‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 17 sur 96 · LYSISTRATA · texte numérisé non relu

LYSISTRATA

Pour se représenter la disposition de l'exode de Lysistrata, il faut se rappeler qu'il y ἃ dans cette pièce deux chœurs complets, et que ces deux chœurs, celui des hommes et celui des femmes, ont dû quitter la scène avant l'exode. L'orchestre est donc vide, lorsqu'au vers 1242 se présente, portant une flûte double, un Laconien, qui, sous l'influence du vin, se dispose à chanter et à danser. Ce Laconien est suivi, comme l'indique le vers 1246, d’un certain nombre de ses concitoyens. Tous se mettent à chanter, dans leur langue, un hymne patriotique et religieux. Ce chœur de Laconiens ne pouvail être composé que d'une partie des choreutes qui, tout à l'heure, formaient le chœur des vieillards. Ce chœur était indépendant et complet, car on n'y emploie que la première personne, et la strophe 1247-1272 n'a pas d'antistrophe.

Après ce chant, apparaît Lysistrata, qui revient du banquet. Elle est suivie par un groupe d'hommes et de femmes. Les hommes sont très probablement ceux qui restaient du chœur des vieillards; les femmes ne peuvent être que ceiles qui composaient tout à l'heure le chœur de femmes, avant l'exode. Lysistrata engage les Laconiens et les Athéniens à se répartir en deux groupes, en s’adjoignant leurs femmes (v. 1274-1276). IL faut donc admetre qu'aux deux chœurs qui ont occupé l'orchestre jusqu'à l'exode se substituent deux chœurs composés des mêmes personnes, mais réparties autrement. C'est maintenant d’un côté un chœur mixte d'hommes et de femmes, formé de la partie du chœur d'hommes qui, précédemment, avait constitué le chœur des Laconiens, et de la moitié du chœur des femmes. Ce groupe de vingt-quatre choreutes sera le groupe laconien. L'autre chœur, composé également d'une moitié de l’ancien chœur des hommes et d'une moitié de l’ancien chœur des femmes, sera le chœur des Athéniens. La fusion des deux chœurs atteste, par

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une image sensible, la victoire de Lysistrata et donne à la fin de la pièce une noblesse qui constraste heureusement avec les obscénités dont elle est remplie. Chacun des chœurs entonne tour à tour un hymne dans sa langue nationale. Ces deux hymnes (v.1279-1294, 1297-1315) ne sont pas antistrophiques. On serait donc tenté de croire tout d’abord que chaque chœur chante tout entier. Remarquons cependant que, dans les deux strophes, on emploie la seconde personne et qu'on parait s'adresser à un groupe de choreutes qui ne chantent pas. On est ainsi conduit à admettre que chaque chœur était divisé en deux demi-chœurs et que l’un de ces demichœurs chantait pendant que l'autre dansait. Ainsi se vérifie la règle que nous avons déjà observée dans la même pièce, au vers 1042, au moment où les deux chœurs sont réunis et où le poète n'en fait cependant chanter qu'un.

Nous n'avons pas la fin de Lysistrata ; 11 Υ manque quelques vers pour signaler le départ du chœur.

Il est temps de conclure, après ces analyses minutieuses et fatigantes, mais nécessaires.

L'hypothèse de la division du chœur comique en deux demichœurs, rendue plausible d’abord par le nombre mème des choreutes, justifiée d’ailleurs par les sources anciennes qui établissent l’usage de la dichorie et par les notes marginales des manuscrits d'Aristophane, qui attribuent à un demi-chœur tel ou tel morceau lyrique, est, en outre, sinon démontrée avec certitude, du moins sérieusement confirmée par l'examen de la composition des comédies d’Aristophane. Cet examen nous conduit aux conclusions suivantes.

1° La composition implexe, avec ses retours obligatoires de groupes lyriques symétriques deux à deux, telle que nous l'avons constatée dans la parabase, dans la parodos et dans toutes les scènes capitales des comédies d’Aristophane, sans que jamais, ou presque jamais, le poète s écarte de ce principe !, s'explique plus clairement si l’on admet

! Les exceptions à cette règle sont très rares, et il n'y en ἃ qu'une dont l'explication m'échappe. — Je ne compte pas comme des exceptions les exhortations en vers lyriques, dites par le coryphée, soit dans la parodos, soit au commencement de la parabase. Tels sont, à mon avis, les morceaux suivants: Acharniens, v. 280-283; Guépes, V. 1009-1014; Paix, v. 512-519 ; Oiseaux, v. 400-405 : ibid., v. 676-684, Il est évident que ces paroles, dites par le coryphée dans un but déterminé, ne pouvaient pas avoir de réplique. — Je ne m'arrêterai pas à un morceau des Nuées (v. 451-415), qui est isolé; l'état dans lequel nous sont parvenues les Nuées ne permet pas de discuter cette irré-

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la division du chœur. On ne voit pas en effet pourquoi il n'y aurait jamais eu de couplets isolés, et pourquoi, à un couplet chanté par le chœur au courant d’une scène, aurait toujours répondu un couplet semblable et rien qu'un, si le chœur n'était pas divisé en deux.

> ('ette division du chœur persistait, non seulement dans les parties de la comédie dont on vient de parler, mais encore pendant les entr’actes, dans les stasima. Le nombre toujours pair des strophes de ces stasima et l'opposition de ces strophes, toujours marquée avec précision par le poète, prouvent que la règle était rigoureusement observée.

39. Les quelques infractions à cette règle qu'il soil permis de signaler sont limitées à deux comédies, les Thesmophoriazousai et les Grenouilles. Ce sont, d’ailleurs, des infractions apparentes. Les scènes où elles se rencontrent ont un caractère particulier, qui explique la réunion des deux demi-chœurs, ou toute autre combinaison différente de la répartition ordinaire des chants entre les deux demi-chœurs.

4° Cette règle, absolue depuis la parodos jusqu à l'exode, ne s applique pas avec la mème rigueur à l'exode lui-même. Il est facile de comprendre qu'une fois l’action terminée, quand les acteurs allaient quitter la scène, la division du chœur n'avait plus la même raison d'être. IL y a, dans les exodes, des morceaux qui pouvaient être chantés par Le chœur tout entier, et il est probable que les choreutes s’unissaient, en se retirant, pour le chant final.

Le chœur entrait donc dans l'orchestre, au moment de la parodos, divisé en deux demi-chœurs séparés ; cette séparation était observée pendant toute la pièce ; elle cessait au moment de quitter définitivement l'orchestre.

A. Couar.

gularité. — Lorsqu'une ode ou une antode manque dans une parabase, comme dans la seconde parabase des Guépes (v. 1265-1274), nous pouvons affirmer que la règle n’a pas été enfreinte et que l'antode ou l'ode correspondante ἃ été perdue. — On trouve dans la parodos de la Paix un motif répété trois fois (v. 346-360 — 385-399 — 582-600). Cette anomalie s'explique par la longueur et la construction particulière de la parodos. - Restent dans les Grenouilles les strophes 1251-1260, 1370-1377, et dans les Oiseaux la strophe 629-636, qui n'ont pas de réplique. J'ai essayé de montrer, en parlant des Grenouilles, que les deux strophes qui manquent ont probablement disparu. Quant aux vers 629-636 des Oiseaux, qui sont placés à la fin d'une scène importante, écrite en tétramètres, je ne puis encore m'expliquer pourquoi ils forment une strophe indépendante.

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