‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 26 sur 96 · Ι LE À · texte numérisé non relu

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s'il n'était permis de faire très diversement la genèse du drame, et si Gæthe, qui se plaisait tant, comme il le disait, à « enfermer des secrets » dans ses œuvres, ne nous avait laissé, — sans le vouloir. cette fois, — la liberté de bâtir l'édifice à notre idée.

Pour faciliter l'intelligence des observations qui vont suivre, 1] est utile de résumer la pièce, telle qu’elle est exposée dans ces deux actés. La reine Antiope est veuve: son mari, frère de Lykus, et qui partageait avec lui la royauté d'un vaste pays, a péri, victime d'une embuscade. Peu auparavant, les deux reines avaient, presque en même temps, donné chacune le jour à un fils. Antiope se retirait chez sa mère, avec son enfant, quand son escorte ἃ été attaquée dans un défilé : elle-même a été blessée, ainsi qu’une femme de sa suite, et son fils lui a été arraché par ces agresseurs inconnus. Veuve et privée de son unique espérance, elle a vécu dans un deuil profond, chez sa mère. À la mort de celle-ci, elle est venue trouver Lykus et s'est sentie attirée par un penchant irrésistible vers le jeune Elpénor, vivante image du fils qu'elle pleurait. Elle ἃ supplié le roi de lui confier cet enfant, jusqu'au jour où l’âge l'appellerait à des tâches viriles, et, pour vaincre la résistance de cet homme ambitieux et cupide, elle a promis de donner au jeune homme tous les biens qu'elle tient de ses parents. Le drame de Gæthe s'ouvre au matin du jour où les messagers de Lykus, précédant le roi lui-même, viennent chercher Elpénor, qui doit se former maintenant dans la société des hommes : la fidèle Evadné donne des ordres aux jeunes servantes pour que la fête soit dignement célébrée. Bientôt paraît Antiope, et, au moment de se séparer de celui à qui elle s'est dévouée comme une mère, elle lui fait jurer de rechercher l'homme qui lui a ravi son enfant, et d'exercer la plus cruelle vengeance sur lui οἱ sur sa race. Élpénor prête le serment et délivre Antiope « du lourd fardeau de la haine ». — Au deuxième acte, nous trouvons au premier plan le vieux courtisan Polymélis, qui précède son maître de quelques heures et apporte les présents destinés à Elpénor : il a été, dit-il, l'instrument des forfaits de Lykus et n'aurait qu'à révéler les crimes odieux dont celui-ei s'est rendu coupable envers Antiope pour déchainer une furieuse discorde, à la faveur de laquelle il pourrait prendre une place prépon dérante au palais. La pièce s'arrète au moment où Polymétis se prépare à faire cette révélation. À ne considérer que les noms

