lui attribuée à saint Dominique.

Or les Frères Prêcheurs ne furent pas plus les promoteurs de l'inquisition qae leur patriarche n'en avait été l'inventeur. Les papes , les évoques, les rois , voilà quels furent les promoteurs de l'inquisi-

tion : « Le pape, dit Lymborch, faisait tous ses « efforts pour qu'une puissance plus grande fût « conférée aux inquisiteurs, et pour qu'ils eussent « un tribu*:^! où ils siégeassent comme juges dé- « légués du souverain pontife, et représentant S3 « personne dans toutes les causes d'hérésie (1). »

Quant aux évêques, nous avons déjà vu leur action dans le concile de Toulouse en 1229, et ce furent encore eux qui, dans d'autres conciles, l'un tenu à Narbonne en 1235, l'autre à Béziers en 1246 , dressèrent les premiers règlements de l'inquisition , de concert avec les légats du Saint- Siège (2).

Los princes s'en mêlèrent aussi et plus que personne. « L'empereur Frédéric II, dit Lymborch, « promulga à Padoue quelques lois contre les héré- « tiques , leurs complices et leurs fauteurs , qui avan- « Gèrent beaucoup l'affaire de l'inquisition (3). » Saint Louis, en 1255, pria le pape Alexandre IV d'établir des inquisiteurs de la foi dans le royaume de France (4). A peu près à cette même époque, le sénat de Venise, de son propre mouvement et de sa propre autorité, nomma quelques laïques inquisiteurs de la foi, chargea le patriarche de Grade et les autres évêques vénitiens de juger la question de

(1) Ilisl. de l'inquîsit., liv. 1, chap. xii.

(2) Fleury, Hist. eccl., liv. LXXX, n» 51, et liv. LXXXII n" 41. — Lymborch, Hist. de l'inquîsit., liv. I, chap, xii. .

(3) Hist. de l'inquîsit,, liv. I, chap. xii.

(4) Ibîd., chap. xvi.

doctrine , et se réserva de prononcer la peine capitale contre ceux qui auraient été convaincus d'hérésie (1). En 1419, Alphonse, roi d'Aragon, demanda au pape Martin V d'étendre l'inquisition au royaume de Valence (2). Vers la fin du xv" siècle, « les rois ca- « tholiques (Isabelle et Ferdinand) sollicitèrent « instamment le pontife romain de leur donner le « pouvoir de créer des inquisiteurs dans les royaumes « de Gastille et de Léon... et, afin qu'aucune nau lion ne les surpassât dans le zèle contre les adver- « saircs de la foi romaine , ou plutôt afin de les sur- « passer toutes, ils introduisirent l'inquisition dans « leurs royaumes par l'autorité du pape Sixte IV, « avec une pompe plus grande, un appareil plus « auguste et un pouvoir plus ample (3). » Les Cortès de 1812 s'expriment comme Lymborch sur ce point: « L'inquisition fut, dans son principe, une institu- '< tion demandée et ëlablie par les rois d'Espagne « dans des circonstances difficiles et extraordi* « naircs (4). » En 1319, les Aragonais ayant obtenu du pape Léon X un adoucissement aux procédures de l'inquisition telles que les avaient réglées Isabelle et Ferdinand , Charles-Quint s'opposa à l'exécution des bulles, et obtint, à force d'instances , que les choses resteraient sur le môme pied (o). En 1543 , l'inquisition étant tombée en désuétude dans la

(1) Ilist., de l'inquisU., liv. I, chap. xvii.

(2) Ihid., chap. XXIII

(3) Ibid., liv. I, chap. xxiv, aUnéas 3 el 4.

(4) Rapport sur le tribunal de l'inquisilionj elc, p. 37.

(5) Ibid., p. m.

Sicile, « Charles-Quint, par un décret de son con-

ii seil , la renouvela, et voulut qu'elle jouît de tous

« ses privilèges antérieurs (1). » — « En 4521, le

« roi de Portugal, Jean III, supplia vivement le

« souverain pontife Clément VII d'accorder à ses

« royaumes le tribunal de Tinquisition. Et quoique

« ce pape, à cause des sollicitations des Juifs qui

« s'opposaient aux désirs du roi , eût résisté long-

« temps et souvent, il finit, à regret, par donner

« son consentement dans la forme du droit, le 16

« des calendes de janvier de Tan 1531... Cependant,

« le même seigneur roi Jean III, voyant que les

« affaires de la foi allaient de plus en plus à leur

« ruine, et que le souverain pontife ne paraissait

« pas en quelque sorte s'en soucier, employa le

« remède de l'inquisition , sous une forme plus

« convenable à l'état des choses, et il en écrivit

« au souverain pontife dans des lettres tout à fait

« dignes de son zèle, où il lui disait que, soit près

« de lui, soit près de son prédécesseur Clément VII,

« il avait postulé à ce sujet pendant quinze années

« avec une extrême sollicitude. Le pape , touché de

« ces lettres et des raisons qu'elles contenaient,

« céda enfin, l'an du Seigneur 1536 (2). » Après tous ces princes arriva Philippe II , le véritable fondateur de l'inquisition en Espagne , selon les Cortès de 1812.

(1) Lymborch, Hist. de l'inquisit., liv. I, chap. xxvii.

