‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 13 sur 96 · LYSISTRATA · texte numérisé non relu

LYSISTRATA

La division du chœur en deux groupes est l'élément essentiel de la composition de Lysistrata. La pièce consiste dans l’antagonisme des hommes et des femmes représentés par deux chœurs. L'opposition de deux idées et de deux partis, qu'Aristophane avait l'habitude de représenter dramatiquement au théâtre par les acteurs, se trouve ici représentée par le chœur lui-même. Mais comment les deux chœurs étaient-ils composés ?

Nous avons à examiner, pour répondre à cette question, à quel moment de l’action les deux chœurs sont en présence, et à chercher si chacun de ces chœurs comprenait vingt-quatre choreutes, c'està-dire si le chœur ordinaire avait été doublé pour la circonstance, ou si au contraire l'on s'était contenté de diviser le chœur, comme dans les autres pièces d’Aristophane, un des demi-chœurs représentant les hommes, et l’autre les femmes. Nouschercherons ensuite

sil se rencontre dans Lysistrata des stasima analogues à ceux que nous avons déjà examinés.

Pour répondre d'une manière plausible à ces deux questions, il convient d'analyser avec soin le rôle des deux chœurs dans toute la pièce.

Après le prologue, lorsque Lysistrata et ses compagnes sont parties pour l'Acropole (v. 245-246, le chœur des vieillards arrive (v.254) ; ils s'avancent aussi vite que le leur permettent leur âge et le fardeau dont ils sont chargés. Ce chœur occupe seul la scène jusqu'au vers 318. Les vers 251-318 forment une première partie de

A, COUAT

| [y 286-295) » antode la parodos, où se trouvent une ode (v. 280 295) et une ant

(y. 296-305) qui sont chantées par les vieillards. | | Au bruit de l'arrivée des vieillards, Îles femmes apparaissent à leur tour (v. 319) au sommet de l’Acropole et 5 MAR οὶ ᾿ " résistance dans une ode (+. 321-334) et une antode (v. 335-349), dont le mètre n’est plus celui des deux autres ; c’est la seconde partie de la parodos. Mais, peu à peu, les vieillards se eau qu'au pied de l’Acropole; les deux partis sont en RE : "" éclate entre les hommes et les femmes une querelle violente (ν. 352-386) ; c’est la fin de la parodos. | | ᾿ Le probule, attiré par le tumulte de cette ps se NEUSS C la longue discussion qu'il engage avoc Lysistrets se | era ἫΝ présence des deux chœurs (v. 387-613). Lette scène capitale est coupée par une ode (v. 476-485) chantée par les vieillards et une antode (v. 511-97) chantée par les femmes. | ΜΉΝ Le probule n'a pas le dessus dans sa discussion avec rs Malmené par les femmes, il se retire (v. 610), et, pres son départ, la scène reste vide. Lysistrata est en eflet partie elle-même, comme le prouve son retour au vers 707. Les deux chœurs sont μαι en présence, excités plus que jamais l'un contre l'autre : une noux 656 querelle surgit (v. 614-705). Cette scène na nullement l allure d se stasimon : elle est écrite principalement en tétramètres PAU et, bien qu'elle ne contienne ni ode ni antode proprement dite, elle remplace la parabase absente. | 1 | ΚῚΣ A partir du vers 706 jusqu'à la fin de la pièce, les deux € sa ne seront plus en face l'un de l'autre pendant l’action. En nu nl cus, inondés par les femmes qui ont vidé sur eux des us d ἀρ les vicillards se retirent, sans doute pour sécher leurs à ral le chœur des femmes oceupe seul l'orchestre (Υ. 106-780). Les vieillards reparaissent au vers 780 et engagent avec les femmes une conversation en mètres lyriques, mais la scène est vide; c'est une sorte d'intermède comique, qui occupe la place d un ENTER mais où le chœur n'intervient que par son coryphée (ν. oi à : L'arrivée inattendue de Cinésias renouvelle l’action ἰν. 845), mai elle amène aussi le départ des femmes, que Lysistrata e pe sortir pour laisser Cinésias seul avec sa femme Myrrhina Ave 844). La scène entre les deux époux a lieu dans un endroit retiré, dans la grotte de Pan, hors de la vue des spectateurs, qui entendent Île

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DIVISION DU CHŒUR DANS LES COMÉDIES D'ARISTOPHANE οἱ

dialogue sans voir les acteurs : l'orchestre est occupé par le chœur des vieillards Jusqu'au retour de Cinésias, qui vient se plaindre à lui de ses infortunes et recevoir ses consolations, dans un commos comique (v. 954-979).