de Lykus et d’Antiope, on pourrait croire que Gæthe ἃ voulu mettre à la scène une adaptation plus ou moins libre de la célèbre légende béotienne. A la vérité, la critique ne s’en était point avisée tout d’abord, tant les différences sont frappantes : elle cherchait ailleurs, non sans raison, les origines du drame de Gæthe. Zarncke crut devoir lui dessiller les yeux : dans une étude parue en 1880", il manifeste sa surprise à voir des philologues déclarer qu'Elpénor ne dérive pas d’une source antique : il faut pour cela, d'après lui, n'avoir pas feuilleté « l'index d’une mythologie grecque, un dictionnaire de mythologie, ou même un lexique latin ». 1] nous renvoie done à la légende mise à la scène par Euripide et Pacuvius et racontée par Hygin dans sa huitième fable. Pour donner plus de relief aux ressemblances qu'il constate, il en fait le dénombrement et les réduit à sept points essentiels : les noms de Lykus et d’Antiope sont empruntés à la légende (ce dernier étant, ici et là, «le frère d'un homme qui tient de près à Antiope »); — Lykus tue le raari d'Antiope ; — il s'empare de son enfant et le fait exposer, afin qu'il périsse ; — cet enfant est sauvé et élevé chez des pâtres ; — sa mère le reconnaît : — il veut la venger du mal que lui a fait Lykus : — enfin il règne à la place du tyran. Ces ressemblances sont nettement exposées, on le voit, et sembleraient devoir emporter l’assentiment : dans une très intéressante dissertation, H. Morsch? fait honneur à Larncke d’avoir « le premier » constaté ces emprunts, oubliant sans doute que, dans son étude sur l'Antiope d'Euripide, Welcker” avait déjà signalé (1839) « le remaniement très étudié et très caractéristique de cette fable, entrepris par Gæthe dans son Elpénor ». En réalité Welcker n'approfondissait pas une question qui n'était point de son sujet et s'arrêtait à l'apparence, tandis que Zarncke, partant d’une idée préconçue, s’ingéniait à des rapprochements forcés. Dans la légende, comme dans le fragment, Lykus est le meurtrier du mari d'Antiope; mais, dans la première, il n’est que l'instrument de la vengeance de son frère, qui, désespéré, s’est donné la mort : dans la pièce de Gæthe, Lykus fait, par ambition, tuer son propre frère. En outre, il est inexact de dire que dans la légende béotienne Lykus s'empare des enfants d'Antiope οἱ les fait exposer. Hygin parle d'un

1 Gœtheschriflen, Leipzig, E. Avenarius, 1897, p. 232-239. 2 Gœthe und die griechischen Bühnendichter, Berlin, 1888. 3 Die griechischen Tragædien, 11, p. 828.

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abandon! : Antiope, arrivée au mont Cithéron, donne le jour à deux fils, qu'elle expose d'elle-même, c'est-à-dire qu'elle confie à la garde de Zeus, leur père, qui ne peut les abandonner. Ainsi, de ces deux rapprochements qui sont essentiels, puisqu'il s’agit δ principe même de la fable, le premier aboutirait plutôt à un contraste

et le second vient d'une erreur manifeste. Quant aux autres A du drame, elles se retrouvent, — on l’a montré, — et d’une dre plus frappante, dans d’autres œuvres de théâtre familières à Gœthe. L'économie générale de l’Anfiope d'Euripide, telle qu'elle nous est indiquée par les fragments, vient encore ébranler la thèse de Zarncke : qu'on se rappelle les moments principaux de la tragédie grecque

l'arrivée d’Antiope au Cithéron et les supplications ds à ue hils, qui la repoussent ; la scène entre Antiope et Dircé et le supplice que cette femme passionnée va faire subir à sa captive ; la scène de reconnaissance, le châtiment de Dircé et l'apparition d'Herπιὸ ἡ: cest ainsi qu'Euripide ἃ développé dramatiquement le sujet que lui fournissait la légende, et l'œuvre de son génie a consisté surtout à motiver les actions et à créer les caractères. On voit ducs ne saurait, sans parti pris, faire dériver £/pénor de la mème source : il faudrait autrement supposer que Gæthe aurait, non pas leirent transformé, mais étrangement déformé la légende. Il l'aurait même rendue méconnaissable, Ne nous arrètons donc pas à des ressem-ee ve ou à des coïncidences fortuites, puisque, pour essentiel, la légende et le drame allemand n’ont aucun rapport vérilable.

J'écarterais aussi, comme superficiels et capables de nous induire en erreur, les rapprochements que l’on fait quelquefois entre le fragment de Gæthe et la légende des Pélopides. Le drame monstrueux dont Atrée et Thyeste sont les héros n'offre point de ressemblance avec le meurtre commis par Lykus sur son frère, et l'aventure de Plisthène pourrait être opposée, bien plus que comparée, à celle d'Elpénor. A la vérité la situation du fils d'Antiope RTE à certain moment du drame, rappeler celle d'Oreste, — nous signalerons plus loin cette hypothèse assez vraisemblable, — mais, si Gæthe a pu s'en aviser, c'est en avançant dans le développement de sa

| In Cithærone parit geminos et reliquit.