(2) Antonio Souza, de l'Origine du saint office de rinqnisiiio7i dans le royaume de Portugal, cité par Lymborcii, Hist. de l'inquisit., lïy. 1, chap. xxv.

Ces faits ne laissent aucun doute sur les vrais promoteurs de l'inquisition : ce furent les papes , les évêques de France, l'empereur d'Allemagne, le sénat de Venise, les rois d'Espagne et de Portugal. On aura même remarqué , en avançant , l'ardeur croissante des princes , et la répugnance marquée des souverains pontifes à se mêler du développement que la politique veut donner à l'inquisition. Nous en verrons tout à l'heure de nouvelles preuves.

Les Frères Prêcheurs ne furent pas davantage les principaux instruments de l'inquisition; ils y eurent part comme tout le monde. Il n'existe aucune bulle , aucun acte pontifical, épiscopal ou royal, qui ait jamais attribué exclusivement ni généralement aux dominicains l'office de l'inquisition. L'ordre de Cîteaux en fut chargé le premier, et le concile de Toulouee de 1229 ne songea même pas à en investir les Frères Prêcheurs dans le lieu de leur origine. Ce n'est qu'en 1232 qu'un diplôme de Grégoire IX, adressé à l'archevêque de Tarragone , lui recommanda de choisir pour l'office de Tinquisilion des Frères Prêcheurs et d'autres qu'il jugera capables [V). En 1233, le même pape nomma deux dominicains inquisiteurs à Toulouse (2). En 1238, il donne pouvoir au provincial des Frères Prêcheurs de Lombardie de créer des inquisiteurs dans son

(1) Lymborch, Hist. de Vinqiiisit., liv. I, chap. xxiii.

(2) Chroniques de Bernard Guidonis et de Guillaume de Puy- Lajrcns.

arrondissement (1). Cependant les Frères Mineurs sont appelés au partage de ces fonctions. Dès 1238 , l'histoire désigne un Frère Mineur comme inquisiteur à Toulouse; et en 1239 le pape écrit en commun au ministre des Frères Mineurs et au maître des Frères Prêcheurs de la Navarre, pour leur confier le ministère de l'inquisition (2). En 1254, Innocent IV partagea l'Italie, sous ce rappprt, entre les Frères Mineurs et ies Frères Prêcheurs : il donna aux premiers la ville de Rome, le patrimoine de Saint-Pierre , le duché de Spolète, le reste des États romains jusqu'à Bologne , et de plus la Toscane; aux seconds, la Lombardie, le Bolonais, la Marche de Trévise et Gênes (3). Ainsi les Frères Prêcheurs n'eurent pas Rome ni les États romains dans leur juridiction; ce qui prouve évidemment que le pape n'avait à leur égard aucune intention de préférence. En 1255, à la prière de saint Louis, Alexandre IV partagea l'inquisition de France entre les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs (4). En 1285, l'inquisition de la Sardaigne est confiée aux Frères Mineurs par le pape Honorius IV (5). A la fin du même siècle, ils remplissaient ce ministère en Syrie et en Palestine (6).

(1) Lymborch, Hist. de l'inquisit., liv. I, chap. xiii.

(2) Lymborch, Hist. de l'inquisit., liv. I, chap. xiii. — Et Lucas Wading, Hist. des Frères Mineurs, à l'an 1238.

(3) Hist. de rinquisit., liv. I, chap. xv.

(4) Bergier, Dict. de Ihéolog., au mol Inquisition. {5J Hisi. de L'inquisit., liv. I, chap. xvj.

(6) Ibid., liv 1, chap. xvi.

D'ailleurs , il est bon de se souvenir que pendant longtemps les inquisitc^urs n'eurent pas le pouvoir de juger les causes d'hérésie. Ce ne fut que sous Innocent IV, environ soixante-dix ans après le concile de Vérone, que ce droit leur fut dévolu, et qu'ils eurent un tribunal proprement dit (1). Jusque-là les évoques demeuraient seuls juges des affaires qui leur étaient déférées parles inquisiteurs; et même après la constitution définitive des tribunaux de l'inquisition, nul jugement de condamnation ne devait être rendu sans le concours épiscopal. « Quand « l'évêque et l'inquisiteur, dit Lymborch , ne sont <( pas d'accord, ils ne peuvent procéder à une sen- <( tence définitive; mais ils sont tenus d'envoyer « l'instruction au pape, ou bien, en Espagne, à la « cour suprême de l'inquisition (2). » Par conséquent les évêques ont été constamment les principaux et ordinaires juges de l'inquisition , tandis qu'aucun ordre religieux n'y était exclusivement appelé; et cela est encore plus vrai de l'inquisition espagnole que d'aucune autre.

Il y a eu dans l'inquisition espagnole deux moments solennels qu'il ne faut pas confondre : l'un à la fin du XV* siècle, sous Isabelle et Ferdinand, avant que les Maures fussent chassés de Grenade, leur dernier asile; l'autre, au milieu du xvi® siècle, sous Philippe II, lorsque le protestantisme menaçait de se propager en Espagne. Le comité des Cortès a

(1)//is/. de iinquisil.., liv. I, ch. xv. (2) Ihid., liv. II, chap. xvii.

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