A Cinésias succèdent immédiatement un héraut de Lacédémone et le probule. Sur les conseils de ce dernier, le héraut retourne vers ses concitoyens pour les prier d'envoyer à Athènes des députés chargés de traiter de la paix. Le héraut part (v. 1013), et la scène est vide. C'est seulement alors que les femmes, qui avaient été congédiées par Lysistrata, reviennent dans l'orchestre, où elles rencontrent les vieillards. La situation est la même que pendant la parodos. La scène qui se déroule entre les deux chœurs, et qui forme aussi une sorte de parodos (v. 1014-1072), se compose de deux parties, l’une (v. 1014-1042) écrite en tétramètres lrochaïques, l'autre (v. 1043-1072) formant une ode (v. 1043-1058) et une antode (1059-1072). Bien que l'accord se soit fait entre les hommes et les femmes et que cette sorte d'alliance conclue entre eux dans la seconde parodos soit comme une réponse à la déclaration de guerre de la première, bien que les vieillards, au vers 1042, aient invité les femmes à se Joindre à eux pour chanter ensemble, ce sont les femmes seules qui chantent l'ode et l'antode dont nous venons de parler.

Après le chœur des femmes, au vers 1073, nous voyons venir l'ambassadeur de Sparte: la paix est signée entre les deux Etats : 1] est convenu que, pour la célébrer, on fera un festin dans l'Acropole (v. 1183-1184). Tous les acteurs se séparent, la scène est vide. Les deux chœurs occupent l'orchestre, mais ce sont les femmes seules qui chantent le stasimon (1188-1218). Après avoir chanté ce stasimon, les femmes quittent l'orchestre avec les hommes pour aller assister au banquet.

Quelles observations suggère cette analyse ?

D'abord /es deux chœurs ne chantent jamais ensemble, mème au moment où ce chant en commun serait le plus naturel et où le

poète lui-mème l'annonce en ces mots (v. 1042) :

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À ce πῃηοπηοηΐ, τη des deux chœurs seul se fait entendre. Ce

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DE la comédie n'admettait pas cette fusion d'un chœur fusion se fera

point parce que | d'hommes avec un chœur de femmes, puisque cette plus loin dans la mème pièce entre Laconiens el Laconiennes,

entre Athéniennes et Athéniens (v. 1275-1276).

Remarquons ensuite que, lorsque les deux chœurs sont ensemble dans l'orchestre, le même chœur, celui des vieillards ou celui des l'ode et l'antode, mais l’ode est attribuée à l’autre. Cette règle ne cesse d'être ‘accord s'étant rétabli entre Îles deux

femmes, ne chante jamais x l’un des chœurs et l'antode observée qu'au moment où, | femmes seules, sur l'invitation des hommes, 80 er. Je crois en effet que, pendant les deux premières 251-351), si le chœur des vieillards, d'une l'autre, chantent chacun une ode et une urs ne sont pas encore en présence

partis, les mettent à chant parties de la parodos (v.

part, celui des femmes, de antode, c’est que ces deux ΟΠ l'un de l’autre et qu'ils ne se voient pas. | ΠΝ

En troisième lieu, il importe de constater que, depuis le vers 106 jusqu'au vers 1215, il n'y ἃ jamais qu'un chœur qui occupe la scène en dehors des entr'actes.

Ces constatations nous {° puisque chaque chœur, | | mes, 0€ à tour de rèle pendant plusieurs Scènes, il fallait que, là, chacun d'eux fût au complet. Mais, s'ils | à, ils ne pouvaient pas ne pas l'être IL v avait donc deux chœurs complets

conduisent aux conclusions suivantes :

soit d'hommes, soit de femmes, occupait

l'orchestre pendant ce tempsl’étaient pendant ce temps pendant le reste de la pièce.

dans Lysistrata.

20 Comme ces chœurs se arabase, les entr'actes et les scènes les plus

et. comme il eût été, semble-t-il, contraire la composition de faire chanter successlen deux demi-chœurs, Île

rencontraient tous les deux à la fois pen-

dant la parodos, la p importantes de la pièce, aux règles ordinaires de $ vement deux chœurs complets, divisés s, 1 st arrangé de manière à ce que ces chœurs fussent en autre pendant une partie de la parodos, celle où se il n'a en outre placé entre la

poèle 5.

sibles Fun à l chantent les odes et les antodes ; pla parodos et la parabase qu'une ode et une antode attribuées chacune à l'un des deux chœurs, ou plutôt à un demi-chœur de chaque parti tv. 476-483, 541-547). Enfin, pendant les entr'actes, ou bien les deux chœurs opposés l'un à l'autre ne chantent point d'ode ni d antode

» parodos ] ‘nt même (par exemple dans la seconde parodos), ou bien, au moment n

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où il semblerait que les deux chœurs vont s'unir pour un chant en commun, Aristophane ne fait chanter que l’un des deux. Si les deux chœurs n'avaient pas été au complet, il n’eût sans doute pas manqué de les faire chanter ensemble, selon l'indication du vers 1042.