? Ilest fort peu vraisemblable que Gæthe se soit proposé de faire intervenir un dieu

au dénoûment de son drame.

pièce : la légende argienne n'a point eu de part à la genèse d'Elpénor.

Parmi toutes les fables dramatiques que l’on ἃ rapprochées de notre fragment, deux seulement semblent avoir contribué à sa conl'une est la fable de Mérope, plusieurs fois traitée avec

ceplion :

du xvur: siècle ; l’autre est la pièce chinoise

succès par les auteurs

dont Voltaire avait déjà tiré l'Orphelin de la Chine. Que Gœthe ait pu s'inspirer de la première, nous ne songeons pas à nous en : Elpénor se trouve ainsi, indirectement, puisé à une source

étonner antique; mais il peut nous paraitre plus étrange qu'un essai de

tragédie, qui, dans la pensée de son auteur, devait être conforme aux modèles grecs, soit inspiré d'un théâtre qui offre si peu d'aflinités avec celui d'Athènes. La « contamination » peut sembler choquante. Voltaire nous dit bien que la pièce chinoise « est peut-être dans le goût des premiers essais d'Eschyle (2) »; mais nous entendons de reste l'idée qu'il exprime ainsi, lorsqu'il nous dit ailleurs que « l’action de la pièce dure vingt-cinq ans, comme dans les farces monstrueuses de Shakespeare et de Lope de Vega, qu'on a nommé tragédies ». Quoi qu'il en soit de notre préjugé, le drame de Gæthe est très directement inspiré de cet Orphelin de Tschao qu'ont imité Métastase, Murphy et Voltaire : le fait a été signalé et établi par W. v. Biedermann! d'une manière définitive. Gæthe à certainement eu connaissance d'un ouvrage fort Lu à Weimar de son temps, la Description de la Chine du P. du Halde, où se trouvait la pièce citée plus haut, traduite par le P. Prémare. Le sujet d'Elpénor offre, avec celui du drame chinois, des ressemblances frappantes, et l'on pourrait même prétendre que Voltaire, tout en conservant le titre et 16 motif original du modèle, l’a suivi de moins près que Gœæthe : les motifs accessoires développés dans son Orphelin, thèmes classiques et traditionnels de notre théâtre tragique, — l'amour de Gengis-Khan pour Idamé, la lutte de générosilé des deux époux et la clémence du Tartare, humanisé par ces héros de vertu qui, de conquérant, le transforment en roi, — donnent à sa pièce une physionomie très particulière, et très française, quoi qu’il en dise. Mais si sa tragédie, dans son développement, s'écarte peu à peu de la pièce chinoise, celle de Gæœthe, au contraire, dont

1 Gæœthe-Forschungen, Francfort, 1819, p. 94-124.

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la donnée initiale est sensiblement différente, s’en rapproche de scène en scène. Le riche dignitaire qui veut exterminer la maison de Tschao tient l'emploi de traître, comme Lykus. ἃ la vérité, nous ne retrouvons pas dans la pièce allemande ce personnage d'un si étrange et surnaturel dévouement, qui, pour sauver l'orphelin n'hésite pas à lui substituer son fils, quon égorge sous ses yeux. Mais du moment où l'ennemi des Tschao, pour récompenser cet homme, l'installe dans sa maison avec l'enfant sauvé du massacre, qu'il adopte comme sien, la situation de l'orphelin est la même que celle d'Elpénor chez Lykus. Arrivés à l'âge d'homme, l’un et l’autre, instruits de la vérité, accompliront la mème vengeance.

