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DU CULTE DE JESUS-CHRIST DANS L EGLISE

École de Sorèze , 23 juin 18oS.

L'Écriture est la vie de Jésus-Christ clans le passé ; elle est immortelle comnje \\n . pleine de grâce et de vérité ccm.ma lu ; elle est la parole même de Dieu . parce que , si les hommes y ont mis la main pour l'écrire, c'a été sous l'inspiration directe de l'Esprit- Saint. et sous le sceau d'une élection qui les avait faits prophètes. Aucune plume depuis n'avait reçu ce don merve lieux de tracer la parole de Dieu , ni les Pères, ni les conciles, m les pontifes romains. Assistés d'en haut et en mesure diverse , assistés même jusqu'à l'infaillibilité doctrinale, ils n'ont fait qu'interpréter l'antique voix des Écritures eu des traditions, et le livre de la divine parole j clos pour jamais, tout en restant ouvert, na obtenu d'eux que la gloire de sa vraie clarté

Cependant ce n'est point par les Écritures que

Jésus -Christ esl le plus proche de nous. Il nous y est présent dans les prophéties qui l'ont annoncé et dans les actes qu'il a lui-même accomplis sur la terre ; mais ces prophéties sont du domaine de l'antiquité , ces actes appartiennent à l'histoire, et, tout authentique qu'est cette histoire, toute vive qu'est cette antiquité, l'une et l'autre nous apparaissent dans le lointain des âges par la vertu du monument qui leur donne de subsister devant nous. S'il ne nous restait que cela de Jésus-Christ, il serait encore le plus grand souvenir du monde, il n'en serait pas l'âme et le salut. On dirait de lui qu'il fut annoncé comme un Dieu, qu'il vécut et mourut en Dieu; mais, son œuvre s'arrêlant à sa personne, on admirerait sans la comprendre une si extraordinaire apparition, et la toi, ne découvrant rien au delà pour effet d'une telle cause , se replierait sur elle-même dans la stériUté d'un muet étonnement. Il n'y a si faible créature qui ne laisse ici-bas une trace de son passage. On a vu des conquérants fonder des empires, des philosophes créer une école; Jésus-Christ seul, parce qu'il était Dieu , se serait-il évanoui tout entier, incapable ou insouciant de justifier sa venue par l'immortalité de ses résultats? Il n'en est pas ainsi, mon cher Emmanuel, vous le savez, et Jésus-Christ, prêt à quitter ses disciples pour retourner vers son Père, leur adressait comme adieu cette suprême parole : Toute puissance in a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, et enseigniez toutes les nations y les baptisant au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit , leur apprenant

à garder mes commandements , et voilà , je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1).

Celte parole s'est accomplie comme elle avait été dite. Jésus-Christ n'a pas cessé d'exercer ici-bas une souveraine puissance; ses apôtres ont converti l'empire romain au culte de sa personne et de ses lois, ils ont subjugué les barbares envoyés contre Rome pour la détruire , et fait de leurs hordes victorieuses une civilisation qui dure encore et qui s'étend chaque jour avec l'Évangile, dont elle est l'œuvre et l'instrument. Ils ont fait plus : au foyer de cette civilisation, composée de peuples divers trop souvent ennemis, ils ont fondé la paix d'une société unique et universelle, dépositaire reconnue des révélations du Christ, de ses commandements, de sa grâce , de ses vertus , de ses droits et de son pouvoir, et qui, désarmée de tout, excepté de lui, tient sous le sceptre d'un seul homme, vicaire du seul Maître , toute conscience qui craint et toute intelligence qui sait. C'est là, sans distinction de race ni de pâtre, que règne Jésus-Christ et qu'il accomplit sa parole donnée, d'être avec les siens jusqu'à la consommation des âges. C'est là qu'on l'écoute dans une hiérarchie qui le représente et dont il est l'invisible sommet; là qu'on le voit dans une puissance qui use toutes les autres, et qui n'a d'explication que le glaive caché de sa main; là qu'on le louche dans une sainteté que le cœur de l'homme est

(î) Saint Mallh., xxvil, 18 el suiv.

incapable de produire tout seul; là qu'on lu respire comme un parfum qui s'élève de l'âme aux sens, et les console d'avoir perdu tout le reste au service d'une si divine joie; là qu'on le goûte comme une nourriture immatérielle, mais qui se manifeste au plus profond de l'être par le crépuscule d'une vie qui n'est pas encore la nôtre. C'est là enfin que vivent les Écritures elles-mêmes avec leurs patriarches , leurs prophètes, leurs martyrs , tous leurs siècles et toutes leurs clartés, non plus simple monument d'une antique histoire , mais parole de Dieu assistée du même Esprit qui la dicta, et ayant, en des lèvres qui ne se taisent jamais, un organe infaillible de sa divinité

