‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 19 sur 96 · AFFRANCHISSEMENT DES ESCLAVES POUR FAITS DE GUERRE · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DES ESCLAVES POUR FAITS DE GUERRE

Le troisième exemple, enfin, est bien connu : c'est celui de l'affranchissement en masse des esclaves qu'on envoya combattre à Chéronée. Cette mesure fut votée sur la proposition d'Hypéride. Après le désastre, Hypéride fut accusé par Aristogiton d'avoir violé la loi. On sait avec quelle éloquence il se justifia par la nécessité du salut public.

On peut regretter, avec M. George Foucart, que le fait relatif à Marathon ne soit pas attesté par un témoin plus considérable que Pausanias. IL n’en reste pas moins deux exemples incontestables d'un affranchissement en masse ordonné par l'Etat avant une campagne. Quelle est au juste la signification de ces faits ? Elle n'est nullement douteuse : il s’agit, dans les deux cas, de conférer aux esclaves la dignité d'homme libre, sans laquelle on ne peut figurer dans une armée de citoyens. On ne songe pas à les récompenser, puisqu'ils n'ont encore rien fait; on ne leur offre pas une prime, car on pourrait les forcer à servir, comme onles forçail à ramer sur les trières, sauf à leur offrir l'espoir d’une récompense ultérieure. Mais il s'agit ici de l’armée de terre, où ne figurent que des hommes libres, et dont le fond est formé par les premières classes de la cité, les cavaliers et les hoplites. La mesure qui fait affranchir les esclaves est inspirée par le mème esprit qui, dans le décret d'Hypéride. avait fait donner à des métèques le droit de cité et effacé la trace de certaines condamnations infamantes*. Les équipages des flottes de guerre étaient tout autrement composés : on y trouvail des étrangers et des esclaves, toute la lie de la population ; il y fallait une chiourme pour le dur travail de la rame. Xénophon, dans les Helléniques ὃ, montre les Athéniens ne voulant pas, à cause de cette différence, abandonner aux Lacédémoniens le commandement sur terre en échange du commandement sur mer qui leur serait laissé à eux-mêmes : les deux parts ne seraient pas égales en dignité. Isocrate, dans le discours Sur la Pair, se plaint que cette différence radicale entre les flottes et les armées ne soit plus maintenue avec la même rigueur qu’autrefois à cause de l'emploi des mercenaires, et, par son reproche même, il atteste la généralité du fait

1 Cf. Hyrénine, p. 98-101, éd. Blass (2° éd., 1894). 2 Cf. LycurGur, Contre Léocrale, 41.

3 Hellén., VIE, 1, 12.

4 Paix, 58,

Ainsi le sens de cet affranchissement est fort clair: 11 s agit, non de récompenser l'esclave, mais de l'élever jusqu'à la fonction

qu'on lui demande de remplir.

Il y ἃ cependant, chez Xénophon, un texte où l'on voit l'afranchissement offert par avance, comme une sorte de prime d encouragement, aux hilotes qui voudront servir dans l'armée spartiate !. C'est au moment où Épaminondas, après la victoire de Leuctres, menace la Laconie, et où les femmes de Sparte voient pour la première fois la fumée d'un camp ennemi. Mais les hilotes ne sont pas tout à fait des esclaves comme les autres; ce sont plutôt des serfs que des esclaves. Dans les textes fort précis qui CONCEERER les esclaves proprement dits, il est impossible de rien trouver. de pareil, ou du moins ce motif ny est impliqué que d'une maniere aceessoire. | |

Il est évident qu une mesure de ce genre avait un caractère tout à fait exceptionnel : c'était, par son essence, une Mesure de salu! publie, contraire à l'esprit mème qui avait inspiré la constitution des armées grecques, οἱ justifiée seulement par une extrême nécessité. Elle ne pouvait donc être prévue par la lot, et, bien qu'on en rencontre deux exemples certains, peut-être trois, dans l'histoire des cités grecques, on peul douter qu'elle puisse trouver place, sinon à titre de curiosité, dans un tableau des institutions de la

Grèce ancienne.

Mais il n’en estpeut-être pas de même d'une autre sorte d’affranchissement par l'Etat, qui est vraiment, celui-là, une récompense. En fait. il est aussi rare, chez Îles historiens, que le précédent ; en principe, il ne soulève pas les mêmes difficultés.

\ Hellen., VI, 5, 28.

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