On voit que les deux tragédies ont des rapports très étroits. Gœthe, trouvant dans la donnée de la pièce chinoise d'intéressants motifs de développement, a entrepris de traiter le même sujet suivant les procédés de l’art classique, en condensant l'action et en cherchant surtout des conflits psychologiques. L’imitation n'exclut pas loutefois certaines divergences. Lorsqu'on lit les deux actes que nous avons résumés plus haui, il paraît de toute évidence que Lykus est le meurtrier de son frère, que le fils d’Antiope ἃ été enlevé sur son ordre et qu'Elpénor n'est autre que ce fils. Dans quel dessein Gæthe charge-t-il Lykus d'un fratricide ? Les situations en sont évidemment rendues plus dramatiques, mais ce n'est pas, je crois, pour ce seul motif qu'il s’écarte ici de toutes les pièces ou légendes qui peuvent être rapprochées d'Elpénor : ses raisons sont, pour ainsi dire, de pur métier. Si Lykus n'avait pas régné jadis en même temps que son frère, qu'il a tué par ambition, il ne pourrait être qu'un usurpateur : il serait, par conséquent, plus difficile au poète d'expliquer le succès de ses crimes ; ou si, pour le motiver, l'auteur plaçait Lykus au premier plan, il lui ferait prendre dans le drame une importance qu'il n’entendait pas lui donner ; car il est fort probable que ce personnage, de peu d'intérêt psychologique, devait tenir dans la pièce le rôle d’ « utilité », plutôt que celui de protagoniste. Il y a donc avantage à charger sa vilaine âme d'un crime de plus. De cette manière aussi, ce n'est pas brusquement et par hasard qu’Antiope sera mise en présence de son fils. A l'effet d’une rencontre soudaine est substitué un pathétique plus profond : la révélation viendra justifier l’élan spontané de l'instinct maternel.

Ce que Gæthe voulait nous montrer dans son drame, cest le cœur d'une mère dans ses douleurs, dans ses joies, et, — le titre en fait foi, -- dans ses espérances. Sa pièce offre plus d'une analogie avec la fable dramatique de Mérope. Sur cette fable, Voltaire avait composé presque un chef-d'œuvre, et Gæthe savait sans doute apprécier cette pièce, lui qui, moins exclusif que Schiller, admirait la tragédie française, tout en y relevant certaine « manière » oratoire. Si son classicisme le rendait indulgent mème aux défauts de Voltaire, dont il devait traduire plus tard Mahomet et Tancrède, combien ne devait-il pas goûter dans Mérope la vivacité de l'action, le pathétique et l'habile gradation des effets! Il n’est pas besoin d'insister sur une comparaison qui a souvent été faite !. Observons seulement quil nest presque pas un personnage d'Élpénor qu'on ne puisse retrouver dans la tragédie de Voltaire : Antiope, par sa situation et ses sentiments, rappelle Mérope ; Lykus tient le rôle de Polyphonte, Elpénor

celui d'Egisthe ; Polymétis a, comme Erox, « servi tous les crimes

de son maître, » etles deux emplois seraient identiques si l’ancien complice de Lykus ne s’avisait de le trahir: enfin Evadné est la confidente de la reine, comme Isménie. La pièce de Voltaire, dont les feuilletons de Lessing (octobre 1767) avaient longuement traité et dont plusieurs scènes demeuraient classiques, était évidemment familière à Gæthe, qui pouvait s’en inspirer directement : cependantle parallélisme que nous avons signalé plus haut s'applique naturellement aussi à la Mérope de Gotter (janvier 1773), qui est une très fidèle adaptation de celle de Voltaire. Morsch? constate des rapports de langue et de style qui montrent nettement l'influence de la tragédie de Gotter sur Elpénor, et Seulfert#, développant la comparaison des deux pièces, fait ressortir l'identité de sujet et de personnages : il montre que la correspondance se poursuit jusque dans le détail et que la Mérope de Gotter, à l’égal de celle de Voltaire, doit nous aider dans la reconstitution du drame de Gœæthe.

