NUÉES
Malgré les remaniements qu'a subis la pièce des Nuées, nous n'avons aucune raison de ne pas examiner le stasimon qui sy rencontre. Il importe peu pour notre thèse qu'il ait appartenu aux premières ou aux secondes Nuées ; il suffit, pour qu'il contribue
légitimement à la preuve, qu'il soit intact et construit sur le mème modèle que tous les autres.
C’est après la seconde parabase, après la querelle de Strepsiade avec son créancier.
Strepsiade vient de quitter la scène; le chœur le bafoue et prédit les maux qui vont lui arriver (v. 1303-1320). Le stasimon se compose de deux strophes de huit vers iambiques. Dans la première (1303-1310), le chœur exprime l'idée que ce vieillard qui ἃ voulu voler son créancier n'échappera pas à un châtiment mérité. Dans la seconde (1311-1320), le chœur dit quel sera ce châtiment : Strepsiade sera puni dans son fils. Bien qu'écrites dans le mètre de la comédie, ces deux strophes sont, comme toute la pièce, d'un ton plus haut que celui des autres stasima ; rien ne s'opposerait à ce qu’elles fussent dites par le chœur toutentier. Néanmoins la séparation de l’ode et de l’antode y est nettement marquée, et nous y retrouvons, au premier vers de l’antode, la conjonction qui, dans tous les stasima d’Aristophane, annonce la réplique du demi-chœur. Le premier demi-chœur vient, en effet, de dire que Strepsiade sera puni. « Non seulement il sera puni, répond le second, mais il va l'être tout de suite » :
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GUÈPES
IL y ἃ dans les Guépes un stasimon après la deuxième parabase (v. 1450-1473), au moment où Philocléon et Bdélycléon viennent de partir pour le banquet!. Ce stasimon se compose d'une ode et d’une antode de douze dimètres iambiques. Elles sont nettement opposées l'une à l’autre. Dans la première, le chœur s'entretient de Philocléon ; il est question de Bdélycléon dans la seconde. Dans le
1 Il importe peu pour cette étude à quel endroit de la pièce doive être placé le chœur 1450-1473. Je fais remarquer toutefois que l'ordre des deux morceaux 1265-1291, qui est une seconde parabase, et 1450-1473, qui est un stasimon, ἃ été interverti. La seconde parabase n'a aucun rapport avec l’action et peut être déplacée sans inconvénient; il est mème plus naturel de la reculer jusqu'au vers 1450, car elle sera ainsi moins rappro-
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46 A. COUAT
premier vers de la première le sentiment du premier interlocuteur est souligné par l'emploi de la première personne et par une particule affirmative, à laquelle répondra dans l’antode, en même temps que la première personne, une particule correspondante :
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L'opposition des deux strophes n'est-elle pas marquée aussi nettement que possible, et ne nous expliquons-nous pas mieux cette opposition si nous avons devant nous deux demi-chœurs parlant à tour de rôle ?
Il n'y ἃ pas de stasimon dans la Pair. Nous n'aurions donc rien à dire à propos de cette pièce, si la composition du chœur qui prend part à la parodos ne soulevait quelques difficultés.
À partir du vers 508, le chœur est composé de paysans de l'Attique, compatriotes de Trygée. Mais il semble que ce soit un autre chœur qui joue la première partie de la parodos. Celui-ci, d'après les vers 296-300, est formé de représentants de toutes les parties de la Grèce, πανέλληνες, comme ils le disent eux-mêmes (v. 302). Nous
voyons du reste par les vers 466, 475, 478, 481, 503, que des Béo-
tiens, des Argiens, des Laconiens, des Mégariens, des Athéniens de la ville sont mèlés dans le chœur aux paysans de lAttique. À partir du vers 500, tous ces étrangers sont invités à se retirer, parce qu'ils ne travaillent pas avec assez de conviction à la délivrance d'Eiréné ; les paysans seuls restent et retirent de sa prison la déesse caplive (v. 511).
Faut-il donc admettre que le chœur était plus nombreux que les chœurs réguliers et que des choreutes supplémentaires, représenlant les diverses populations de la Grèce, avaient été adjoints au
chée de ia première, qui est au vers 1010. Mais le stasimon 1450-1473 ne s'explique pas à l'endroit où il a été placé. Il est au contraire la suite naturelle de la scène dans laquelle Bdélycléon vient d'initier son père aux manières du grand monde. Je signale ce point sans y insister.
chœur régulier depuis l'entrée du chœur dans l'orchestre (v. 301) jusqu’au moment où ils sont invités à s’en aller (ν. 500-507) 2 Et dans ce cas, comment pouvait être divisé un chœur ainsi conslitué ?
Il ne s’agit évidemment pas d'un second chœur fonctionnant à côté du chœur normal, car il résulte de toute la scène dont nous parlons que les choreutes sont mèêlés et que tous collaborent ensemble avec plus ou moins de zèle à l'œuvre commune. D'autre part, nous n'avons aucune donnée qui nous permette de résoudre avec certitude la question. Je serais disposé à croire qu'il n'y avait à qu'un jeu de scène dont il est d’ailleurs assez difficile de se rendre compte. Entre le vers 507 et le vers 508, 1] y a une interruption de l’action. C'est alors sans doute qu'avait lieu un mouvement du chœur au moyen duquel était censée s'opérer sa transformation. Les quatre tétramètres 508-511, qui, contrairement à l'habitude d’Aristophane, n'ont point de correspondants, expliquaient le changement qui venait de se produire. Ce changement consistait peut-être simplement dans une nouvelle répartition des choreutes entre les deux demi-chœurs.