L'Église, car c'est elle que je viens de définir, est la société des âmes par l'amour de Dieu. Quiconque aime Dieu en est le membre vivant, sous quelque cielqu il soit caché et dans quelque âge qu'il habite. Deux amours ont fait deux cités, a dit saint Augustin : Tamour de ce monde a fait la cité des hommes, l'amour de Dieu a fait la cité de Dieu. Et ce dernier amour, c'est Jésus-Christ qui en est le père; c'est lui qui, dès l'origine des choses, immolé d'avance pour nous, a ému dans son supplice notre sang, trop froid et trop coupable pour se porter naturellement vers Dieu. Mort par amour, il a créé l'amour qui meurt, et la société des âmes s'est fondée par lui dans cet invulnérable ciment. Tous, il est vrai, ne connaissent pas la source du feu qui les consume. Il en est qui ne peuvent pas nommer Jésus-Christ, parce que Jésus-Cnrist ne leur fut jamais nommé.

Victimes obscures de la croix qui les sauve, elles n'ont point été conduites par leur naissance au pied du Calvaire; elles n'y ont pas vu l'Homme-Dieu dans l'agonie qu'il souffrait pour leur salut. Mais une goutte de ce sangles a cherchées à travers d'invisibles sillons, et, mêlée au leur comme un arôme de l'éternelle vie, elles ont répondu par un gémissement tacite au sourd appel de la charité. L'Église n'est donc pas seulement ce qu'elle nous apparaît. Elle n'est pas seulement dans cette construction visible où tout est histoire, authenticité, hiérarchie, vertus et miracles éclatants; elle est aussi dans les demi-jours, dans les ombres effacées, dans ce qui n'a ni forme ni mémoire, saintetés perdues pour la vision des hommes, mais non pas pour celle des anges, et qui, ne donnant rien à l'orgueil légitime de la vérité, lui font cependant sous terre un fondement qui la porte. Il n'est pas une âme, d'ailleurs, môme la plus connue, qui n'ait un sanctuaire impénétrable et qui n'offre à Dieu dans ce saint des saints un encens mystérieux qui ne compte pas pour la démonstration de ce monde, mais qui pèse dans la gloire de l'autre. A ceux qui ne voient l'Église que par ce qui s'en voit, nous faisons au dedans de nous une réponse qui ne les atteint pas, mais qui nous atteint nous-mêmes, et nous rend d'autant plus forts que nous n'avons rien à dire. La création non plus n'est pas tout entière dans les globes lumineux du firmament ; elle n'est pas tout entière dans les cèdres de Salomon , dans les flots des grandes mers , dans les ailes de l'aigle et le regard du lion ; elle est

aussi dans le sable du désert, dans l'herbe qui se penche sous une goutte d'eau , dans l'insecte que le soleil échauffe et qu'il ne voit pas. L'amour, qui fait le fond de l'Église , est le plus impalpable des fluides vivants, et, si jamais encore l'œil de l'homme n'a pu surprendre dans le fil léger de ses nerfs l'ambroisie qui les anime, combien plus ignoret-il les voies de l'amour divin? L'Évangile a ordonné à notre main gauche de ne pas voir les bienfaits de notre main droite, et si tel doit être le secret de l'aumône, qui n'est qu'une vertu du dehors, quelle doit être la pudeur de l'amour dans ses élans intérieurs, sur le nid nuptial et sanglant de Jésus- Christ?

C'est à vous que je parle, Emmanuel, et, tout jeune que vous êtes dans les mystères de l'âme, vous en savez assez pour ne pas restreindre l'Église aux murs visibles de Jérusalem et aux tours extérieures de Sion. Partout où est l'amour de Dieu, Jésus-Christ s'y trouve; partout où est Jésus-Christ, l'Église y est avec lui ; et s'il est vrai que tout chrétien doit s'unir au corps de l'Église dès qu'il en connaît l'existence, il est certain aussi que l'ignorance invincible le soustrait à cette loi, pour le laisser sous le gouvernement immédiat de Jésus-Christ, premier et souverain chef de toute la chrétienté. L'Église a donc une étendue qu'aucun œil humain ne saurait embrasser, et ceux qui nous opposent les bornes qu'elle paraît avoir sous leurs yeux n'ont aucune idée du double rayonnement qui est dans sa nature , et qui lui suscite des âmes à l'orient et à l'oc-

cident du monde, sous le soleil disparu comme sous le soleil levé.

