‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 29 sur 96 · LE « PERSAN » DE PLAUTE · texte numérisé non relu

LE « PERSAN » DE PLAUTE

L'intrigue des comédies de Plaute est-elle grecque ou romaine? L'élément grec peut-il y être séparé de l'élément romain ? Quand l’action prend un caractère Judiciaire, la question peut-elle être résolue par ce fait, que Plaute emploie des termes techniques tantôt grecs, tantôt latins? Ou bien faut-il s'attacher au fond des choses pour décider si le procès qu'on ἃ sous les yeux se passe réellement à Rome ou à Athènes ? Les opinions sur ce point sont très partagées, et il y ἃ sans doute, dans l’une comme dans l’autre, une part de vérité. our arriver à une solution, peut-être conviendrait-il d'analyser successivement toutes les pièces de Plaute en appliquant à chacune d'elles les principes du droit romain et ensuite ceux du droit grec. Essayons d'appliquer cette méthode de précision à la comédie du Persan.

Toxilus, esclave de Timarchidès, est devenu en fait le maître de la maison pendant l'absence de Timarchidès, qui voyage pour ses affaires, en Syrie et ailleurs. Il a une maitresse, Lemniséléné, qui est, elle-même, esclave du leno Dordalus. Pour échapper aux exigences de celui-ci, il entreprend derendre libre Lemniséléné, mais Dordalus ne consentira à l’affranchir qu’à la condition de recevoir 1.200 drachmes. Il s’agit donc de trouver cette somme. Toxilus y parvient par l’ingénieuse combinaison d’un abus de confiance et d'une escroquerie. Il obtient d’abord d’un autre esclave, son ami, Sagaristion, le prêt de la somme dont il a besoin. Sagaristion a été

chargé par son maître de faire un achat de bœufs en Eubée. Son maître lui a confié l'argent. Au lieu de le porter au vendeur, Sagaristion le remet à Toxilus. Il sera remboursé sur le produit de l’escroquerie concertée entre eux au détriment de Dordalus. Celui-ci reçoit l'argent et affranchit Lemniséléné. À ce moment la manœuvre frauduleuse est mise en scène : un prétendu Persan, qui nest autre que Sagaristion travesti, se présente, porteur d'une lettre par laquelle Timarchidès, du fond de l'Orient, adresse à Toxilus une jeune fille volée quelque part en Arabie, avec recommandation de la vendre avantageusement à Athènes ou à Corinthe, mais sans employer la forme de la mancipatio. Toxilus propose l'affaire à Dordalus, qui se laisse prendre au piège. À peine a-t-il conclu l'affaire et payé comptant les 60 mines convenues, que le parasite Saturion, père de la jeune fille, survient et exerce une revendication in libertatem. Le tour est joué et le /eno bafoué.

Tous les termes juridiques employés dans cette pièce sont romains. Ainsi l'affranchissement de Lemniséléné ἃ lieu devant le

préteur :

v. 485. I ad forum, a prætore exquire, siquidem credere mihi non vis. Cet affranchissement a conféré le droit de cité à Lemniséléné :

v. 473. Sumne probus, sum lepidus civis, qui Atticam hodie civitatem Maxumam majorem feci atque auxi civi femina ?

Quand Timarchidès veut que la vente ait lieu sans garantie, 1: recommande de ne pas avoir recours à la mancipation :

v. 522. Ac suo periclo is emat qui eam mercabitur, Mancupio neque promittes, neque quisquam dabit.

et plus loin :

v. 529. Quam ob rem argentum numerem foras ?

Nisi mancupio accipio, quid eo mihi opus est mercimonio ?

Dès lors Dordalus n’aura pas l’action en garantie (auctoritatis). Il restera exposé à ce que la prétendue Persane, qu'il a achetée, soit

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