Cette reconstitution est fort difficile et ne peut aboutir qu'à des hypothèses toujours contestables : il faut envier, dit justement

Voyez notamment l'étude de G. CareL, Voltaire und Gæthe als Dramatiker. Berlin, 1889.

2 Vierleljahresschrift für Lilleraturgeschichte, vol. IV, Ὁ. 111 suiv.

8 Ibid, p. 115.

4 C'est ainsi que, d’après lui, Elpénor frappe mortellement d'une flèche le fils de Lykus, qui se préparait à venger la mort de son père. De même Egisthe, dans Mérope, tue le jeune homme qui l’a menacé de mort

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Seuffert, la perspicacité de Zelter!, à qui le premier acte révélait clairement toute la suite de la pièce. « Jusqu'en juin 1860, dit un autre critique, Elpénor n'était guère qu'une énigme. » Le mot garde encore aujourd'hui toute sa justesse. Nous manquons de données précises, et l'exposition ne nous impose aucune suite rigoureusement logique. On peut, en effet, compléter la pièce suivant deux méthodes (que l'on ἃ, dans le cas particulier, combinées) : « du dedans » ou « du dehors ». La première consiste à retrouver dans l'exposition certains détails, d'importance secondaire en apparence, mais qui, dans la pensée de l’auteur, devaient préparer le développement de la pièce, le rendre vraisemblable ou possible ; l’autre se guide sur des considérations extérieures ou générales : le dessein de l’auteur, son système dramatique, les œuvres qu'il imite ou dont ils'inspire. De ces deux procédés, le premier est assurément très légitime, mais 1] est aussi fort dangereux : on risque d’attribuer de lointaines conséquences à des détails de peu de portée. L'exemple d'E/pénor nous en donne plusieurs fois la preuve. Dans la troisième scène du deuxième acte, Polymétis se demande « s’il doit tenir enchaïiné dans ses abîimes le monstre qui peut déchirer Elpénor »; certains critiques ont pris cette phrase à la lettre : ils ont pensé que, par ce «monstre », Polymétis voulait désigner le vrai fils de Lykus, qui vit inconnu dans la montagne et qu’une révélation pourrait déchainer contre le fils d'Antiope. C'est être dupe d’une métaphore. Le monstre, c'est le secret du courtisan, qui bouleverserait en effet le palais, car Antiope ne songerait qu'à la vengeance, tandis qu'Elpénor serait réduit au désespoir en apprenant les crimes de son père : n'occupet-il pas, par la volonté d’Antiope, la place de ce fils, dont Lykus est le meurtrier, et n’a-t-il pas été l’objet des tendres soins que la malheureuse mère ne pouvait prodiguer à son propre enfant ? Le sens des deux vers cités plus haut ne laisse donc aucun doute, et nous nous garderons des hypothèses que l’on peut construire en les interprétant mal. Il sera permis de déchainer le « monstre » et de faire éclater une guerre en mettant en scène le prétendu fils d’Antiope, réclamant la royauté ; mais on ne se donnera pas l'illusion que ce scénario se déduit logiquement du texte de Gœæthe. Je m’accorde ici pleinement avec Schlæsser, qui, dans un intéressant article?, a

l Briefwechsel, 1, 256.

? Studien zu Gæœthes Elpenor, Euphorion, 11, p. 588-604.