Mais ce ne sont pas seulement les âmes touchées de l'amour de Dieu qui appartiennent àl'Ég-lise. Si admirable que fût une société composée de justes, il y manquerait cependant une chose à laquelle tient la bonté divine, il y manquerait les pécheurs. Or Jésus-Christ les a trop aimés pour les avoir exclus de son œuvre et de toute société avec lui. Je ne suis pas venu, disait-il, appelé^-' les justes , mais les pécheurs (1). Les justes sont ceux qui aiment, les pécheurs sont ceux qui n'aiment pas. Détournés de Dieu par une faiblesse imputable à leurs fautes, mais imputable aussi aux fautes de leurs pères , ils gardent dans leur éloignement la puissance du retour. Leur cœur est aliéné, il n'est pas éteint. Dieu y discerne des replis où un reste de feu survit encore; il y découvre des passages secrets destinés au repentir, des portes mal fermées à la lumière, des souvenirs qui couvent des espérances, quelquefois un seul point demeuré invulnérable, et par où la vie rentrera subitement comme un hôle endormi sur le seuil. Les pécheurs sont à la grâce de Dieu ce que le chaos était à sa puissance au temps de la création. La terre, dit l'Écriture, était nue et vide, et les ténèbres couvraient la face de V abîme; mais, ajoute -t- elle, V Esprit de Dieu était porté sur les eaux (2). Ainsi en est -il de l'àmc péche-

(1) Saint Mallh., ix, 13.

(2) Gen., i, 2.

resse; l'Esprit de Dieu est porté sur ses ruines comme un baume et un ferment, et un ferment qui excite la vie, un baume qui cicatrise les coups de la mort.

Toutefois il était impossible, sans un art plein de miséricorde, que le pécheur fût un membre réel de l'Eglise du Christ, puisque cette Église est fondée sur l'amour, et que le pécheur n'aime pas. Il plut donc à Jésus-Christ de l'y rattacher fermement par un artifice digne du sang qui avait sauvé le monde. Un sacrement fut institué qui devait semer dans l'âme, même à son insu, le germe de toutes les vertus chrétiennes, l'ordre de l'onction du Saint- Esprit , et graver en elle pour jamais l'ineffaçable caractère de sa vocation au Christ, à l'Église, à 'Éternité. C'est ce sacrement dont Jean disait au désert : Je vous baptise dans l'eau , mais un autre vient plus fort que moi, dont je ne suis pas digne de délier la chaussure; celui-là vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu (1). Sacrement que Jésus-Christ lui-même voulut recevoir des mains de son précurseur, et dont il disait, après l'avoir transformé dans une bénédiction plus haute : Allez, et baptisez toutes les nations. Le baptême, tout à la fois symbole, remède et initiation : symbole de pureté, remède du péché d'origine, initiation efficace à la vie surnaturelle, devint ainsi le fondement invisible et extérieur de la communauté des saints. Ou bien on lui demeure fidèle par les

(1) S. Luc, m, 16.

vertus dont il est la source cachée, et, en ce cas, 1 ame fleurit dans l'Église comme une plante s'épanouit sur sa tige au milieu du champ qui l'a conçue et qui la nourrit; ou bien l'on en trahit la grâce par une servitude volontaire à l'égard du monde, et, en ce cas, l'âme se rattache encore à l'Église comme une racine sans culture et sans fruits se rattache à la terre qui la porte et qui peut la féconder. C'est en vain que le pécheur centriste l'amour par son indifférence, l'espérance et la foi lui restent pour le tenir debout devant Dieu. C'est en vam même qu'il abdique l'espérance et qu'il délaisse la foi : toutes les deux , et l'amour avec elles , subsistent en germe dans le sacré caractère de son baptême, comme le fleuve tari par la chaleur subsiste dans la source qui peut lui rendre ses eaux et dans les rivages désolés qui en attendent le retour.

Le baptême nous retient malgré nous à l'ancre de la foi, de l'espérance et de l'amour. Ni l'entraînement du vice ni l'irréflexion de l'incroyance ne peuvent nous en détacher : il y faut de notre part une apostasie formelle, ou de la part de l'Église une entière excommunication. En dehors de ces deux coups, tous les deux extrêmes, l'âme baptisée demeure à l'Église, qui l'a teinte du sang de Jésus-Christ et lui en a imprimé sur son vêtement intérieur l'indestructible tache.

