EXODES
Nous savons qu'Aristophane employait le genre de composition que j'ai appelé implexe dans la plupart des scènes de ses comédies comprises entre le prologue et l'exode, et que ce genre élait exclu-
sivement adopté par lui entre la parodos et la parabase. C'est cet usage de la composition implexe qui explique la division du chœur. Je viens de montrer que, très vraisemblablement, cette division, nécessaire pendant l'action, n'élait pas abandonnée pendant Îles
entr'actes dans les stasima. Les exceplions que J'ai signalées se
! La longue scène entre Eschyle et Euripide se divise en plusieurs parties, dans chacune desquelles le chœur doit intervenir. — Première partie : attaque d'Euripide contre Eschyle ; le chœur exprime ses sentiments par les strophes 895-906 — 992 — 1004. — Deuxième partie : riposte d'Eschyle, critique des drames d'Euripide ; elle est close par deux strophes consécutives du chœur (1099-1105 — 1109 — 1118). — Troisième partie : discussion sur les prologues. Cette discussion est close par la strophe 1251-1260, qui annonce un nouveau débat. On est en droit d'admettre que, conformément aux habitudes d’Aristophane, il y avait entre le vers 1118 et le vers 1251 une strophe correspondant à la strophe 1251-1260. — Quatrième partie: discussion sur les parties lyriques des deux œuvres. Cette discussion est close par la strophe 1310-1377, qui annonce le débat suivant. Mais cette strophe, à laquelle manque un vers, est semblable aux deux strophes du stasimon 1482-1499. Or nous avons déjà vu, dans les Oiseaux et dans Lysistrata, deux séries de deux strophes marquant les limites de deux scènes. Il est donc logique de supposer que la strophe 1310-1377, dont le premier vers commence par la particule γε, était suivie d’une antistrophe qui lui donnait la réplique. — Cinquième partie : discussion sur la valeur générale des deux poètes. Cette partie est close par le stasimon 1482-1499. 11 y aurait eu dans la scène tout entière quatre couples de strophes, tantôt séparées l’une de l'autre, tantôt consécutives, alternativement. Le stasimon 1482-1499 terminait le tout.
? Nous n'avons pas à nous occuper ici des Ekklesiazousai et du Plutus, qui ne renferment aucun stasimon.
rencontrent dans les comédies de la seconde période, à partir de Lysistrata, et s'expliquent par la nature même des chants du chœur.
La composition, plus lâche dans l'exode, ne paraît plus exiger
cette division du chœur. L'action est finie; le débat qui faisait l'objet de la pièce, et auquel le chœur avait pris part, vient de se terminer par la victoire de l’un des deux adversaires et de l’une des deux thèses opposées l’une à l'autre. L'exode marque la fin de cette lutte. Tandis que la tragédie s'achève sur un chant très court, où le chœur exprime la morale qui ressort des événements auxquels il vient d'assister, la comédie est close par des réjouissances accompagnées de chants conformes à son caractère. Rien n'empêche que ces chants, tantôt écrits par le poète lui-même, tantôt empruntés par lui à la chanson populaire, chants de triomphe, d'ivresse ou de joie obscène, soient dits par le chœur tout entier au moment où il abandonne l'orchestre.
Les comédies d’Aristophane peuvent, au point de vue de l'exode, se diviser en trois groupes. Dans les unes (Chevaliers, Nuées) l'exode est perdu; dans les autres il consistait en chansons ou hynines empruntés par le poète et qui n’ont pas été conservés dans les manuserits de la pièce (Acharniens, Thesmophoriazousati, Grenouilles, Ekklesiazousai, Plutus®). Dans les autres enfin l'exode composé par Aristophane nous est parvenu (Guépes, Pair, Oiseaur, Lysistrata). Ainsi Aristophane, dans sa première pièce conservée, avait emprunté son exode à la chanson populaire; puis 1} s'était, dans
1 Les derniers vers des Acharniens
indiquent bien que le chœur se retirait en chantant. --- L'exode des Thesmophoriazousai se réduirait à six vers (1226-1231); mais les derniers de ces vers semblent bien indiquer que le chœur, en quittant l'orchestre, chantait les Déesses Thesmophores :
’ LA * LS “-" TOUTWV Y χριν αὐταπούοΐντον.
Nous voyons, à la fin des Grenouilles (ν. 1525-1527), que le chœur reconduisait Eschyle en chantant des vers du grand poète. — Les derniers vers des Ekklesiazousui, qui constituent tout l'exode (v. 1179-1182), semblent avoir été accompagnés par des chants. Enfin
le Plutus se termine par deux vers, où le poète dit expressément que le chœur, en se retirant, accompagnait les acteurs en chantant (v. 1209) :
εἴ γὰρ χατόπιν TOUTWY ἄδοντας ἕπεσθχι.
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62 A. COUAT
les pièces suivantes, appliqué à le composer lui-mème, et il conserva celte habitude pendant la période brillante du lyrisme comique ; enfin il revint. dans ses dernières pièces, à la tradition primitive.
GUÈPES
Strepsiade, tout imprégné de la nouvelle éducation qu'il vient de recevoir, est revenu du festin avec un désir immodéré de danser. Il sort de chez lui en se livrant à des danses comiques et en défiant ses rivaux. Alors arrivent tour à tour les trois fils de Carcinus, petits et grotesques, qui se mettent aussi à danser; toute cette fin des Guépes
est une folle bouffonnerie. Le chœur s'écarte (v. 1516) pour laisser de la place aux danseurs. C’est probablement dans l'espace laissé libre au milieu de l'orchestre par les deux demi-chœurs que Philocléon et les fils de Carcinus exécutent leurs entrechats.
Ce qui prouverait que le chœur est bien divisé en deux parties, c'est que le chœur, pour exciter les danseurs, chante une ode et une antode (v. 1518-1522 — 1523-1527) qui se correspondent.
Après avoir chanté ces deux odes, les deux demi-chœurs se réunissent pour sortir, pendant que les acteurs continuent à danser et que le coryphée prononce les paroles qui terminent la représentation.
Le mariage de Trygée et d'Opôra forme le dénoùment de la Pair ; l'exode est consacré à la célébration des noces. Après deux couplets correspondants de Trygée et du chœur (v.1305-1310 — 1311-1315), représenté par le coryphée, celui-ci annonce la fête, la conduite de la mariée, les chants et les danses (v. 1316-1328), dans une sorte de kommation écrit en anapestes; vient ensuite le chant d'hyménée, avec le refrain traditionnel. Ce chant se compose d'un prélude et d'une épode de Trygée (v.1329-1331, 1350-1353) et des cinq strophes du chœur. Ces strophes, de longueur inégale, étaient sans doute chantées par le chœur tout entier. Ce qui le prouve, c'est non seulement la nature mème du chant, hymne lyrique très différent des
stasima de la comédie, c'est aussi le fait que trois strophes pareilles s'y succèdent et qu'il est impossible de les répartir également entre les demi-chœurs. Or, tandis que, dans les stasima satiriques, les strophes sont toujours en nombre pair, nous n'avons renconlré le nombre impair que dans les chants ayant un caractère liturgique. Le chœur réuni chantait ce chant d'hyménée, puis se retirait pendant que, dans les derniers vers, Trygée prenait congé du public.