relevé cette erreur d’interprétation!. Il n'est pas moins hasardé de s'appuyer, pour reconstruire la pièce, sur certains vers que le poète a mis, sans doute sans arrière-pensée, dans la bouche d'Elpénor : celui-ci dit à Polymétis? qu'il veut avoir un grand nombre de compagnons pour former deux camps et s'exercer à des jeux guerriers ; cela ne nous invite nullement à conclure que cette « petite guerre » aura lieu dans la suite du drame, qu'Elpénor y pourra tuer involon-

tairement le fils de Lykus, et qu'ainsi s’accomplira sans prémédi-

lation, et partant sans souillure, une partie du serment de vengeance. Non moins aventureuse enfin est une autre hypothèse fondée sur les dernières paroles que prononce Elpénor au moment où il sélance au-devant du fils de Lykus : « Je veux, dit-il. descendre le sentier escarpé pour aller à leur rencontre : toi, cher ami. suis la grande route, ou, si tu veux, demeure ici. » Kettner admet que le fougueux jeune homme roulera dans l’abime, quil sera sauvé par le fils de Lykus et reviendra avec lui. C'est un ingénieux moyen d'amener sur la scène un personnage qui pourrait cependant, — à y regarder de plus près, — devenir embarrassant ; mais, en réalité. ces vers sont sans grande portée et tiennent lieu de simple expédient : Polymétis doit rester en scène ; aussi le poète fait-il passer son héros par un chemin où le vieillard ne peut le suivre, Le dernier vers dissimule à peine le procédé*.

S il est facile de découvrir dans les deux actes achevés le fil qui doit nous guider jusqu’au dénoûment, sur ce dénoûment même nous ne pouvons avoir aucun doute: la destination du drame ne permettait pas qu'ilse terminât d'une manière tragique. Commencé le 11 août 1781 — la date nous est donnée par le Journal du poète — et mené seulement jusqu’à la troisième scène. Elpénor fut abandonné, puis repris en février 1783 : la pièce, dans la pensée de Gæthe. devait être représentée à l’occasion des relevailles de la duchesse Louise (9 mars), après la naissance du prince héritier (2 février). Montrer

à la duchesse, en pareille occasion, le spectacle d’Antiope trébuchant

l Je m'écarte, en revanche, de l'interprétation donnée par le même critique à deux vers que prononce Polymétis dans son premier monologue (acte II, sc. 1) : Entdeck ich's, bin ich ein doppelter Verräter, | Entdeck" ich's nicht, so siegt der schändlichste Verrath. « Il ÿ a deux choses, dit-il, que Lykus peut trahir, à savoir que Lykus a fait tuer son frère et qu'il a fait enlever le fils d'Antiope. » Entendons plutôt « doublement

traître », de l'homme qui prend part à une trahison et trahit ensuite ses complices. * Acte II, sc. 2,

3 Voir SCHLOESSER, art. cité.

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sur le cadavre de son fils, dont elle a, bien qu'involontairement, causé la mort, c'eût été manquer d’à-propos, et même de tact. Le dénoûment du drame devait plutôt nous montrer la joie et l'orgueil maternels, à l'aurore d'un règne glorieux, tel que celui que dans l’Zon d'Euripide Athéna vient prédire au fils de Créuse. Au reste, la conception de beauté pure et sereine qui, pour Gæthe, représentait l'idéal classique, ne s'accommodait guère de ces « grandes tueries ». D'où vient donc, si l’on admet, — comme il paraît nécessaire — un dénoûment heureux, le titre de Trauerspiel, que porte notre fragment ? Le fait est loin d’être sans importance : on nous dit bien, à la vérité, que, même si, dès l’origine, Gœthe ἃ conçu son drame comme Trauerspiel, il ne s'ensuit pas que son héros doive mourir et que le titre est suffisamment justifié si la pièce contient une « action tragique ». Le raisonnement n'est point maltaquable