Que j'ai toujours aimé, mon cher Emmanuel, cotte admirable économie qui a fait si haute et si large la porte par où l'on entre dans la cité de Dieu,

et qui en a fait si basse et si étroite la porte par où Ton en sort! Plus d'une fois de tristes sectaires ont tenté de maudire les pécheurs et de les écarter du sein de l'Église; mais l'Église, fidèle aux exemples et à la doctrine de son maître, les a retenus toujours au plus profond de ses entrailles, se souvenant qu'il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'en ont pas besoin (1). Gomme Jésus-Christ, elle s'assoit à la table du publicain, elle se laisse toucher par la main des pécheresses, elle entre en pourparler avec la Samaritaine, et reçoit l'hospitalité sous le toit de Zachée.

C'est de cet horizon , le seul véritable , que vous devez, mon cher ami, envisager vos devoirs envers l'Église. Le premier de tous est la foi en elle.

Vous récitez tous les jours le Symbole des apôtres. Il commence par ce mot, qui est le principe de la vie spirituelle : Je crois. Or ce mot n'est prononcé que deux fois dans tout le Symbole, au commencement d'abord, où il tombe sur Dieu, le Père toutpuissa^it , créateur du ciel et de la terre ; puis sur Jésus-Christ son Fils unique, et sur les principaux traits de son incarnation et de sa vie parmi nous. Arrivé là , le Symbole reprend un nouveau cours ; il dit une seconde fois cette parole : Je crois. Et sur qui tombe-t-elle? Écoutez-le : Je crois au Saint- Esprit, à la sainte Église catholique. Il semble qu'il

CI) Saint Luc, xv, 7.

eût été naturel, h cause de l'union des trois personnes divines, de ne pas séparer le Saint-Esprit du Père et du Fils, et de le comprendre avec eus dans le premier acte de la foi apostolique. Mais il ne devait pas en être ainsi. L'inspirateur des apôtres, l'Esprit-Saint lui-même, a voulu, dans cette occasion, se séparer des deux autres personnes de la très-sainte Trinité, et s'adjoindre à l'Église par une connexion immédiate , afin d'indiquer qu'entre elle et lui le lien est aussi étroit que la parole qui l'exprime : Je crois au Saint-Esprit, à la sainte Église catholique.

C'est ce que Jésus -Christ avait annoncé à ses apôtres : Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il demeure en vous éternellement; VEsprit de vérité , que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le sait point; mais pour vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera en vous et sera avec vous (1). Cette promesse s'était accomplie solennellement au jour de la Pentecôte; les apôtres en ce jour-là s'étaient vus tout à coup inondés de lumière et de force, et ils avaient eu de l'éternelle demeure de l'Esprit- Saint en eux une si invincible assurance, que, rassemblés plus tard en concile, ils n'avaient pas craint d'exprimer ainsi leur souveraine décision : Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous (2). Faut- il s'étonner que dans le Symbole, témoignage et relique de

(1) S. Jean, xiv, 16 et suiv.

(2) Actes des Apôtres, xv, 28.

leur foi, ils nous aient laissé l'héritage des pro-messes qu'ils avaient reçues pour l'éternité, et dit de l'Église, sous le sceau sacré de leur apostolat : Je crois au Saint-Esprit , à la sainte Eglise calho^ tique ?

Comme donc l'Esprit- Saint avait joarlé par les prophètes , ainsi que l'affirme le Symbole de Nicée, il parle aujourd'hui par l'Église catholique. Mais il y a cette différence , que dans les prophètes il n'avait qu'un organe passager, au lieu que l'Église est sa demeure permanente. Il y réside éternellement, selon la parole de Jésus- Christ, non pour lui révéler de nouveaux dogmes ou de nouvelles lois, mais pour l'assister dans la conservation et la propagation des vérités et des commandements qu'elle a reçus de Jésus-Christ. Avant Jésus-Christ, l'Esprit- Saint inspirait les prophètes pour qu'ils annonçassent le règne de Celui qui devait tout consommer; Jésus-Christ venu, sa parole et son sang donnés aux hommes, tout a été en effet consommé, et la fonction du Paraclet promis à l'Église n'est plus que d'habiter en elle pour la conduire à jamais dans la lumière et la voie de son fondateur. Nous ne sommes plus sous l'ère de la révélation progressive , mais sous l'ère de la société avec Dieu par une foi stable. Et cette foi s'appuie en Jésus -Christ, la pierre de tout l'édifice, par deux colonnes qui le soutienneni à leur tour, les Écritures et l'Église : les Écritures , monument des miracles dans le passé; l'Église , monument d'un miracle qui est sous nos yeux, et qui n'aura de fin sur la terre que pour n'en point

avoir dans le ciel. Les Écritures nous donnent la <bi dans un airain immortel; l'Église nous la transmet vivante, active, assistée de l'Esprit de Dieu, interrogeant les âmes et leur répondant. C'est pourquoi la foi , qui est chrétienne par Jésus-Christ et divine par les Écritures, est catholique par l'Église , et toutes trois ensemble ne forment dans le fidèle qu'une seule lumière sous une totale autorité.