Reste la parabase (v. 614-705) qui présente un caractère tout particulier. Comme elle est le centre de la pièce et qu'elle indique le moment où l'antagonisme des hommes et des femmes est arrivé à son point extrême, la complication et l'ampleur de la partie Iyrique y sont plus grandes que jamais; chaque demi-chœur de chacun des deux chœurs intervient tour à tour, de sorte que la parabase est composée de quatre morceaux symétriques deux à deux. dont chacun est chanté par un demi-chœur d'hommes et un demi-chœur de femmes. Cette succession exceptionnelle de quatre morceaux chantés chacun par un groupe différent a été nettement indiquée par le poète lui-même. Chacun de ces groupes, en effet, déclare tour à tour qu'il va déposer ses vêtements pour prendre part à la danse et au chant (v. 615, 637, 662, 686). Mais c’est un cas unique dans toute la pièce, et par là se montrent une fois de plus la variété et la richesse d'invention du lyrisme d’Aristophane.

Les deux morceaux lyriques 1043-1072 et 1188-1215 sont des stasima. Les couplets y sont comme toujours distincts et séparés par la conjonction 34 (ἑστιᾶν δὲ μέλλομεν — εἰ δέ τῳ μὴ σῖτος). [ls étaient done chantés comme ceux des autres stasima par les deux demichœurs à tour de rôle.

THESMOPIHORIAZOUSAI

L'examen des parties lyriques de cette comédie est particulièrement difficile. On y rencontre, en effet, des morceaux appartenant peut-être à deux éditions différentes de la pièce et qui ne s'accordent pas entre eux, ou présentent des anomalies inexplicables. Par exemple, dans la parodos, les deux strophes 312-331 et 352-371, qui semblent se correspondre, ne sont pas écrites dans le même mètre. Dans la discussion entre les femmes et Mnésiloque, scène capitale de la pièce, l'intervention du chœur a lieu irrégulière-

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ment: l’ode (459-465) n'a pas d’antode. Plus loin, après que les femmes ont découvert le sexe de Mnésiloque, elles chantent un morceau d’une construction qui serait toute particulière si l'on pouvait le considérer comme complet (v. 655-686). Les huit premiers vers de ce morceau sont des tétramètres, dont quatre sont anapestiques et les quatre suivants jambiques, première anomalie dont je ne connais pas d'autre exemple. La strophe lyrique d'un mouvement passionné, qui suit les tétramètres, n'a pas d’antistrophe. Ce morceau ἃ les apparences d’une parodos mutilée.

Ce qui augmente encore les difficultés de cette étude, c'est qu’Aristophane a introduit dans les Thesmophoriazousai, comme dans les Grenouilles, quelques imitations des chœurs religieux des fêtes de Déméter et d'Iacchos. Il est done possible que ces chœurs, diflérents par leur caractère des chœurs comiques, en différent aussi par la composition. Tels sont les deux stasima qui se rencontrent dans les Thesmophoriazousar.

Le premier (v. 947-1000) est placé après la première parabase, au moment où l'on conduit Mnésiioque au lieu de son supplice. Le long morceau n'est pas, comme à l'ordinaire, une chanson satirique formée de deux ou de quatre couplets semblables. Le chœur fait remarquer, lui-même, que la poésie satirique ne serait pas à sa place dans un temple (v. 962) :

ἐν ἱερῷ vuvaina pu οὖσαν ἄνδρας, οὐχ ὀρθῶς φρονεῖ.

La composition de ce morceau lyrique est assez compliquée ; 1} est formé de quatre strophes lyriques groupées deux à deux (1° v. 969-976 — 977-984: 2° v. 990-994 — 965-1000). Dans ces strophes, acconrpagnées de danses, le chœur invoque successivement plusieurs divinités : Artémis, Héra, Hermès, Pan et les Nymphes d'un eùté, Dionysos de l'autre.

Ces strophes, qui constituent la partie capitale du morceau, sont

précédées d'une introduction (v. 947-968), où le chœur s’excite : danser et à chanter; les deux groupes sont, en outre, séparés l'un de l’autre par une seconde exhortation du chœur (v. 985-989).

Enfin l'introduction (v. 947-968) dont je viens de parler est elle-

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même composée d'un prélude anapestique et iambique, analogue au kommation de la parabase, et de trois courtes strophes semblables (959-961 — 962-965 — 966-968).

Il est évident que nous n'avons plus iei à faire avec la division par deux ou par quatre, qui est la règle constante de la comédie, mais avec une harmonie plus compliquée et dont le principe nous échappe. Il serait possible de faire plusieurs hypothèses sur la répartition de la danse et du chant, sur l'attribution des strophes au chœur tout entier ou à des subdivisions du chœur; aucune de ces hypothèses ne s’appuierait sur des arguments solides. Ge qui est à peu près certain, c'est ce que l’on doit ici renoncer à la division normale en deux demi-chœurs.

Ilya,dans les Thesmophoriazousai,un autre stasimon(v.1136-1159). Les femmes chantent un chœur religieux en l'honneur de Pallas et des déesses Thesmophores. Ce chœur, écrit dans le ton des hyporchèmes, diffère entièrement des stasima ordinaires de la comédie ; il se compose d’ailleurs d’une seule strophe. Il n'est pas douteux que ce chant ne fût chanté par le chœur tout entier!.

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