Iphigénie en Tauride contient, elle aussi, une action tragique et porte cependant le titre de Schauspiel. Dira-t-on que, dans le cas particulier, la pièce, sinon la scène, est ensanglantée par la mort de Lykus οἱ n'a point, par conséquent, la sérénité du drame purement psychologique qu'est la sublime et calme /phigénte ? La raison ne serait pas encore décisive. En effet, bien que Gæthe ait varié dans la conception de son drame (nous avons son propre témoignage), il est fort vraisemblable que, dès l’origine, il dut envisager la mort du traître comme le dénoûment naturel et attendu. Or, si les éditions de 1806 (A), de 1816 (B) et de 1827 (( 1) portent le soustitre de Trauerspiel, la copie de Vogel, trouvée dans le Nachlass de Gœthe, porte le sous-titre de Schauspiel. Cette copie, qui nous rend Elpénor dans sa forme primitive, est écrite en prose rythmique : Herder, s’avisant qu'à l’aide de divisions et de retouches légères ἢ était facile de faire des vers de cette prose poétique, fit sur le manuscrit de Vogel quelques corrections à l'encre, et, par des traits verticaux tracés au crayon, indiqua une division en vers. Lorsque le fragment dut être imprimé dans l'édition de 1806, Riemer engagea l’auteur à achever le travail commencé par Herder : Gæthe, qui ne s’intéressait plus à la pièce, abandonna ce soin à Riemer, puis 1] revisa le travail, dont il se déclara satisfait. On voit ainsi comment s’est transformée la première rédaction de Gæthe. La copie! de Vogel

1 Die æltesle, εἰ. h., die rein Gæthische Gestalt.B. Surnax, Gœæthe-Jahrb., τ. XII, p. 265.

représentant la forme vraiment originale d'Elpénor, le sous-titre qu’elle porte se rattache à la conception primitive de la pièce. Pourquoi ce sous-titre a-t-il été changé? Ce changement peut ètre attribué à Riemer, mais il ne s’est point fait à l’insu de Gœæthe. Nous inclinons à penser que la nouvelle désignation a été donnée par le poète lui-mème, d’après la logique de l’action, telle qu'elle lui apparaissait vingt-cinq ans après la conception première. L'ouvrage n'ayant plus la destination très spéciale que nous avons rappelée plus haut, l'auteur jugea sans doute que le libre développement du sujet devait en faire une « tragédie » plutôt qu'une « pièce! ».

Reprenons maintenant l'action au point où elle s'arrête dans 16 fragment. Polymétis va révéler le double attentat de Lykus, mais il ignore un fait que tout lecteur tient pour évident, c'est qu'il y a eu substitution d'enfants et qu'Elpénor est le fils d'Antiope. Un vers, déjà cité, prouve nettement qu’il l’ignore : « Ne point parler, dit-il, c'est faire triompher la plus infâme trahison. » Ce triomphe, ce serait le fils de Lykus mis en possession de ce qui revenait à la victime de son père. Le vers n'aurait aucun sens si Polymétis connaissait la substitution. Le vieux courtisan pourra donc déchaîner les événements, mais non pas faire la révélation qui doit amener la scène de reconnaissance et précipiter le dénoûment. Nous verrons plus loin à quel personnage ce rôle était départi. À qui Polymétis va-t-il s'adresser ? Ce ne sera point, — pour plus d'une raison, — à Elpénor. Zarncke a fort bien vu que la révélation doit être faite à Antiope; mais, comme cette hypothèse n'est pas sans soulever quelques difficultés, il admet, de la façon la plus étrange, qu'Antiope arrètera Polymétis dès les premiers mots et le renverra au prétendu fils de Lykus. L'ingénieux critique se réfère à la sixième scène du premier acte, où Antiope se dit purifiée de la souillure que laissent après elles les Furies vengeresses*. L'argument est spécieux, mais c’est faire peu d’état de la passion. Comment supposer que cette femme, dont on a tué le mari et enlevé le

! Ces deux mots ne s'opposent guère en français et n'offrent pas une différence aussi nette que les deux mots allemands. Le titre de « pièce » est donné cependant, de nos jours, à des ouvrages assez voisins, pour le fond, du « drame » et de la tragédie.

5 Weggewaschen μαδ᾽ ich von mir

Der Rachegëtlinnen Fleckenhinterlassende Berührung.

PAR PA D oc A Ὁ ΡΝ

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