Vous devez donc croire à l'Église. C'est cette foi qui vous séparera de l'esprit de schisme et d'hérésie. C'est elle aussi qui vous rendra maître de votre intelligence, maître du monde et du génie humain. Car, vous le saurez un jour mieux qu'aujourd'hui , l'intelligence de l'homme est faible contre elle-même, et plus faible encore contre le monde et l'ascendant de la supériorité. Si vous ne croyez pas fermement à l'Église, vous croirez en vous, et, si vous croyez en vous, vous croirez au premier venu qui aura plus de science ou de talent que vous-même. La servitude des esprits en dehors de l'Église est horrible à penser. C'est Jésus-Christ seul qui, par l'Église, délivre les esprits, et le plus profond cri de liberté qui ait été jamais poussé dans le monde est celui-ci : Je crois à la sainte Église catholique. De même que la société civile, bien ordonnée, délivre les hommes de l'injustice, l'Église délivre les esprits de l'erreur. La société civile est la mère du droit, l'Église est la mère de la vérité. Qui sort de la société civile devient tyran ou victime ; qui sort de l'Église devient esclave ou dominateur de la pensée d'autrui.

Répétez-le donc du fond de votre âme, ce grand cri de l'affranchissement des âmes : Je crois à la sainte Église catholique. C'est-à-dire : Je crois à la société que Dieu a fondée dans la lumière et l'amour ; je crois librement à Dieu présent dans l'Église par son Esprit, pour ne pas croire aveuglément aux hommes et à leurs inventions; je crois à la vérité socialement promulguée et enseignée , pour ne pas croire à l'erreur conçue et propagée personnellement ; je crois aux rivages de la mer, pour ne pas errer sans espoir dans son immensité.

Une tentation cependant, mon cher Emmanuel, pourra s'offrir à vous, soit que le vent du protestantisme vous l'apporte, soit que l'orgueil de l'indépendance vous la suggère intérieurement. Elle vous montrera TÉglise partagée en deux portions inégales, l'une composée de simples fidèles, corps civeugle et passif; l'autre, du Pape et des évêques, corps souverain et oppresseur, ne laissant à ses sujets que la soumission de l'intelligence pour raison, qu'une obéissance absolue pour volonté. Est-ce là. vous sera -t- il dit, un affranchissement? Est-ce là sauver l'honneur des âmes en leur donnant une sécurité digne d'elles?

Je pourrais vous dire qu'aucune société n'existe sans un pouvoir qui la dirige ; mais cette réponse , si je vous la donnais, ne me satisferait pas moimême. Car tout pouvoir n'est pas juste et honorable; il en est de tyranniques , de malfaisants et même d'impies. Lors donc qu'il est question de juger une

société, il ne suffit pas, pour la défendre du reproche de la tyrannie, de répondre que toute société suppose un gouvernement, et tout gouvernement un pouvoir; il s'agit de montrer que ce pouvoir est ce qu'il doit être, légitime dans sa source, honnête dans ses moyens, équitable et libéral envers ses sujets, digne enfin des hommes qu'il gouverne et de Dieu qu'il représente.

Or, pour un homme qui croit à Jésus-Christ, quel pouvoir plus légitime que celui des successeurs de saint Pierre et des successeurs des apôtres? de saint Pierre, à qui Jésus - Christ disait : Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai vion Église , et les portes le l'enfer ne prévaudront pas contre elle; et je te donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel (1) ; des apôtres, à qui Jésus-Christ disait aussi et à eux seuls : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre; allez donc... et je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (2'. Aussi n'est-ce pas sur ce point que je veux appeler votre attention, mais sur un autre qui vous aura peut-être moins frappé. Avez-vous jamais réfléchi que le Symbole des apôtres ne nous fait pas dire : Je crois au Pape et aux évéques, mais bien : Je crois à la sainte Eglise catholique? C'est , mon cher ami , que la foi véritable, la foi indéfectible au Christ et à

(1) S. Mallh., XXVIII, 18 cl 19.

(2) Ibid., xxviii, 18, 19 et 20.

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